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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Saint François de Sales

Michel Tournade, Saint François de Sales. Aventurier et diplomate. Salvator, 2017, Paris.

L’histoire de l’évêque d’Annecy est ici romancée. Mais elle permet de suivre pas-à-pas l’itinéraire de ce combattant de l’œcuménisme et elle donne de s’ouvrir à la bonté qui l’inspirait. Ce livre a le mérite de faire entrer dans une époque pour mieux en comprendre les éléments importants. On comprend mieux saint François de Sales en se replongeant dans le milieu qui l’a formé et dans lequel il a dû répondre à sa vocation de sainteté.

L’Europe est-elle chrétienne ?

Olivier Roy, L’Europe est-elle chrétienne ? Seuil, 2019, Paris.

La question posée par le titre de ce livre trouve souvent des réponses par un parcours historique. Chose paradoxale quand il ne s’agit pas d’enfermer le christianisme dans une culture qui ne vaudrait que par référence à son passé, quand plaider pour sa pertinence essaierait d’ailleurs de dire qu’il a évolué face à ses détracteurs qui le diraient dépassé. Sans tout axer sur les racines de l’Europe et un héritage chrétien de celle-ci, sans trop faire valoir le mouvement d’auto-sécularisation qui a fait parler d’une « religion de sortie de la religion », il faut à la fois entendre les débats sur l’identité chrétienne et préserver celle-ci de ce qui pourrait compromettre ses ressources spirituelles. Sans quoi la religion chrétienne en Europe resterait plus un problème cautionné çà et là par les décisions des tribunaux ou les débats politiques insensibles à la profondeur de la question. La culture séculière se réclame de la liberté mais elle se donne plutôt des normes que ce qui peut nourrir la liberté. C’est peut-être le signe d’une crise de la culture. L’Europe a besoin de prophètes plus que de législateurs, nous dit Olivier Roy. L’universalisme du message chrétien a été articulé à la loi naturelle qui n’est plus guère dans l’air du temps. Il faut se demander quelles valeurs on peut voir affleurer dans ce débat si on sort de la question d’une identité contre une autre, conservateurs contre sécularisés, ou bien par une opposition à l’Islam. L’auteur montre bien qu’il peut y avoir des relectures différentes des tensions touchant l’Église et de la dimension chrétienne qu’on peut mettre en lien avec l’histoire de l’Europe. Le titre de l’ouvrage fait sentir une dimension identitaire dans laquelle le christianisme ne peut s’enfermer. La vitalité de l’Église se dirait-elle plus dans sa relation à l’Autre ? Que l’auteur de cet essai écrive Autre avec majuscule suggère une question de foi qui fera sortir des discours ramenant la religion à l’opposition de clans ou à ce qui contrarie la liberté individuelle.

La personne au secours de l’humain

Jean-François Petit, La personne au secours de l’humain. 30 études personnalistes, Parole et Silence, Paris, 2018.

Si la pensée d’Emmanuel Mounier était prophétique, il est juste de mesurer encore aujourd’hui son actualité. Défendre l’humain en redéveloppant des caractères personnels sur lequel Mounier est d’une portée salutaire. Jean-François Petit s’emploie à le dire à travers ces pages qui donnent à mieux connaître la pensée personnaliste. S’il s’agit ici de philosophie, la pensée à laquelle on se réfère n’est pas du tout un système philosophique. Il y a certes des racines philosophiques solides mais le personnalisme surprend, encore aujourd’hui, par son originalité. Cela transparaît dans les débats métaphysiques et anthropologiques actuels. Pour mieux contrer ceux qui suspecteraient une mise en évidence de l’individu quand on fait valoir l’autonomie de la personne, on peut mettre en avant l’importance de la communication en même temps que la médiation spirituelle. Le mouvement d’intériorisation qui conduit à l’intimité de la vie personnelle est solidaire du mouvement d’extériorisation par lequel l’homme s’expose dans le monde. Le personnalisme est apparu dans le courant de la crise des années 1930. Chercher les bases de la personnalisation est le gage d’un chemin qui préserve des menaces de la recherche de l’intérêt privé, qui met à l’abri du formalisme ou des pertes de repères. Depuis sa fondation, le personnalisme a rejoint des directions variées de recherche. Il inspire notamment une métaphysique mettant l’amour à la base de la recherche de l’être, une théologie personnaliste centrée sur la réciprocité humano-divine, une anthropologie personnaliste mettant l’accent sur les relations fondamentales à tout homme, une philosophie de l’éducation renouant avec l’antique geste socratique d’éveil des personnes, une psychologie de type expérimental, une philosophie politique centrée sur la construction d’une démocratie personnaliste. On peut mesurer la pertinence d’un éclairage personnaliste dans ces différents domaines à travers ces pages qui montrent combien le personnalisme trace une ligne de vie qu’il est temps de faire valoir.

Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion

Jérôme Cottin, Henri Derroitte, Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion, Lumen Vitae, (Pédagogies catéchétiques 34) Namur, 2019.

La faculté de théologie protestante de Strasbourg a organisé en 2017 un colloque qui visait, après un premier colloque établissant un état des lieux de la catéchèse et de l’enseignement religieux protestants dans les pays francophones d’Europe, à sonder de nouvelles pistes et à s’interroger sur des fondements méthodologiques et sur leurs applications pratiques. La collaboration avec la Faculté de Théologie de Louvain a été retenue pour son expérience dans la recherche de la pédagogie religieuse ainsi que ses liens avec Lumen Vitae. La perspective œcuménique constituait également un enrichissement. Sept contributions de cette compilation concernent les questions autour de la psychologie de la religion mais autant dire que le domaine de la pédagogie n’est jamais loin. La seconde partie reprend des pistes dans un domaine se voulant plus résolument pédagogique. On redécouvre ainsi la pédagogie de Jésus, on passe par différentes propositions avec des options comme prêter attention à la manière de raconter, faire travailler l’imaginaire par le jeu ou rendre attentif à l’école de la vie. La diversité déployée demande une synthèse qui tente de répondre à quelques questions concernant des axes à bien repérer dans les propositions. Privilégie-t-on la croissance personnelle ou l’ouverture à la communauté, fait-on découvrir un « christianisme-identité » ou un « christianisme-ouverture » (pour lequel la panne de la transmission est plus présente), vise-t-on plutôt le contenu ou l’expérience ? Enfin, il ne faut pas perdre de vue le rapport intergénérationnel, ce qui n’est pas la priorité des catéchèses visant des tranches d’âge. Henri Derroitte reprend ces différentes polarisations en mettant en évidence les défis de la transmission dans le christianisme.

Ouvrir l’espace du christianisme

Myriam Tonus, Ouvrir l’espace du christianisme. Introduction à l’œuvre pionnière de Maurice Bellet, préface de Jean-Claude Guillebaud, Albin-Michel, Paris, 2019.

Cet ouvrage n’est ni un essai sur la pensée de Maurice Bellet, ni un exposé systématique de celle-ci.  La pensée de Bellet, systémique, complexe, circulaire se laisse découvrir à travers le parcours qu’en fait Myriam Tonus. Elle a collaboré avec lui à de multiples occasions. Elle se fait ainsi témoin des thématiques récurrentes qui apparaissent ici. Ouvrir l’espace du christianisme, en référence au message dont celui-ci est porteur, c’est sans doute lutter contre tout ce qui pourrait fermer les portes de l’interprétation. Jean-Claude Guillebaud, dans la préface, fait valoir qu’on ne peut se référer à un texte quand on parle de l’Evangile et que Bellet insistait pour qu’on se situe alors comme confrontés à une parole. Ce qui suffit pour dire que l’Evangile est vivant comme toute expérience humaine. Le théologien qu’était Maurice Bellet ne parlait pas si souvent de Dieu comme objet que des enjeux de la foi. Il invitait à ouvrir d’autres modèles théologiques. Sans viser l’originalité pour elle-même, il faisait reconnaître qu’il y a des évidences auxquelles on peut être aveugle quand on en vient à faire de la théologie dans une culture qui ne s’interroge pas elle-même. La question sous-jacente relève alors la radicalité de la conversion à laquelle l’Evangile presse. C’est dire qu’en reprenant les insistances de Bellet, la folie de l’Evangile pourrait nous inspirer une sagesse dont l’humanité a bien besoin face au délire souvent à l’œuvre dans la société occidentale.

Dieu fait toutes choses nouvelles

Laurent Landete, Dieu fait toutes choses nouvelles. Regard d’un laïc sur la mission de l’Église aujourd’hui, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2018.

Henrik Lindell a rencontré Laurent Landete qui arrive au terme de son mandat de responsable de la communauté de l’Emmanuel. Dans un témoignage inédit livrant une réflexion passionnante, il nous donne le cœur du projet de la Communauté de l’Emmanuel. Ce livre d’entretiens aborde de grands enjeux de l’Église et de cette communauté. Son récit de vie se montre en même temps un combat spirituel. Laurent Landete peut dire comment Dieu parle à travers la présence des malades. Landete raconte aussi les défis qu’il a rencontrés avec son épouse à travers la maladie de leurs enfants.
Quand on lui demande ce qu’est la communauté de l’Emmanuel, il répond : « un rassemblement de pauvres types dont le cœur est conquis par Jésus pour mieux aimer ensuite ». L’amour fraternel est donc pour lui un cadeau de Dieu qui donne à la communauté de rayonner à travers la diversité de ses membres. Il invite aussi à un renouveau de la relation entre prêtres et laïcs. C’est un des éléments qu’il propose pour relever le défi de l’évangélisation aujourd’hui, avec d’autres défis comme une réponse à la question des migrants, l’engagement dans l’écologie et une nouvelle attention à l’éducation et à la formation des intelligences.

Résolution des conflits dans l’Église primitive

Olivier Belleil, Résolution des conflits dans l’Église primitive, Domuni-Press, Toulouse, 2018

Les crises et les conflits font partie de la vie. Masqués par le caractère inévitable, ils offrent aussi des opportunités. On peut y découvrir des occasions de sortir des rêves et des fausses évidences sur la manière de vivre ensemble. Et c'est vrai aussi pour l'Eglise et pour la communauté que formaient les premiers chrétiens. Le livre des Actes de Apôtres le décrit. Il en fait bien plus qu'un récit, car il cherche à souligner le travail de l'Esprit, créateur d'une communion et pour cela de pistes où le Don de Dieu fait avancer ensemble et fait témoigner en actes. Il s'agit donc de bien plus que de l'histoire d'une communauté : on trouve dans les Actes une réflexion théologique qui peut encore éclairer l'ecclésiologie, Luc contribuant ainsi à penser l'Eglise, comme par ailleurs Paul dans différentes de ses épîtres porteuses d'une vision de la communauté. L'idéal de la communauté primitive a exercé une véritable fascination dans la Tradition de l'Eglise, elle inspire encore les communautés nouvelles. Reste aussi, puisqu'on parle de conflits, à voir comment elle peut aider à éclairer l'Eglise aujourd'hui encore. Olivier Belleil le développe en parlant des difficultés ad intra, à propos de conflits de personnes (1), en évoquant des crises internes de croissance mettant aux prises des tendances divergentes à propos de la Loi (2), au sujet des conflits entre disciples à propos des Juifs qui n'ont pas reconnu le Messie en Jésus (3) et puis en ce qui concerne les difficultés qu'on trouve liées à la confrontation de cette Église primitive avec le milieu économico-religieux du monde païen gréco-romain (4).

Où allons-nous ?

