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Tous les éditos > LA FIN DE LA BELGIQUE ? (09/07/2008)




      À l’étranger plus qu’en Belgique, j’entends des interrogations sur l’avenir de ce pays. Va-t-il éclater prochainement ? Franchement, je ne le pense pas. Le réalisme nous impose de demeurer ensemble, Flamands, Bruxellois et Wallons. S’il faut déjà des mois pour négocier la formation d’un gouvernement, combien d’années faudrait-il pour résoudre les questions posées par une division du pays : le statut de Bruxelles, le sort de la monarchie, sans oublier les innombrables problèmes juridiques et fiscaux. Nous resterons ensemble. Malgré nos différences culturelles, nous avons malgré tout tant de choses en commun. Les conflits politiques sont parfois aigus. Mais lorsque des francophones et des néerlandophones se rencontrent sur le plan amical, scolaire ou commercial, les choses se passent souvent très bien. Mais ce qui est probable, c’est que l’État belge va se fédéraliser davantage encore. C’est un peu ce que nous vivons déjà, très paisiblement, sur le plan de la vie de l’Église. Nous formons une seule Conférence épiscopale, dans une belle entente fraternelle, mais chaque groupe linguistique a aussi ses réunions propres et ses orientations spécifiques.
      Étant wallon, mais appréciant beaucoup la langue néerlandaise et la culture flamande, j’attire l’attention des Bruxellois francophones et des Wallons sur un point. Souvent, les Belges francophones ressentent comme des agressions les revendications flamandes. Sans me prononcer sur le plan politique, je les invite cependant à ne jamais oublier que, durant des siècles, la Flandre a dû lutter pour faire respecter sa langue et sa culture. Elle a été longtemps victime de l’arrogance francophone à son égard. Et l’État belge, créé en 1830-1831, fut pendant un siècle l’instrument d’une francisation active de la Flandre. Devenue la région la plus prospère du pays, la Flandre désire légitimement affirmer sa spécificité culturelle et son autonomie linguistique. Si donc les francophones, spontanément plus attachés que les Flamands à la Belgique unitaire, veulent, tout aussi légitimement, que la Belgique se perpétue, il ne suffit pas qu’ils arborent des drapeaux belges dans les rues. Il faut qu’ils renoncent à tout complexe de supériorité linguistique. Il faut qu’ils apprennent, chacun selon son rôle social, à connaître et à aimer la langue et la culture de leurs voisins du Nord. C’est le prix à payer, sur le plan de la responsabilité personnelle, s’ils veulent que la Belgique ait un avenir. Quant aux négociations politiques, elles supposeront du tact de part et d’autre, mais il est assez de politiciens soucieux du bien commun pour arriver à un accord.
      Enfin, dans la prière, quand nous parcourons les besoins du vaste monde, n’oublions pas ce petit pays qui est le nôtre et confions-le, lui aussi, à la Providence qui porte tout.

Mgr A.-M. LÉONARD,
Évêque de Namur.


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