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11/12/2018
Maredsous: un troisième mandat de Père abbé pour le père Bernard Lorent
Le père Bernard Lorent vient d’être réélu Père abbé de l’abbaye de Maredsous. A 57 ans, il entame ainsi un troisième mandat, toujours de huit ans. Inutile de préciser que son agenda est bien rempli. Il a pour mission d’organiser la vie de la communauté, de veiller sur la vie spirituelle de cette dernière… Il est aussi un manager, Maredsous emploie à temps plein ou partiel, plus de 200 personnes! Rencontre avec un Père abbé pour qui l’humour tient une place importante dans la vie.
''Je suis un vrai Namurois'' lance d’emblée le père Bernard Lorent. ''Je suis né dans les bras de sœur Angeline (ndlr: pilier de la maternité à la clinique Sainte-Elisabeth). Originaire de Bioul, le père Bernard Lorent est aussi prêtre auxiliaire dans le secteur pastoral d’Anhée. C'est à Rome qu'il va étudier la théologie et l'histoire. Dans un premier temps, il sera recteur du collège Saint-Benoît de Maredsous. Depuis qu’il a fait le choix de devenir moine bénédictin, il n’a jamais quitté l’abbaye de Maredsous. ''On n’a pas voulu m’envoyer voir ailleurs'' dit-il non sans une pointe d’humour. L’humour, un partenaire de vie au quotidien pour le Père abbé. ''Il faut avoir le sens de l’humour autrement on est mort.''
Le père Bernard Lorent entame ainsi son troisième mandat comme Père abbé. Une élection qui ressemble beaucoup à celle du pape. Ne votent que les 26 moines qui, à Maredsous, ont voix au chapitre. Deux scrutins ont lieu chaque jour. Ils se déroulent tant que le nom d'un candidat - pas nécessairement un moine de l'abbaye où le scrutin est organisé - se dégage en réunissant, autour de son nom, deux tiers des voix.

Qu’entend-on par Père abbé?
C’est tout simplement le supérieur d’une abbaye, une maison religieuse d’une certaine importance qui est soit bénédictine, soit cistercienne, soit canoniale. C’est aussi un supérieur majeur qui dispose de l’autorité ''ordinaire'' sur ses moines.
Il y a différents types de pères abbés selon les abbayes et les pays. Aux Etats-Unis ou même en Allemagne où on trouve des abbayes avec des œuvres très importantes (écoles, paroisses, universités), les abbés doivent être tout particulièrement efficaces. En Italie, les abbés sont très sociables car présents dans la vie sociale du pays et aussi ecclésiastique puisque plusieurs sont membres de la Conférence épiscopale. En France, les communautés sont plus contemplatives et les abbés sont plutôt des spirituels. Bien entendu, on peut trouver un Américain spirituel et un Français entreprenant!

Quelle est la mission du Père abbé?
Il se doit d’organiser sa communauté et son monastère tant au niveau spirituel que matériel. Il ne doit pas tout faire, mais il est le responsable. Selon ses capacités et les forces de la communauté, il doit déléguer et nommer les moines aux bonnes places pour qu’ils soient heureux et pas écrasés dans leur charge.
La mission spirituelle consiste à ce que chacun cherche Dieu dans la vie liturgique; dans des temps de silence et de recueillement auprès de la Parole de Dieu; dans des moments de vie communautaire, sérieux ou récréatifs, où on se sent frères les uns les autres, parce que nous partageons l’amour du frère aîné qui est le Christ, et celui du Père tous ensemble.


A Maredsous, la mission matérielle du Père abbé est importante
Oui, il y beaucoup d’activités assez différentes les unes des autres: l’abbaye elle-même qui est une des plus importantes en Belgique avec l’hôtellerie et ses 5000 nuitées; le collège et l’internat: 265 élèves; la bibliothèque: 500.000 volumes, la Revue bénédictine, la bible de Maredsous; le tourisme et le demi-million de visiteurs annuels. Parmi eux, il y a les pèlerins dont il est difficile d’estimer le nombre, mais on consomme 10.000 hosties par an et on brûle environ 50.000 bougies. Les activités de Maredsous donnent de l’emploi, à temps plein ou partiel, à 210 personnes, ce qui représente une masse salariale de 3.000.000 d’euros. Il faut aussi ajouter 50 personnes pour le collège et l’internat. Enfin, comme Père abbé, je suis membre du conseil d’administration des fromageries Bel.

