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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Puissance de la gratitude

Pascal Ide, Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2017.

La gratitude a des effets bénéfiques pour notre corps et pour notre psychisme. La gratitude peut en particulier nous tourner vers celui qui est la source de tout don, notre Créateur.
L'ouvrage se veut ouvert à différents niveaux, de la psychologie à la spiritualité. L'auteur, en bon pédagogue, questionne le lecteur pour lui permettre d'ouvrir les questions qui le feront changer. Il ne manque pas d'exemples puisés dans la culture et en particulier dans le cinéma.

Pierres noires

Joseph Malègue, Pierres noires, Les classes moyennes du salut, Ad Solem, Paris, 2018.

Lors d'une homélie, le pape François évoquait un auteur français utilisant l'expression « classes moyennes de la sainteté ». Il y a les saints de tous les jours, les saints « cachés », comme le disait un auteur français. Cet auteur est sans doute Joseph Malègue et il faut faire droit au génie de son œuvre dans laquelle on trouve le bien – le plus – connu « Augustin ou le maître est là ». La littérature, chez Malègue, permet de faire découvrir ce que peut être une sainteté de tous les jours ou, pour revenir plus précisément aux termes utilisés par l'auteur, une classe moyenne du salut. Le présent ouvrage sorti chez Spes en 1958 est en fait une trilogie tirée de ce que Malègue en avait déjà achevé et de ce qu'il n'avait que projeté avant sa mort. Le roman permet de se figurer, à travers différents personnages, ce que peut être la sainteté dans une région déchristianisée. Malègue montre la religion dans une société et son ordre établi quand il y a aussi, à côté de ce qu'un Bergson aurait décrit comme statique, une aspiration plus haute à suivre l'idéal évangélique. Le premier étage explique, légitime et sanctifie le rez-de-chaussée, dit quelque part un personnage. Sans que cela ne discrédite la vie du plus grand nombre sans doute repris dans la classe moyenne. L'exemple d'un petit village d'Auvergne, Peyrenère, dans ce qu'il a de typique, décrit la sécularisation par l'opposition entre le village d'en-haut avec les notables – comprenant aussi des figures d'Eglise – et puis le progrès de l'industrie et l'essor de la laïcité dans le village d'en bas. La forme du roman redit bien que Dieu s'est incarné pour sauver des personnes dont on découvre une histoire au sein d'une société qui semble suivre ses propres lois. Malègue nous aide à dire qu'une telle description oublie quelque chose si un supplément d'humanité ne puise pas à l'amour de Jésus montré sur le Calvaire et aux témoignages de ceux qui ont voulu prendre leur croix pour servir leurs frères. La préface d'Henry Bousquet de l'édition de 1958 est précédée de celle de José Fontaine très éclairante pour entrer dans la lecture et pour dire de Malègue l'importance de sa place dans la littérature chrétienne.

Satan accuse

José Luis Sicre Diaz, Satan accuse, Le procès des évangélistes, traduction de Ivan Murovec, Fidélité, Namur, 2017.

Pourquoi des divergences, voire des contradictions entre des passages bibliques ? Le projet du livre est de donner une manière de lire plus intelligente, un point de vue qui resitue les trois évangiles synoptiques les uns par rapport aux autres. Plein d'humour, l'auteur met de la vie dans ce procès haut en couleur montrant l'à-propos des remarques et des récriminations de celui qui dit ne pas comprendre ou ne pas croire. Une manière agréable de revisiter les évangiles, de répondre aux différentes objections et d'éviter les pièges du fondamentalisme.

Vivants grâce à Dieu

François Odinet, Vivants grâce à Dieu, préface d'Enzo Bianchi, Novalis, Lumen Vitae, Namur, 2018.

Jésus commençait son témoignage en parlant d'une Bonne Nouvelle adressée aux pauvres. François Odinet ne fait pas que confirmer qu'elle soit adressée aux pauvres, il nous invite à l'entendre avec eux. Cet ouvrage se fait écho de partages bibliques vécus au sein de la Famille Bartimée, une association fondée près de Toulouse en 2011 par Nicole Vaissière. Comme y invite Wresinski qui nous disait que les pauvres ont quelque chose à nous apprendre, François Odinet cherche à mettre en résonance Parole de Dieu et paroles de personnes en situation de pauvreté et il tente ici de montrer des perspectives théologiques qui font le pont, notamment en puisant aux intuitions de la lectio divina telles que Guigues II le Chartreux les précise dans son Echelle des moines.

Paraboles mode d'emploi

Olivier Lebouteux, Paraboles mode d'emploi, préface de Thérèse et Antoine Leclerc, Fidélité, Namur, 2018.

En parlant de « mode d'emploi », l'auteur nous signale que le sens d'une parabole n'est pas entièrement perçu si la parabole n'est pas, d'une certaine manière, vécue, si elle n'est pas une leçon de vie. Chaque texte est questionné, commenté et actualisé, puis le livre propose de puiser aux sources de l'Ancien Testament, des Pères de l’Église, avant d'explorer encore le sens d'un mot important du passage repris. Cet ouvrage est un superbe outil pour les groupes de lecture biblique. Les responsables des Equipes Notre-Dame pour la France, la Belgique et la Suisse, qui le préfacent le recommandent pour vivre une année en équipe.

Va-t-en, Satan !

Michel Farin, Va-t-en, Satan !, Vie Chrétienne, Paris, 2018.

A la lumière de l’Écriture et des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, l'auteur, jésuite et réalisateur, analyse le fonctionnement et l'emprise du père du mensonge, Satan, et démythifie le « péché originel ». Il reprend le récit de la Genèse en invitant à ne pas s'arrêter sur les images. « Ce qui se passe dans le cinéma peut servir de parabole pour évoquer ce que produit l'intervention du péché » : parmi tous les arbres du paradis, Adam et Eve n'en voient plus qu'un, se focalisant sur un seul fruit, ils font un arrêt sur image qui les fait sortir du film, c'est-à-dire de l'histoire de l'Alliance entre eux et le Créateur. Quand la confiance en la Parole qui donne sens est rompue, faut-il vraiment espérer trouver une explication qui vaille ? Le mystère du mal apparaît dans l'histoire quand l'Esprit fait lire les signes d'un manque de confiance à la Parole créatrice. Et le Christ nous presse à démasquer et à refuser le mensonge si nous reconnaissons sur la Croix son amour qui nous sauve.

Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?

Père Richard Veras, Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?, Magnificat, Paris, 2018.

Le titre de ce livre est la question d'un élève agacé à son professeur de religion, d'un agacement qui traduit une difficile quête de ce qui peut faire vivre. Bibliste et professeur au Séminaire de New York, l'auteur raconte dans une quête passionnante les chemins que Dieu prend pour se révéler à nous, comment sa présence peut être magnifiée par les disciples. Sa présence est toujours d'actualité quand des chrétiens se réunissent en son nom, quand nous croyons que c'est toujours son amour qui nous rassemble et nous fait vivre.

Ressources du christianisme

François Jullien, Ressources du christianisme, Mais sans y entrer par la foi, Edition de L'Herne, Paris, 2018.

Quelle place le christianisme a-t-il dans nos sociétés ? François Jullien, en philosophe, s’ouvre aux ressources du christianisme. Par ressources, il faut entendre qu'il reste toujours quelque chose du christianisme à découvrir. Croire, comme base d'une catégorie, marquerait trop vite un clivage entre croyant et non-croyant quand on perçoit le message de l'Evangile comme une ressource ouverte à tous. L'auteur évoque une « dé-coïncidence » qu'exprime la promesse de vie à celui qui, plutôt que s'attacher à sa vie, est prêt à s'en détacher. Suivant certains passages de l’évangile de Jean, on entend que le Verbe apporte une nouveauté véritable. Il ne donne pas de haïr ce monde pour un autre monde imaginé en palliant aux faiblesses du premier mais il donne à chacun, comme sujet, de ne pas être assimilé, de ne pas coïncider avec le monde et donc d'exister au sens vrai. Comme vérité, et même signe de contradiction, il apporte une nouveauté plus essentielle : plutôt qu'un nouveau parti, il défait la partialité des partis. Le christianisme se présente pour qui cherche comme lieu de ressources d'une existence véritable, ce n'est pas une tendance sectaire par rapport à un monde dont il faudrait se méfier. De quoi puiser aussi de reconnaître d'autres sujets dans une véritable altérité. La réserve exprimée dans le titre pourra interroger : « sans y entrer dans la foi » à propos du christianisme, n'est-ce pas le risque de rester à l'extérieur et de manquer l'essentiel ? Mais n'est-ce pas aussi une invitation à un regard autocritique pour le croyant convaincu ou une porte d'entrée accessible pour celui qui avoue manquer du don de la foi. Une interrogation philosophique du point de l'existence peut être salutaire pour se dire que peut-être la foi n'est pas ce que l'on pensait, qu'il y a des croyants qui se font illusion si dans le fond, leur vie n'en est pas éclairée. Si le christianisme est plein de ressources, il y a donc à puiser à la signification profonde des mots en gardant à l'esprit que le Seigneur est la Vérité mais qu'il est aussi la Vie.

Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret, Penser la foi chrétienne après René Girard, Ad Solem, Paris, 2018.

L'importance du mimétisme, le mécanisme du bouc émissaire sont deux aspects de la pensée de Girard qui ont renouvelé de vastes domaines des sciences humaines et sociales. La question qui sous-tend ce livre aborde la religion et la foi chrétienne en particulier quand on est sensible à sa théorie du sacré et son interprétation du message chrétien. On pense notamment à la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. L'auteur parle en confessant sa foi chrétienne, c'est-à-dire en proclamant la résurrection du Christ et en la prenant comme une lumière à laisser parler dans l'existence. Il a reconnu que la pensée de Girard ouvre un chemin privilégié pour réconcilier le regard du croyant et de l'observateur engagé. Girard a eu un rôle prophétique montrant le tragique de l'histoire et invitant avec insistance à une conversion à l'amour. Parfois trop pessimiste, il n'en reste pas moins une source pour éclairer le fonctionnement de nos institutions et la pertinence anthropologique de nos rites religieux.

Chanter pour Dieu

Grégory Turpin, Chanter pour Dieu, Le Passeur, Paris, 2017.

Jeune chanteur auteur, compositeur chrétien, Grégory Turpin témoigne ici de son idéal chrétien et du chemin de vie qu'il emprunte pour le rejoindre. Il ne peut vivre sans Dieu et témoigne de son intimité avec lui. Il veut coupler sa démarche artistique de chanteur avec un ministère de témoignage. Il répond à un appel, à une véritable vocation de témoin. Sa sensibilité, associée à sa foi profonde, ouvre des pistes pour l'évangélisation. Servir est pour lui un chemin d'accomplissement bien loin des schémas de carrière de star, dans une simplicité nécessaire pour rester serviteur de Dieu. A travers une captivante série d'avis sur divers sujets, on découvre une personne source pour penser le christianisme. Tout en simplicité, il puise à des racines solides et aide à discerner comment rejoindre l'homme ou la femme d'aujourd'hui. Il éclaire aussi sur ce que vivent les jeunes générations de chrétiens.

L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles

Xavier Dijon et Bernard De Plaen, L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles. Chronique d'un demi-siècle (1968-2018), Namur, Lessius, 2018.

Ce livre raconte l'histoire de l'Institut Théologique de Bruxelles, fondé en 1968, dans les années qui suivirent le concile, selon une méthode soucieuse d'organiser la théologie autour de l’Écriture Sainte. Le livre évoque comment l'institut a changé en s'ouvrant à un public qui a évolué des scolastiques jésuites aux membres d'autres congrégations, à des séminaristes, notamment des Parisiens du temps de Mgr Lustiger ou encore aux laïcs soucieux d'une solide formation chrétienne. Le deuxième chapitre expose les perspectives et la méthode d'enseignement pratiquée à l'IET. Cinquante ans d'une histoire qui illustre un service de la théologie, discours tendu entre Dieu et le monde.

Il a dressé sa tente parmi nous

Philippe Bacq, Il a dressé sa tente parmi nous. Lecture de l'évangile de Jean 1 – 13,35, Lumen Vitae, préface d'Ignace Berten, postface d'André Fossion, Éditions Jésuites, (Écritures en Pastorale, 4), Namur, 2018.

Philippe Bacq concevait une pastorale qui propose l’évangile et un regard évangélique sur la réalité.  Dans cet esprit, il s'est attelé à proposer un commentaire des évangiles. Atteint par un cancer et décédé en novembre 2016, il avait déjà rédigé des commentaires de Luc et de Marc. Lumen Vitae a décidé de publier le travail inachevé touchant les 13 premiers chapitres de l'évangile de Jean, le commentaire des 8 premiers étant déjà finalisé. Proche du texte, Philippe Bacq aide le lecteur à entendre le texte lui-même sans aller trop vite dans le jeu des interprétations et les reprises théologiques. Le livre reprend aussi l'homélie qu'André Fossion prononça au moment de dire adieu à cet exégète : elle est publiée en guise de postface pour saluer celui qui a bien souvent partagé toute la saveur perçue dans l’Écriture.

Lueurs dans l'histoire

Paul Valadier, Lueurs dans l'histoire. Revisiter l'idée de Providence, Salvator, Paris, 2017.

