Jeunes Vie du Diocèse Formations Agenda

 Retour à la liste
12/7/2011
TÉMOIGNAGE
Le père Janin quitte La Pairelle, il devient père provincial des Jésuites
Comme chaque été, le père Franck Janin passe ses vacances en France, son pays. Il a choisi de séjourner au milieu de ses chères montagnes: idéal pour s'émerveiller devant la beauté des paysages, se dépenser physiquement, se ressourcer et prendre du temps pour la prière. Cette pause estivale est un peu plus longue que d'habitude: l'année académique qui vient de se terminer a été bien animée et les prochaines semaines s'annoncent tout aussi chargées. Le 31 juillet prochain, jour de la saint Ignace, le père Janin deviendra le nouveau père provincial des Compagnons de Jésus. Son titre: Supérieur provincial des Jésuites de la province de Belgique méridionale et du Luxembourg. Un mandat de six ans pendant lequel il aura la charge de veiller sur ses frères Jésuites. Ils sont encore 210 pour la partie francophone et le Luxembourg. Une désignation qui l'oblige à quitter la direction du Centre spirituel ignatien de La Pairelle, à Wépion.
La rencontre a eu lieu quelques jours avant que le père Janin ne parte en vacances. Rendez-vous au Centre spirituel La Pairelle, à Wépion. Un bel espace situé en pleine nature. Le soleil est au rendez-vous. Tout y est paisible. Par les fenêtres de son bureau, le père Janin a une vue magnifique sur le parc et sur le Cèdre du Liban qu'il a planté lorsqu'il a pris ses fonctions de directeur. En neuf années, le Cèdre a bien poussé. On pourrait en dire autant pour ce centre qui, au fil des années, s'est animé, développé. Dans un coin du bureau, une guitare. Un instrument qu'il aime beaucoup et avec lequel il s'accompagne pour fredonner des chansons françaises. Dans le bureau encore, une table basse sur laquelle sont posées une icône de la Trinité, une bougie, la Bible et le petit livre des Exercices Spirituels de saint Ignace. Deux sièges se font face. C'est dans cet espace qu'au fil des années, il a reçu, en accompagnement, des centaines de personnes. Des hommes et des femmes qui avaient besoin d'être guidés, accompagnés, dans leur vie, dans leur foi. L'accompagnement fait partie de la spiritualité des jésuites.

Ce n'est pas une promotion
Le père Janin ne s'attendait pas à cette désignation: ''c'était la surprise'' dit-il. Une surprise en deux temps pourrait-on dire. Lorsqu'il s'agit de désigner un nouveau père provincial, chaque Jésuite est consulté. Il propose trois noms, trois candidats possibles au poste. Le conseil qui entoure le père provincial dépouille le courrier et commence un processus de discernement pour dégager à leur tour trois noms émergeant de toutes les informations reçues. Un certain nombre de laïcs collaborateurs des jésuites ont eux aussi leur mot à dire. Chacun des pressentis est alors contacté. ''J'ai été très étonné d'être parmi les trois souligne le père Janin. A ce moment-là, on peut renoncer mais il s'agit de motiver son refus.'' Chacun rédige alors l'équivalent d'une lettre de motivation. Le tout est transmis au supérieur général de la Compagnie de Jésus qui nomme le provincial. On connaît la suite. ''Théoriquement, je savais que je pouvais être désigné mais j'imaginais que les deux autres en lice - que je ne connais d’ailleurs pas - étaient mieux que moi. Etre provincial, ce n'est pas une promotion. C'est un service que le Jésuite rend, pendant six ans, à ses compagnons avant de réintégrer une communauté. Cette désignation n'a pas encore pris totalement réalité en moi cela va se faire au fil des jours. J'ai déjà passé du temps, à Bruxelles, avec mon prédécesseur pour prendre connaissance des dossiers, il me transmet des infos... ''

Veiller au bien-être de chaque Jésuite
Un père provincial a pour mission d'être à l'écoute de chaque membre de la communauté. ''J'ai conscience que ma responsabilité est importante. Il s'agit de prendre soin de chaque Jésuite. Une fois par an, il est ainsi prévu que chaque Jésuite rencontre son provincial pour faire le point: évoquer des désirs, des regrets, présenter des projets... L'objectif étant que la personne se sente bien dans sa peau mais aussi dans sa vie spirituelle.'' Le provincial, outre cette attention toute particulière au bien-être des communautés, est tout particulièrement concerné par un bon nombre de lieux institutionnels qui ont un lien avec la Compagnie de Jésus: collèges, centres de formation théologiques comme l'IET ou encore Lumen Vitae, Facultés Notre Dame de La Paix... et aussi le centre spirituel de La Pairelle.... Un travail, on l'aura compris, de chaque instant.

