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2/6/2011
UN SÉMINARISTE APICULTEUR
Elles butinent dans le parc du palais épiscopal
La centrifugeuse fait un bruit d'enfer. Antonin tourne et tourne encore la manivelle et puis, il arrive... Le miel, en fin filet, sort par un robinet et s'écoule dans un seau. Antonin est rayonnant: c'est sa première récolte. Psychologue de formation, il a découvert l'apiculture avec sa grand-mère. Aujourd'hui, il termine une année de propédeutique au Séminaire Notre-Dame à Namur. Et dans ses bagages, lorsque le jeune Bruxellois est venu s'installer à Namur, il y avait quelques ruches. Des ruches que Mgr Vancottem passionné de nature et de jardinage accueille... dans le parc du palais épiscopal.
Antonin ne peut résister: il plonge le doigt dans la cuve de la centrifugeuse et se régale. L'oeil gourmand, Antonin ne ménage pas ses commentaires: ''ce miel est très bon, celui de printemps c'est le meilleur.'' Quelques minutes plus tôt, il était encore parmi ses ruches pour enlever des cadres gorgés de miel. Des ruches installées en plein centre de Namur dans le parc du palais épiscopal. L'endroit, bien ensoleillé, est situé à deux battements d'ailes des arbres les plus proches. Des abeilles qui ont aussi une vue imprenable sur la citadelle! Sept ruches en bois: trois sont seulement occupées. Les autres attendent une colonie. Les abeilles se sont nourries au fil des dernières semaines des fleurs de sureau. D'ici peu, elles iront butiner du côté des tilleuls.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les abeilles se plaisent beaucoup en ville où elles trouvent une alimentation très diversifiée ce qui fait la saveur du miel. A la campagne, les pesticides qui accompagnent souvent les productions occasionnent bien des dégâts dans les colonies.

Une ruche comme cadeau de Noël
Jeune enfant, Antonin a découvert, à Bomal, chez sa grand-mère, la vie passionnante des abeilles. ''Ma grand-mère voulait offrir à ses enfants et à ses petits-enfants du miel alors elle s'est lancée. Au début, quand elle me parlait des ruches, je voyais surtout le miel que je mettais sur ma tartine.... Bomal est un bon endroit pour les abeilles: elles trouvent l'eau pour boire mais aussi des forêts, des champs''Quelques années plus tard, Antonin accompagne sa grand-mère lorsqu'elle récolte. Les années passent, la grand-mère apicultrice prend de l'âge et doit penser à renoncer à sa passion. Comme cadeau de Noël, Antonin reçoit une ruche avec un conseil de la mamy: ''surtout suit des cours pour éviter mes erreurs.'' Antonin qui, à ce moment là, est inscrit à l'université en psychologie suit les recommandations et s'inscrit à des cours d'apiculture. Il y apprend beaucoup. ''C'était très riche pour moi de rencontrer des gens qui ont une passion commune. Pour les abeilles, c'était pourtant une année horrible. Il n'avait pas gelé durant l'hiver donc les parasites n'avaient pas disparu. Le printemps avait par contre démarré très tôt et les abeilles étaient réveillées lorsqu'il y a eu un coup de froid: les dégâts ont été importants.''