Assister aux efforts de l'humanité face à tout ce qui l'inquiète aujourd'hui pourrait faire douter d'une issue heureuse. Le livre de Valadier prend parti pour une vision positive même quand la planète et la civilisation sont malmenées. Ce n'est pas par utopisme, dans un manque de réalisme ou dans un refus d'être dérangé vraiment par ce qui serait le plus alarmant, que l'on peut encore aujourd'hui parler de Providence. C'est en philosophe croyant, en faisant se croiser les apports de la philosophie et de la théologie. Et Valadier fait ainsi entrer dans une intelligence renouvelée de notre situation, en montrant le rôle d'une sagesse qui prend la mesure de ce qui se cache dans l'actualité, pour réapprendre à lire les signes des temps. Il n'est pas évident de prétendre que Dieu est maître des temps en se faisant l'interprète de sa volonté. Et à viser un ordre moral idéal, comme aurait dit Nietzsche, le chercheur de sens risque bien d'être découragé et d'éprouver sa propre vanité à chercher à se réaliser dans une cause illusoire. Le providentialisme consiste à postuler un sens. La Bible donne une perspective en orientant les regards vers un A-venir promis et attendu. La fidélité à un Dieu qui veille sur nous comme un Père invite en retour à une vigilance. Elle invite aussi à une sagesse qui n'élève pas au niveau utopique de la nécessité d'un dénouement heureux, mais rend plus accueillant aux appels, aux invitations, aux rendez-vous d'un Dieu qui nous veut assez libres pour y répondre.

Heurs et malheurs de l'autorité

Henri Madelin, Heurs et malheurs de l'autorité ; Entretiens avec Yohan Picquart, Lessius, (Au singulier, 38), Namur, 2018.

Dans ce livre d'entretiens, Henri Madelin cherche à éclairer ce qu'est l'autorité, à bien la distinguer du pouvoir. Henri Madelin a été à la frontière du politique et du religieux. Il a été conseiller d'hommes politiques influents, il a eu des charges importantes au sein de la compagnie de Jésus, il a été aumônier du Mouvement Chrétien des Cadres. L'autorité n'est pas le pouvoir. Il est bon de le rappeler et de percevoir ce qui donne l'autorité dans un temps où elle semble souvent en crise.

Trop envie de le dire

Charles Delhez, Trop envie de le dire, préface de Jacques Franck, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre reprend des chroniques du Père Charles Delhez publiées depuis 2010 dans différents médias et regroupés par thématique. Il en va de notre monde, de notre société et surtout de la lumière qui peut l'éclairer avec pertinence. Coller à la vie quotidienne, puiser à la source d'amour que les croyants reconnaissent en Dieu contribue à cet éclairage et on apprécie l'expression toujours affinée de Charles Delhez et sa manière de faire se conjuguer avec équilibre le réalisme et la foi.

Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile

Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile. PUF, Paris, 2017.

La vie de Péguy est double. Il y a celle qu'il vécut au sein des Cahiers de la Quinzaine, sous l'emprise du devoir et de l'Affaire Dreyfus. Mais il y a aussi une autre vie, heureuse mais virtuelle, qu'il n'a pu accomplir et qui a surgi comme malgré lui dans son écriture : une vie vouée à la philosophie. L'ambition de ce livre est de fournir à la philosophie de Péguy l'appareil capable de manifester le plus fidèlement possible le profond ordre intérieur qui tient ensemble tout ce « fatras » de textes qui ont jailli génialement de sa plume. Qu'il soit philosophe, fondamentalement, c'est le point où s'articulent ses différents profils souvent difficiles à concilier. La pensée de Péguy, c'est en même temps une méditation sur la révolution socialiste et une rumination de son échec, c'est ensuite  arbitrer un combat dans le monde entre culture et barbarie, quand le monde moderne a découronné des cultures anciennes en les inondant de sa barbarie. Sauver ces cultures anciennes était une de ses tâches pour retrouver des racines et que vive l'humanité. Riquier entend aussi se faire le témoin d'une immense confession que Péguy a livrée dans son œuvre, car il y apparaît une confession de sa foi catholique. C'est là que sa vie, comme un aboutissement et non comme un écart ou un rebroussement, est arrivée et ce fut pour comme une « promotion dans l'être ».

Ce que dit la Bible sur… la confiance

Patrick Laudet, Ce que dit la Bible sur la confiance, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur..., 25), Bruyères-le-Châtel, 2017

On manque souvent de confiance aujourd’hui. L’homme est dépassé par ce qu’il fait, par le cours des événements qu’il a cru bon devoir accélérer en prétendant faire plus. La précaution est de mise et même instituée en principe. Mais qu’en dit Dieu, qu’en dit la Bible ? La Parole de Dieu fait voir ce qui détruit la confiance originelle : c'est le mensonge. Quand le diable apparaît et insinue le soupçon, il crée la distance qui nuit à la confiance et bien sûr la distance avec Dieu. Mais Dieu est miséricorde, il veut préserver une vie qui soit vie avec lui. Dans la miséricorde qu’il donne, Dieu fait découvrir que la confiance redonnée est bien plus grande que la confiance donnée. Les prophètes le disent et aussi des poètes comme Péguy. Ce dernier évoque le repos dans le Seigneur et, concrètement, le sommeil du juste ou de l'homme de foi. Péguy, en porte-parole de Dieu, voit celui-ci plaindre ceux qui n’ont pas confiance en lui, qui n’en dorment plus, qui ne peuvent se reposer en lui. « Ils ont le courage de travailler ? Ils n’ont pas le courage de ne rien faire... Les malheureux, ils ne savent pas ce qui est bon. Ils gouvernent bien leurs affaires pendant le jour mais ils ne veulent m'en confier le gouvernement pendant la nuit. » Une image qui interpelle nos cœurs qui manquent de foi est celle du Christ qui dort dans la barque sur les flots agités. Si le monde est en tumulte, voilà bien un appel pour avoir davantage, comme lui, confiance dans le Père. 

Ce petit livre interpelle sur un thème vital de la vie spirituelle. Il offre un parcours biblique suffisamment représentatif, tout en restant celui d'un ouvrage d'accès facile. C'est bienvenu et c’est en même temps un appel à avancer sur nos chemins de foi.

Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia

Alain Mattheuws, Se préparer au mariage selon Amoris Laetitia, Parole et Silence, (Collège des Bernardins), 2016.

La pastorale familiale doit faire connaître par l'expérience que l’évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine, à sa dignité et à sa réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. Il ne s'agit pas seulement de présenter des normes mais de proposer des valeurs en répondant ainsi aux besoins que l'on constate aujourd'hui. Le ton de cette plaquette parue en 2016 est donné. Plaquette qui fait encore résonner des accents importants de l'exhortation post-synodale. Cela vaut en effet la peine de renouveler préparation et accompagnement des couples. Pour le monde d'aujourd'hui il est juste de faire goûter les choses plutôt que de saturer de messages trop abstraits. L'expérience fait dire qu'il faut viser une sorte d'initiation au sacrement du mariage. Si le pape parle bien d'une pastorale qui concerne non seulement l'avant mais aussi l'après du sacrement, cela doit attirer l'attention sur le besoin d'une véritable pastorale des familles dans les paroisses. 

Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale

Fabien Revol (dir.) Avec Laudato si’, devenir acteurs de l'écologie intégrale, Peuple libre, Lyon, 2017.

L'encyclique Laudato si’ apparaît nouvelle à bien des égards par rapport à l'enseignement de l’Église jusque-là. Il y a bien une continuité si l'on prend la question de la justice et l'option préférentielle pour les pauvres mais la manière de considérer la Création et de parler d'écologie marque un tournant. L'écologie n'est pas qu'un thème à la mode ; être gardien de la maison commune est une exigence qui découle de la foi. Le livre part d'un constat : les expériences d'un développement intégral en train d'éclore sont à partager largement pour une véritable conversion. Ce manuel présenté ici, fruit des travaux de trois collectifs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, peut stimuler d'autres expériences ailleurs. La première partie de l'ouvrage offre une relecture de l'encyclique. La deuxième partie offre des repères pour se donner comme objectif l'écologie intégrale, laquelle ne se contente pas de plaquer de l'écologie sur le modèle de croissance en cours. La nouveauté de François passe par un développement intégral qui demande une conversion tout autant spirituelle qu'écologique. L'ouvrage est très didactique et insiste sur la finalité d'une action toujours au service de l'homme et de sa dignité. 

La musique : un sacrement ?

Michel Steinmetz, La musique : un sacrement ? La médiation de la musique rituelle comme lieu théologique : une participation à l'épiphanie du mystère de l’Église, Parole et Silence, Paris, 2017.

La musique a, selon Vatican II, une fonction ministérielle dans la liturgie. Elle est un moyen : la recherche du beau ne suffit pas, elle doit s'intégrer dans la vie de la communauté, comme un service et l’acte de foi doit l'éclairer. La Parole ouvre à la louange et la musique en fait le chant qui allie texte et mélodie, connaissance et émotion. La Parole est souvent équivoque et la raison ne domine pas tout. Le rite, de nature symbolique, par des gestes symboliques, fait rejoindre le surnaturel. Une telle mise en présence de l'insaisissable, qui reste objet d'espérance, se vit aussi dans la musique qui transporte son auditeur pour ne rester présente que dans le cœur et la mémoire. Contribuant dans un ordre sacramentel, la musique a donc toute sa place dans la liturgie. Inscrivant l'action dans la profondeur de l'âme humaine, c’est l’homme tout entier qui y est engagé. Il faut ajouter ici que si le XIXe siècle a mis la subjectivité en évidence, la musique qu'appelle la liturgie suppose une dimension communautaire et même cosmique. Elle contribue dans le rite à un mouvement de communication entre les membres de l'assemblée et entre l'assemblée et le Christ. Ainsi, elle trouve vraiment place dans la liturgie. La musique, qui éveille l'émotion est aussi à relier au Logos, de sorte que la musique liturgique puisse aussi signifier la présence du Christ, Verbe incarné. Et c'est en effet son corps mystique qui le chante : le peuple de Dieu.

Grandir avec le Christ

Père Louis Pelletier, Grandir avec le Christ. La maturité spirituelle, Artège, Paris, 2017.

Que veut dire se convertir dans un monde où l'on remarquerait bien des signes d'immaturité ? Comment grandir avec le Christ, comment coopérer à l’œuvre de Rédemption du Christ dans un monde où beaucoup somnolent spirituellement parlant ? On ne peut meubler tout seul le vide spirituel par de petites compensations. L'auteur en appelle à sortir de la confusion entre la conscience morale et la conscience psychologique du bien que l’on peut faire. Il invite aussi et surtout à réaliser cette certitude qu'il y a un amour plus fort que le mal. Grandir signifie retrouver l'usage de nos facultés proprement spirituelles, être dans la réalité plutôt que dans les idées. Cela signifie pour le disciple du Christ : aimer ce qu'il fait plus que faire ce qu'il aime. La vie avec les autres, la vie dans la communauté de l’Église est aussi à redécouvrir pour faire ensemble ce chemin de conversion qui soit en même temps chemin avec le Christ. 

L'affrontement chrétien

Emmanuel Mounier, L'affrontement chrétien, présentation par Guy Coq, Parole et Silence, Paris, 2017. 

Que veut vraiment dire être chrétien ? Que signifie répondre à l'interpellation abrupte du Christ dans l’Évangile ? Dans l'affrontement chrétien, Mounier se montre proche de Péguy et Bernanos dans ce qu'ils ont de spirituels pour un questionnement radical. Parole et Silence réédite ce texte présenté comme une réfutation de Nietzsche mais qui est plutôt une manière pour Mounier de se laisser guider par Nietzche pour aller plus loin dans l'analyse d'une dégénérescence du christianisme. S'y fait entendre un appel prophétique que les croyants d'aujourd'hui trouveront exigeant mais indispensable. 

Brève apologie pour un moment catholique

Jean-Luc Marion, Brève apologie pour un moment catholique, Grasset, Paris, 2017.

Posant la question d'un avenir catholique en France, parlant de laïcité et de séparation, le philosophe qu'est Marion offre une pensée stimulante revenant sur un régime qui garantit qu'il n'y ait pas de religion d'Etat. Il précise aussi que la source de l'éthique ne doit pas assimiler le bien ou le vrai à des abstractions que l'on serait en droit d'évaluer. La communion et le bien commun, expérience que l'on en fait, sont donc à faire valoir autrement que dans un projet politique qui viserait la croissance de certains critères. Il faut sans doute pour cela revoir ce que signifient le pouvoir politique et l'autorité au service de la communion qui devrait l'éclairer. 

Les divorcés remariés peuvent-ils communier ?

Ignace Berten, Les divorcés remariés peuvent-ils communier ? Enjeux ecclésiaux autour du Synode sur la famille et d'Amoris laetitia, Lessius, (La Part-Dieu, 31), Namur, 2017.

Ce livre se veut révélateur des tensions entre différentes positions dans l'Eglise à propos de la discipline sacramentaire visant les divorcés remariés. Comme le sous-titre l'indique, il commente la crise qui entoure différentes réactions au style pastoral novateur du pape François. L'auteur situe les tenants des options que l'on pourrait caricaturer comme doctrine et vérité, d'un côté, comme regard réaliste sur la vie actuelle et miséricorde, de l'autre. Il critique une référence trop rigide à la doctrine alors que le discernement sur des cas particuliers, souvent difficiles, a souvent été source d'enrichissement pour l'intelligence pratique. Ignace Berten analyse la progression des débats aux deux sessions du synode et commente l'exhortation post-synodale. L'examen invite à réfléchir sur l'autorité magistérielle dans l’Église quand, dans Amoris laetitia, le pape François ne veut pas imposer son point de vue, mais se montre sensible aux exigences pastorales de la situation présente, où il ne s'agit pas non plus de condamner ceux qui insistent sur une pastorale plus rigoureuse. On en vient alors à se demander quel changement le ton d'Amoris laetitia représente alors qu'il ne remet pas en cause la discipline de Familiaris Consortio. Le souci de la cohérence entre discipline et doctrine est-il tenable avec le respect des personnes qui fait viser leur bien spirituel au-delà du jugement de leur situation ? Ignace Berten insiste sur le besoin d'un changement de la doctrine, d'une manière cohérente avec un changement de la discipline. Echapper au dilemme entre continuité et rupture suppose d'être prêt à une réforme par fidélité à ce qui est le plus essentiel. L'histoire dira si les crispations que ce genre de débats nourrit laisseront ouverte la possibilité de dire toujours mieux, à la lumière de la foi, la beauté de la famille et de l'engagement des époux dans un monde où il y a tant d'amours blessées.

