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23/2/2016
Les chrétiens du Sud-Luxembourg ont réfléchi au sens du pardon
Cela fait quelques années que la paroisse Saint-Martin d’Arlon propose aux chrétiens l’occasion de réfléchir, durant une journée, à un thème de foi. Après les 24 heures de l'envoi, de la prière, de l'amour, de l'espérance et du sens de la vie, la sixième édition de ce rassemblement s’est tenue vendredi et samedi. Au centre de la rencontre: le pardon et la réconciliation.
Pardon et réconciliation. Voilà des concepts déclinés sous toutes les formes en cette Année de la miséricorde. À Arlon, il se murmure que la décision de consacrer l’édition 2016 des 24 heures à ce thème remonte à bien longtemps, avant même que ne soit annoncé le Jubilé voulu par le pape François. Le Vatican se serait inspiré de l’idée de la paroisse Saint-Martin…
On l’a compris, la bonne humeur était de rigueur à Arlon pour ce nouveau rendez-vous des 24 heures. Ce dont s’est réjoui le doyen, l’abbé Jean-Marie Jadot. ''La rencontre a commencé vendredi soir par une conférence de Dominique Collin, théologien dominicain. Il a proposé un beau regard sur le pardon. Le pardon qui n’est pas un dû, mais un don de Dieu. Un don à partager.'' Une centaine de personnes assistaient à la conférence. ''Les échos ne sont que des éloges.''
Comme toujours, l’événement se tenait dans les locaux de l’Institut Notre-Dame. Samedi matin, après la prière et le petit-déjeuner OXFAM, les participants ont pu suivre la conférence à deux voix proposée par Bernadette Wiame – pédagogue en sciences religieuses – et l’abbé Thierry Tilquin – théologien et formateur au Centre Cardijn. Ils ont traité respectivement des aspects psychologiques et théologiques du pardon.

Mémoire et justice
Si le thème du pardon est souvent abordé en philosophie et en théologie, il est plus rarement traité en psychologie. Il est pourtant admis aujourd’hui que le pardon peut intervenir dans le cheminement d’une personne qui se reconstruit suite à un traumatisme ou une offense. Mais pour que le pardon devienne facteur de résilience, il est essentiel de discerner ce qu’il est réellement et ce qu’il n’est pas.
Tout compte fait, psychologie et théologie se rejoignent souvent à propos du pardon. Ainsi, les deux conférenciers s’accordent à dire que le pardon n’efface en rien l’ardoise: ''Il ne s’agit pas de nier ou d’oublier l’offense'', dira Bernadette Wiame. ''Il s’agit de trouver une juste mémoire.'' Pour Thierry Tilquin, la mémoire est d’ailleurs au cœur de l’expérience chrétienne: ''La tradition chrétienne n’efface pas le passé. Dans la Bible, par exemple, Dieu demande à son peuple de se souvenir ‘du temps où il était esclave’.'' Cela prouve que les textes ne se détournent pas du réel. La mémoire est là. ''Mais il y a un espoir, un futur'', ajoutera le théologien. ''L’Ecriture trace un chemin de libération à travers les épreuves.''
Psychologie et théologie s’entendent à nouveau quand elles affirment que le pardon ne supprime pas la justice. Bernadette Wiame: ''Il est utile d’essayer de comprendre les raisons qui ont poussé l’offenseur à passer à l’acte. Mais ce travail ne doit pas aboutir à la déculpabilisation de ce dernier. L’oubli des victimes, c’est ce qu’il y a de pire.'' Thierry Tilquin: ''Faire justice rend mémoire aux victimes, dès lors qu’il s’agit de justice constructive. Jésus vise la reconstruction des personnes, leur réhabilitation, pas le châtiment!''

Dieu ne nous force pas
Les intervenants diront encore que le pardon est histoire de relation: relation avec soi-même, relation entre les humains, relation avec Dieu. Ils relèveront que le processus de pardon peut nécessiter du temps et de la distance. ''La haine est parfois légitime, même si elle est à dépasser.''
À la question de savoir si l’on doit toujours pardonner, Bernadette Wiame dira: ''Le pardon est une démarche éminemment personnelle. Ce n’est pas de l’ordre de l’obligation morale mais de la surabondance.'' Pour Thierry Tilquin: ''Jésus a dit qu’il fallait pardonner jusqu’à septante fois sept fois. Il n’y a pas de limite à l’amour ou au pardon de Dieu. Mais on peut faire le choix de ne pas entrer dans cet amour. Dieu ne nous force pas.''
La matinée s’est poursuivie par des carrefours d’approfondissement en compagnie des orateurs du vendredi et du samedi. L’occasion pour Dominique Collin de revenir sur le thème développé la veille: ''Le pardon de Dieu nous est donné d’avance. Dieu cependant ne nous oblige pas à accueillir ce pardon. Nous pouvons l’accepter comme nous pouvons le refuser. Si nous l’acceptons, nous le manifestons par des gestes d’amour et de bienveillance. Et à notre tour, nous pouvons pardonner. Le pardon circule.''

Ateliers et célébration
Après le pique-nique, les participants ont pris part aux ateliers de l’après-midi. Le pardon aux malfaiteurs a été abordé par l’abbé Fernand Stréber, aumônier des prisons. Le doyen de Messancy, l’abbé Patrick Graas a présenté le pardon, ''une histoire sainte'', à travers quelques perles du récit biblique. Le doyen de Rochefort, l’abbé Jules Solot, a quant à lui posé la question du pourquoi de la confession, rappelant que beaucoup parmi les aînés gardent un mauvais souvenir de ces confessions automatiques qui ressemblaient parfois à un exercice de comptabilité. Aujourd’hui, la démarche est jugée parfois non pertinente. L’abbé Solot a rappelé l’histoire de ce sacrement dans la vie de l’Eglise. Un sacrement qui a sa source en Dieu et qui est appelé à témoigner de la miséricorde de Dieu dans tous les rouages de la société.
Outre les conférences et les ateliers, des prêtres étaient là pour donner le sacrement de la réconciliation à ceux qui le souhaitaient. Les 24 heures se sont terminées le samedi en fin d’après-midi par une eucharistie festive en l’église Saint-Martin.
A.S.
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