Charles Delhez, Où allons-nous ? De la modernité au transhumanisme, Salvator/Fidélité, Paris/Namur, 2018

Peut-on vraiment savoir où nous allons en ce début de XXIe siècle ? Le livre de Charles Delhez cherche à faire le point. Plus que cela, soulignant la rapidité du changement, le climat de pensée ou plutôt les tendances qui s'y confrontent en répondant chacune à des enjeux différents, il esquisse les traits d'un futur possible. La place du spirituel, d'une nouvelle religiosité qui s'y fait jour, apporte des éléments dans une nature humaine qui semble parfois dépassée. Dans le transhumanisme et le post humanisme, elle laisse ainsi place à un projet alimenté par des rêves qui décrochent de la réalité que nous connaissons et par une prétention parfois effarante de la technoscience. Qui prend les rênes quand les grands récits des traditions religieuses n'ont plus cours comme réserve de sagesse ? L'enthousiasme est-il encore possible quand la vitesse du changement laisse présager un défaut dans le contrôle et l'absence de précaution qu'une juste anticipation ferait prendre ? Faudrait-il plutôt écouter les collapsologues ? La comparaison avec l'île de Pâques, maintenant déserte, ne force-t-elle pas la raison, demandant d'écouter le risque que notre planète court eu égard à la possibilité d'être encore habitable longtemps, faute des décisions que nous aurions déjà dû prendre ? « Ne faisons pas en sorte qu'à notre passage demeurent des signes de destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures », demandait le pape François dans Evangelii Gaudium. Faute de pouvoir anticiper tous les dégâts dans une gestion déficiente quand la démesure des projets s'en mêle, on se tourne ici et là vers un goût de la simplicité et de la mesure. Mais est-ce suffisant ? Car une telle conversion de quelques-uns ne doit pas masquer l'ampleur des phénomènes en cours. L'homme s'est vu confier la responsabilité de la terre. Et c'est sans doute dans cette dimension éthique qu'il faudra toujours évoquer cette question « Où allons-nous ? »

Débattre

Débattre, Quels enjeux pour l’Église ? sous la direction de Jean-Luc Blaquart et Maxime Leroy, L'Harmattan, (Théologies pratiques et contextuelles), Paris, 2018

Ce livre inaugure une nouvelle collection d'ouvrages en théologies pratiques et contextuelles. L'expression demande le pluriel pour dire la diversité des approches quand les différents enjeux de la pratique ecclésiale, d'une part, les perspectives à même de rendre compte du contexte, d'autre part, sont à harmoniser. On trouve dans cet ouvrage le fruit d'un séminaire de recherche mené à l'Université de Lille en 2016. Action et réflexion s'y trouvaient mêlées. Le séminaire fut l’occasion d’échanges notamment sur la pratique pastorale elle-même lieu de débat. La réflexion suscitait un regard critique sur ce que veut dire débattre en même temps qu'une reconnaissance de cette dimension importante dans la formation de la pensée ecclésiale. On trouve de bons exemples de débats dans les Actes des Apôtres, en particulier à travers le Concile de Jérusalem. Il donne le ton à une tradition où il est bon de puiser pour une juste conception de l'autorité revenant aux responsables de ministères, ce qui est développé par Paul Scolas. On trouve une référence philosophique avec la figure de Jürgen Habermas, sa conception de l'agir communicationnel et de l'éthique de la discussion. L'occasion est aussi donnée de se replonger dans de multiples confrontations, riches d'arguments et des contextes qui donnent à saisir les enjeux : on redécouvre ainsi avec intérêt comment l'époque patristique, époque de grands conciles, et comment le Moyen-Âge, furent riches en débats dont on mesure encore l'importance.

Communion ecclésiale et synodalité

Alphonse Borras, Communion ecclésiale et synodalité. Comprendre la synodalité selon le pape François, préface de Christoph Theobald, Éditions CLD, (Cahiers de la Nouvelle Revue Théologique), Paris, 2018

Canoniste, Alphonse Borras fait aussi valoir des enjeux résolument pastoraux pour évoquer le cheminement à vivre ensemble, dans la diversité des charismes et des ministères, pour aller vers l'Eglise de demain. Ce cahier de la Nouvelle Revue Théologique reprend plusieurs de ses textes consacrés à la synodalité. Sont passés en revue le conseil pastoral de secteur et le Synode des évêques. Le premier montre ce qui, dans la foulée de Vatican II, présageait déjà une manière de donner à tous les baptisés de participer à la mission de l'Eglise dans le monde. Le synode des évêques est vu à travers un commentaire de la Constitution Episcopalis communio qui montre à un autre niveau une réforme de l’Église qui met en œuvre une synodalité à travers la consultation des Églises locales, ce qui doit renforcer la communion à l'intérieur de l’Église universelle. La synodalité est un choix que fait le pape François. Elle fait deviner une Église-sujet, comme l'évoque Christoph Theobald dans sa préface. Il faut entendre par là que la participation des baptisés dans l'Église demande leur prise de conscience spirituelle de la réalité dynamique de l'Eglise, demandant la collaboration organique et harmonieuse de tous et de leurs charismes. C'est dire d'autre part que la communauté comme telle est sujet d'action, ce qui préserve à coup sûr de tout cléricalisme. Cela invite bien sûr à plancher sur la dynamique à vivre dans une Église-communion pour des attitudes comme la délibération ou le « partage » de la charge pastorale. Quand il s'agit de délibérer, la qualité dynamique de communion ira de pair avec la fidélité à l’Évangile. Quant à la charge pastorale qui ne se partage pas au sens strict du droit, on gagne à éclairer comment une équipe peut participer à son exercice. Chaque fois, ce principe de gouvernance qu'est la synodalité donne à comprendre le Corps ecclésial comme un tout différencié respectueux des charismes de chacun.

Ce que dit la Bible sur… Le travail

Luigino Bruni, Ce que dit la Bible sur… Le travail, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 35), Bruyères-le-Châtel, 2018

Le travail n'est peut-être pas une réalité que l'on mettrait à la première place dans les récits bibliques. L'activité humaine n'est pourtant pas qu'une circonstance sans importance de la condition humaine telle que la décrit la Bible. Il faut souligner comment la réalité des champs, de la vigne, comment les tâches concrètes de la vie quotidienne ont pu faire signe ou ont pu servir de matière pour des paraboles. Il est vrai que les prophètes parlent moins de religion que de la vie, que Jésus s'est aussi demandé à quoi comparer le Royaume des Cieux. La Bible nous parle aussi de la tension qui existe entre son milieu culturel et notre univers avec ses perspectives de management et de relations économiques. Et cela augure, par des références au travail humble et respectueux de la dignité humaine, une source de sagesse que nous risquerions d'oublier un peu trop vite.

Gabriel Rosset

Michel Catheland, Gabriel Rosset, « Ne te dérobe pas à ton semblable », Fidélité, (Sur la route des saints, 36), Namur; 2019

Comme l'abbé Pierre, Gabriel Rosset a pressenti la crise du logement au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Sa vie fut consacrée aux sans-abris et aux réfugiés, qu'il appelait « nos hôtes ». Michel Catheland évoque ainsi une personnalité qui a marqué la région lyonnaise avec la création des Foyers Notre-Dame des Sans-Abri. D'origine modeste, il va gagner l’École Normale Supérieure, dans un climat très antireligieux mais avec le soutien de quelques chrétiens fervents dont Jean Guitton. Il fut transformé par une retraite et continua son parcours dans une vie spirituelle qui ne cessa de soutenir son rayonnement comme enseignant et dans l'action caritative qui le fit connaître. Un dossier en vue de sa béatification a été constitué.

Une Église en sortie

Patrice Bergeron, Patrick François, Yves Guérette, Gilles Routhier, Martin Yelle, Une Église en sortie, Relecture d'une expérience missionnaire auprès des jeunes, Novalis, Lumen Vitae, 2018

Un diagnostic : les jeunes sont absents de leurs activités, ou presque. Ensemble, les 22 auteurs décident donc de quitter le confort de leurs pratiques pour se risquer, chacun et chacune à sa façon, sur les lieux et les chemins fréquentés par la jeunesse d’aujourd’hui. Fruit d’une recherche-action menée avec audace, ce collectif témoigne de la joie de l’Évangile qui attend les disciples du Christ qui osent se mettre en route, hors des sentiers battus. Un ouvrage précieux pour penser et vivre, avec espérance, le tournant missionnaire de l’Église.

Le paradoxe du bonheur

Bernard Ibal, Le paradoxe du bonheur. Christianisme et histoire de la philosophie, Salvator, Paris, 2018

Penser le bonheur, c'est être confronté à un paradoxe. On vit le bonheur dans l'apaisement et la sécurité, et on le vit aussi dans le don de soi et le risque. Et cela dans tous les aspects de la vie. L'intérêt de la philosophie du bonheur est de discerner si possible les termes de ce paradoxe, en vue d'une prise de conscience qui pourrait orienter notre quête du bonheur. Le livre de Bernard Ibal explore les philosophies sous cette double perspective du bonheur fermeture sur l'Un-Même ou du bonheur ouverture sur l'Autre-Multiple. Le message de l’Évangile fait sortir de cette dialectique. Déjà, penser à qui est Jésus bouscule les catégories que l'homme se fait sur Dieu. Et ce qu'on peut retenir de son message fait dépasser le paradoxe du bonheur et la difficulté qu'il pouvait représenter pour une existence heureuse. En comparaison des mouvances de l'esprit émanant de la pensée grecque, depuis Platon, Aristote, et en passant par le stoïcisme, apparaît avec Jésus un message nouveau. Le propos n'est pas philosophique à proprement parler et il convient de souligner comment la personne et la vie de Jésus sont porteuses d'un enseignement nouveau.
En lui c'est un don radical qui est fait pour que le bonheur de l'homme soit dans le don de soi. Il y a un bonheur à donner qui met en question les instincts qui ramènent à soi ou les plus fortes conformités sociales quand l'amour n'y est pas suffisamment présent. Le chrétien, même s'il est un être interrogé par sa propre mort, se reconnaît à la suite de Jésus comme un être fait pour l'amour et donc pour le don de soi. L'auteur repasse ainsi quelques grands noms de l'histoire de la philosophie dans la dialectique du bonheur ouverture et du bonheur repli sécuritaire. Il le fait en situant bien les penseurs dans l'histoire et en élargissant l'éclairage que leur intuition peut apporter aux époques successives. Descartes, Kant, Hegel, Nietzsche, Marx donnent-ils les clés du bonheur ? Que leur manque-t-il quand certains laissent espérer le bonheur dans le progrès de la raison, quand d'autres se méfient de la raison qui ne donne pas vraiment à exister ? Freud relance un autre débat si l'homme est pris entre refoulement, sublimation ou cheminement de libération par la cure psychanalytique. Les différents courants de la pensée occidentale n'ont pas manqué de se situer par rapport au christianisme. Mais il manque souvent une part de décentrement au point de vue trop axé sur le sujet humain. L'amour, pour le chrétien, est un don de Dieu. Recevoir ce don, c'est en même temps être transi de la force d'aimer pour un bonheur qui se reçoit en surplus.

Le Moyen-Âge avant l’aube

Martin Roch, Le Moyen-Âge avant l’aube, Témoins et acteurs d'un monde en mutation, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2018.