Que penser de... la théorie du genre ?

Ignace Berten, Que penser de... la théorie du genre ?, Fidélité (que penser de... ?, 96), Namur, 2017.

Evoquer la question du genre fait vite entrer dans des polémiques dans les milieux catholiques. Depuis des discriminations liées à des rôles socialement définis jusqu'à la proposition d'une société qui éliminerait les différences liées à la condition sexuée, bien des points sensibles sont concernés. Berten fait rapidement le tour de quelques positions ecclésiales ou magistérielles visant l'idéologie du genre. Le dernier chapitre est le lieu de quelques remarques pour un discernement : entre la seule référence à la nature (donc à la biologie avec des cas plus délicats) et le libre choix de son genre, il faut trouver une anthropologie équilibrée. L'exigence d'un discours non discriminatoire pour les minorités n'impose pas de se persuader qu'on peut gommer des différences pourtant riches d'humanité.

Une morale souple mais non sans boussole

Alain Thomasset, Jean-Miguel Garrigues, Une morale souple mais non sans boussole. Répondre aux doutes des quatre cardinaux à propos d'Amoris laetitia, Cerf, préface de Christoph Schönborn, Paris, 2017.

L'exhortation post-synodale sur la famille, Amoris laetitia, a entraîné des réactions à l'encontre du pape François suspecté d'aller trop loin sans qu'il ne remette pourtant en cause l'enseignement de saint Jean-Paul II. L'insistance sur la miséricorde et l'invitation au discernement chère au jésuite qu'il est mineraient-elles la conformité à la doctrine ? Les doutes qu'ont exprimés quelques cardinaux rejoignent une certaine franche de catholiques soucieux d'une morale catholique intègre. Les auteurs de cet essai se complètent admirablement avec leur parcours et leur sensibilité respectifs. Jésuite et moraliste puisant à la philosophie de Ricœur, Alain Thomasset dialogue avec un dogmaticien et patrologue qui se tourne vers des sources plus anciennes et il y a une recherche de vérité à une profondeur qu'un seul point de vue ne peut atteindre. Dans une première partie de l'ouvrage, Thomasset entend mener un discernement quant à l'application des normes universelles aux cas singuliers. Il tient à rappeler que les normes et principes tels qu'on en trouve dans Veritatis Splendor, qui menait la chasse au relativisme, ne trouvent leur sens que dans la perspective du bien. Pas de relativisme pour qui cherche ainsi. Garrigues répond de manière similaire aux doutes des cardinaux en voulant lever les ambiguïtés que certains semblaient reconnaître dans les propos du pape François. Le discernement pastoral pour l'application à des cas particuliers d'une manière diffère sensiblement d'une réflexion sur la vérité comme Veritatis Splendor et cela ne signifie pas l'abandon de principes doctrinaux. Garrigues montre d'ailleurs comment la Tradition de l’Église, à partir de saint Thomas, a fait valoir la nuance entre un savoir théorique et un savoir pratique lequel doit prendre en compte la portée déterminante de l'inclination à un bien dans un choix libre. Il attire aussi l'attention sur le risque pour des théologiens d'une certaine sensibilité de s'approprier ce qui serait la doctrine de l’Église en s'efforçant de rejeter ce qui lui semble contraire alors qu'une approche de foi, attentive à la grâce, ne peut fonctionner par systématisations. Cela vaut la peine de rappeler une citation de Péguy qui évoque la morale souple donnant le titre à cet ouvrage : une morale raide n'est pas plus une morale qu'une morale souple qui, exige au contraire un constant renouvellement du cœur.

Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola

Pierre Gervais, Les quatre semaines des Exercices spirituels d'Ignace de Loyola, préface de Jean-Marie Hennaux, Lessius, (IET), Namur, 2017.

Pierre Gervais se fait le témoin que la clé herméneutique des Exercices spirituels est de les regarder de l'intérieur, en les vivant. Toute son attention va au texte même des Exercices pour montrer qu’il peut enseigner et guider le retraitant. Cette lecture embrasse les quatre semaines des Exercices, les mystères évangéliques et les règle de discernement qui éclairent le cheminement de la personne qui les fait.

Les premiers siècles jésuites

Philippe Lécrivain, Les premiers siècles jésuites. Jalons pour une histoire (1540-1814), Lessius, (Au singulier), Namur , 2017.

Philippe Lécrivain prolonge les recherches que John W. O'Malley avait entreprises avec son ouvrage sur les premiers jésuites. Le présent ouvrage montre comment le Compagnie de Jésus fut présente dans les différents continents en couvrant les périodes qui vont jusqu'à son rétablissement en 1814. Parce qu'ils sont bien du monde, les jésuites rencontrés par cette étude vont nous faire entrer dans les débats qu'ils ont animés, ils nous font découvrir les milieux auxquels ils ont été confrontés, et les peuples où ils ont été envoyés.

Le Dieu qui tient parole

Ramon Martinez de Pison, Le Dieu qui tient parole. Petite histoire du salut pour aujourd'hui ; Mediaspaul, 2017.

Faire de la théologie peut effrayer pas mal de croyants. Pourtant, l'enjeu est important. Comment se passer d'une recherche sur ce qui relie à Dieu si on veut enrichir sa foi ? Dans un monde où la qualité de la communication est à surveiller pour dépasser le risque de l'individualisme, l’auteur nous invite à mesurer tout ce qu'implique notre conception d'un Dieu dont la Parole est créatrice, initiatrice d'alliance, libératrice, prophétique, d'un Dieu dont la Parole s'est faite chair en Jésus. Il faut aussi mesurer que la parole ne reçoit pas toujours l'accueil nécessaire dans les conditions de vie actuelle. Le livre aidera à nourrir des croyants en recherche.

Thomisme et théologie moderne

Sylvio Hermann de Franceshi, Thomisme et théologie moderne. L'école de saint Thomas à l'épreuve de la querelle de la grâce (XVIIe siècle – XVIIIe siècle), Artège – Lethielleux, (Sed Contra) Paris, 2017.

L'auteur est un des meilleurs historiens des idées religieuses à l'époque moderne. Il nous fait découvrir la rivalité et les débats qui existaient entre différentes écoles et l'ouvrage fait comprendre l'importance de la tradition et les conditions pour faire partie des disciples de saint Thomas. Un thomiste était souvent identifié par le désir profond d'accueillir la doctrine du docteur Angélique et la volonté de la diffuser, mais pas toujours en ayant tous les moyens pour s'approprier les données des discussions. Le point qui permettait de voir un disciple de Thomas d'Aquin était souvent le débat sur la grâce et la prédestination. Le parcours dans les débats des grandes écoles (jésuites, dominicains, augustiniens...) permet de revoir l'analyse de l'agir humain quand la grâce vient soutenir la volonté sans qu'elle ne force la liberté.

La prière du Notre Père. Un regard renouvelé

Conférence des évêques de France, La prière du Notre Père. Un regard renouvelé, Paris, Bayard-Cerf-Mame, 2017.

A l’occasion de l’introduction en Avent 2017 de la nouvelle traduction du Notre Père (« Ne nous laisse pas entrer en tentation… ») dans les diocèses de France, huit évêques proposent un « regard renouvelé », chacun assurant le commentaire d’une des huit demandes. Ces commentaires s’enracinent dans le donné biblique, Ancien Testament compris. Ils évoquent les tâches pastorales de l’Église d’aujourd’hui et les situations contemporaines (faim dans le monde, conflits meurtriers, difficulté de pardonner, etc.).
Mgr de Kérimel, en préface, souligne le double enjeu du Notre Père : grandir dans notre relation filiale envers Dieu et dans notre relation fraternelle. Bernadette Mélois (« Magnificat ») situe le Notre Père dans l’Écriture, dans l’eucharistie et dans la liturgie des Heures. En finale, un article traite de la lectio divina et un autre de la relation fraternelle (« Un père avait deux fils »). Il n’est pas toujours facile de vivre avec des frères et sœurs que nous n’avons pas choisis, soit au plan familial, soit dans la communauté chrétienne. Cette relation se situe entre communion et altérité.
La prière du Notre Père est tellement familière qu’elle peut en devenir routinière. Parfois, elle semble trop rude, notamment lorsqu’on n’est pas prêt à pardonner. Ce petit livre à recommander peut nous aider à un « regard renouvelé » sur Celui qui nous est le plus proche, tout en étant le Créateur de toutes choses. Il peut servir à la méditation personnelle, pour un partage entre chrétiens, pour la prédication dominicale ou lors d’une récollection.

André Haquin

Jésus. L’encyclopédie

Joseph Doré (dir.) et Christine Pedotti (coord.), Jésus. L’encyclopédie, Paris, Albin Michel, 2017.

Ancien doyen de la Faculté de théologie de Paris et ancien archevêque de Strasbourg, Jospeh Doré avec environ 70 auteurs propose une véritable « encyclopédie » concernant le Jésus de l’histoire. Cette « synthèse » est destinée aux chrétiens et aux croyants d’autres religions, ainsi qu’aux non croyants. L’évangile choisi comme fil conducteur est celui de Luc dont le « parcours » allant jusqu’à l’Ascension est le plus complet. Les trois autres évangiles sont largement consultés ainsi que les lettres pauliniennes et johanniques.
Les 26 chapitres de l’ouvrage se distribuent en trois parties : les Commencements, la Vie publique, La Passion et la Résurrection. Chaque chapitre est construit de la même manière. Tout d’abord un « prologue narratif » (« On pourrait raconter les choses comme ceci »). Ensuite, la réflexion de fond et les éclairages sur des points précis. Enfin, des « contrepoints » rédigés par des personnalités de divers horizons et une « carte blanche » où un auteur exprime en toute liberté ce que les données exposées lui suggèrent.
L’encyclopédie s’enrichit d’environ 200 documents iconographiques allant des premiers siècles à nos jours. Un précieux Glossaire précise le sens des termes moins familiers. L’écriture de l’ouvrage est élégante et accessible. Le prédicateur y trouvera un éclairage autorisé sur la vie de Jésus et en tirera profit au fil de l’année liturgique, de même que les catéchistes et les responsables de cercles bibliques. Bref, ce précieux volume peut être pour chacun un « compagnon de route ».

André Haquin

Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple

Sous la direction de la Société Jean-Marie Vianney, Peuples de prêtres, prêtres pour le peuple, Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel : deux participations à l'unique sacrifice du Christ, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

Cet ouvrage reprend les actes d'un colloque tenu à Ars en janvier 2017 sur l'articulation entre les deux sacerdoces et veut ainsi mettre en lumière une complémentarité entre eux. La présentation montre que sacerdoce commun et sacerdoce ministériel sont des participations à l'unique sacerdoce du Christ qu'il faut lui aussi préciser par rapport aux prêtres de l'Ancien Testament. Le cardinal Ouellet, dans la première contribution, à propos du sacerdoce du Christ, évoque par là son identité profonde à relier à la théologie trinitaire, donc au rôle de l'Esprit Saint et par là à la communion ecclésiale. Cette pensée théologique systématique éveille à bien recevoir des recommandations des Pères, comme saint Jean Chrysostome évoqué par le Père Jacky Marsaux à propos de la participation du peuple dans la liturgie : «Pourquoi trouves-tu que le peuple soit associé au prêtre ? ... ne laissons pas tout retomber sur les prêtres mais nous également, ayons le même souci de toute l’Église, comme d'un corps qui nous est commun. » Le Père Sautereau, en canoniste, commente les interventions du Saint-Siège dans cette articulation prêtre-laïcs dans le contexte de crises qui ont suscité des mises au point. Jean-Paul II, pour répondre à la crise de prêtres minimisant la différence des deux sacerdoces, invitait ceux-ci à croire à leur propre mystère, ce qui est la première fidélité demandée à un prêtre. La question de la différence et de la complémentarité du sacerdoce commun et du sacerdoce ordonné peut rester délicate : les interventions permettent d'en donner une meilleure intelligence.

Europe et Israël : deux destins inaccomplis

David Meyer, Bernard Philippe, Europe et Israël : deux destins inaccomplis. Regards croisés entre un diplomate et un rabbin, Lessius, (l'Autre et les autres), Namur, 2017.

Des rencontres, le partage de convictions et une amitié entre David Meyer, rabbin professeur de littérature rabbinique, et Bernard Philippe, ancien fonctionnaire européen longtemps en poste au Proche-Orient, nourrissent ce livre. Il plaide pour la fécondité d'un tel dialogue pour parler de l'avenir d'Israël, ainsi que pour relire l'histoire et le projet de l'Europe en prenant en compte le genre de questions qui se posent pour Israël. Quand le discours d'un rabbin rejoint la politique non pas en se conformant à la pression de la communauté et sous le couvert des partis politiques au pouvoir, cela provoque et suscite une autre vision juive de l’État d'Israël. Si la théologie peut ainsi redonner un rôle particulier à Israël, cela pourrait faire comprendre que la pensée diplomatique ou politique est trop courte, si l'on pense l'Europe et le projet d'un vivre ensemble qui la concerne : à l'heure des flux de migrants et de réfugiés, il faudrait revenir à une dimension spirituelle des racines de l'Europe.