Votre mission est encore pastorale.
En effet, l’abbaye a sa place dans le diocèse de Namur, par ses pèlerins, les sessions organisées à l’hôtellerie, les groupes de jeunes, les préparations au mariage. Et moi-même comme prêtre auxiliaire, je suis heureux de célébrer des eucharisties certains samedis et dimanches dans les villages du secteur d’Anhée, ce qui permet aux personnes de voir que je ne suis pas que le patron de l’entreprise Maredsous, mais aussi un prêtre proche d’eux.

Une mission pastorale qui s’étend bien au-delà du diocèse et de la Belgique.
La cause de canonisation du bienheureux Columba Marmion, troisième abbé de Maredsous, nous met en contact avec des gens du monde entier qui demandent des grâces ou des reliques. L’abbaye est la première (chef d’ordre) de la congrégation bénédictine de l’Annonciation qui regroupe 21 communautés situées en Europe (Belgique, Irlande, France, Allemagne, Pologne, Hollande, Slovaquie), en Asie (Inde et Israël), en Amérique (Californie, Trinidad), en Afrique (Nigeria, Rwanda, Congo RDC).
Nous restons encore très proches du prieuré de Gihindamuyaga au Rwanda, fondé par Maredsous en 1958 et devenu autonome en octobre 2018. C’est une œuvre qui a coûté beaucoup d’énergie surtout après le génocide de 1994 et les guerres qui ont suivi et qui ont failli emporter la communauté. Aujourd’hui, ils sont 28 et représentent bien la vitalité du catholicisme africain. Comme je suis membre du conseil du président de la congrégation, c’est là qu’arrivent les problèmes vécus par certaines communautés, les visites canoniques à faire.
De temps en temps, je vais à Rome. D’abord à Saint Anselme, l’abbaye primatiale de l’ordre bénédictin pour, à chaque rentrée académique, décider de l’attribution de bourses d’études, ou pour le Congrès des Abbés qui se réunit une fois tous les 4 ans et qui dure 10 jours. Ensuite, comme procureur général de notre congrégation, il m’arrive d’aller au Vatican, à la Congrégation pour la vie religieuse ( CIVCSVA) et y traiter les dossiers de moines ou de moniales qui vivent une situation particulière. C’est encore l’occasion de rencontrer les responsables. Et pour terminer, une visite au postulateur de la cause du bienheureux Columba Marmion s’impose, mais c’est toujours autour d’une bonne table….

Enfin, quels sont les projets?
D’abord tout faire pour favoriser la vie bénédictine. Néanmoins, nous nous trouvons à un tournant: la moitié des moines de Maredsous a plus de 80 ans. Heureusement, un groupe de huit moines se situe dans une tranche d’âge bien moins élevée. Il ne faut pas les écraser par l’ampleur de la tâche et ne pas décourager des vocations. Ce sera un bel exercice communautaire que de redessiner le profil de notre vie bénédictine dans l’ensemble de Maredsous.
L’année 2019 se présente déjà avec le colloque international ''Culture, sécularisation et théologies africaines'' qui se tiendra à Maredsous du 22 au 24 mai, et rassemblera 26 intervenants du monde entier: universitaires, prêtres, évêques, cardinal. Ce colloque est organisé par la faculté de théologie de l’UCLouvain.
Plusieurs anniversaires se profilent: les 1100 ans de l’ancienne abbaye de Saint-Gérard en octobre 2019 dont Maredsous est le prolongement; le 100ème anniversaire de notre congrégation en 2020; le 150ème anniversaire de la fondation de Maredsous en 2022 sans oublier le 100ème anniversaire du décès de Columba Marmion (2023).


Voilà qui donnerait presque le tournis! Pas au père Bernard Lorent qui se sent bien dans ses fonctions. Il doit sans doute une part de son énergie à la bière de l'abbaye qu'il reconnait apprécier mais toujours consommer avec modération.
Christine Bolinne
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