Sur la piste des abeilles... au Mali
Des abeilles qui l'ont peut-être aussi aidé à trouver son chemin de vie. Licencié en psychologie, il a travaillé dans le domaine pour se rendre compte que cette voie ne lui convenait pas. Antonin est alors parti quelques mois au Mali... avec des abeilles. Pas question de prendre l'avion avec un tel bagage! Antonin a choisi d'embarquer sur un de ces paquebots mangé par la rouille et chargé à ras bord de véhicules, en fin de vie, destinés à l'Afrique. Antonin a emmené avec lui, outre des abeilles, quelques livres qui l'aideront à prier durant toute la traversée et une fois sur place.
''Je reconnais qu'emmener des abeilles était une erreur: elles sont toutes mortes d'ailleurs. Je suis allé voir en Afrique comment cela se passait au niveau de l'apiculture. Partout où il y a de la végétation, il y a des abeilles. Quand je suis arrivé au Mali, j'ai constaté que les mentalités avaient bien changé. Avant, chacun avait ses ruches et faisait son miel. La population a voulu tirer un train sur sa manière de vie et s'européaniser. Les ruches et finalement tout ce qui se rapportait aux travaux de la terre était mal vu. Les ruches, c'est aujourd'hui l'affaire des gourous.'' Antonin a néanmoins rencontré, sur place, des gens extraordinaires avec lesquels durant ces trois mois, il a progressé dans le monde de la ruche.

C'est équilibrant
En septembre dernier, Antonin a finalement franchi le pas. Il s'est inscrit au Séminaire Notre-Dame à Namur. Il est en propédeutique: une année pour poursuivre son discernement tout en démarrant la formation. ''Les ruches ne prennent pas beaucoup de temps. Je peux les laisser plusieurs semaines sans intervenir.'' Curieux, plusieurs séminaristes ont voulu voir de plus près ce monde fascinant. Antonin répond bien volontiers aux questions. ''Pour moi, l'apiculture est équilibrante. Quand on s'intéresse à l'apiculture on s'intéresse à tout ce qui nous entoure, à l'environnement au sens très large. Je ne suis pas chimiste ni agriculteur mais je peux constater que certains faits de l'homme ne sont pas bons pour les abeilles. Elles sont des pollinisatrices extraordinaires grâce à elles nous avons des fruits, des légumes.''
Antonin est intarissable: ''Moi, je suis plus intello que manuel et bien la ruche m'a appris que je devais pouvoir aménager une ruche, la réparer... Il faut aussi réfléchir au bon emplacement de la ruche en fonction du soleil, en fonction des endroits où les abeilles vont trouver la nourriture... Pour approcher la ruche, il faut être calme tout en ayant le geste juste et rapide, c'est équilibrant. Aujourd'hui, je ne me dis pas que je ne fais que du miel. La ruche m'aide à élever ma conscience. Et puis, vous savez, faire du miel ça toujours été un boulot de prêtre. La cire était alors récupérée pour fabriquer les cierges. La ruche, c'est une école de vie pour tout le monde.''

Voler chez le voisin...
Antonin, très calme retire les opercules qui recouvrent les alvéoles où le miel est figé. Un travail long mais qui ne pèse pas au jeune homme. Il aime aussi cette quiétude que la ruche lui apporte. Et puis, Antonin éclate de rire: ''Les abeilles ramènent dans les ruches ce qu'elles sont allées voler partout ailleurs, chez les voisins... Mais attention, même si elles ont volé le pollen, sans leur intervention pour polliniser, les voisins n'auraient ni fruits ni fleurs...'' Voilà de quoi donner bonne conscience.
Les cadres sont placés dans la centrifugeuse. Quelques tours de manivelle et puis arrêt. Il faut retourner les cadres et c'est reparti. Le miel, le premier celui de printemps s'écoute. On peut aussi miser sur deux récoltes dans les prochaines semaines. Le miel doit encore être filtré. La patience des séminaristes sera bientôt récompensée...
Christine Bolinne

Bon à savoir. Il ne faut pas confondre guêpe et abeille et ce, même si ces insectes se ressemblent beaucoup. Sachez que l'abeille porte une série de petits poils et qu'elle ne vous piquera que si vous représentez une menace pour la ruche. Une fois qu'elle a piqué, l'abeille meurt: elle ne peut récupérer le dard qu'elle vient de figer dans votre bras. La guêpe, c'est différent. Elle convoite le jus de fruit que vous dégustez et la guerre est ouverte. Elle peut piquer plusieurs fois. Si vous découvrez un essaim d'abeilles près de chez vous, faites en cadeau à un apiculteur.

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