Les Pères de l’Église dans tous leurs états

Annie Wellens, Les Pères de l’Église dans tous leurs états. Goûter aujourd'hui le fruit de leurs vignes, Lessius, (au singulier), Namur, 2017.

Annie Wellens lit assidûment les Pères de l’Église depuis de longues années. Elle est cofondatrice de l'association Caritaspatrum qui organise des journées d'étude sur les Pères de l’Église. Elle donne ici le fruit de ses fréquentations, reprenant des interventions données devant des assemblées de spécialistes. Alors que les métiers du livre sont menacés par un appauvrissement croissant de la relation à l'écrit, il y a fort à penser que la découverte des Pères de l’Église vienne éclairer une critique de la lecture comme consommation d'un objet de divertissement. On se souviendra de l'admiration d'un Augustin quand il voit Ambroise, silencieux, absorbé par la lecture de l'Ecriture pour en mettre à jour le sens spirituel. Renvoyant à des maîtres spirituels au long des siècles, l'ouvrage d'Annie Wellens nous propose de les découvrir dans leurs écrits comme des compagnons pour notre route.

Contempler avec Victor Hugo

Véronique Dufief, Contempler avec Victor Hugo, Salvator, Paris, 2017.

Véronique Dufief nous invite à nous embarquer pour une traversée des œuvres de Victor Hugo. Selon le témoignage qu'elle en donne, une telle traversée permet à chacun de renouer avec l'aventure de son désir de vivre et d'aimer. Dans la préface de la Légende des siècles, Victor Hugo confesse qu'il a voulu &eacut, e;crire « une espèce d'hymne religieux à mille strophes, ayant dans ses entrailles une foi profonde et sur son sommet une haute prière. » Cette foi serait-elle une foi en la poésie, comme travail aux limites des capacités du langage ? Ce serait là une critique des pensées hypocrites d'une religion des forts grâce à un caractère précaire, ce terme étant à prendre dans sa signification originelle. Le discours poétique est fruit de la prière et donc permis par une puissance supérieure. Le programme d'un parcours poétique peut se vivre avec Victor Hugo comme chemin de conversion. On voit alors que la poésie laisse ouverte la question de Dieu mais ouvre largement le chemin vers l'Autre qui commence après le deuil spirituel de l'ego destitué de ses illusions narcissiques. Pour connaître, il faut s'ignorer et accepter que l'approche de l'Autre et de son mystère demande d'être disposé à se laisser connaître par ce que l'on cherche à découvrir.

Pour une alternative catholique

Jean-Noël Dumont, Pour une alternative catholique, suivi de trois études sur Montalambert, Péguy et Cavanaugh, Cerf, 2017.

Dans cet ouvrage, Dumont aborde la communion eucharistique, dans la lignée du théologien américain William Cavanaugh. L'essai est à classer dans une théologie politique, ce qui n'a rien à voir av, ec une théocratie mais ouvre plutôt sur un débat dans un espace public que l'on croirait devoir neutraliser alors que se presse à sa porte une diversité de cultures et de convictions. Il ne faudrait pas faire taire les religions, nous dit-il, mais leur donner la parole. Utopie ? Faire l’Église, c'est laisser parler un agir politique à même de renouveler la communion, l'hospitalité, l'alliance. Le livre l'explique et en communique la conviction.

On ne naît pas chrétien, on le devient

Michelina Tenace, On ne naît pas chrétien, on le devient, Dogme et vie durant les trois premiers conciles, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Ce livre insiste sur une intuition : dogme et vie chrétienne se correspondent, la théologie est le reflet de la vie chrétienne du croyant, théologie et spiritualité constituent comme un miroir et cela vaut la peine de réfléchir aux liens qui existent entre les contenus de la foi et l'acte par lequel on croit à un moment précis. La vie chrétienne n'est pas seulement dans les idées qui font concevoir qui est Jésus-Christ ou ce qu'il faut penser du salut. Elle suppose un engagement qui se mesure avec ce que l'homme mesure concrètement d'un itinéraire spirituel qui est de vivre en baptisé. Comme Michelina Tenace le dit à propos de saint Antoine, cela est une garantie contre les risques de dualisme. Fréquenter les Pères de l’Église est à ce point de vue particulièrement riche et l'auteur s'en fait le porte-parole : ils transmettaient la vie comme vérité de foi et comme style de vie.  

50 ans après le Concile, quelles tâches pour la théologie ?

Christoph Böttinger, René Dausner, Mathijs Lamberigts, Gilles Routhier, Pedro Rubens, Ferreira Oliveira, Christoph Theobald, 50 ans après le Concile, quelles tâches pour la théologie ? Diagnostics et délibérations de théologiens du monde entier, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Pour fêter le cinquantième anniversaire de Vatican II, cinq grands congrès intercontinentaux ont eu lieu entre 2012 et 2015 : à Modène, à Bangalore, à Boston, à Munich et à Paris. Ces organisations, avec leurs lots de conférences et de communications, étaient également des rencontres qui ont adopté un style résolument délibératif. La théologie peut s'exercer dans le dialogue des expertises respectives, ouvrant ainsi à une intelligence collective. Cet ouvrage reprend les déclarations finales des congrès de Munich et de Paris. La réflexion au congrès de Munich insista sur les tâches qui attendent la théologie catholique (en particulier dans le monde germanophone) au XXIe siècle et elle est reprise sous le titre « Réflexions sur la théologie et l’Église 50 ans après le Concile Vatican II. » Karl Rahner déclara à la clôture du Concile, en 1965, qu'il faudrait beaucoup de temps pour que l’Église devienne l’Église du Concile. Reprendre aujourd'hui des pistes de réflexion comme les axes du dialogue avec le monde et avec les autres religions convoque les représentants de toutes les disciplines théologiques à évaluer la pertinence du Concile dans les conditions actuelles de réception. Le congrès de Paris est repris sous le titre « Cinquante ans après le concile, des théologiens du monde délibèrent. » Une bonne centaine de théologiens, de chercheurs de l'intelligence de la foi chrétienne y sont entrés dans un processus de délibération, prêtant attention à la rencontre de l’Évangile avec les cultures contemporaines pour veiller ainsi à la mission de l’Église aujourd'hui et demain. Les conclusions évoquent la position de la théologie au sein de l’Église et pas seulement dans les facultés universitaires, en prenant particulièrement en compte la dimension communautaire de l’Église et le discernement que cela peut susciter quant à sa mission dans le monde d'aujourd'hui. 

Joseph Cardijn

Claire Van Leeuw, Joseph Cardijn, Au nom des jeunes ouvriers, Fidélité, préface d'Etienne Grieu, Namur, 2017. 

Claire Van Leeuw est historienne de formation. Pour les recherches qui allaient nourrir cet ouvrage, elle a tenu à partir des archives et des textes de Joseph Cardijn. Dans le contexte de la fin du XIXe siècle, le jeune Joseph Cardijn a ressenti cruellement le fossé qui se creusa quand il put, grâce aux sacrifices de ses parents, rejoindre le petit Séminaire de Malines et progresser ainsi vers le sacerdoce. Comme si, aux dires de ses anciens camarades devenus travailleurs, il avait rejoint le camp des riches. C'est dire la distance d'alors entre le monde ouvrier et l’Église. Cardijn ne cessa de vouloir apporter la Bonne Nouvelle vers les milieux populaires. Ces efforts purent se montrer en rivalité avec les mouvements de gauche. Il ne voulut pas faire de politique, encourageant les laïcs à exercer leurs responsabilités en ce domaine, mais il est certain qu'il mit en route avec les mouvements d'action catholique et en particulier la Jeunesse Ouvrière Chrétienne une dynamique qui eut son impact sur la société de l'époque. Il était très soucieux de la formation : il confia un jour  qu'un homme qui ne cherche plus est un homme mort. Il travailla des thématiques comme la question sociale, le rôle social de l’Église, le mouvement ouvrier et syndical, les coopératives, avec la méthode résumée par les trois verbes « voir, juger, agir » qui pointe vers un agir qui s'en trouve éclairé. Les papes ont soutenu son action auprès des populations ouvrières. Il était proche de Jean XXIII et osa lui souffler qu'il conviendrait bien d’écrire quelque chose pour fêter les 70 ans de Rerum Novarum car il était temps que l’Église parle du travail. A la demande du pape, il confia des pages de réflexion sur la question qui ont été prises en compte pour la publication de Mater et Magistra en 1961, encyclique qui trace le projet d'une société fondée sur l'amour et le respect de tout homme. Cinquante ans après le décès de Joseph Cardijn, il était important de faire découvrir ou redécouvrir l'itinéraire de cet homme dont l'action a marqué la vie de plusieurs générations. Ce livre nous en offre la possibilité. 

De quoi avons-nous peur ?

Michel Cool, De quoi avons-nous peur ? Désarmons-nous, Salvator, Paris, 2017.

Michel Cool, journaliste, suit un itinéraire spirituel qu'il avait commencé à tracer dans Conversion au silence. Itinéraire spirituel d'un journaliste paru chez Salvator en 2010. Depuis il confesse être habité par des peurs, en particulier lorsqu'elles sont nourries par des événements comme les attentats perpétrés dans la mouvance de l'islamisme. Il évoque la figure du Père Hamel, prêtre à Saint-Etienne-du-Rouvray, qui mourut en martyr. Il lui demande dans sa prière de désarmer la part de lui qui réclame justice et vengeance. La démarche de non-violence vécue comme on le peut dans une vie de prière, c'est préserver une place en soi pour Dieu que les réflexes de survie ou de riposte peuvent retrancher. Michel Cool évoque différentes peurs qui menacent l'esprit de foi. Peur de la violence qui rejoint la peur de l'islam dans le contexte de différents événements qui ont touché la France et l'Europe récemment. Il y a aussi une peur de l'ouverture et une peur du silence. La première est importante pour que l’Église puisse, comme le demande le pape François, aller aux périphéries plutôt que de céder à des tendances sectaires ou identitaires. A propos d'une peur du silence, Michel Cool nous livre un témoignage personnel qui insiste sur l'importance d'un silence pour échapper aux bruits extérieurs et aux bruits intérieurs comme autant de nuisances de l'esprit qui peuvent nous asservir. Pour dépasser les peurs qui peuvent nous gagner, il nous propose quelques prières à adresser à Dieu qui peut nous faire dépasser nos peurs. 

Accompagner les jeunes adultes

Sylvain Cariou-Charton, Accompagner les jeunes adultes, 7 Jésuites témoignent, Lessius, Namur, 2017. 

Ce livre est une contribution à la réflexion sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, thème d'un prochain synode des évêques pour lequel une enquête préparatoire a été lancée. La contribution se veut selon une voie jésuite contemporaine, dans le droit fil de l'héritage d'Ignace de Loyola, de François-Xavier et de Pierre Favre. Les contributions sont représentatives de diverses réalités d'aujourd'hui, prenant particulièrement en compte des éléments comme la dimension affective, les réseaux sociaux, la liturgie ou l'engagement auprès des pauvres. S'y exprime le désir de communiquer un feu ardent, dans un langage théologique adapté et par un accompagnement spirituel soucieux des personnes. 

Spiritualité du doute

Roger Dewandeler, Spiritualité du doute, Préface d'André Gounelle, Lessius, (Donner Raison), Namur, 2017. 

Il y a un danger à ne pas se remettre en question mais le doute comme tel porte une dimension négative. Aujourd'hui, dans une civilisation qui est comme formatée par le doute, celui-ci a pourtant quelque chose de positif. Il est intéressant de retracer l'histoire de l'humanité sous ce point de vue. On pense au doute méthodique de Descartes et aux herméneutiques du soupçon (Feuerbach, Marx, Freud et Nietzsche). Le livre met aussi en évidence une spiritualité du doute à partir de personnages bibliques comme Jacob, Job et Thomas. Il s'agit encore de prendre le doute comme un élément bien présent de la personne qui se trouve appelée à un acte de foi, comme une sorte de risque lié à notre perfectibilité.

La fabrique de l'intime

Jacques Arènes, La fabrique de l'intime. Le couple, le sexe et l'enfant, Cerf, Paris, 2017.

L'auteur, psychologue clinicien et psychanalyste, est professeur à l'Institut Catholique de Paris. Il s'appuie sur son expérience de psychologue et de psychanalyste et sur sa fine connaissance de la culture contemporaine pour aborder ce que veut dire faire couple au XXIe siècle. La liberté individuelle est une donnée majeure et la construction d'une vie commune doit la prendre en compte, ainsi que l'exigence de l'épanouissement personnel. On y rencontre parfois une sorte de scepticisme inavoué dont il n'est pas aisé de s'extraire. On imagine pourtant combien il est important que le couple soit un lieu de reconnaissance mutuelle même si cette reconnaissance peut avoir le prix d'un véritable travail voire parfois d'une véritable lutte. Le parcours se veut souvent assez concret par des exemples et permet de bien mesurer toute l'ampleur des défis qui se posent aux couples aujourd'hui.

Le massacre de l'innocent

Michel Farin, Le massacre de l'innocent, Editions Vie Chrétienne, Paris, 20, 17.