''L'Arche, un moment déterminant dans ma vie''
Un tel changement de vie est bien sûr l'occasion de plonger dans les souvenirs. C'est avec un plaisir évident que le père Janin se souvient des années passées à l'Arche, chez Jean Vanier. Ce canadien a fondé des communautés qui accueillent des personnes ayant un handicap mental. Après le baccalauréat et sur le conseil de son aumônier de Lycée, arrivé à Trosly-Breuil (France) pour un mois avec le projet de devenir éducateur spécialisé, il y est resté durant un an avant de continuer encore deux ans en Côte d’Ivoire. Cette communauté va jouer un rôle important dans sa vie. Ses yeux brillent lorsqu'il se souvient des soirées du dimanche. Jean Vanier commentait les textes du jour. ''Ces soirées sont inoubliables: il m'a fait découvrir la force de l'Ecriture et de l'Evangile. J'ai ainsi pu nourrir ma prière personnelle. L'Arche a été déterminante dans mes fondations spirituelle et personnelle.'' De retour de Côte d’Ivoire, en attendant de passer l’examen d'entrée qui lui permettrait d’intégrer l’école d’éducateur spécialisé, il décide de prendre du temps pour approfondir sa foi. ''J'en ai parlé avec Jean Vanier qui m’a conseillé d’aller en parler à des jésuites belges qui passaient du temps à l’Arche. C’est ainsi que j’ai eu connaissance de l’existence de l'IET à Bruxelles.'' Il y passera un an à étudier la philosophie et la théologie tout en vivant dans une communauté jésuite.

Un appel
Les années passent. Franck Janin a réussi l'examen d'entrée. Cependant une question revient sans cesse: ''Est-ce que Dieu est d'accord avec le chemin que je prends?'' Proche des Jésuites grâce à l'IET, à la vie en communauté, il décide tout naturellement de faire la retraite des 30 jours. ''Elle a été déterminante dans ma vie. J'ai découvert les Exercices Spirituels de saint Ignace. Et c'est alors que j'ai ressenti l'appel à devenir prêtre. De manière ponctuelle j'avais déjà pensé à la prêtrise durant mon enfance ou encore au cours de l'adolescence mais sans plus. J'ai repris la direction de l'IET pour continuer ma formation théologique et poursuivre la vie en communauté que j'y avais entamé. Après trois ans, le fruit était mûr. Et comme j'avais découvert ma vocation en Belgique, j'ai décidé d'entrer, en Belgique, chez les Jésuites. J'ai fait mon noviciat, ici à Wépion.'' Un noviciat durant lequel il passera du temps avec les SDF de Paris. Avec deux autres novices, il prendra, à pied, le chemin de La Viale: 600 kms à effectuer sans un sou en poche. Il faut s'épauler l'un l'autre et compter sur l'hospitalité. ''C'était vraiment très fort. En faisant ce chemin, je me suis rendu compte qu'être en route fait partie de notre spiritualité.'' Franck Janin sera ordonné prêtre, à Bruxelles, en 1990. Entretemps, il aura travaillé comme éducateur au collège de Verviers, repris une formation en théologie avant de partir au Canada, à Toronto pour une maîtrise en théologie pastorale.

La mixité dans le travail
Un chemin de vie qui l'a conduit, lui l'enfant de Versailles, jusqu'à Wépion et son Centre spirituel ignatien. Impossible de ne pas retenir les onze années passées à La Pairelle dont neuf comme directeur. Outre l'arbre planté dans le parc du centre, le père Janin aime souligner l'importance donnée aux laïcs et aux religieuses dans le travail de tous les jours. Le travail se fait en collaboration entre les jésuites bien sûr mais aussi avec les religieuses et les laïcs chacun intervenant dans le déroulement des sessions et autres organisations de La Pairelle. ''J'apprécie cette mixité où chacun intervient avec sa sensibilité, avec son approche du monde. On peut ainsi goûter à une dimension ecclésiale multiple.'' Le père Janin veille depuis déjà quelque temps à former, à La Pairelle, des ''transmetteurs.'' Des hommes et des femmes, par exemple, assez intéressés et doués pour l'accompagnement que pour décider de s'y former. Et ainsi être capables de soutenir les chrétiens dans leur spiritualité, dans leur vie. Un renfort indispensable depuis que La Pairelle a appris à sortir régulièrement de ses murs. La spiritualité ignatienne est basée sur les Exercices. Difficile de trouver 30 jours pour se retirer dans un centre spirituel sans bousculer sa vie personnelle et/ou professionnelle. Aujourd'hui, les Exercices peuvent se faire sur de plus petites périodes. Il est aussi possible de les faire au départ de sa paroisse: en s'engageant, chaque jour, à un temps de prière et à un accompagnement personnel. Les transmetteurs peuvent ainsi se charger de l'accompagnement.
Cette évolution, toute l'équipe qui fonctionne autour du père Janin l'a sentie nécessaire. ''En écoutant les gens, on se rend compte de leurs attentes. Nous pouvons ainsi mieux rejoindre les gens là où ils sont. Parfois, ils sont bien loin d'un centre spirituel comme celui de La Pairelle. Nous sommes là pour accompagner les personnes qui cheminent, qui cherchent à nourrir leur foi. Nous recevons aussi ceux qui se remettent en route. Nous sommes là pour tous ceux qui veulent faire un pas dans leur vie, faire le point.''
Un centre spirituel qui sera dirigé, au départ du père Janin, par le père Etienne Vandeputte. Depuis 18 mois maintenant, il est régulièrement à Wépion pour animer des temps spirituels. Il n'arrive donc pas en terrain inconnu.
Christine Bolinne
Photos: A.S.
Translate in English - Nederlands - Deutsch