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10/10/2011
DE FOSSES-LA-VILLE À MARSEILLE
Retraité... actif l'abbé Vannoorenberghe découvre une autre manière de ''faire Eglise''
''Je me suis habitué à ne plus dire septante mais bien soixante-dix comme quatre-vingt-dix et pas nonante. Malgré cela, ils entendent bien, à mon accent, que je ne suis pas de chez eux!'' lance l'abbé Michel Vannoorenberghe. Originaire de Ypres, il a longtemps vécu, avec sa famille, à Sauvenière. Prêtre, il a exercé son ministère à Spy avant de devenir doyen à Fosses-la-Ville. A l'âge de la retraite, l'abbé Vannoorenberghe a quitté le diocèse de Namur pour un diocèse bien plus ensoleillé, celui d'Aix-en-Provence. Outre le soleil, il a découvert, à quelques kilomètres de Marseille, une autre manière de ''faire église''. En France, les laïcs prennent en charge les funérailles, préparent les offices, s'occupent de la catéchèse... Rencontre avec un retraité très actif.
L'abbé Michel Vannoorenberghe est un homme de parole: il s'était bien promis qu'à 65 ans, il renoncerait à ses fonctions de doyen et partirait à la retraite. ''Doyen, c'est une tâche très lourde à porter et j'avais peur de ne plus avoir le dynamisme nécessaire pour l'assurer. Je dois bien reconnaître aussi que les tâches administratives me pesaient.'' En même temps qu'il stoppait son ministère, ici dans le diocèse de Namur, il bouclait ses valises: direction le sud de la France et son soleil.
L'ancien doyen de Fosses n'a pas encore l'accent chantant du Sud. Son teint halé confirme que l'été a été bien plus ensoleillé là bas qu'ici! Cette région marseillaise, l'abbé Vannoorenberghe la découverte lors de camps avec les acolytes. Tous séjournaient alors à La Fare-les-Oliviers. Un coup de foudre. ''J'ai trouvé cette région très belle, souligne le prêtre. Petit à petit, j'ai rencontré des prêtres. J'ai assuré des remplacements pendant que j'étais là avec les acolytes...'' Tout naturellement, lorsque l'heure de la retraite a sonné, le prêtre s'est mis au service du diocèse d'Aix-en-Provence comme prêtre auxiliaire. L'abbé Vannoorenberghe vit à Septèmes-les-Vallons, dans la périphérie nord de Marseille.

''J'ai du temps pour le spirituel''
''En France, les laïcs sont très engagés. Ainsi, ils président les funérailles. Il n'y a jamais de messe au moment des obsèques. Le dimanche, il arrive que je ne sois pas présent pour la messe alors ils font une célébration de la prière. Ces laïcs suivent une solide formation avant de recevoir une lettre de mission de leur évêque. C'est une autre manière de faire, le prêtre n'est plus le chef. Il peut se consacrer essentiellement au spirituel. Lorsque je célèbre, je peux me permettre de passer directement de mon presbytère à la sacristie: je sais que les laïcs ont tout prévu que les bougies sont allumées, que les lecteurs sont désignés... C'est vraiment très confortable. Maintenant, j'ai l'impression d'être à ma place. Je peux prendre du temps pour lire, pour prier mais aussi pour rencontrer les gens.''

Evangélisation
Même si l'abbé Vannoorenberghe a droit à toutes les blagues possibles et imaginables sur les Belges, il sait qu'il est apprécié. ''J'ai été très bien accepté. Les gens n'ont pas peur de me dire qu'avoir un prêtre, c'est pour eux une bénédiction. Chaque dimanche, après la messe, il y a toujours bien quelqu'un qui me demande:'Père, vous avez une table?' Je suis très régulièrement invité dans les familles.''
La situation n'est pourtant pas aussi idyllique qu'elle pourrait y paraître. En France, pas question de mêler religion et raison d'Etat: les deux sont clairement séparés. Septèmes-les-Vallons qui accueille sur son territoire beaucoup d'industries chimiques est dirigée par un maire communiste comme beaucoup de villages du Sud. Cela n'entrave en rien le travail de l'abbé. L'abbé Vannoorenberghe consacre beaucoup d'énergie à l'évangélisation. Chez nos voisins, même dans les écoles du privé, il n'y a pas de cours de religion. Il faut donc compter sur l'éveil à la foi accessible aux enfants à partir de 3 ans, sur le catéchisme et puis sur les aumôneries. Tout se fait sur base du volontariat. Il n'est donc pas exceptionnel de rencontrer des adultes qui n'ont jamais entendu parler de Dieu. L'abbé a ainsi prévu, plusieurs fois sur une année, de rencontrer les parents dont les enfants sont inscrits au catéchisme. ''J'en profite pour faire de l'évangélisation mais c'est vraiment d'un niveau très bas. J'explique qui est Jésus comment sont écrits les évangiles. Une fois par semaine, je passe le temps de midi dans un lycée professionnel privé. On voudrait y ouvrir une aumônerie mais nous n'en sommes pas encore là. Je vais vers les jeunes, on se parle. Pour le moment, ils me posent beaucoup de questions liées à l'exorcisme!''

Notre Père... le silence
''Je constate que la demande de baptêmes est encore très importante, explique le ''jeune retraité''. Lors des baptêmes, l'église est comble. Beaucoup n'ont pourtant jamais entendu parler de Jésus. Alors, j'explique les rites et je remarque qu'ils sont très attentifs à mes gestes. Qu'est-ce qui reste une fois la célébration terminée? Je ne sais pas. Au moment du Notre-Père, c'est par contre, le plus souvent, le silence. Ce n'est pas parce qu'ils ont peur de le réciter mais parce qu'ils ne connaissent pas la prière.''
De passage en Belgique, l'abbé Vannoorenberghe a fait le plein de bouquins. Il a envie de redynamiser le catéchisme. Autre idée: permettre aux jeunes enfants de suivre une partie de la messe avec des bénévoles pour un enseignement particulier. ''Je vais aussi réaliser des dépliants en expliquant ce qu'est l'Eglise, ce que nous proposons. Les responsables à contacter... explique l'abbé Vannoorenberghe très énergique. Il faudra les distribuer dans toutes les boîtes aux lettres, tout le monde doit savoir ce que nous faisons.''

Le pastis, la pétanque et la sieste
Jamais, l'abbé Vannoorenberghe n'a regretté son choix. Jamais, il n'a eu la nostalgie de la Belgique où il revient régulièrement. Ce sera encore le cas l'année prochaine avec un rendez-vous qui figure déjà en lettres rouges dans son agenda: la Saint Feuillen à Fosses-la-Ville. Marcheur depuis de longues années, il revêtira l'uniforme et marchera avec les copains de sa compagnie.
L'abbé Vannoorenberghe a, en passant la frontière, rendu un souffle à son ministère. Il reconnaît aussi bien volontiers avoir été séduit par la manière de vivre du Sud. ''J'aime bien la chaleur alors je suis gâté. J'ai aussi compris que faire la sieste était indispensable à mon fonctionnement!'' C'est bien connu, on ne peut pas vivre dans le Sud sans taquiner le cochonnet. L'abbé reconnaît encore quelques faiblesses à la pétanque. Finalement, il n'y a pas si longtemps qu'il vit à Septème-les-Vallons. Par contre, il a adopté l'apéritif local. Le pastis ne lui a pourtant pas fait oublier la bière belge. Lorsqu'il quittera Namur, il aura dans le coffre de sa voiture quelques breuvages bien de chez nous qui font la fierté de nos abbayes!
Christine Bolinne
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