Michel Farin est jésuite. Réalisateur, il a animé de nombreuses années l'émission Le jour du Seigneur. Ses réflexions en matière de média sont judicieuses. A travers le triste spectacle des enfants qui sont tués, comme si le massacre des innocents rapporté par saint Matthieu se prolongeait, il élabore une réflexion qui dit à l’œuvre un ennemi de l'humanité. Les textes bibliques permettent de viser les mécanismes en présence pour ce genre de massacre ou de persécutions qui se présentent lorsque l'esprit de puissance prend le pas en l'homme sur l'Esprit créateur que le Seigneur lui propose. L'enjeu est de taille : la paix, le refus de la violence dépendent d'un éclairage sur les mécanismes de la violence. Il s'agit de repérer les conditions qui font pencher l'homme vers la recherche de puissance pour trouver un signal d'alerte et le réveiller à ses devoirs comme celui du  respect envers le petit, envers la fragilité d'une vie. Le thème est important, et par l'allusion à la violence de notre monde, éminemment actuel.

De la vie spirituelle

Bruno Regent, De la vie spirituelle. Repères, Fidélité, Namur, 2017.

Un livre pour grandir en vie spirituelle grâce à quelques principes ou plutôt quelques clés, quelques repères, pour penser c'est-à-dire trouver de quoi éclairer ce que veut dire vivre les relations à soi, aux autres et à Dieu. La vie est ainsi relue à travers une trentaine de thèmes qui cernent l'essentiel. Chaque thème se termine par l'une ou l'autre question ou invitation à une mise en exercice ainsi que par quelques références bibliques. Un guide précieux pour donner des bases de discernement, pour nourrir la parole sur la vie intérieure.

Vous avez dit "pastorale"?

Gaston Pietri, Vous avez dit « pastorale » ? Dire Dieu aux femmes et aux hommes de ce temps, Mediaspaul, Paris, 2017.

Gaston Pietri, prêtre, ancien secrétaire adjoint à la conférence épiscopale de France, entend éclairer la pastorale pour les hommes et les femmes de ce temps. La réflexion sur l'intelligence de la foi évoque les « lieux » théologiques que sont l’Écriture et la Tradition de l’Église mais il ajoute l'actualité : il faut saisir les tournants de l'histoire, repérer en écoutant à la fois la Parole de Dieu et la parole des hommes, que la question de la foi n'est plus seulement une manière de pouvoir répondre, comme dans un catéchisme, à des questions fabriquées à la mesure des réponses. Car il s'agit d'accompagner des sujets avec leurs motivations propres, avec ce qui les traverse et les structure dans une adhésion personnelle qui n'est plus du tout une conformité à une prise de la chrétienté sur une réalité sociale. Le livre abonde en formules claires et perspicaces pour cerner les voies que la pastorale peut emprunter. Il fait allusion à bien des références bibliques et cherche aussi à expliciter ce que sera une Église lieu de rencontre, une Église qui, pour son existence propre, mise sur un « autrement » des rapports humains selon la Bonne Nouvelle du Christ.

Peuple et Maison de Dieu dans l'ecclésiologie de saint Augustin

Joseph Ratzinger, Peuple et Maison de Dieu dans l'ecclésiologie de saint Augustin, Artège – Lethielleux, (Sed contra), traduction de l'allemand par Eric Iborra, Paris, 2017.

Cet ouvrage est la thèse de Joseph Ratzinger soutenue en 1951 à la faculté de théologie de l'Université de Munich. Elle fut publiée en allemand pour la première fois en 1954. Le théologien Gottlieb Söhngen qui dirigeait la thèse pensait que son élève mettrait davantage en évidence la notion de peuple de Dieu. Mais Ratzinger fit valoir que la perspective était plus vaste et que la réflexion sur l’Église devait s'articuler avec des dimensions christologique, eucharistique et pneumatologique. Une force de cet ouvrage tient à la capacité de son auteur d'équilibrer historicisation et actualisation : il parvient d'une part à exprimer les idées clairement en lien avec leur contexte historique. D'autre part, il met en évidence ce qu'un auteur ancien tel que saint Augustin peut avoir de stimulant pour la pensée aujourd'hui. Le travail met en évidence, avec la notion de peuple, le risque d'une lecture sociologique portée par un traitement médiatique surtout dans le bain de la remise en cause de la hiérarchie. Dans sa lecture attentive des Pères, Ratzinger repère que l’Église apparaît chez Augustin, parce que l'unité de l’Église vient de l'amour qui est Dieu, comme un lieu où l'homme vit de la vie de Dieu qu'est l'amour, la caritas. Le futur pape doit aussi éclairer les interprétations possibles de la Civitas Dei. La présence de Dieu-amour est fondement de l'unité des hommes en lui. Cet ouvrage est remarquable de clarté et de rigueur ; il invite à une découverte passionnante des articulations de la pensée d'Augustin dans ce qu'elle peut avoir de fécond pour comprendre l’Église.

Dieu caché, Dieu révélé

Colette Kessler, Dieu caché, Dieu révélé. Essais sur le judaïsme, préface du rabbin Daniel Farhi , postfaces de Marguerite Léna et de Sœur Marie-Louise Niesz, Parole et Silence, Paris, 2017.

La notion de révélation présente sans doute des différences suivant qu'on se situe dans la tradition juive et dans le christianisme. Mais ce livre, qui reprend des écrits de Colette Kessler, donne la conviction que le jeu entre caché et révélé qui sous-tend l'ouverture à la présence divine dans le judaïsme peut être fécond pour revoir ensuite la vie chrétienne selon ce qu'elle donne à voir de Dieu et ce qu'elle accueille comme manifesté du Dieu invisible. On trouve dans ce livre paru chez Parole et Silence nombre d'enseignements destinés à un public chrétien, notamment dans un essai intitulé Dieu caché, Dieu révélé dans le judaïsme reprenant un enseignement que Colette Kessler a donné aux Sœurs de l'Epiphanie de Peyremale. On trouve aussi un magnifique témoignage d'une présence à Dieu dans les fêtes juives qui le célèbrent et réactualisent son action ainsi que dans une vie qui se rend attentive à Lui en scrutant la loi, les prophètes et les psaumes. Qu'il y ait révélation ne veut pas dire qu'il ne faut pas encore et toujours chercher Dieu. Est ainsi lancée une invitation à étudier les textes, à y trouver de quoi renouveler l'attention à Celui qui s'y dit.

Saint Nicolas de Flue

Charles Journet, Saint Nicolas de Flue, Ad Solem, postface du frère Alexis Helg, épilogue de l'abbé Jacques Rimes, Paris, 2017.

En Suisse, 2017 est l'occasion de fêter les 600 ans de la naissance du patron de la nation : Nicolas de Flue. Qui est Nicolas de Flue ? Un paysan dans un canton montagneux d, u centre de la Suisse ; un homme impliqué en politique, chargé d'exercer la justice dans les différends qui opposent les hommes ; un soldat, au contact des passions qui déchirent la jeune nation suisse entre désir d'indépendance et conquête de nouvelles cités. Enfin et surtout, un époux, père de dix enfants, qui avec l'accord et le soutien spirituel de son épouse Dorothée, quitte le monde et se retire dans la solitude d'une vie d'ermite pour répondre à un appel de Dieu toujours plus fort.
L'homme impressionnait par sa recherche de Dieu et par son ascèse. On le considérait comme inspiré par Dieu et on venait donc le consulter au Ranft où il s'était retranché. Charles Journet, auteur spirituel très attaché à la figure du patron de la Suisse, nous en livre un portrait captivant soulignant les traits de la spiritualité de Bruder Klaus en témoin convainquant du rayonnement de ce saint.

Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez

Valérie Le Chevalier, Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez. Quelle place dans l’Église ? Lessius, (La Part-Dieu), préface de Christoph Theobald, Namur, 2017.

La réflexion menée dans ce livre pose une question , importante dans le contexte d'une moindre fréquentation des églises. Se situant parmi les « pratiquants », l’auteure réfléchit à la place dans l’Église des pratiquants occasionnels. Comment faire communauté quand l'attachement à la communauté et le ralliement à celle-ci ne semble pas de la même intensité ou quand le sens théologique de la communauté ne semble pas être manifesté dans le choix de la rejoindre ?
Une telle réflexion s'imposait.

Le transhumanisme

Xavier Dijon, Le transhumanisme, Fidélité, (Que penser de, 92), Namur, 2017.

Le transhumanisme est une nébuleuse où se retrouvent différentes tendances pas toujours d'accord entre elles. Certaines visent un progrès individuel, d'autres pensent davantage à une amélioration pour l'ensemble de l'humanité. Il s'agit donc d'avoir recours à la technologie pour permettre à l'être humain de faire reculer ses propres limites en modifiant son génome ou en couplant son cerveau avec l'ordinateur, en transformant ses cellules par des matériaux plus solides, ou d'autres démarches encore. Le rapport à la nature, dans le cas d'une prise en main de l'homme par lui-même, est profondément changé puisqu'on refuse certaines limites qu'il représente et qu'on ose certains dépassements. Au niveau théologique, on remarque alors que la liberté accordée par le Créateur à la créature revient pour celle-ci à prendre au moins en partie un rôle de créateur. Il s'agit d'une sorte de religion sans Dieu où la création n'est plus présidée par un Créateur et où le salut, ou ce qui est en reste, ou ce qui masque un réel salut, ne dépend plus de l'attente d'un Sauveur autre que la technique développée par l'homme. On y évoque peu ce qu'est l'esprit et le don que représente chaque personne est complètement ignoré. La condition humaine comprend la fragilité mais aussi une dignité qui ne suppose pas nécessairement d'éliminer cette fragilité : Xavier Dijon montre ainsi dans  quelques réflexions plus philosophiques que le transhumanisme refuse l'humanisme qui naît de la reconnaissance personnelle.

Mosaïca

Serge Théate, Mosaïca, Editions Lamiroy, Bruxelles, 2017.

Serge Théate, prêtre et bibliste, nous plonge dans le judaïsme, dans son histoire, sa culture, ses pratiques. Par cet ouvrage pédagogique, il nous aide à le comprendre et nous en découvre bien des richesses.

Colette Kessler

Marguerite Léna, Colette Kessler. Le passage de la gloire, préface de Mgr Jean-Marc Aveline, Publications Chemins de dialogue, Marseille, 2015.

Il est dit dans la deuxième épitre aux Corinthiens qu'un voile couvre le cœur des fils d'Israël qui lisent la loi de Moïse. Dans le chapitre 34 de l'Exode, il est aussi question d'un voile. Et ce voile semble délimiter des temps où la figure de Moïse paraît particulièrement lumineuse. Voilà qui peut alimenter le dialogue avec les enfants d'Israël et ceux qui ont reconnu le Seigneur Jésus. Marguerite Léna, philosophe et enseignante au collège des Bernardins, s'est liée d'amitié avec Colette Kessler et a voulu mettre en évidence l'expression juive de la recherche de Dieu de Kessler : celle-ci a souvent répondu à l'invitation de chrétiens désireux de mieux connaître le judaïsme et de progresser avec eux sur le chemin du dialogue. L'amitié entre les deux femmes a soutenu l'intérêt pour cette rencontre de deux traditions qui gagnent à reconnaître ce que la compréhension de l'autre peut apporter comme éclairage sur son propre chemin de foi. 

Fragments métaphysiques et mystiques

Dom Jean-Baptiste Porion, Fragments métaphysiques et mystiques, Ad Solem, Paris, 2017.

Tenir un recueil de citations de textes spirituels et parfois de notes personnelles de nature ascétique, mystique ou philosophique, fait partie de la tradition monastique. L'ouvrage présenté puise à cette tradition en choisissant des échanges de Dom Porion avec un autre chartreux. Les trésors de pensée glanés ici ont différentes origines, depuis le taoïsme jusqu'aux mystiques rhéno-flamands. L'auteur fait découvrir une attitude contemplative qui demande d'assimiler suffisamment les acquis pour rester tout entier en recherche de l'absolu. Une invitation à un voyage qui demande de se dépouiller de l'accessoire pour mieux rejoindre l'essentiel.

Jean-Jacques Olier

Bernard Pitaud, Jean-Jacques Olier (1608-1657), Lessius, (Au singulier, 33), Namur, 2017.

L'ouvrage présenté par Bernard Pitaud, historien, ancien provincial des Sulpiciens, présente de nombreux attraits. Cette biographie du fondateur des prêtres de Saint-Sulpice allie une grande rigueur dans le traitement de sources et une large ouverture à la dimension spirituelle. Elle apporte un grand éventail de textes en scrutant qui était Olier dans ses mémoires et dans sa correspondance. On comprend aussi comment des rencontres l'ont fait progresser dans un projet de vie spirituelle : ainsi Agnès de Langeac et Marie Rousseau, cette dame qui lui rapportait ce que le Seigneur lui donnait à contempler. Lui-même s'appliqua à regarder les événements de la vie dans une disposition de foi qui stimule son cheminement spirituel. Ce qui est à vivre présentement est une figure ou une image pour entrer dans le grand mystère, c'est-à-dire dans le don que le Seigneur nous fait en Jésus. Et en cela, il est invité à accueillir les dons que le Seigneur fait encore. Rédiger ses mémoires était un exercice auquel il s'appliqua en en percevant toute la fécondité : et ce fut tout bénéfice pour ceux qui pouvaient par cette œuvre devenir héritiers des biens dont y témoigne un homme qui a goûté à une riche vie spirituelle. L'histoire d'Olier permet aussi de réaliser les conditions dans lesquelles s'exerçait la pastorale d'alors, par les réflexions de celui qui voulait, par la création de séminaires, insuffler un souffle nouveau et un dynamisme apostolique.