Au début du XXIe siècle, la lucidité fait naître un constat de fragilité de nos sociétés. Les crises succèdent aux crises. La perspective historique fait ressembler ce temps de remise en question à d'autres temps de basculement. Les civilisations viennent et disparaissent, nous enseigne l'histoire. Jusqu'à quel point ce constat général est-il d'actualité au-delà de ce qu'on entend aujourd'hui de promesses de bonheur, de projets utopiques qui tendent parfois à devenir progressivement envisageables et des discours catastrophiques dont on sait qu'ils ont toujours de l'audience ? L'historien, même avec sa sympathie pour l'époque que des documents lui font découvrir, respire le même air que ses contemporains. Ce qui veut dire que quand il lira l'histoire, il le fera parfois stimulé par des questions pertinentes pour l'époque qui est la sienne.
Le Moyen-Âge est souvent décrit comme une période sombre, avec des crises. Martin Roch soutient ici une interrogation adressée aux acteurs de la période charnière entre Antiquité et Moyen-Âge central. L'Empire romain décline et apparaissent ceux qu'on appelait les Barbares. L’Église a aussi été affectée par cette transition difficile, toutes les réponses ne sont pas écrites d'avance. Parler d'Aube du Moyen-Âge, c'est viser ce qui s'est joué avant la période qui habite notre imaginaire quand on parle du Moyen-Âge, de ses châteaux, de Lancelot ou d'autres chevaliers. Ici, apparaîtront davantage des questions par rapport auxquelles les acteurs de l'époque et en particulier les chrétiens, devront se situer pour donner une nouvelle configuration de l'Europe. Nous voici donc invités à nous plonger dans une époque, et à observer en particulier les idées maîtresses et les pratiques qui contribueront à y édifier la société et à y construire l’Église.

Les utopies du XXIe siècle

Libero Zuppiroli, Les utopies du XXIe siècle, Editions d'En Bas, Lausanne, 2018.

Les discours officiels ne sont pas toujours accordés au bon sens. Des discours pleins de promesses, tenant leur crédit de la respectabilité de la science, sont parfois des instruments de pouvoir aux mains de sociétés transnationales. Le sens de la démesure est souvent au rendez-vous, chose à sonder par une question de faisabilité d'un point de vue pratique ou d'une pertinence sociale.
Le bon sens demande d'enquêter sur des aspects souvent cachés dans les discours utopiques. Dans les domaines de la santé, de l'informatique et de sa capacité à gérer différents registres de la vie humaine, dans les prétentions de la technique à donner des capacités nouvelles à l'homme quitte à transformer celui-ci, Zuppiroli essaie de nous guider vers un sens de la mesure. Il le fait avec un regard de physicien impliqué dans l'enseignement polytechnique et en observateur de la vie universitaire. Son propos est bien d'envisager le caractère utopique des discours. Ainsi, on ne sait s'il faut prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit des possibilités de connexions en tout genre pour le transhumanisme, d'une future smart city ou de l'offre future aux individus d'une sorte de double virtuel : opportunité ou danger ? L'utopie montre les choses par un discours rationnel mais en mettant souvent entre parenthèses une dimension qu'on pourrait dire plus intégrante à ce qui fait l'humanité. Il s'agit alors d'y découvrir la part d'idéologie qui ferait jouer cet oubli. Cette perspective intérieure à la vie ferait justement réagir en reconnaissant des dystopies, des récits de futur techniquement transformé sans beaucoup d'autres perspectives que l'activation de potentialités techniques. Face aux dystopies, cauchemars plus que rêves, il y a à se demander que faire par rapport à ce qui ressemble à des fatalités. Libero Zuppiroli illustre son propos par de nombreux exemples d'une littérature actuelle très branchée mais dont on trouve déjà tôt des précurseurs dans le passé, comme par exemple chez un Francis Bacon. Il invite à reconsidérer la liberté, notamment dans le travail qui devra rester créatif. Avec la question de la liberté restera aussi la possibilité de discerner comment des discours utopiques deviennent instruments d'un pouvoir qui s'impose. Il s'impose parce que ce discours en appelle à une société plus facile, où tout est rationnel, ordonné. Mais il reste que ce discours relève plus des projets techniques auxquels on associe subrepticement une fatalité inéluctable que d'une histoire humaine à bâtir dans l'ouverture aux acteurs qui lui donneront sa vraie teneur.

La louve et l'agneau

Lucien Jerphagnon, La louve et l'agneau, Albin Michel, Paris, 2018.

Ce roman historique est la réédition d'un ouvrage paru d'abord en 2007. Il fait plonger dans le IIIe siècle et fait assister à la confrontation des chrétiens avec la culture romaine. Ceux-ci résistent, jusqu'au martyre, au reniement alors que le pouvoir tente de les influencer pour l'unité de l'Empire. Les chefs romains s'en trouvent interrogés et ont du mal à comprendre quand on leur parle de Christus ou d'un Royaume des Cieux. On écoute avec attention dans la bouche des personnages une réflexion que Jerphagnon nourrit d'éléments clés pour le fil de l'histoire. « Qu'en sera-t-il quand être chrétien ne les exposera plus à aucun danger ?... Si la vieille Louve avait finalement le dessous, si leur foutu Agneau remportait la palme ? Tout est là. Tu imagines cette force désormais libérée se répandant partout sans contraintes »... Jerphagnon nous invite au cœur des heures où le monde bascule du paganisme au christianisme.

Chercheurs de Dieu

Jacques Tyrol, Chercheurs de Dieu. Moines au XXIe siècle, Paris, Salvator, 2018.

A quoi servent les moines ? La question que poserait l'homme pris dans le monde trouvera déjà une réponse actuelle chez les milliers de personnes qui fréquentent chaque année des abbayes pour se ressourcer dans un havre de paix. Mais Jacques Tyrol a voulu ici se faire l'intermédiaire des curieux qu'interrogent les murs qui se referment sur le silence des moines. Il a été à leur rencontre pour recueillir le témoignage de chercheurs de Dieu. Il nous propose ainsi une rencontre avec des frères de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire, dans le Morvan. Les portraits sont, pour reprendre l'image du Père Luc, Père Abbé qui postface l'ouvrage, un peu de nectar dont chacun fera son miel. Savoir si le moine cherche vraiment Dieu va avec deux autres questions : sur le sens de sa vie, dans une recherche de vérité et d'authenticité, et sur la vie avec les autres dans l'écoute et le respect. Ces témoignages viendront sans doute comme une nourriture et une stimulation pour tous les chercheurs de Dieu.

Avec Lui, écouter l'envers du monde

Bruno Cadoré, Avec Lui, écouter l'envers du monde, Cerf, Paris, 2018.

Quand on donne la parole à celui qui a succédé à saint Dominique à la tête de l'ordre des Prêcheurs en 2010, apparaît un fil conducteur qui donne la mesure d'une histoire personnelle : écouter l'envers du monde avec le Christ. Bruno Cadoré a des racines en Bourgogne mais aussi en Martinique, sa formation a conjugué médecine et théologie et cela laisse augurer une ouverture de vues et du propos. Avec lui, on va à la rencontre de l'ordre des Dominicains, 6.000 frères, 10.000 moniales, 30.000 sœurs apostoliques ainsi que 200.000 laïcs dont il mesure l'importance pour l'évangélisation aujourd'hui, avec le défi de la culture. Son mandat lui a aussi permis de mesurer la vitalité de la foi sur des continents comme l'Afrique ou l'Amérique du Sud. Même s'il faut lire aussi comment la globalisation bouscule la planète tout entière et que des craintes analogues naissent au Nord et au Sud. Bruno Cadoré se fait témoin d'une tradition de prédication et d'évangélisation dans les circonstances actuelles : il y a un défi prophétique pour l'éducation, pour le respect de ce que signifie la famille, il y a aussi cette exigence à respecter que l'évangélisation se renouvellera dans la mesure où elle entrera en conversation avec le plus grand nombre.

Évangile et tradition rabbinique

Michel Remaud, Évangile et tradition rabbinique, nouvelle édition revue et augmentée, préface d'Anne-Marie Pelletier, Lessius, Namur, 2018.

Des motifs évangéliques, des arguments pauliniens, des affirmations de la lettre aux Hébreux reçoivent une intelligibilité nouvelle lorsqu'ils sont lus sur fond des traditions premières du judaïsme. La nouveauté du Christ apparaît ainsi dans une lumière nouvelle – réfractée dans la vigilance interprétative – du peuple juif. L'auteur nous montre en dix-sept étapes comment la tradition rabbinique est un maillon indispensable dans la dynamique d'interprétation qui va de l'Ancien au Nouveau Testament.
L'ouvrage, paru initialement en 2003, était épuisé et a été revu pour cette nouvelle édition. Pour faciliter la lecture, un lexique reprend en fin de volume quelques termes de la tradition rabbinique qui risqueraient de paraître barbares au lecteur non-initié. L'exposé se veut assez technique pour respecter la tradition à laquelle on puise car il ne pouvait se contenter d'une présentation somme toute superficielle.

Veilleurs aux frontières

Francis Guibal, Veilleurs aux frontières, Bergson-Rosenzweig, Girard-Ricoeur-Chalier, Derrida-Nancy, Castoriadis-Stanguennec, Lessius, (Donner Raison), Namur, 2018.

L'histoire de la pensée montre une tendance à prendre comme perspective davantage la liberté et les attitudes existentielles que la raison et ses catégories essentielles. Cela invite à apporter les questions fondamentales sans prétendre y répondre par une théorie unique mais dans un dialogue toujours à reprendre entre des libertés en quête de raison. Ce sont de pareils dialogues auxquels ce livre nous fait assister sur divers thèmes comme « histoire et libertés », « expérience et transcendance », « déconstruction et création », « le religieux en héritage ».
Un philosophe comme Hegel a voulu reprendre dans une dialectique ce qu'il découvrait d'une historicité radicale de l'existence en même temps qu'une recherche de compréhension qui lui soit coextensive. L'accent mis sur la liberté semblerait nous demander de recueillir des éclats de sens. Mais en recevant ces témoignages peut se faire entendre alors l'appel à articuler au plus juste le réalisme historique de l'action et le jugement responsable de la pensée.
Les essais présentés supposent un choix, qui tente d'orienter dans l'actualité intellectuelle et spirituelle de notre monde. Le titre évoque des frontières, non au sens où il y aurait un domaine abordé limité mais bien parce que celui qui se tient aux frontières peut espérer un dialogue sur ce qu'une liberté aura parcouru pour pouvoir en juger.
S'il est question de jugement, la pensée qui relève bien d'une subjectivité dont on reconnaît l'autonomie, s'expose à l'exigence d'aller vers une pensée élargie, de dépasser ses propres frontières, soucieuse en-cela de se mettre à la place de tout autre.

Le politique et les religions

Sous la direction de Hubert Faes, Le politique et les religions. Penser avec Stanislas Breton le défi de l'unité, L'Harmattan, Paris, 2018.

Comment concilier une diversité de religions et une ouverture à l'athéisme au sein d'une même société ? Ce n'est pas que la politique ne pourrait plus jouer son rôle à cause de la présence de références religieuses différentes. Cela, l’État laïque le garantit. Mais au niveau social, on se demande quelle cohésion, quelle unité il peut encore y avoir alors que ce n'est plus par référence à un type de vérité sur laquelle s'appuierait une conviction religieuse. La question n'est plus politique, dès lors que la politique se veut laïque pour permettre la coexistence d'une diversité, elle est sociale. Il ne sera pas question d’abord des rapports politiques entre le politique et les religions déjà constituées comme des pouvoirs mais du problème de la façon d’unir les hommes, problème qu’ont rencontré les sociétés politiques aussi bien que les communautés religieuses. Si l’on admet qu’une conviction doit pouvoir s’exprimer, elle ne peut le faire dans la seule sphère privée, elle doit pouvoir le faire dans l’espace social. Dans cet espace qui pour le politique est celui de la société civile, le pluralisme religieux pose un problème social et culturel. En dernier ressort c’est le problème de l’unité de la société, du type d’unité d’une société humaine. Ce livre reprend des textes de Jeanne Bernard, Bernard Bourdin, Jérôme de Gramont, Hubert Faes, Jean Greisch, Jean Leclercq, René Nouailhat, Peter Kemp, Jean-Louis Schlegel, Michel Senellart. Textes issus d’un séminaire organisé à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de Stanislas Breton par l’Association des Amis de Paul-Stanislas Breton et la Revue Esprit qui l’a accueilli dans ses locaux du 17 octobre 2015 au 23 Janvier 2016.

