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28/5/2021
Pourquoi autant de répliques de la grotte de Notre-Dame de Lourdes ?
Pendant vos promenades dans le diocèse vous aurez pu remarquer le foisonnement des monuments et vocables religieux. Parmi ceux-ci, peut-être vous serez-vous arrêté auprès de l’un ou l’autre édifice hypèthre (c’est-à-dire non ou partiellement couvert), dont des grottes dédiées à Notre-Dame de Lourdes. Pour Philippe Bruneau (historien), ces édifices sont un témoignage majeur de la ferveur catholique des 19e et 20e siècle. Les répliques de N.-D. de Lourdes en sont la forme privilégiée, selon Michel Lagrée (historien spécialisé dans l’histoire du catholicisme). Mais pourquoi diable toutes ces répliques ?
La construction de répliques de la grotte de N.-D. de Lourdes n’est, bien sûr, pas propre au diocèse de Namur puisqu’on les retrouve à échelle mondiale : il en existe plus de 5000 dans le monde ! Toutefois, 1000 d’entre elles se situent en Belgique et notre diocèse n’a pas à rougir de lui-même. Une démarche simple permet de s’en rendre compte : jusqu’en 2011, le chanoine José Gennart (1929-2012) a réalisé une compilation des Monuments et vocables religieux dans le diocèse de Namur que le service des archives du diocèse a mise en ligne. Grâce à la magie de l’informatique, il est possible de lancer une recherche par mots-clefs et de découvrir toutes les occurrences d’un même mot.
En lançant une recherche au mot « grotte » dans le premier volume de la compilation, consacré à la Province de Namur, on découvre que le terme fait précisément l’objet de 257 occurrences. Parmi ces 257 utislisations du mot « grotte », 240 servent à désigner des grottes attribuées à la Vierge. Ces chiffres permettent de dénombrer 2 grottes dédiées à N.-D. de Beauraing et plus de 236 grottes dédiées à N.-D. de Lourdes. Quelle disproportion quand on sait que le sanctuaire de Beauraing fait partie de notre diocèse !
La tendance ne va d’ailleurs pas en s’inversant dans le second volume de la recension, consacré à la Province du Luxembourg ! Sur les 128 occurrences du mot « grotte », 113 indiquent la présence d’une ou de plusieurs répliques de la grotte de N.-D. de Lourdes, contre une seule malheureuse grotte dédiée à N.-D. de Beauraing. C’est donc plus de 349 répliques de la grotte de N.-D. de Lourdes que compte le diocèse de Namur !

Pistes explicatives
Heureusement, il existe des pistes d’explication à l’abondance de ces grottes. Celles-ci ont commencé à se multiplier peu de temps après l’apparition de la Vierge à Lourdes, le 19 février 1858. À cette époque, elles ont bénéficié des vents favorables d’un désir de reconquête de la foi, ébranlée par la Révolution française et la vague d’anticléricalisme qui a déferlé dans son sillage. Par ailleurs, l’Europe des 19e et 20e siècles est marquée par les conflits. La construction de répliques de la grotte de Lourdes a donc permis aux pèlerins de ne pas mettre leur vie en danger en traversant les lignes ennemies pour se rendre à Lourdes.
Mais il ne faut pas oublier l’importance du facteur économique : jusqu’à la fin de la Seconde Guerre, le séjour à Lourdes est onéreux. Peu nombreux sont ceux qui peuvent s’offrir le luxe d’un tel voyage. Derrière les répliques de la grotte de N.-D. de Lourdes, il y aurait donc, selon Michel Lagrée, une forme « d’évergétisme palliatif à destination des pauvres » : des notables auraient fait construire des répliques de la grotte afin de permettre aux plus démunis de se recueillir. Pour soutenir cette thèse, Michel Lagrée souligne le déclin des pèlerinages autour des répliques de la grotte de Notre-Dame de Lourdes dès qu’il est devenu plus facile de se rendre sur le site d’origine.

Étude de cas
À ce sujet, l’exemple de la grotte N.-D. de Lourdes à Roly, dans la région de Couvin, est intéressant. Depuis sa création en 1877, une procession est organisée tous les ans entre l’église et le sanctuaire. Au fil des ans, comme annoncé par Michel Lagrée, la procession a perdu en popularité. L’événement ne se résumait plus qu’à une messe dans le sanctuaire de la Vierge. Mais voilà qu’en 2008, Michaël Meulenyzer réhabilite la procession et donne un coup de fraicheur au sanctuaire ! Le geste est salué et ce sont aujourd’hui entre 350 et 400 personnes qui participent tous les ans à la procession, exception faite, bien sûr, de l’année Covid. Par ailleurs, le reste de l’année, la grotte de Roly est loin d’être à l’abandon : 200 kg de bougies y sont brulés chaque année, des ex-voto de marbre y sont laissés en remerciements à la Vierge, des messages sur des petits bouts de papiers sont glissés entre ses pierres. Autant de preuves que la dévotion est encore parfois bien vivace auprès des répliques de la grotte de N.-D. de Lourdes, même s’il lui arrive de connaitre des passages à vide.

En guise de conclusion
L’histoire des répliques de la grotte de Lourdes connait donc des tendances générales. Par exemple, Michel Lagrée met en évidence la récurrence du topos du voeux de l’épouse (de faire construire une réplique de la grotte de Lourdes) que le mari exauce. L’histoire de la grotte N.-D. de Lourdes à Awennes, dans la Province du Luxembourg, construite en réponse à la promesse de l’épouse du baron Gaston Thierry, vérifie cette affirmation. Mais comme le montre la réhabilitation de la procession autour du sanctuaire de la Vierge à Roly, il parait évident que chaque réplique de la grotte bénéficie de sa propre histoire et existe aujourd’hui de manière autonome.
Camille Tonelli
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