Mon livre de prières

Lancelot Andrewes, Mon livre de prières, postface de T.S. Eliot, Ad Solem, Paris, 2017.

Lancelot Andrewes figure parmi les théologiens qui donnèrent à l’Église d'Angleterre sa base doctrinale ; il dirigea la commission qui édita la King James qui est la version autorisée de la Bible en anglais. Voici donc ses Preces Privatae – ses prières privées – qui le montrent homme de Dieu et humaniste.

Eloge de la direction spirituelle

Jean-Pierre Putois, Eloge de la direction spirituelle sous forme d'anthologie, édition revue et augmentée, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

A travers des morceaux choisis, ce livre est une présentation de cette grande tradition de direction spirituelle qui a, des siècles durant, illuminé la chrétienté. Cette édition reprend les éléments de la précédente (2001) maintenant épuisée en ajoutant des références scripturaires ainsi que des jalons pour l'ascension spirituelle : il est fait référence à la doctrine de saint Jean de la Croix symbolisant le Mo, nt de Perfection. Des jalons sont aussi pris dans les Exercices de saint Ignace de Loyola. Sont également traitées quelques questions importantes sur l'exercice de la direction spirituelle, sur l'équilibre qu'elle demande, sur son rôle dans un monde où l'on connaît aussi la place de la psychologie et de la psychanalyse.

Prier 15 jours avec le Curé d'Ars

Patrice Chocholski, Prier quinze jours avec le Curé d'Ars, Nouvelle Cité, (Prier 15 jours avec, 195), Bruyères-le-Châtel, 2017.

C'est l'actuel curé d'Ars, recteur du sanctuaire d'Ars depuis 2014, qui nous propose de laisser la figure de Jean-Marie Vianney nous accompagner dans la prière. Son cheminement entraînera beaucoup de ses contemporains. Mais aujourd'hui encore, le lecteur rencontrera et recevra pour l'accompagner un missionnaire qui annonce l'Evangile, un homme sensible aux conditions sociales, un homme de partage et bien sûr aussi un homme de la réconciliation.

Où es-tu ?

Jean-François Noel, Où es-tu ? Présence à soi, présence de Dieu, Salvator, Paris, 2017.

L'auteur est prêtre et psychanalyste. Il nous invite à un cheminement qui naît de la rencontre de la finitude et qui doit aller vers l'assurance que le Fils de Dieu vient plaider notre , cause. La religion n'est pas une consolation à des angoisses qui viennent de cette situation où l'homme semble s'être écarté de ce qu'il est. Pour que la finitude ne soit pas reçue comme un affront mortel, quand on quitte un discours trop optimiste qui n'a pas pris au sérieux la fragilité, il ne faut pas devenir ce qui nous fatigue. Peut-être plutôt devenir une question pour soi-même au sens où la parole pourra être le lieu d'une réponse qui ne peut venir sans prendre en compte l'épaisseur de l'humain. Il s'agit donc de découvrir où Dieu se trouve et où devrait être l'homme.

Urgences pastorales

Christoph Théobald, Urgences pastorales. Comprendre, partager, réformer, Bayard, Paris, 2017.

Jésuite, l'auteur est professeur de théologie fondamentale. Il avoue ainsi devoir s'armer de prudence et de modestie pour aborder des questions de pastorale. L'enracinement dans une expérience pastorale lui permet cependant de s'y engager. La modestie reste de mise pour comprendre pourquoi engager une réforme, sur quoi elle doit porter, comment la mettre en œuvre, et avant tout, où se trouve son enracinement. Il insiste sur la dimension spirituelle de cette réforme. Il ne faut pas se tromper de combat et s'il faut une pédagogie de la réforme à mettre en œuvre, sa compréhension suppose de développer une intelligence spirituelle de notre situation historique et il s'agit aussi de développer notre vie intérieure. Christoph Théobald propose cette pédagogie en trois temps : d'abord en posant un indispensable diagnostic sur nos sociétés et nos communautés. Le point central qui suivra met en évidence une conversion missionnaire avec l'expérience de foi qui rend cette transformation désirable. Enfin, il s'agira de prospecter, d'imaginer ce que devient l’Église et les chemins qu'elle va emprunter. Le théologien va puiser dans son expérience pastorale un goût pour une réflexion dans un domaine plus pratique. Ayant sondé les éléments fondamentaux de la doctrine chrétienne sous l'angle de la transmission, ayant aussi réfléchi à une pastorale d'engendrement qui permettrait de répondre à cette expérience chrétienne centrale qu'est la vocation, il refuse le pragmatisme qui voudrait répondre aux problèmes actuels sans penser plus fondamentalement la figure de l’Église.

Lueurs d'Apocalypse... (actes du colloque)

Joël Rochette, Dominique Lambert (éd.) Lueurs d'Apocalypse, imaginaire et recherches autour du manuscrit de Namur (XVIe siècle), Actes du colloque organisé par le Grand Séminaire de Namur les 19 et 20 février 2016, Lessius, Fidélité, Namur, 2017.

Le colloque dont voici les actes concerne le manuscrit appelé Apocalypse de Namur ou Namurcencis, œuvre d'un miniaturiste du XIVe siècle. Des chercheurs de différentes disciplines ont montré l'actualité du texte de l'Apocalypse. Des approches bibliques ou théologiques se mêlent ainsi à ce que la science peut décrire des menaces qui situent un sens fréquent du mot « apocalypse ». S'ajoute aussi une présentation experte de ce genre de manuscrit. Les illustrations réalisées à partir du manuscrit, par Guy Focant, sont aussi un plaisir pour les yeux.

L'urgence humaniste

Eric de Beukelaer, Baudoin Decharneux, L'urgence humaniste. Plaidoyer pour une renaissance, Renaissance du Livre, Waterloo, 2017.

Au cours de son histoire récente, l'humanité s'est trouvée plusieurs fois au bord de l'abîme. Le livre appelle à la lucidité. Par notre humanité, nous sommes tous, croyants, athées ou agnostiques, dans le même bateau. Et la ligne de démarcation entre les uns et les autres n'est pas si facile à établir. Ce plaidoyer pour une renaissance cherche donc à voir l'homme en quête de sens et de connaissance, dans les démarches où il est poussé par un désir et dans les discours où il se raconte. Il l'invite à se confronter à ce qui peut aujourd'hui le menacer, et à chercher un chemin qui se souvienne de ce qu'est son humanité. En écoutant les voix qui font se méfier des mirages ou celles qui invitent à s'ouvrir à l'émerveillement ? La lucidité demande sans doute dans bien des situations actuelles de prendre ces interpellations au sérieux pour un chemin où la raison n'exclura pas la spiritualité. Le livre s'inscrit dans l'action de la fondation. Ceci n'est pas une crise qui se donne différents objectifs d'action au niveau social.

Lire pour vivre

André Fossion, Jean-Paul Laurent, Lire pour vivre. Soixante-dix lectures de textes évangéliques, Lumen Vitae – Editions du CRER, Namur, Paris, 2016.

Le souhait des auteurs est de permettre au lecteur de ces passages évangéliques de devenir l'auteur d'un autre évangile écrit dans sa propre vie. Ils gardent pour cela à l'esprit la situation du monde présent et d'une culture en évolution dans lesquels les textes évangéliques conservent toute leur pertinence pour une grande diversité de situations. La manière dont les textes évangéliques se présentent est bien respectée. D'abord au sens d'une approche linguistique qui respecte la forme du texte mais aussi pour ce qui est du calendrier liturgique qui propose ces extraits durant l'année ; une table liturgique est d'ailleurs présente à la fin de l'ouvrage. Lisons pour vivre : laissons-nous rapprocher de Dieu quand il nous donne sa Parole et nous pourrons entrer en dialogue avec lui.

L'imitation de la bienheureuse Vierge Marie

Thomas A Kempis, L'imitation de la bienheureuse Vierge Marie, traduction, préface et commentaires par Célestin Albin de Cigala, Artège, Paris, 2017.

L'auteur est connu pour l'un des plus gros succès populaires de la littérature religieuse : l'imitation de Jésus-Christ. Le traducteur a repris de l’œuvre de Thomas A Kempis des passages entiers traitant de Marie, écrit dans la même forme poétique que l'imitation de Jésus-Christ qu'ils viennent ainsi compléter. Un livre facile d'accès qui n'avait pas connu d'édition grand public depuis plusieurs dizaines d'années.

L'Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique

Marie-Joseph Lagrange, l'Évangile de Jésus-Christ avec la synopse évangélique, Artège, Lethielleux, Paris, 2017.

Artège édite avec ce livre du Père Lagrange un livre qui s'inscrit dans le type des vies de Jésus-Christ. Mais le père dominicain en refusa la forme classique pour laisser davantage parler l’Évangile : même si l'ordre des faits pose un problème, il peut être plus fécond d'entendre les récits en cherchant à faire se rejoindre sur le fond le témoignage propre à chaque évangéliste. Se déploie ici une harmonie entre la foi ardente d'un priant et la connaissance d'un exégète. Dans cet accord, il concède que toute tentative de faire revivre Jésus s'efface devant la parole inspirée qui fait connaître et méditer la vie et l'enseignement de Jésus. L'édition originale date de 1928 mais cet ouvrage reste, même avec quelques marques du temps, une approche à la fois informée, historique et contemplative des évangiles.

Un jésuite en terre d'Islam

Christian Reille, Un jésuite en terre d'Islam. Autobiographie, préface de de Mgr Henri Tessier, post-face de Joseph Moingt, Lessius, (Au Singulier), Namur, 2017.

Cette autobiographie livre un riche aperçu de l'évolution de l'Algérie depuis les années 1970. Elle nous livre un témoignage sur la vie d'un chrétien dans un monde qui vit une autre foi. Dans les années qui suivirent Vatican II, le regard sur cette expérience a porté sur une manière de veiller à l'humanité des populations, au nom du Christ, même si cette dernière expression est très difficile à rendre explicite. Par contre, la vie en communauté de quelques j&e, acute;suites, leur présence missionnaire discr&egrave, ;te dans cette terre d'Islam a fait redécouvrir sa vocation au Père Reille : si c'est la présence d'une Église sans avenir, dans un contexte de tensions et de menaces, chacun doit chercher jour après jour à vivre à repenser sa vocation en prenant le Christ comme compagnon.

Dieu. Le désir de toute une vie

Denis Müller, Dieu. Le désir de toute une vie, Labor et Fides, Genève, 2016.

Au point de départ, l'auteur insiste sur le lien entre la vie et la réflexion intellectuelle. La preuve est donnée par cet essai où il allie récit personnel et références théologiques. Müller veut redonner une intelligibilité nouvelle au mot « Dieu ». Le désir de Dieu se confond avec le désir d'une compréhension de soi. Müller parvient aussi à contextualiser ce sens de la vie que l'homme se donne ou croit recevoir de Dieu. L'homme est en quête de Dieu mais ne peut en être la mesure. Un débat avec l'athéisme fait relire l'importance de cette recherche, m&ecir, c;me avec ce qu'une recherche critique fera relier à des données culturelles. Mais elle devra aussi se méfier des belles constructions intellectuelles sur le, mot « Dieu ». A relier la vie et la recherche sur Dieu, on doit traverser les ambiguïtés de l'existence, ce qui ne comporte pas de réponses évidentes mais plutôt des tensions à intégrer dans le fil de la recherche. De même qu'on ne peut parler de Dieu comme s'il était un objet indiscutable. Les articulations que demande une théologie trinitaire (Müller se réfère ici à Pannenberg) font sentir la richesse de cette réserve, car le Père, le Fils et l'Esprit demandent d'entrer dans un mouvement à vivre et à penser. Si Müller parle d'un pari en faisant allusion au pari de Pascal, il faut relier ce pari à ce à quoi aspire le cœur de l'homme. Il y a en lui un désir qui laisse pointer une transcendance qui peut se réfléchir dans l'immanence. C'est à vivre quand l'homme parie, au-delà des doutes, sur l'amour infini de Dieu.

Jésus avant les évangiles

Bart D. Ehrman, Jésus avant les évangiles. Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé leurs histoires du Sauveur, Bayard, traduit de l'anglais par Jean-Pierre Prévost, Paris, 2017.

Spécialiste du christianisme primitif et du Nouveau Testament, Ehrman intègre dans ses réflexions des considérations sur le travail de la mémoire, sur la manière dont un récit peut prendre forme quand quelqu'un a assisté à une scène, en particulier quand des émotions intenses sont présentes. La question se pose toujours de ce que Jésus a vraiment dit et fait, en amont des récits livrés par les évangiles. Voici une piste intéressante pour imaginer ce que pouvaient dire les témoins oculaires et comment une tradition orale a pu se mettre en place pour devenir la source à laquelle ont puisé les évangélistes. On essaie de l'imaginer à partir de données de la psychologie. Le livre présente de manière accessible ce qu'ont pu être les processus de transmission de témoignages et de rassemblement des éléments pour la rédaction. Même si la recherche pour faire le lien entre les faits ultimes et les paroles reçues restera toujours délicate. Ce qu'on disait de Jésus de son vivant est dépassé par ce qui est dit de lui dans l'Évangile ; il faudrait alors s'ouvrir à la teneur proprement théologique d'un récit qui veut exprimer l'identité profonde de Jésus. Le livre laisse en attente quant à la manière dont ces témoignages formeraient une tradition en un sens plus riche de spiritualité. Il faudrait, à côté de l'imagination et des souvenirs déformés qui ouvrent le récit au-delà du réel, évoquer la foi qui fait repérer la présence de Dieu dans l'histoire : la résurrection du crucifié y est reçue et demande alors de comprendre bien autrement la réception et la transmission des paroles qui nous le révèlent.