La pédagogie jésuite

Josep Maria Margenat, La pédagogie jésuite. Des origines à nos jours, Lessius, (Petite Biblliothèque Jésuite), traduit de l'Espagnol par Gilles Firmin, Namur, 2018

L’éducation intégrale que promeuvent les jésuites a pour but de faire parvenir la personne qui en bénéficie à une conscience qui n’ignore rien de la société et de la culture. En retour elle pourra contribuer à construire le monde tel que nous le connaîtrons. L’auteur décline la pédagogie jésuite sous cinq angles caractéristiques : 1. le modèle éducatif qui se dégage de l’expérience que les premiers jésuites ont partagée à Paris, et qui aboutirent à la publication de la Ratio studiorum (1599), synthèse de leurs pratiques pédagogiques ; 2. le modèle du collège jésuite, qui apparaît dans une période de grandes crises culturelles : enseigner, savoir et croire ; 3. l’université vue par les jésuites : service de foi et engagement pour la justice ; 4. la proposition d’un humanisme chrétien, adossée à une solide méthode pédagogique ; 5. l’éducation à une citoyenneté responsable en vue de la justice. En annexe, on trouvera des présentations de la pédagogie jésuite telle qu’elle est envisagée sur un plan mondial, en France et en Belgique, ainsi qu’un vocabulaire jésuite de l’éducation.

Vers l'expérience intérieure

Père Henri Le Saux, Vers l'expérience intérieure. Lettres (à Soeur Thérèse Le Saux); Transcription, annotation et présentation par Armelle Dutruc, Artège-Lethielleux, Paris, 2018.

Henri Le Saux, après 18 ans comme moine à l'abbaye de Kergonan, se rendit en Inde du Sud, en 1948, pour y fonder avec Jules Monchanin, l'ashram du Saccidânanda. Il remonta ensuite vers le Sud de l'Himalaya pour y mener une vie d'ermite et de pèlerin. Les lettres à sa sœur Marie-Thérèse présentées ici retracent son itinéraire en Inde de 1952 à 1973. Ces lettres montrent la grande proximité d'âme qui pouvait les rassembler. En même temps elles incitent le lecteur à prendre le chemin de son espace intérieur. Car elles sont pour l'essentiel centrées autour de cette idée que la recherche du Dieu vivant ne peut s'opérer qu'au fond de soi, dans le recueillement au fond de l'âme.

Saint Vincent de Paul

Guillaume Hünermann, Saint Vincent de Paul, Le père des pauvres, traduit de l'allemand par le Père M. Grandclaudon, Salvator, Paris, 2018.

Cet ouvrage fut écrit à l'occasion du troisième centenaire de l'apôtre de la charité. Dans ce livre, toute la vie de saint Vincent de Paul défile sous nos yeux, encadrée par l’histoire de la France et de l’Europe, à l’époque de la guerre de Trente Ans et de la Fronde, sous le règne de Louis XIII et le début de celui de Louis XIV. Pour raconter cette existence si mouvementée, Hünermann a eu recours à certains documents historiques précieux comme les lettres de saint Vincent. Il en a tiré un récit imagé aussi passionnant qu’un film de cinéma. L'auteur, Guillaume Hünermann, prêtre et écrivain d’origine allemande, aujourd’hui décédé, a publié de nombreuses biographies de saints alliant une rigoureuse fidélité historique à un style pittoresque et romancé. Les Éditions Salvator viennent de rééditer certains de ses meilleurs récits : Fatima : le ciel est plus fort que nous, Saint Curé d’Ars : le vainqueur du Grappin, Saint Martin : l’apôtre des Gaules et Don Bosco : l’apôtre des jeunes.

Donner du goût à nos liturgies

Arnaud Join-Lambert (dir.), Jean-Marc Abeloos, Jean-Luc Lepage, Patrick Prétot, Donner du goût à nos liturgies, Lumen Vitae, (Trajectoires, 31), Namur, 2018.

Qu'est-ce qui peut donner du goût, de la saveur, à nos liturgies ? Voilà l'interrogation et l'appel que reprend ce livre, écho d'une journée pastorale organisée conjointement par l'Université de Louvain et par les diocèses francophones en janvier 2018. Les mentalités ont évolué : on est passé de l'accomplissement du devoir dominical à l'appréciation de la messe et il faut donc discerner eu égard à cette appréciation par le « public » d'un art de célébrer. Patrick Prétot, moine bénédictin et professeur à l'Institut catholique de Paris, rappelait Vatican II et le repère fondamental pour évoquer la liturgie : comment manifester la présence du Christ au cœur de son peuple à travers les rites liturgiques ? La journée a invité à laisser une place au goût et à la sensibilité dans une réflexion sur l'art de célébrer. On pense à la musique, on pense au ressenti d'une communion qui dépasse la seule convivialité. Le livre reprend ainsi la contribution tout en nuances de Jean-Luc Lepage, organiste à Dinant. Le rôle du président de l'assemblée fut aussi l'objet d'une analyse. Loin de le cantonner dans le rôle d'animateur liturgique, était notamment évoqué le lien entre la présidence liturgique et l'ensemble du ministère pastoral. Arnaud Join-Lambert ciblait quant à lui la dimension du « goût » à laquelle ouvrait la thématique de la journée, proposant des critères pour évoquer le ressenti dans l'expérience de la célébration qui demande l'inculturation d'une émotion liturgique. Les lecteurs seront stimulés par le relevé de nombreux défis à vivre dans nos célébrations. Ils seront aidés en retrouvant ici des pistes pour discerner ce qui peut dynamiser les liturgies paroissiales.

La méditation spirituelle

Karin Seethaler, La méditation spirituelle. Pour l'harmonie avec Dieu, soi et les autres, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), traduction de l'allemand par Florence Quillet, préface de Franck Janin, Paris, 2018.

Issue de la tradition ignatienne, assistante sociale et théologienne, Karin Seethaler, a collaboré pendant cinq ans à des sessions d' « Exercices contemplatifs ». Elle présente ici la pratique de la méditation en en faisant de véritables exercices spirituels. Avec clarté, elle articule pratique de la prière contemplative et expérience de la relation à autrui pour en montrer les interactions déterminantes, car elles sont les deux dimensions de nos vies quotidiennes où rencontrer Dieu, en harmonie. Être soi, tel que l'on est, dans la relation à l'autre tout en restant tourné vers Dieu, voilà la voie qui nous est en définitive proposée ici.

Signes et sacrements dans le quatrième évangile

Yves-Marie Blanchard, Signes et sacrements dans le quatrième évangile, Artège Lethielleux, (Théologie biblique), Paris, 2018.

Que faut-il entendre par la notion de « signes » que l'on fait valoir pour le quatrième évangile ? Fondamentalement, il en va de ce qu'est la révélation renvoyant à ce qui est dit de la personne de Jésus, Fils envoyé par le Père, et aussi de la dualité inscrite en tout langage à considérer selon la logique des signes. Comme le titre y invite, il s'agit aussi d'articuler à ce fondement la notion de sacrement. On trouve en effet à ce propos un ancrage avec les mystères de la foi qui désignent des événements bibliques relus à la lumière pascale sans trop se limiter aux rites ou aux gestes que le mot évoque couramment dans la liturgie. Yves-Marie Blanchard plaide pour une familiarisation avec la « langue » de l'Ancien Testament, par une lecture fidèle, assidue et savoureuse, entendant par là une fréquentation des figures reçues de l'ancien Israël. Sans cela, on ne pourrait pas entrer plus profondément dans la suite des signes que constituent les gestes et les paroles de Jésus tout au long du quatrième évangile. Plusieurs textes de l'évangile de Jean sont associés aux sacrements de l’Église. On peut faire valoir dans ces textes la dualité signifiant/signifié comme redoublée par une référence scripturaire (par exemple quand Jésus est pain de vie en référence à la manne). La place accordée par Jean aux « signes » est singulière. Les relire fait dépasser le récit des miracles ou de gestes par une ouverture quasiment eschatologique. Celle-ci fait saisir à travers signes ou symboles la pleine réalité de la Vie qui se propose avec le Fils envoyé par le Père.

Partager la sagesse du temps

Pape François et ses amis, Partager la sagesse du temps, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre est né dans la prière et a grandi com, me une œuvre d'amour. Le pape eut un jour l'intuition de mettre en lumière le rôle vital des grands-parents et des personnes âgées en général et de partager leur sagesse capable de transformer des vies. Il a commencé alors à prêcher régulièrement sur la nécessité pour le monde de prêter attention à nos aînés et de tenir compte de leur sagesse. Pendant un an et demi, Rosemary Lane et Tom Mc Grath, directeurs du projet pour Loyola Press, ont interrogé plus de 250 personnes. Chacune de ces contributions ont façonné ce livre. Des personnes âgées de plus de 30 pays partagent ainsi la sagesse qu’ils ont acquise durant leur vie. Le pape François y participe lui-même en tant que « grand-père » comme les autres, en le préfaçant et en égrenant quelques-uns de ses souvenirs au fil des chapitres, mais aussi en commentant plusieurs des histoires rapportées dans ce livre. La beauté des images, la chaleur des regards, doublent la lecture d'une richesse humaine indéniable.

<, img style="float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" src="../../../files/photos/Recensions/201812-80-Livres-05-EvangileCélébré.jpg" alt="" title="201812-80-Livres-05-EvangileCélébré.jpg" width="150" /> L’Évangile célébré

Enzo Bianchi, Goffredo Boselli, L’Évangile célébré, Lessius, (la Part-Dieu), traduction de l'italien par Ivan Murpovec revue et augmentée par les auteurs, Namur, 2018.

Le présent volume déploie une conviction à propos du rôle décisif de la liturgie dans l'évangélisation. Il ne saurait y avoir d’Évangile annoncé s'il n'y a pas en même temps un Évangile célébré. Ce lien peut se dire comme dans le chapitre sur l’Épiphanie du mystère par le mouvement qui va du mystère révélé aux mystères célébrés. A travers rites et prières, le mystère révélé devient compréhensible, accessible, réalisable suivant le degré de foi de ceux qui le célèbrent dans le sacrement. Cette conviction précise aussi le sens de la participation à la liturgie. Il convient ainsi de passer de l'impression de devenir « actifs » dans la célébration, de la visibilité de l'action liturgique, à la participation au mystère qui est action de Dieu, invisible et toujours efficace. Pour planter le décor, les auteurs reconnaissent le défi qu'est la publication d'un livre de liturgie quand cette matière semblerait à l'ombre de bien d'autres thèmes et débats. Le livre affirme qu'il ne peut y avoir une Église qui va de l'avant alors que la liturgie resterait en arrière. L’Église évangélise quand elle célèbre : la crédibilité de l'une est le reflet de la vitalité de l'autre parce que la liturgie est intrinsèque à la vie chrétienne comme les paroles et les gestes de la vie de Jésus déploient dans l’Évangile sa révélation du mystère de Dieu.

La vie familiale

Alain et Marie-Madeleine Devillers, La vie familiale, A la manière d'Ignace de Loyola, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), Paris, 2018.

Cet ouvrage se fonde sur l'expérience de nombreuses familles au cours de haltes spirituelles ignatiennes. Sans être ni un manuel de savoir-vivre ou un catéchisme sur la famille, il propose des exercices à pratiquer en famille ou individuellement, permettant au lecteur de prendre conscience des enjeux spirituels inhérents à la vie familiale, pour elle-même et pour le service de nos frères et sœurs du monde. L’Église considère la famille comme une petite cellule ecclésiale qui a pour mission la croissance spirituelle de chacun de ses membres. Elle peut devenir de plus en plus le lieu, comme le vise cet ouvrage simple et accessible à tous, d'une rencontre personnelle avec le Christ.

