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21/2/2011
TÉMOIGNAGE
Francesco, séminariste, a vécu avec des toxicomanes
Francesco vient de vivre trois semaines en compagnie de toxicomanes qui veulent se sortir de leur enfer. Trois semaines qui, il n'hésite pas à le dire, l'ont changé. Séminariste du Séminaire Notre-Dame de Namur, il a séjourné, à Lourdes, dans la communauté du Cénacle. Dans la maison de Lourdes, comme toutes les autres maisons de la communauté, on mise sur le travail et la prière pour se sortir de la drogue. Beaucoup y arrivent. Ils peuvent y séjourner jusqu'à trois ans. Francesco raconte trois semaines dures, difficiles mais toujours vécues dans le respect de l'autre.
''Tu vivras comme nous'', une phrase qui, aujourd'hui encore, résonne dans la tête de Francesco Lentini. ''Je ne savais pas trop ce que cela voulait dire, explique-t-il. Lorsque je suis arrivé, comme tous les jeunes qui entrent au Cénacle, j'ai dû enlever ma montre, remettre mon GSM. Je ne pouvais avoir aucun livre même pas mon bréviaire. Mon bréviaire qui a été fouillé comme tous mes bagages d'ailleurs.'' Un premier choc pour ce séminariste de 26 ans.
Francesco a choisi de passer son stage dans la communauté du Cénacle. Fondée en 1983, en Italie, par soeur Elvira, cette communauté est aujourd'hui installée en Europe mais aussi aux Etats-Unis. Elle aide des jeunes à se sortir de la drogue. Tous ont consommé - surtout de la cocaïne -, certains en ont fait commerce. ''Ils m'ont dit qu'ils pouvaient avoir jusqu'à 2000 euros, par jour, de rentrées'' précise éberlué Francesco. Lorsqu'ils franchissent la porte du Cénacle, par ailleurs, jamais fermée, la transition est brutale. ''C'est le dépouillement'' ajoute le séminariste. Au Cénacle, pas question de prendre de la méthadone, de se faire aider par des médicaments pour tenir le coup. Pour éviter de penser à la drogue, pour dépasser les douleurs physiques et morales, la journée se partage entre le travail et la prière. Et puis, il faut tenir. ''Chaque jour qui passe est une victoire. Moi à un moment, j'ai pensé partir. Et puis j'ai regardé autour de moi et je me suis dit: si le Seigneur m'a voulu ici et bien il va m'aider. Aujourd'hui, je ne regrette rien bien sûr.''

Bêcher, semer... et tuer le cochon
A Lourdes, la maison du Cénacle se trouve en pleine campagne. Un bâtiment en très mauvais état que les jeunes retapent au fil des jours. Mais, ils ne font pas que ça. Ils assurent des travaux de menuiserie ou comme Francesco s'occupent du jardin. ''Un jardin énorme qui permet de faire pousser les légumes qui sont consommés par la suite. Et comme il faisait 18°, explique Francesco, nous avons déjà pu semer. Il fallait aussi enrichir la terre avec du fumier et bêcher.'' Pas question d'utiliser un motoculteur. Tout se fait à la main. Pour retourner la terre, rien ne vaut la bêche. ''Un travail physique dur. A 21h30, tout le monde est au lit. Nous sommes cassés, épuisés mais tous bossent vraiment très bien. C'est une rééducation par le travail. Beaucoup m'ont dit, ajoute Francesco, que dans leurs quartiers, ils étaient considérés comme des caïds. Un jour, nous avons dû aider à tuer le cochon. J'ai bien vu comment mes caïds s'enfuyaient, en courant, à la première goutte de sang!''
Les moments de répit sont de courte durée. Si la pause est acceptée, il n'est pas question de s'asseoir ''pour souffler'', de s'appuyer sur la bêche ou contre un arbre. Une équipe veille et ne tolère pas le moindre relâchement. ''Nous pouvons nous arrêter quelques minutes pour discuter (ndlr: fumer est interdit) mais tout en restant debout. Discipline aussi à table: interdit de croiser les bras, les jambes, d'avoir une attitude désinvolte. Cela n'empêche pourtant pas les discussions. Francesco: ''Beaucoup sont venus me parler. C'est souvent la même question qui revenait: penses-tu que je pourrai me marier et avoir des enfants? Ce qui est beau c'est qu'ils ont des objectifs. Beaucoup veulent fonder une famille. J'en ai vu pleurer et me dire que la vie en prison était bien plus facile qu'au Cénacle. En prison, avec de l'argent, ils pouvaient avoir de la drogue, des femmes, des extras alimentaires...''

Tout le monde prie
Au Cénacle, la journée démarre tôt, à 6 heures, par une heure consacrée à l'adoration. ''Et chacun doit se mettre à genoux. Un jour, je ne me suis pas mis à genoux et j'ai été privé de foot. La règle est stricte: si tu as mal aux genoux pour t'agenouiller devant le Seigneur et bien tu as mal aux genoux pour jouer au foot. Et le foot, c'est l'activité du dimanche!'' Après l'adoration, il y a l'eucharistie, des temps de prières... ''J'en ai dit des chapelets'' lance Francesco. Les personnes qui se présentent au Cénacle n'ont pourtant pas nécessairement la foi. ''C'est très émouvant de voir quarante cinq gars, à genoux, chaque jour, devant le Saint-Sacrement. En les regardant, j'ai pris une belle leçon sur la prière sans pourtant assister à des enseignements particuliers. J'ai vu comment ils abandonnent tout à la prière. Au départ, pour la plupart, prier c'est une activité comme une autre. Et puis, plus le temps passe et plus l'acte perd de sa superficialité. Ils se rendent compte que la prière peut être structurante qu'elle peut être un soutien, une force. Il y a vraiment des conversions qui s'opèrent au Cénacle.''
Bien sûr Francesco a été marqué par ces gens qui souffrent et qui trouvent la force de s'en sortir. Mais il a aussi été frappé par le respect qui existe entre eux. ''Si un fait une bêtise, il demande pardon à la communauté. Pendant mes trois semaines, je n'ai vu aucune bagarre.'' Au Cénacle, un toxico en cure de désintoxication n'est jamais seul. Il a son ange gardien. Une personne qui veille sur lui. La plupart sont des anciens du Cénacle, ils connaissent les difficultés par où il faut passer pour espérer s'en sortir. Beaucoup de ces anciens ont trouvé du travail dans la région: ils sont veilleurs de nuit, pizzaiolo. Ils se sont mariés et ils ont fondé une famille.
Francesco est lui prêt à témoigner de son expérience. Sur ces trois semaines qui ont changé sa vie, il en est convaincu. Une expérience qui ne devrait pourtant pas le pousser, plus tard, à consacrer son ministère aux toxicomanes. ''Par contre lorsque quelqu'un viendra sonner à ma porte pour parler de la drogue je pourrai faire autre chose que simplement écouter. Je pourrai aussi conseiller.''
Christine Bolinne
Renseignements sur la communauté du Cénacle: http://signedesperance.fr/cariboost1/crbst_2.html
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