Martin Luther et Ignace de Loyola

René Lafontaine, Martin Luther et Ignace de Loyola, préface de Marc Lienhard, Lessius, (IET, 25), Namur, 2017.

Le Père Lafontaine ajoute avec ce livre une touche ignatienne à la célébration des 500 ans de la Réforme. Il commence par examiner le décret sur la justification publié à Augsbourg en 1999 où il s'agissait de faire se rejoindre avec leur nuance l'interprétation luthérienne et l'interprétation catholique. Il resitue ainsi un débat entre Luther et Ignace de Loyola. Le premier met la foi au centre en gardant des réserves quant à la collaboration de l'homme par des œuvres de charité. La justification est bien l’œuvre de Dieu mais la grâce suscite aussi la personne humaine pour qu'elle reconnaisse avec sa raison qu'elle reçoit d'agir par l'amour insufflé dans son cœur et Ignace conduit davantage à ce point. Le Père Lafontaine permet de voir des connivences et des oppositions entre Luther et Ignace de Loyola, pointant une théologie de la Croix chez le premier : il reste chez Luther une vision négative de l'homme qui demande de ne voir sa fierté que dans la Croix du Christ (Ga 6,14). En comparaison, on trouve une théologie de la Résurrection chez Ignace. La liberté chrétienne que magnifie Luther pour celui qui vit dans la foi au Christ prend d'autres accents chez Ignace quand le retraitant est à même de s'approprier les exigences de la loi, de contempler pour demander l'Amour, de s'ouvrir ainsi à l'Amour qui se communique personnellement. On remarquera aussi les ecclésiologies différentes dans les deux courants, le réformateur distinguant trop les dimensions hiérarchique (et donc historique) et charismatique. Après avoir encore tracé les grandes lignes des deux écoles, l'auteur tient à dire leur similitude et la place de leur héritage dans le contexte athée de notre société.

La saga d'Abraham

Bruno Regent, La saga d'Abraham, Fidélité, Namur, 2017.

Bruno Régent a accompagné de nombreuses personnes dans leur parcours spirituel. Il nous propose ici de voir comment ce parcours peut se laisser éclairer par Abraham, le père des croyants. Son expérience des groupes de partage biblique lui montre que des textes qu'on aurait relégués dans le mythe ou la légende les questionnaient dans leur expérience : il ne suffit pas de connaître ces histoires car leur profondeur humaine et spirituelle éclaire l'itinéraire de tous. En témoigne celui qui en dit : « Ces textes me donnaient des mots pour dire quelque chose de ma propre vie. »

Un personnage d'aventure

Chantal Delsol, Un personnage d'aventure. Petite philosophie de l'enfance, Cerf, 2017.

L'enfant, vulnérable, est humble avant d'être soi. Les conditions de son cheminement mettent à l'école de ce qu'est l'humanité. L'enfance redit l'unicité de la personne humaine, le respect que l'on doit à un vivant qui demande qu'on l'aime en voulant qu'il soit selon sa propre voie. Cette voie est une aventure faite de la découverte d'un monde que l'enfant devra ordonner avec les repères que les adultes y ont placés. Ainsi sera possible un enracinement dans la réalité. Gageons qu'il puisse recevoir cette réalité avec quelque chose de l'émerveillement d'un premier regard : cela dit bien que cette philosophie de l'enfance a de quoi nous réveiller.

Voici les noces de l'Agneau

Laure Blanchon, Voici les noces de l'Agneau. Quand l'incarnation passe par les pauvres, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

« L'incarnation est une alliance qui passe par les pauvres et dans laquelle Dieu lui-même se fait pauvre. » C'est un mystère de communion. Laure Blanchon qui enseigne la théologie dogmatique et pratique au Centre Sèvres fait entrer dans un riche parcours où se conjuguent des résonances entre relecture de la tradition, médiation de l’Écriture et attention aux voix contemporaines.

Le poème de la sainte liturgie

Frère Benoît (Maurice Zundel), Le poème de la sainte liturgie, introduction de Marc Donzé, Ad Solem, (Spiritualité), Paris, 2017.

Maurice Zundel offre ici une méditation mystique sur la liturgie de la messe. Cette version écrite sous le nom de Frère Benoît, est particulièrement poétique. La version ultérieure du poème de la sainte liturgie, en 1934, qu'il signera de son propre nom, est un livre différent conjuguant réflexion théologique et méditation. La version de 1926, d'abord parue aux éditions Saint-Augustin à Saint-Maurice et ici rééditée par Ad Solem déploie cette belle et profonde méditation sur ce qui était au cœur de Zundel, la messe. Plutôt de résonner de ce qui en ferait une œuvre pour l'expiation des fautes, le poème invite à rejoindre l'action de grâce, l'eucharistie. Implicitement ou explicitement, il insiste sur la reconnaissance, sur un merci : en référence à l'action de grâce qui anticipait en Jésus le don qu'il allait faire de lui-même. L'eucharistie exprime la reconnaissance de l’Église pour tous ceux qui sont agrégés au Corps du Christ en communiant à la Croix et à la Résurrection. Ce poème nourrit le désir de vivre de la présence du Seigneur dans la liturgie eucharistique. Mieux, il situe aussi la liturgie dans l'action de grâce, dans la reconnaissance, dans la foi, pour ce que le Seigneur y donne.

Le Père Joseph Wresinski

Thierry Monfils, Le Père Joseph Wresinski. Sacerdoce et amour des pauvres, préface du cardinal Roger Etchegaray, postface de Jean Vanier, Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Pour le Père Joseph Wresinski, toute personne qui aime et sert les pauvres rencontre Dieu et est investie d’un sacerdoce. Le sacerdoce s'enracine donc dans l'amour des pauvres. &la, quo; Le Père Joseph avait la même mission que Jésus, annoncer une bonne nouvelle aux pauvres », fait comprendre Jean Vanier dans la Postface. « Cette bonne nouvelle est de révéler à chacun : "Tu es plus beau que tu ne peux l’imaginer, tu es aimé de Jésus, tu es précieux pour lui, tu peux avoir confiance." » Cette édition revue et augmentée de la biographie du fondateur d'A.T.D. Quart-Mo, nde, surtout dans sa deuxième partie, tire parti des homélies du Père Joseph, soigneusement archivées au Centre Joseph-Wresinski (CIJW, Baillet-en-France). De nouveaux florilèges font percevoir en direct le cœur battant du prêtre que fut Joseph Wresinski. « Ce livre permet à un prêtre… de puiser dans l’Évangile, à l’exemple du Père Joseph, le plus pur, le plus frais des énergies sacerdotales dont les hommes aujourd’hui ont tant besoin pour ne pas grelotter de solitude et de désespoir », témoigne le cardinal Etchegaray, dans la Préface.

Origine de la tradition mariale

François-Michel Rigot, Origine de la tradition mariale. Le mystère de la femme, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

D'où vient l'importance laissée à Marie dans la Tradition par rapport à la grande réserve du Nouveau Testament à propos d'elle ? Y aurait-il un secret à propos de Marie de la même manière qu'il y a un secret messianique dans l’Évangile de Marc à propos du Christ ? Le livre essaie de , montrer les erreurs qui peuvent venir de quelques approches qui se veulent scientifiques mais passent à côté de la Tradition apostolique., Certains débats plus techniques sur le rapport entre travail d'écriture et tradition, sur le rapport des récits de l'enfance à l'histoire et aux synoptiques, demandent une argumentation serrée. Le livre ne se veut pas d'abord scientifique et ne le met pas au centre mais il propose une vision synthétique qui semble être la manière dont la Tradition opère habituellement. Comme résultat d'un discernement de l’Église, la Tradition mariale demande d'intégrer les apports de différents points de vue. L'option est de dire que l'histoire ou l'exégèse, dans leur exigence scientifique, ne s'opposent pas à la Tradition mais qu'il s'agit de montrer comment elles se complètent. La Tradition est un trésor lentement constitué d'éléments acquis à différents niveaux qui sont le fruit de la lecture de l’Écriture que l'Esprit Saint fait faire à l’Église à mesure que les hommes ouvrent leurs oreilles et leur cœur. La question du rapport à l'histoire des textes néotestamentaires est particulièrement importante et l'auteur se penche ainsi sur des questions de datation et de reprise des témoignages qui doivent modérer la tendance à placer un mur séparant le Jésus de l'histoire de la rédaction des évangiles. Rigot tient à ce que la révélation sur Marie ne vienne qu'après la révélation sur Jésus. Une des difficultés majeures de la Tradition mariale est à éclairer : le silence de Jésus sur sa mère et la révélation que l'Esprit Saint pourrait apporter plus tard dans le cœur des croyants et donc dans la foi de l’Église. C'est une dialectique dans laquelle cet ouvrage permet de se placer de manière féconde.

Les conditions fondamentales de la prière

Yves Tourenne, Les conditions fondamentales de la prière. Métaphysique et prière chez Claude Tresmontant, préface de Mgr Marc Aillet, Artège-Lethielleux, Paris, 2017.

Claude Tresmontant était philosophe et chrétien. Originaire d'un milieu athée, son chemin de philosophe l'a conduit vers le christianisme même si la foi, de l'ordre d'une intelligence, n'est pas chose que l'homme peut se donner à lui-même. Parce que philosophe, il était soucieux de ne pas manquer l'itinéraire de l'esprit pour quitter les habitudes de penser et rejoindre la vérité. Il respectait beaucoup trop la raison humaine pour ne pas scruter l'importance du choix des mots et pour montrer la richesse d'un parcours que l'incroyant peut faire par cette raison pour se mettre à accueillir ce qui se présente avec la Création, avec le fait de la révélation, avec la personne de Jésus, comme référence de l'Homme uni à Dieu ou encore de l’Église en croissance. Si ce livre évoque la prière et les conditions fondamentales de celle-ci, c'est bien pour éclairer la prière, ce qu'elle est, d'un point de vue philosophique. Sans que cela soit réservé aux savants, car Tresmontant tenait à ce que la vie spirituelle soit ouverte à tous et en particulier aux « petits ». Il le montre souvent quand, évoquant la pensée hébraïque, il rappelle son aspect concret, proche de la vie. Il parlait de la Vérité intégrale que l'amour fait rejoindre pour la contempler, pas d'un absolu qui soit le produit d'un travail d'abstraction. Il était mû par un triple souci : d'abord penser la richesse métaphysique de la pensée hébraïque ; penser la richesse intelligible du donné connu par les sciences de l'Univers, de la Nature et de l'homme ; et ensuite continuer ce que ses maîtres, Blondel et le Père Laberthonnière, avaient voulu faire : rendre la métaphysique du christianisme compréhensible pour l'homme du 20e siècle et montrer qu'elle est vraie. Sans être thomiste, il était pleinement convaincu de ce qui est mis en évidence par le réalisme : il était gagné par le goût de l'être, l'accueil du donné. Il fut souvent un penseur isolé à reconnaître la pensée qui se montre dans la Bible hébraïque, à faire des liens improbables, en philosophe, entre différents domaines du savoir parmi lesquels la Révélation, la métaphysique et aussi une source scellée : une vie mystique très humble qui nourrissait sa communion avec le Créateur. Avec l'accent sur le fait de la Révélation, comme condition fondamentale de la prière, il faut aussi souligner ce qu'est la foi où l'intelligence sans être remplacée par l'Esprit Saint, est informée par lui. On trouve chez Claude Tresmontant, qui venait de l'athéisme, de quoi réexaminer bien des débats avec l'athéisme en lui préférant une anthropologie intégrale, au sens d'un accomplissement de l'homme quand grandit sa relation avec Dieu, vers lequel tend celui qui s'est ouvert à tout ce que Dieu donne comme créateur et comme celui prend l'initiative de se faire connaître de l'homme.

Former des laïcs pour la responsabilité ecclésiale

Catherine Chevalier, Former des laïcs pour la responsabilité ecclésiale, Enjeux théologiques et perspectives, préface de Jean-Louis Souletie, Lumen Vitae, (Théologies pratiques) Novalis, Editions du CRER, Namur, Saint-Barthélemy d'Anjou, Montréal, 2017.

Le nombre de laïcs en responsabilité ecclésiale est en croissance et constitue une nouvelle réalité qu'il faut appréhender pour en mesurer les enjeux. Le statut en est difficile à définir et le phénomène conduit à s'interroger sur la redécouverte de la vocation du peuple de Dieu dans la ligne de Vatican II. Deux modèles ont été retenus pour être observés. Le premier, dans la lignée de la méthode de l'Institut d’Études Théologiques des Jésuites à Bruxelles, repris en 1982 à Paris à l'initiative du cardinal Lustiger au Collège des Bernardins, tient à faire de l'Ecriture l'âme de la théologie. Le second, à l'Institut de Théologie Pratique de la Faculté de théologie de l'Université Catholique de l'Ouest pour les acteurs pastoraux des pays de la Loire et de la Bretagne, fait d'options orientées vers les pratiques pastorales un complément à un tronc commun qui donne un fondement théologique. On trouve assez rapidement un débat sur l'objectif à valoriser dans la formation entre fondement par une mise en relation avec le mystère de la foi, recherche de la cohérence de celui-ci ou visée des pratiques. Parce que les réflexions en matière de formation sont rejointes par la théologie catéchétique, un appel est fait à ce domaine, en particulier aux apports de Denis Villepelet pour dépasser certaines difficultés, certaines fermetures à une approche plus relationnelle du savoir théologique. C'est ce dont on peut apprécier les fruits dans une troisième partie du livre après la présentation des styles de formation dans chacun des projets et après l'examen réflexif de ceux-ci. Évoquer la catéchèse, pour penser la formation des laïcs engagés, c'est privilégier le lien entre ce qui est dit de la foi et ce qui en est vécu, c'est aussi ne pas perdre de vue la question de leur identité profonde avec le déploiement de leur condition baptismale. Ce sont des éléments clés qui font dépasser pas mal d'impasses que présentait le statut du laïc engagé dans une situation pastorale qui a changé.