Prenez soin de votre âme

Jean-Guilhem Xerri, Prenez soin de votre âme. Petit traité d'écologie spirituelle, CERF, Paris, 2018.

Notre époque abonde en propositions en tous genres pour le développement personnel, les spiritualités orientales, une religiosité laïque, la méditation thérapeutique, une valorisation des ressources mentales. Mais en même temps, comme en témoignent les taux de suicide, les dépressions, l'augmentation des addictions, le burn-out, notre intériorité est en souffrance. Biologie, psychologie et philosophie sont requises pour traiter de « psy » et d'intériorité. Mais la complexité de l'homme fait que l'on constate souvent une confusion dans les différentes dimensions qui permettent de l'appréhender. L'auteur est psychanalyste et biologiste médical. Il a intégré dans sa pratique de thérapeute la méditation. Une ressource se propose à travers cet ouvrage : il existe un patrimoine spirituel qu'il importe hautement de s'approprier, c'est celui des Pères du désert. Ils ont développé une véritable pharmacie de l'âme pour contribuer à la santé spirituelle. Leur médecine, considérée comme « art des arts et science des sciences », est faite de sobriété, de pratiques méditatives et d'hospitalité. Elle apparaît d'une urgente actualité et d'une étonnante pertinence.

L'amour vrai

Martin Steffens, L'amour vrai. Au seuil de l'autre, Salvator,(Forum), Paris, 2018.

Le mot amour demande des nuances que la langue française semble ne pas proposer. Steffens distingue l'amour vrai de sa caricature qu'est la pornographie, entendons par là ce qui mime l'amour humain sans en prendre la réserve qui lui est essentielle. L'ouvrage veut sensibiliser à cette réalité centrale pour le message chrétien, l'agapè, alors que le mot « charité » est trop usé pour dire dans toute sa force ce qui se révèle sur la croix. L'homme est fait pour mourir d'amour plus que pour aimer. Comme pour dire qu'il y a là une blessure qu'il faut veiller à ne jamais refermer, dont il faudrait ne jamais guérir. Cet amour vrai auquel veut ouvrir ce livre suppose une patience qui s'exprime dans ce qu'on appelle le paradoxe de la prière : tendre vers Dieu ou vers ce que l'on demande à Dieu sans tenter, le temps que dure la prière, de s'approprier l'objet de sa prière. Confier son désir à Dieu et par là se déposséder de sa satisfaction mais en même temps, être étrangement comblé : recevoir la plénitude de notre vie sur le mode de ce qui ne nous est pas encore donné. L'amour fait se tenir au seuil de l'autre par le refus de se l'approprier, de le posséder. L'amour, don de soi, demande une dépossession, une réserve par rapport au désir suscité par la beauté. Cela dit bien un chemin pour réapprendre à voir, parce que l'amour rend disponible pour accueillir la lumière qui fait voir ce à quoi la violence du désir peut souvent rendre aveugle. Aimer ouvre à la contemplation et la contemplation inscrit l'amour vrai dans la vie.

Le christianisme n'existe pas encore

Dominique Collin, Le christianisme n'existe pas encore, Salvator, Paris, 2018.

Sören Kierkegaard figure parmi les penseurs chrétiens dans un petit ouvrage intitulé Apprendre à philosopher avec la philosophie chrétienne (Baptiste Jacomino, Géraldine Maugars, chez Ellipses, 2017). Chose surprenante, d'une certaine manière, alors que certains s'interrogent sur la notion de philosophie chrétienne, alors aussi que le réalisme thomiste qu'il est conseillé de choisir pour se lancer dans une pensée systématique du mystère chrétien serait bien différent d'une pensée existentialiste. Viserait-on juste, pour parler de l’Évangile, en valorisant la passion plus que l'éclairage intellectuel des concepts, en renvoyant à l'angoisse et à l'absurde d'une vie sans la foi plus qu'à une vocation à la béatitude éternelle ? L'option de reconnaître Kierkegaard dans une pensée chrétienne a pourtant quelque chose de contradictoire, de provocateur quand on sait qu'il y a chez lui un refus de donner massivement le qualificatif chrétien pour une société, pour une pensée. Mais penseur du paradoxe et de l'ironie qu'il est, cela attire l'attention sur la situation du christianisme dont les membres voient, par la seule thèse écrite par ce philosophe sur la question, sciée la branche sur laquelle ils pensaient pouvoir s'asseoir. A moins que Kierkegaard n'ait vu juste en disant, c'est là sa thèse, qu'il n'y avait pas de chrétienté (« chrétienté » ou « christianisme », la querelle des mots demande de relever les nuances que cela pourrait comporter mais la thèse du philosophe vise bien le christianisme en tant qu'il s'affirmerait comme une réalité historique). En somme, il nous demande de rencontrer le Christ sur le chemin de l'existence ou mieux de découvrir qu'il est le Chemin qui donne sens à l'existence sans cela vouée à l'absurde. Voilà de quoi faire des constats et chercher à mieux entendre des propos sur le déclin de la chrétienté : osons aller jusqu'à reprendre, comme dans le livre de Dominique Collin, le terme d'inexistence, au risque de choquer, mais de faire sortir parfois d'une illusion si la confrontation à l’Évangile était évitée parce que les yeux d'une société très fière de son progrès ne pouvaient s'accommoder à sa lumière. Dominique Collin a donc publié un ouvrage qui interpelle dès que son titre résonne alors qu'il ne fait encore que laisser résonner la voix de Kierkegaard. Il fait découvrir du penseur danois mieux que l'intelligence, la posture existentielle, la sensibilité antisystème et anticonformisme.
Le propos pourrait passer pour osé : nier, comme à partir d'un surplomb philosophique, des évidences auxquelles on ne pourrait renoncer sans risquer de casser ce qu'on appellerait une culture chrétienne. Mais oublier la dynamique intérieure qui est à l’œuvre dans l'appel à croire, se contenter de croyances qui légitiment nos projets humains alors qu'ils s'alimentent de croyances et non de la foi, pourrait faire rater la Parole Evangile qui, elle, fait Vivre. De quoi en sortir avec l'amalgame embarrassant sur les « valeurs chrétiennes » qui tiennent plus du consensus que du renoncement à soi demandé par le Christ ? De quoi désamorcer le christianisme assimilé même sans se l'avouer à un système de pensée à côté d'idéologies fondées sur des abstractions pour ouvrir l'espérance du Royaume à des disciples qui auraient découvert Dieu en aimant en réponse à son amour ?

Journal de Raïssa

Raïssa Maritain, Journal de Raïssa, Desclée de Brouwer, nouvelle édition, préface de René Voillaume, 2018.

Desclée de Brouwer propose une nouvelle édition des notes de Raïssa que son mari Jacques Maritain avait rassemblées en 1962. Ce texte qui était épuisé permet de découvrir le riche témoignage d'un chemin d'amour secret, d'amour fou pour Dieu. Raïssa Maritain, née dans une famille juive et convertie au catholicisme, fut une poète et une mystique qui eut une grande influence dans la vie de son mari, philosophe. Voici des pages d'une grande profondeur qui , invitent chacun à élargir son horizon spirituel.

Saints et guérisseurs

Philippe Carrozza, Saints et guérisseurs. Nous soulagent-ils du mal ? Enquête inédite et surprenante chez les guérisseurs, les barreurs de feu, les thérapeutes, les sourcier, s et autres rebouteux, Weyrich, Neufchâteau, 2018.

Résultat d'une enquête, ce livre ne veut pas dicter ce qu'il faut croire ou ne pas croire à propos de phénomènes surprenants, d'histoires de guérison ou de l'efficacité de remèdes qui touchent au spirituel. Reste donc au lecteur à se forger une opinion, en s'étant informé de choses inexpliquées par les créneaux rationnels. Que faut-il penser du don que certains ont reçu pour soulager les douleurs ? Cela interpelle en tout cas, et interpelle en particulier le croyant qui entend le gu, érisseur faire le lien avec sa foi. Des prêtres exorcistes ont aussi été invités à livrer un témoignage sur leur ministère qui n'est pas tant une thérapie,, que l'accompagnement d'un combat spirituel contre le Malin. Philippe Carrozza a aussi voulu en savoir plus sur les traditions populaires qui voient des démarches en certains lieux de pèlerinages ou sous le patronage de saints invoqués dans des circonstances précises. Son enquête l'a conduit dans des lieux typiques de nos régions comme Foy-Notre-Dame ou le Sanctuaire Saint-Antoine de Harre ; il nous invite aussi à Crupet ou au mont Saint-Michel ; on croise aussi la démarche de nombreux pèlerins à Lourdes, Beauraing, Banneux ou à Lisieux.

La grande intuition

Jacques Degeye, La grande intuition. Lettre au pape François sur quelques sujets délicats, préface de Jean-Marie Mottoul, Demdel, Arlon, 2018.

Si Jacques Degeye n'impose pas une révolution à l’Église, ses propos en appellent à une profonde réforme ou à un renversement donnant plus de place à des petites communautés. Décrivant la situation actuelle de la religion avec ses nombreux écueils, il montre bien des blocages présents et en appelle à une évolution. En tout cas, il décrit les problèmes en cherchant ce qui bloque aujourd'hui. Le propos tisse souvent assez large, voulant faire entrer le lecteur dans le nœud de nombreuses articulations que suppose l'argumentation. Ce qui peut dérouter par la succession de nombreux niveaux de discours et de références à des domaines différents où sont redéveloppées des problématiques.
L'auteur distingue le caractère institué de la religion de la dimension spirituelle de l'engagement des membres des communautés mais s'y dit aussi le jeu des pouvoirs quand il en va de la liberté de chacun. La grande intuition, pour reprendre le titre de l'ouvrage, est à saisir dans une dimension de spiritualité à même de renouveler sinon le fonctionnement de l'Église elle-même du moins pour essayer de la regarder à partir de ses membres, d'autant plus qu'ils seraient vraiment porteurs de cette intuition. Ce qui était le projet d'une Lettre au pape est devenu un appel à qui désirerait répondre au message d'Amour, de Vérité et de Beauté de l’Évangile. S'y ressent le désir d'une mise au point à propos du fonctionnement de l’Église, s'y cache l'espérance pour chacun d'y trouver vraiment sa place.

Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ?

Jacques Musset, Sommes-nous sortis de la crise du modernisme ? Enquête sur le XXe siècle catholique et l'après concile Vatican II, Karthala, Sens et conscience, 2017.

L'auteur voudrait nous faire sortir d'une crise qui concerne l’Église, qui décrit la place de chrétiens critiques par rapport à une Église qu'ils ont du mal à faire leur. Il se reconnaît parmi eux et se réfère à la crise moderniste, en décrit la teneur et dresse le portrait de quelques-unes des grandes figures qui s'y firent entendre. La crise moderniste n'appartient peut-être pas au passé. C'est un éclairage que peut apporter ce livre en présentant les réticences de l'homme d'aujourd'hui avec une pensée dogmatique. Même à reconsidérer ce que sont les dogmes et les circonstances qui furent le berceau de leur expression, il en va de la démarche descendante d'un style de pensée auquel résiste un sujet en recherche d'un Dieu dont le monde a obscurci l'évidence. Un renouveau, en accord avec l'attention prêtée par les progrès de l'exégèse à la Bible, est envisageable. Le livre décrit le Concile Vatican II, en montre les promesses mais aussi les piétinements. Un livre à refermer si on ne supporte pas le genre de critiques, alors qu'on sentirait l'envie de raboter une sorte de socle de pensée sur lequel repose l'ensemble qu'on appelle chrétienté ou christianisme (voir la recension du livre de Dominique Collin) et qu'on en jugerait par l'orthodoxie d'une pensée. Pour situer le débat, on peut prendre une question en exemple : comment Jésus est ou peut être chemin de vie aujourd'hui ? Par son existence ou par la doctrine qui lui attribue des titres et donne une intelligence du mystère du salut, même s'il faut déjà retraduire cette notion de mystère pour nos contemporains ? Un souci œcuménique fait entendre les Protestants qui réfèrent leur foi à la rencontre du Christ. Le débat ne doit pas occulter cette rencontre, la présence du Christ à son Église alors qu'elle est ce qui peut justement l'éclairer.