Un chrétien nommé Luther

Rémy Hebding, Un chrétien nommé Luther, Salvator, Paris, 2017.

Pourquoi un catholique s'intéresserait-il à Luther ? L'ancien rédacteur en chef de l'hebdomadaire Réforme veut répondre. En attirant l'attention sur un personnage dont on ne peut séparer la vie et les idées. Découvrir Luther, c'est aussi découvrir l'époque où il a vécu avec les critiques que l'on pouvait adresser à pas mal de pratiques ecclésiales, avec l'ascension de la bourgeoisie et beaucoup de remises en cause des pratiques et des valeurs qui avaient cours au moyen-âge. Apparaît aussi des mouvements comme la devotio moderna : Luther verra là un appel à un chemin spirituel et cela fait comprendre l'enjeu spirituel de l'époque quand le clergé vivait encore beaucoup de pratiques rituelles proches de la superstition alors que d'autres fidèles cherchent sur le chemin d'une foi comme relation personnelle avec Dieu. Le livre montre un Luther qu'il ne faut pas coincer dans un rôle de protester contre les abus d'une institution en crise. Luther apparaît dans l'émergence d'une manière renouvelée de vivre la foi, qui met le sujet au centre comme lorsqu'il s'agit pour chacun d'accueillir la Parole de Dieu mais qui garde cette réserve par rapport à l'humanisme, que la folie de la croix est plus sage que la raison humaine.

L'acte théologique d'Irénée de Lyon à Karl Rahner

Bernard Sesboüé, L'acte théologique d'Irénée de Lyon à Karl Rahner. Les grandes créations théologiques. Lessius, (Donner raison), Namur, 2017.

Ce livre renouvelle profondément la façon d'envisager l'histoire de la théologie, voire la théologie tout court. Il fait repérer ce que la pensée théologique de divers auteurs a cons, truit. Le livre permet de mesurer l'importance des déplacements de perspectives, de l'ouverture de pistes nouvelles dans une histoire de la pensée théologique divisée en quatre périodes qui donnent les quatre sections du livre : période patristique, le moyen-âge occidental, les temps modernes, puis du XIXème siècle à l'époque contemporaine. Les actes théologiques supposent une idée créat, rice qui peut se déployer jusqu'à ce qu'elle soit acceptée par la communauté des théologiens et par l’Église comme ayant apporté sa part à la construction du dogme, à l'intelligence de la foi ou à l'éclairage d'une question essentielle. Sesboüé propose de précieux bilans des différentes sections. Il faut mesurer l'importance de l'effort de réflexion, quand on veut parler de sa foi à qui n'y adhère pas, alors qu'il faut dire Jésus-Christ unique médiateur et sauveur de l'humanité. Nous pouvons avoir tort dans notre manière de prétendre avoir raison : cela doit donner au témoignage ou à notre participation au dialogue toute sa modestie et tout son respect devant le mystère du Christ.

Lettres et instructions

Saint Pierre Favre, Lettres et instructions, traduites, annotées et présentées par Pierre Emonet, Lessius, (Christus, 8), Namur, 2017.

Dans le groupe des premiers jésuites, Pierre Favre s'imposa par son caractère doux et aimable. Ce Savoyard d'origine était capable de dialoguer avec tous. Il enseignera la théologie, sera secrétaire d'Ignace de Loyola et sillonnera l'Europe pour devenir le conseiller et l'homme de confiance des nombreux protagonistes de cette crise que fut la réforme protestante. Il &eac, ute;tait proche de la piété populaire. Les documents présentés montrent son approche tr, ès émotionnelle de la vie du Seigneur. Il redoute que l'hérésie ne tue le sentiment catholique qui constitue pour lui l'identité chrétienne plus que la profession d'une doctrine. La suite du Christ, l'intériorité formée à l'école des Exercices spirituels sont pour lui des éléments d'un renouveau catholique qu'il veut susciter au niveau des individus en leur proposant un chemin de réforme personnelle. Ce à quoi ce recueil de lettres et d'instructions peut contribuer.

Tout réunir dans le Christ

Jules Monchanin, Tout réunir dans le Christ. Testament de Rabat, Lessius, (L'Autre et les autres), Namur, 2016.

Une clarisse d'un couvent près de Rabat demanda à son directeur spirituel, Jules Monchanin, de s'adresser à toute la communauté. Les causeries que propose ce petit carnet offrent une magnifique vue d'ensemble sur la vie et la pensée de l'abbé Monchanin. On constate un esprit missionnaire très sensible à la culture de ceux à qui il s'adresse. 

Ce que dit la Bible sur le péché

Pierre Gibert, Ce que dit la Bible sur le péché, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur..., 27) Bruyères-le-Chatel, 2017.

Pour traiter d'un sujet aussi délicat aujourd'hui que le péché, il fallait un fin théologien et un bibliste renommé. Tous les lecteurs de la Bible sont concernés. Le péché est toujours lié à une conscience personnelle qui le fait reconnaître. Toute la Bible n'a pas le même discours. Qu'il soit sapientiel ou prophétique et l'accent est déplacé. Par cette notion, la Bible fait réfléchir à la présence du mal dans le monde, à une figure de l'homme qui est pécheresse mais aspire à vivre dans l'amour comme Jésus l'a demandé en le vivant lui-même. Lui-même est pédagogue pour éclairer le péché, mais aussi pour révéler comment la volonté de Dieu est de nous sauver.  

Penser le travail avec Karl Marx

Pierre-Yves Gomez, Penser le travail avec Karl Marx, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Chatel, 2016.

L'auteur est économiste et spécialiste de la relation entre l'entreprise et la société. Le livre invite à relire Marx pour renouveler notre regard sur le présent. Marx nous aiderait-il à voir plus clair sur une économie obsédée par le rendement ? En mettant le travail humain au cœur de la vie économique, ses analyses pourraient éclairer ce que pourraient être des pistes pour sortir de la crise actuelle. Pour éviter les erreurs d'un matérialisme, il faut qu'une anthropologie relève ce qu'est le travail pour l'homme et trouver là de quoi refonder, de manière différente, notre espérance d'une société plus juste, où le travail manifeste la dignité de la personne humaine. 

Langage symbolique et Apocalypse

Andrea Spatafora, Langage symbolique et Apocalypse, traduit de l'anglais par Marie-Antoinette Pirlot, révisé par Gaston Lessard, Lessius, (Le livre et le rouleau), Namur, 2017.

Interpréter un livre comme l'Apocalypse suppose de connaître son genre littéraire. Le genre apocalyptique étant caractérisé par l'importance des images et des symboles qu'on y trouve, il convient d'examiner la nature du langage symbolique, et de chercher aussi quelle peut être la source dans une tradition ou une culture de l'usage de tel ou tel symbole. L'analyse peut s'élever à viser le message proprement théologique. Chose particulière à l'Apocalypse, il y a bien sûr tous les fléaux qui y sont décrits et qui semblent trouver leur source en Dieu. Le but est bien de faire se tourner vers le vrai Dieu et d'accentuer le caractère ultime du combat entre le bien et le mal, et l'urgence de la conversion. L'appel à la conversion fait mention de l'Eglise, de la communauté des croyants qui prient le Seigneur et doit sans cesse s'examiner à la lumière de l’Évangile. 

Dictionnaire historique de la théologie de la libération

Maurice Cheza, Luis Martinez Saverdra, Pierre Sauvage (dir.) Dictionnaire historique de la théologie de la libération, Les thèmes. Les lieux. Les acteurs. Lessius, Namur, 2017.

Le but de ce dictionnaire – le premier sur ce thème toutes langues confondues – est de contribuer à mieux faire connaître ce vaste mouvement initié par la théologie de la libération née en Amérique Latine en réponse à la pauvreté massive.  

La pédagogie de l'engendrement

Isabelle Drouard Gabouriaud, La pédagogie de l'engendrement, Lumen Vitae, (Haubans, 9) Namur, 2017.

Cet ouvrage met en lumière les fondements théoriques de la pédagogie de l’engendrement : son axiologie, avec la formation nécessaire aux opérations mentales ; son anthropologie, révélée par la guidance efficiente d’un médiateur éducatif ; son inventivité spécifique avec des exemples pédagogiques pratiques. La source de cette pédagogie fait revenir à Philippe Bacq et à Christophe Theobald et à leur pratique pastorale d'une pastorale de la proposition où la communauté tout entière est concernée. Cette entreprise se termine par l'étude de ses effets, par des extensions possibles, par une formation nécessaire, pour mieux en discerner la pertinence. Pédagogie innovante, elle s'inscrit dans une filiation anthropologique où le rôle de l'enseignant est de favoriser la promotion de la personne. C'est l'association d'une éthique éducative et d'une mise en œuvre pédagogique qui est identifiée « pédagogie de l'engendrement ».

Quand les prêtres viennent à manquer

Alphonse Borras, Quand les prêtres viennent à manquer, Repères théologiques et canoniques en temps de précarité, Médiaspaul, Paris-Montréal, 2017.

Que le peuple de Dieu ait du flair ou qu'il se laisse guider par l'Esprit, cela devra se confirmer pour apporter des pistes de réponse à la crise que peut représenter la diminution croissante du nombre de prêtres dans la plupart des diocèses d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord. Alphonse Borras, canoniste de renommée internationale et théologien sensible à la réalité du terrain, nous propose dans ce livre de quoi nourrir une réflexion sur le sujet. Il donne de précieux éléments de discernement aux niveaux théologique et canonique. Misant sur l’Église locale diocésaine, il convient d'abord de repérer la capacité des fidèles, pasteurs y compris, de forger un « nous », le « nous » des chrétiens. Si le baptême établit dans une fraternité nouvelle, Borras évoque la coresponsabilité mais aussi une manière qui permette à chacun, avec une égale dignité, d'être acteur avec ses charismes propres. Il insiste sur la synodalité, à comprendre comme la qualité de l’Église-communauté à être sujet et à dire le message du salut pour le monde d'aujourd'hui. Le devoir du canoniste est aussi d'assumer des regards réalistes et d’imaginer des possibles qui tiennent institutionnellement parlant. A côté de la situation où des prêtres venus d'ailleurs viennent prêter main forte (mais vise-t-on vraiment l'inscription des Églises locales avec leurs spécificités, leur catholicité ?), il analyse l'opportunité des équipes de laïcs qui contribuent à l'animation pastorale. Il interroge aussi sur la possibilité de dispense à la discipline du célibat ecclésiastique – cas de pénurie extrême –, la demande se faisant sentir au niveau de la communauté et ne devant pas masquer l'estime légitime pour le témoignage du Royaume qu'est le célibat.
Le manque observé, fait remarquer Borras, est une dimension du désir, ce qui renvoie non seulement à un désir de voir les prêtres ne pas manquer, mais au désir de l'édification de vraies communautés de vie chrétienne, et à celui de la transmission de l’Évangile qui y appelle.

Le miracle et la foi

Philippe-Marie Margelidon, o.p., Le miracle et la foi, Acte du colloque des 21-22 octobre 2016 à Rocamadour, Artège-Lethellieux, Les Presses Universitaires de l'Institut Catholique de Toulouse, Paris, 2017.

Le miracle a joué un grand rôle dans l'apologétique. Un bilan en la matière au début du 21ème siècle ferait constater que la théologie est bien timide sur le sujet. L'histoire des mentalités et des représentations a fortement ébranlé la possibilité d'une action de Dieu qui remettrait en question ce que la raison doit toujours tenir des lois de la nature. Pourtant, il y a un pôle significatif qu'i, l convient de viser. C'est la théologie qui peut alors être mobilisée pour dire comment Dieu nous y parle. Le miracle est bien une question de théologie et plus exactement d'herméneutique théologique.  

La résistance d'un cardinal

Jan De Volder, La résistance d'un cardinal. Le cardinal Mercier, l’Église et la guerre 14-18, Fidélité, (Histoire), Namur, 2016.

Le cardinal Désiré-Joseph Mercier, archevêque de Malines, incarnait, pendant la Première Guerre mondiale, la résistance des Belges à l’occupation allemande, en Belgique occupée et à l’étranger. Sa lettre pastorale Patriotisme et Endurance de Noël 1914, qui est reprise entièrement en annexe de ce livre, reçut un écho international. Son conflit avec l’occupant allemand fit de lui un héros des Alliés. Son attitude patriotique influença son regard sur la politique nationale, notamment sur la « question flamande ». Les Allemands ne savaient pas toujours bien comment se situer par rapport à cet homme d’Église, encombrant et influent. Même le pape de l’époque, Benoît XV, n’était pas toujours heureux de la ligne de conduite adoptée par le prélat belge. Alors que Mercier justifiait l’effort de guerre comme une cause juste en vue de la restauration de l’indépendance de la Belgique, le pape Benoît XV craignait que « ce massacre inutile » ne signifie rien d’autre que « le suicide de l’Europe ».