Ce que dit la Bible sur la louange

Alain Dumont, Ce que dit la Bible sur la louange, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 31), Bruyères-le-Châtel, 2018.

Aucune littérature sacrée ne déploie aussi abondamment l'art de la louange que la Bible. Elle le fait parce que la tradition religieuse qui s'y trouve exprime ce sur quoi elle s'appuie : la présence salvatrice de Dieu. La louange devient ainsi un pilier de la vie du croyant chrétien. L'auteur, prêtre, bibliste et membre de la communauté de l'Emmanuel avait écrit un ouvrage intitulé « Je loue donc je vis » mais en laissant pour une autre occasion le désir d'exprimer le fondement biblique de la louange. L'ouvrage présent le complète et lui donne de mettre en évidence une conviction profonde dont est porteuse la Bible, cette formidable mémoire de croyants : entrer dans la lecture de la Bible est prendre un chemin de vie et de croissance. Les rabbins évoquent parfois la louange comme un cri de naissance. La louange serait bien l'expression d'un cri qui répond à l'appel à vivre que le Seigneur nous lance par la Bible. Qu'elle exprime donc l'action de grâce pour la vie qu'il nous donne.

Baudouin et Fabiola

Bernadette Chovelon, Baudouin et Fabiola, L'itinéraire spirituel d'un couple, Artège, Paris, 2018.

La motivation de Bernadette Chovelon n'a rien du désir d'un historien de se pencher sur la période correspondant au règne de Baudouin. Elle a voulu faire suivre à ses lecteurs l’itinéraire spirituel de cet homme et de cette femme qui avaient choisi, dès leurs premières rencontres, de mettre Dieu et les paroles évangéliques au centre de leurs vies, malgré bien souvent une pluie de critiques dures à entendre. Chaque couple a son histoire, son histoire sainte. Bernadette Chovelon a déja écrit avec son mari un ouvrage sur l'Aventure du mariage chrétien. Consulter de nombreux témoignages sur l'histoire des souverains belges lui a donné la joie de vivre ainsi avec Baudouin et Fabiola le renouveau d’une Église postconciliaire rajeunie et fervente, qui découvrait la spiritualité conjugale, la joie de la prière commune d’un homme et d’une femme unis par le sacrement de mariage et le bonheur de chanter chaque jour ensemble la louange du Seigneur.

Le trésor

François de Muizon, Père René Combal, Le trésor. Histoire et Spiritualité de Notre-Dame du Laus, Salvator, Paris, 2018.

Les douze chapitres de ce livre rappellent d'abord les faits, les épisodes marquants de l'histoire de Notre-Dame du Laus (1664-1718) avant d'aborder différentes questions qu'ils suscitent. Les deux voix qui dialoguent, celle du Père René Combal, recteur du sanctuaire depuis 1972, et celle de François de Muizon, spécialiste des sciences de l'information et de la communication, se complètent par des accents spirituels ou plus anthropologiques. La vie de Benoîte Rencurel, bergère de cette région alpine, va changer quand elle rencontre un inconnu – c'est saint Maurice qui lui apparaît – qui lui annonce qu'elle verrait la Vierge Marie. Les faits sont surprenants et le personnage de Benoîte paraît exceptionnel. De quoi interpeller et chercher à comprendre pour accueillir des messages quand l'esprit d'aujourd'hui voudrait en vain tout expliquer.

Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat

Bruno Goncalves et Laurent Tournier (dir.), Le Droit de l’Église au service... du catéchuménat, Artège-Lethielleux, (Cahiers de la Faculté de Droit Canonique de l'Institut Catholique de Paris), Paris, 2018.

Le droit de l’Église aide la pratique pastorale et c'est dans cette finalité qu'un tel vade-mecum peut accompagner les pasteurs sur le chemin de maturation et de discernement qu'est le catéchuménat. A travers les différentes contributions de cet ouvrage, expériences de terrain, pastorale diocésaine et apport de l’Église se conjuguent pour le service de tous.

L'inimaginable compassion

Michel Farin, L'inimaginable compassion, Editions Vie Chrétienne, Paris, 2018.

Il suffit d'ouvrir un journal ou d'écouter les informations : le monde aujourd'hui souffre d'un manque criant de compassion. Migrants rejetés, personnes âgées oubliées, pauvres opprimés par le capitalisme globalisé... Plus fondamentalement, chaque homme dès sa naissance, nu et démuni de tout, dépend de la compassion d'autrui.
S'appuyant sur l’Écriture, Michel Farin montre ici que la compassion humaine n'est pas qu'un sentiment naturel. Elle provient d'une manière inimaginable de l'Amour infini de Dieu pour l'homme qu'il crée à son image, qu'il rejoint pour toujours en Jésus, mort et ressuscité, et auquel il insuffle son Esprit pour en faire son Fils. Nous aurions tendance à retenir l'explication que la science nous donne d'une vie articulée à celle des autres par le fonctionnement de nos neurones. Mais au-delà de la nature, notre vie humaine est de répondre à l'enjeu d'une existence personnelle d'un être fait à l'image de Dieu. La compassion est chemin de salut, pas seulement d'une guérison toute provisoire parce que c'est la miséricorde de Dieu qui y est à l’œuvre même en s'y tenant discrète. Elle demande de mettre en priorité le respect de la dignité de chaque enfant de Dieu. Bien des situations critiques sont à examiner à cette lumière d'un Sauveur qui a accepté, par compassion, de nous rej, oindre dans les enfers où se trouvent bien des humains.

Sermons pastoraux

Louis Bouyer, Sermons pastoraux 1936-1938, Ad Solem, Spiritualité, Paris, 2017.

Né dans une famille luthérienne et devenu pasteur après des études de théologie et de lettres, Louis Bouyer étudie les Pères de l’Église qui le conduisent vers l’Église catholique. Considéré comme une figure importante parmi les théologiens français du XXe siècle, on pourra ici prêter attention à ses sermons composés alors qu'il était encore pasteur luthérien à Paris. Les thèmes abordés par ces sermons nourrissent une méditation qui s'ouvre volontiers à une dimension œcuménique.

Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger

Martin Steffens, Rien de ce qui est inhumain ne m'est étranger. Éloge du combat spirituel, Points Vivre, Paris, 2016.

Quand l'auteur s'explique sur le titre , d, e cet ouvrage, on comprend vite l'enjeu d'un livre qui peut nous accompagner dans un domaine que la mentalité ambiante semble si souvent nier. Comment être humain serait la possibilité de prendre conscience et d'agir contre le mal en respectant qu'il risque, comme mystère, de nous dépasser. La solidarité avec ce qui est humain risque de mettre entre parenthèses l'inhumanité qui blesse si souvent l'homme. Il faut donc prendre pleine mesure de la réalité du mal pour envisager les armes qui pourront le vaincre. Martin Steffens invite à se méfier du combat qui mettrait en avant nos propres forces ou une prétendue suffisance à s'en sortir, car le mystère du mal en appelle à un Sauveur. « Il est seul Dieu, avec une majuscule, celui qui osa se faire minuscule, assez humble pour nous rejoindre là où nous sommes dans la pénible réitération de notre mal. » Le mal, Jésus s'en est chargé une fois pour toutes, pour l'emporter dans la mort et en faire autant d'occasions de nous ressusciter. L'éloge du combat spirituel met en évidence l'humilité plus que la bravoure, la grâce que l'on reçoit bien davantage que l'énergie qu'on aurait prétendu déployer.

Jésus, le Juif central

André Lacocque, Jésus, le Juif central. Son temps et son peuple, édition originale : Jesus the Central Jew. His times and His People, SBL Press, 2015, traduit de l'anglais par Jean-Marc Degrève, Cerf, (Lire la Bible, 194), Paris, 2018.

L'auteur nous invite à une enquête sur la personne de Jésus, en visant le Jésus historique, à distinguer d’autres termes que l'on trouve dans la littérature : Jésus mythique (selon certains chercheurs plus sceptiques), Christ (auquel les disciples se réfèrent dans une foi raisonnée) ou « vrai Jésus ». Suivant les critères et les méthodes pour mener ce genre d'enquête, il s'agira de faire parler les sources – les évangiles ou d'autres sources anciennes. La relation d'un croyant au Seigneur qu'il reconnaît en Jésus n'importe pas directement mais trouvera là de quoi s'articuler à ce qui peut être établi plus ou moins fermement au niveau de l'histoire. Si André Lacocque parle d'un Juif central, c'est qu'à côté d'aspects marginaux de la personnalité de Jésus, il convient de chercher qui il est en mettant au centre sa judaïté. Et c'est en faisant référence à des documents juifs qu'il mène bien souvent le débat. Pourquoi Juif central ? Central est à prendre comme l'inverse de marginal, alors que Jésus était sans doute marginal d’un point de vue sociologique et politique.

Éclats d’Évangile

Marion Muller-Collard, Éclats d’Évangile. Bayard – Labor et Fides, Montrouge Cedex, Genève, 2017.

Marion Muller-Collard a eu la mission d'une chronique biblique dans le journal Réforme. Elle a pris  cette contrainte comme une nouvelle respiration qui lui a fait découvrir un troisième poumon par lequel respirer la liberté : la liberté de ne pas en rester à des attentes car le Seigneur les dépasse largement, la liberté d'élargir ses horizons et de nourrir par là un désir de vivre en allant vers les paysages inexplorés de la Grâce vers lesquels la Parole sans cesse nous déplace.

Psychothérapie de Dieu

Boris Cyrulnik, Psychothérapie de Dieu, Odile Jacob, Paris, 2017.

Le neuropsychiatre qu'est Boris Cyrulnik est intrigué, interpellé par la spiritualité et par la place dans celle-ci de Dieu à qui on peut se confier, sur qui on peut compter. Il se pose la question de ce que la psychologie peut dire à ce sujet. Sans prétention de tout expliquer, le livre se contente souvent de relater et décrire d'un point de vue psychologique ce qu'on désigne comme religion dans la vie des hommes. Il oriente parfois un peu l'opinion en comparant avec d'autres moments de la vie relationnelle et en évoquant ce qui la permet, supposant pouvoir dire ce qui autorise un attachement à Dieu dans le psychisme humain. Le livre ne cherche pas à déconstruire en expliquant tout. On restera peut-être à hésiter à rentrer dans le jeu de neutralité du psychologue pour décrire  l'attachement et pour parler de l'objet de cet attachement quand on parle d'amour de Dieu ou de la place de Dieu dans une vie. Sans aller dans le sens de la foi, donc sans donner une teneur ou une consistance forte au mot Dieu, le travail du psychiatre non croyant est aussi de repérer ce qui permet le comportement religieux reconnu important par les personnes parce qu'il fait sens, comme de noter les conditions personnelles ou culturelles qui peuvent conditionner des représentations de Dieu. Qui dit représentation dit aussi image et mots pour traduire ou véhiculer ces représentations. En même temps que beaucoup d'informations sur l'aspect psychologique du comportement religieux, ce livre aide à discerner sur le phénomène religieux du point de vue des conditions psychologiques, prenant aussi en compte ce que la psychologie dit de la vie sociale. Le lecteur, s'il est croyant, pourra repérer comment on en vient à se fabriquer des images de Dieu dont on a besoin. Il comprendra aussi qu'il est un être incarné et cela peut nourrir en lui une foi sainement critique.

Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, Une année d'espérance avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, préface du cardinal Manuel Clemente, patriarche de Lisbonne, Parole et Silence, Paris, 2018.

Ce livre nous propose de passer une année avec François et Jacinthe, les deux petits bergers témoins des apparitions de Fatima, canonisés le 13 mai 2017. Le livre est particulier car les deux enfants n'ont jamais rien écrit. Comme un calendrier, chaque jour devient un rendez-vous pour se mettre en présence du message qu'ils auront porté, de leur volonté de ne plus faire que ce que Dieu leur demandait. Ceci est permis à travers les multiples témoignages qui ont fleuri de la découverte des grâces qui ont inondé leur vie.

L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima

Jean-François de Louvencourt, L'art de s'émerveiller avec saint François et sainte Jacinthe de Fatima, Artège, Paris, 2017.

François et Jacinthe, deux des enfants témoins des apparitions de Fatima, ne sont pas restés passifs durant leur vie. Pour traverser de multiples épreuves liées au message qu'ils devaient porter, ils ont grandi dans une spiritualité qui se traduit bien par l'émerveillement et par un lien vital avec le Seigneur. Ce livre montre combien les deux enfants nous livrent une spiritualité accessible à tous qui répond admirablement aux multiples désillusions de notre monde contemporain. D'où l'intérêt de ce livre : apprendre à s'émerveiller à l'école de François et Jacinthe qui ont grandi dans cette attitude au cours des événements qui se sont présentés à eux.

Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne

Emiliano Lambiase, Andrea Marino, Pleine conscience et tradition spirituelle chrétienne, traduit de l'italien et préface de Tonino Cantelmi, Fidélité, Namur, 2018.

Les auteurs de ces pages sur la pleine conscience sont psychologues et psychothérapeutes. On peut constater avec eux que la nature humaine ne suit pas toujours ce que la vie moderne a tendance à imposer à chacun : distraction, vitesse, intolérance vis-à-vis des contrevenues, des déceptions, des limites. La pleine conscience n'est pas la panacée qui remédie à tout. Mais comme technique d'un usage conscient, intentionnel, focalisé et sans jugement de l'attention, elle permet en particulier de développer des attitudes existentielles pour se relier aux autres et à la réalité. Elle croise alors comme attitude de vie des courants spirituels et en particulier des courants de la spiritualité chrétienne. Les auteurs ont à cœur de le montrer dans ces pages pour reconnaître dans la pleine conscience un moyen de franchir la porte de la prière et ensuite une manière d'être présent avec amour dans les plus petites choses autant dans la vie active que contemplative.

Gaston Fessard (1897-1978)

Michel Sales, Gaston Fessard (1897-1978). Genèse d'une pensée, 2ème édition augmentée, Lessius, Namur, 2018.

Philosophe de la liberté humaine dans l'histoire, Gaston Fessard a élaboré une anthropologie et une philosophie chrétiennes de la société dont ce livre éclaire le projet et les enjeux. Pour cela, il présente, dans une série de courts chapitres, l'ensemble de la vie et de l’œuvre de G. Fessard. Déjà publié en 1977 chez Culture et Vérité, le volume est ici augmenté d'une bibliographie des publications de Gaston Fessard et d'une présentation de l'itinéraire, de la vocation et de la bibliographie de Michel Sales par Frédéric Louzeau.

Abimélek ou l'homme qui voulut être roi

Catherine Vialle, Abimélek ou l'homme qui voulut être roi. Juges 9, Lessius, (Péricopes), Namur , 2018.

Pourquoi raconter dans la Bible l'histoire d'Abimélek qui parvint à devenir roi en assassinant 70 demi-frères ? Une véritable guerre civile suivra et Abimélek lui-même y laissera la vie, demandant à son écuyer de l'achever. Le pouvoir qui a choisi la violence aboutit plus que souvent à un surplus de violence. Le texte nous le fait comprendre. Vient aus, si, la réflexion portée par la parabole de Yotam, où des arbres sont interpellés pour devenir roi, et d'où peuvent ressortir des dimensions prophétiques. Les références à l'alliance conclue à Sichem par Josué gagnent à être prises en compte : celui qui se détourne du Seigneur risque de voir l'histoire se retourner contre lui.

L'éternité. Rêve ou réalité ?

Jean-François Gosselin, L'éternité. Rêve ou réalité ? Mediapaul, Montréal, 2018.

Parler d'éternité aujourd'hui demande une certaine audace. L'auteur, mathématicien qu'un parcours en théologie a ouvert à un autre regard sur le monde, nous dit que la question de la destinée soulève immanquablement celle de l'éternité. Pas une sorte d'immortalité personnelle pour laquelle marchander sa vie, mais une manière d'inscrire sa vie pr&eacute, ;sente dans un horizon bien plus vaste. On a voulu faire oublier l'éternité mais c'est là un risque dont on mesure l'ampleur avec un parcours faisant retour au temps des Anciens, aux philosophes grecs, à saint Augustin, ou interrogeant des penseurs plus récents comme Paul Ricœur. L'espérance de l'éternité s'exprime aussi et surtout, à la lumière d'un parcours biblique comme désir de quelqu'un plutôt que tension dans un rapport conflictuel avec le temps. L’Écriture guérit d'une projection hors d'une vie terrestre empoisonnée : elle révèle plutôt un amour de Dieu créateur et menant nos vies vers une plénitude que lui seul permet.

Comment peut-on être catholique ?

Denis Moreau, Comment peut-on être catholique ? Seuil, Paris, 2018.

Si l'athée devait se défendre de son athéisme, c'est le croyant aujourd'hui qui doit donner raison de sa foi. Ce qui ne veut pas dire prétendre avoir le dernier mot, de manière dogmatique. Le croyant d'aujourd'hui ne doit pas se justifier devant des critiques de dogmatisme quand il serait classé comme prétendant détenir la vérité : sa vie peut témoigner que la vérité est plutôt une ouverture respectueuse à différents points de vue, ouverture qui fait avancer au-delà des certitudes trop vite admises. Le ton est donné, c'est un philosophe qui parle, qui éclaire ce que le discours de foi a de particulier, la liberté qui y est liée, le risque de ne pas en entendre la richesse. Il va aussi chercher dans cette source qu'est la révélation comme dans les fruits que montre une vie chrétienne qui répond à la Parole de Dieu. Le propos est agréable à suivre, vivant et à conseiller à qui croirait ces questions trop vite embêtantes. Croyant, Moreau revient aussi sur l’Église et sur son histoire, ouvrant à autre chose que les critiques que l'on peut lui adresser. Le but n'est pas de convertir, mais de soutenir que croire peut se montrer une chance, une manière d'avancer sans avoir une réponse à tout mais en faisant un choix que la raison respecte.

Dieu n'a jamais voulu ça

Jonathan Sacks, Dieu n'a jamais voulu ça, La violence religieuse expliquée, traduit de l'anglais par Julien Darmon, Albin Michel, Paris, 2018.

L'auteur est rabbin et a enseigné en Angleterre. Dans un parcours à la pédagogie confirmée, il entend décrypter la violence liée à la religion. Il se place dans le cadre des monothéismes avec les spécificités et les parcours particuliers du judaïsme, du christianisme et de l'islam, mais il cherche aussi dans les racines culturelles, dans la psychologie et la sociologie, avec les phénomènes de violence liée à la vie en société. Le livre montre que le lien entre religion et violence est oblique et non pas immédiat. On ne peut pas faire comme si certains récits que l'on trouve dans le livre de la Genèse n'existaient pas. Sacks soutient qu'il faut une nouvelle interprétation de ces textes, de sorte que ceux-ci soient source d'une solution alors qu'ils ont posé problème. Il demande une nouvelle approche plus profonde, impossible dans les lectures partiales alors qu'elles ouvrent à une découverte de l'altérité, des risques de rivalité, de peur, de soupçons et de haine. Sacks se fait l'interprète de l'antisémitisme pour montrer comment la peur peut conduire à la haine et à des mécanismes inhumains. Ils invitent aussi tous les enfants d'Abraham – juifs, chrétiens, musulmans – à trouver les moyens pour vivre ensemble en paix.

Dieu est assez grand pour se défendre tout seul

Léonard Amossou Katchekpele, Dieu est assez grand pour se défendre tout seul. L'apologie du chrétien, Lessius (Au singulier), Namur, 2018.

De peur de gêner les athées, les croyants ont vite tendance à se faire les avocats de Dieu. Parfois, cela revient, plus que d'interpréter, à édulcorer, voire à dénaturer le message. A l'athée convaincu que Dieu est mort et au chrétien inquiet dont l'attitude ferait dire que Dieu se meurt, peut-être faudrait se désencombrer de l'ambiance dans laquelle font plonger bien des vieux débats. On imagine aussi d'autres débats avec ce que certains racontent d'un retour de la religion. Etre témoin de Dieu est autre chose que de plaider sa cause. Si l'auteur parle d'apologie du témoin, il s'agit donc de raconter comment on peut dire quelque chose de Dieu, rencontré dans la vie sans le connaître autant qu'on le voudrait – il est vu de dos plutôt que de face. Il s'agit de témoigner mais en osant d'abord se laisser interroger par ce que Dieu dit et fait.

Puissance de la gratitude

Pascal Ide, Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie, Éditions de l'Emmanuel, Paris, 2017.

La gratitude a des effets bénéfiques pour notre corps et pour notre psychisme. La gratitude peut en particulier nous tourner vers celui qui est la source de tout don, notre Créateur.
L'ouvrage se veut ouvert à différents niveaux, de la psychologie à la spiritualité. L'auteur, en bon pédagogue, questionne le lecteur pour lui permettre d'ouvrir les questions qui le feront changer. Il ne manque pas d'exemples puisés dans la culture et en particulier dans le cinéma.

Pierres noires

Joseph Malègue, Pierres noires, Les classes moyennes du salut, Ad Solem, Paris, 2018.

Lors d'une homélie, le pape François évoquait un auteur français utilisant l'expression « classes moyennes de la sainteté ». Il y a les saints de tous les jours, les saints « cachés », comme le disait un auteur français. Cet auteur est sans doute Joseph Malègue et il faut faire droit au génie de son œuvre dans laquelle on trouve le bien – le plus – connu « Augustin ou le maître est là ». La littérature, chez Malègue, permet de faire découvrir ce que peut être une sainteté de tous les jours ou, pour revenir plus précisément aux termes utilisés par l'auteur, une classe moyenne du salut. Le présent ouvrage sorti chez Spes en 1958 est en fait une trilogie tirée de ce que Malègue en avait déjà achevé et de ce qu'il n'avait que projeté avant sa mort. Le roman permet de se figurer, à travers différents personnages, ce que peut être la sainteté dans une région déchristianisée. Malègue montre la religion dans une société et son ordre établi quand il y a aussi, à côté de ce qu'un Bergson aurait décrit comme statique, une aspiration plus haute à suivre l'idéal évangélique. Le premier étage explique, légitime et sanctifie le rez-de-chaussée, dit quelque part un personnage. Sans que cela ne discrédite la vie du plus grand nombre sans doute repris dans la classe moyenne. L'exemple d'un petit village d'Auvergne, Peyrenère, dans ce qu'il a de typique, décrit la sécularisation par l'opposition entre le village d'en-haut avec les notables – comprenant aussi des figures d'Eglise – et puis le progrès de l'industrie et l'essor de la laïcité dans le village d'en bas. La forme du roman redit bien que Dieu s'est incarné pour sauver des personnes dont on découvre une histoire au sein d'une société qui semble suivre ses propres lois. Malègue nous aide à dire qu'une telle description oublie quelque chose si un supplément d'humanité ne puise pas à l'amour de Jésus montré sur le Calvaire et aux témoignages de ceux qui ont voulu prendre leur croix pour servir leurs frères. La préface d'Henry Bousquet de l'édition de 1958 est précédée de celle de José Fontaine très éclairante pour entrer dans la lecture et pour dire de Malègue l'importance de sa place dans la littérature chrétienne.

Satan accuse

José Luis, Sicre Diaz, Satan accuse, Le procès des évangélistes, traduction de Ivan Murovec, Fidélité, Namur, 2017.

Pourquoi des divergences, voire des contradictions entre des passages bibliques ? Le projet du livre est de donner une manière de lire plus intelligente, un point de vue qui resitue les trois évangiles synoptiques les uns par rapport aux autres. Plein d'humour, l'auteur met de la vie dans ce procès haut en couleur montrant l'à-propos des remarques et des récriminations de celui qui dit ne pas comprendre ou ne pas croire. Une manière agréable de revisiter les évangiles, de répondre aux différentes objections et d'éviter les pièges du fondamentalisme.

Vivants grâce à Dieu

François Odinet, Vivants grâce à Dieu, préface d'Enzo Bianchi, Novalis, Lumen Vitae, Namur, 2018.

Jésus commençait son témoignage en parlant d'une Bonne Nouvelle adressée aux pauvres. François Odinet ne fait pas que confirmer qu'elle soit adressée aux pauvres, il nous invite à l'entendre avec eux. Cet ouvrage se fait écho de partages bibliques vécus au sein de la Famille Bartimée, une association fondée près de Toulouse en 2011 par Nicole Vaissière. Comme y invite Wresinski qui nous disa, it que les pauvres ont quelque chose à nous apprendre, François Odinet cherche à mettre en résonance Parole de Dieu et paroles de personnes en situation de pauvreté et il tente ici de montrer des perspectives théologiques qui font le pont, notamment en puisant aux intuitions de la lectio divina telles que Guigues II le Chartreux les précise dans son Echelle des moines.

Paraboles mode d'emploi

Olivier Lebouteux, Paraboles mode d'emploi, préface de Thérèse et Antoine Leclerc, Fidélité, Namur, 2018.

En parlant de « mode d'emploi », l'auteur nous signale que le sens d'une parabole n'est pas entièrement perçu si la parabole n'est pas, d'une certaine manière, vécue, si elle n'est pas une leçon de vie. Chaque texte est questionné, commenté et actualisé, puis le livre propose de puiser aux sources de l'Ancien Testament, des Pères de l’Église, avant d'explorer encore le sens d'un mot important du passage repris. Cet ouvrage est un superbe outil pour les groupes de lecture biblique. Les responsables des Equipes Notre-Dame pour la France, la Belgique et la Suisse, qui le préfacent le recommandent pour vivre une année en équipe.

Va-t-en, Satan !

Michel Farin, Va-t-en, Satan !, Vie Chrétienne, Paris, 2018.

A la lumière de l’Écriture et des Exercices Spirituels de saint Ignace de Loyola, l'auteur, jésuite et réalisateur, analyse le fonctionnement et l'emprise du père du mensonge, Satan, et démythifie le « péché originel ». Il reprend le récit de la Genèse en invitant à ne pas s'arrêter sur les images. « Ce qui se passe dans le cinéma peut servir de parabole pour évoquer ce que produit l'intervention du péché » : parmi tous les arbres du paradis, Adam et Eve n'en voient plus qu'un, se focalisant sur un seul fruit, ils font un arrêt sur image qui les fait sortir du film, c'est-à-dire de l'histoire de l'Alliance entre eux et le Créateur. Quand la confiance en la Parole qui donne sens est rompue, faut-il vraiment espérer trouver une explication qui vaille ? Le mystère du mal apparaît dans l'histoire quand l'Esprit fait lire les signes d'un manque de confiance à la Parole créatrice. Et le Christ nous presse à démasquer et à refuser le mensonge si nous reconnaissons sur la Croix son amour qui nous sauve.

Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?

Père Richard Veras, Si Jésus est vraiment parmi nous, alors, où est-il ?, Magnificat, Paris, 2018.

Le titre de ce livre est la question d'un élève agacé à son professeur de religion, d'un agacement qui traduit une difficile quête de ce qui peut faire vivre. Bibliste et professeur au Séminaire de New York, l'auteur raconte dans une quête passionnante les chemins que Dieu prend pour se révéler à nous, comment sa présence peut être magnifiée par les disciples. Sa présence est toujours d'actualité quand des chrétiens se réunissent en son nom, quand nous croyons que c'est toujours son amour qui nous rassemble et nous fait vivre.

Ressources du christianisme

François Jullien, Ressources du christianisme, Mais sans y entrer par la foi, Edition de L'Herne, Paris, 2018.

Quelle place le christianisme a-t-il dans nos sociétés ? François Jullien, en philosophe, s’ouvre aux ressources du christianisme. Par ressources, il faut entendre qu'il reste toujours quelque chose du christianisme à découvrir. Croire, comme base d'une catégorie, marquerait trop vite un clivage entre croyant et non-croyant quand on perçoit le message de l'Evangile comme une ressource ouverte à tous. L'auteur évoque une « dé-coïncidence » qu'exprime la promesse de vie à celui qui, plutôt que s'attacher à sa vie, est prêt à s'en détacher. Suivant certains passages de l’évangile de Jean, on entend que le Verbe apporte une nouveauté véritable. Il ne donne pas de haïr ce monde pour un autre monde imaginé en palliant aux faiblesses du premier mais il donne à chacun, comme sujet, de ne pas être assimilé, de ne pas coïncider avec le monde et donc d'exister au sens vrai. Comme vérité, et même signe de contradiction, il apporte une nouveauté plus essentielle : plutôt qu'un nouveau parti, il défait la partialité des partis. Le christianisme se présente pour qui cherche comme lieu de ressources d'une existence véritable, ce n'est pas une tendance sectaire par rapport à un monde dont il faudrait se méfier. De quoi puiser aussi de reconnaître d'autres sujets dans une véritable altérité. La réserve exprimée dans le titre pourra interroger : « sans y entrer dans la foi » à propos du christianisme, n'est-ce pas le risque de rester à l'extérieur et de manquer l'essentiel ? Mais n'est-ce pas aussi une invitation à un regard autocritique pour le croyant convaincu ou une porte d'entrée accessible pour celui qui avoue manquer du don de la foi. Une interrogation philosophique du point de l'existence peut être salutaire pour se dire que peut-être la foi n'est pas ce que l'on pensait, qu'il y a des croyants qui se font illusion si dans le fond, leur vie n'en est pas éclairée. Si le christianisme est plein de ressources, il y a donc à puiser à la signification profonde des mots en gardant à l'esprit que le Seigneur est la Vérité mais qu'il est aussi la Vie.

Penser la foi chrétienne après René Girard

Bernard Perret, Penser la foi chrétienne après René Girard, Ad Solem, Paris, 2018.

L'importance du mimétisme, le mécanisme du bouc émissaire sont deux aspects de la pensée de Girard qui ont renouvelé de vastes domaines des sciences humaines et sociales. La question qui sous-tend ce livre aborde la religion et la foi chrétienne en particulier quand on est sensible à sa théorie du sacré et son interprétation du message chrétien. On pense notamment à la cohérence entre la prédication du Royaume et la signification des circonstances de la mort de Jésus. L'auteur parle en confessant sa foi chrétienne, c'est-à-dire en proclamant la résurrection du Christ et en la prenant comme une lumière à laisser parler dans l'existence. Il a reconnu que la pensée de Girard ouvre un chemin privilégié pour réconcilier le regard du croyant et de l'observateur engagé. Girard a eu un rôle prophétique montrant le tragique de l'histoire et invitant avec insistance à une conversion à l'amour. Parfois trop pessimiste, il n'en reste pas moins une source pour éclairer le fonctionnement de nos institutions et la pertinence anthropologique de nos rites religieux.

Chanter pour Dieu

Grégory Turpin, Chanter pour Dieu, Le Passeur, Paris, 2017.

Jeune chanteur auteur, compositeur chrétien, Grégory Turpin témoigne ici de son idéal chrétien et du chemin de vie qu'il emprunte pour le rejoindre. Il ne peut vivre sans Dieu et témoigne de son intimité avec lui. Il veut coupler sa démarche artistique de chanteur avec un ministère de témoignage. Il répond à un appel, à une véritable vocation de témoin. Sa sensibilité, associée à sa foi profonde, ouvre des pistes pour l'évangélisation. Servir est pour lui un chemin d'accomplissement bien loin des schémas de carrière de star, dans une simplicité nécessaire pour rester serviteur de Dieu. A travers une captivante série d'avis sur divers sujets, on découvre une personne source pour penser le christianisme. Tout en simplicité, il puise à des racines solides et aide à discerner comment rejoindre l'homme ou la femme d'aujourd'hui. Il éclaire aussi sur ce que vivent les jeunes générations de chrétiens.

L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles

Xavier Dijon et Bernard De Plaen, L'Institut d'études théologiques (IET) de Bruxelles. Chronique d'un demi-siècle (1968-2018), Namur, Lessius, 2018.

Ce livre raconte l'histoire de l'Institut Théologique de Bruxelles, fondé en 1968, dans les années qui suivirent le concile, selon une méthode soucieuse d'organiser la théologie autour de l’Écriture Sainte. Le livre évoque comment l'institut a changé en s'ouvrant à un public qui a évolué des scolastiques jésuites aux membres d'autres congrégations, à des séminaristes, notamment des Parisiens du temps de Mgr Lustiger ou encore aux laïcs soucieux d'une solide formation chrétienne. Le deuxième chapitre expose les perspectives et la méthode d'enseignement pratiquée à l'IET. Cinquante ans d'une histoire qui illustre un service de la théologie, discours tendu entre Dieu et le monde.

Il a dressé sa tente parmi nous

Philippe Bacq, Il a dressé sa tente parmi nous. Lecture de l'évangile de Jean 1 – 13,35, Lumen Vitae, préface d'Ignace Berten, postface d'André Fossion, Éditions Jésuites, (Écritures en Pastorale, 4), Namur, 2018.

Philippe Bacq concevait une pastorale qui propose l’évangile et un regard évangélique sur la réalité.  Dans cet esprit, il s'est attelé à proposer un commentaire des évangiles. Atteint par un cancer et décédé en novembre 2016, il avait déjà rédigé des commentaires de Luc et de Marc. Lumen Vitae a décidé de publier le travail inachevé touchant les 13 premiers chapitres de l'évangile de Jean, le commentaire des 8 premiers étant déjà finalisé. Proche du texte, Philippe Bacq aide le lecteur à entendre le texte lui-même sans aller trop vite dans le jeu des interprétations et les reprises théologiques. Le livre reprend aussi l'homélie qu'André Fossion prononça au moment de dire adieu à cet exégète : elle est publiée en guise de postface pour saluer celui qui a bien souvent partagé toute la saveur perçue dans l’Écriture.

Lueurs dans l'histoire

Paul Valadier, Lueurs dans l'histoire. Revisiter l'idée de Providence, Salvator, Paris, 2017.

Assister aux efforts de l'humanité face à tout ce qui l'inquiète aujourd'hui pourrait faire douter d'une issue heureuse. Le livre de Valadier prend parti pour une vision positive même quand la planète et la civilisation sont malmenées. Ce n'est pas par utopisme, dans un manque de réalisme ou dans un refus d'&a, mp;amp, ;, ecirc;tre dérangé vraiment par ce qui serait le plus alarmant, que l'on peut encore aujourd'hui parler de Providence. C'est en philosophe croyant, en faisant se croiser les apports de la philosophie et de la théologie. Et Valadier fait ainsi entrer dans une intelligence renouvelée de notre situation, en montrant le rôle d'une sagesse qui prend la mesure de ce qui se cache dans l'actualité, pour réapprendre à lire les signes des temps. Il n'est pas évident de prétendre que Dieu est maître des temps en se faisant l'interprète de sa volonté. Et à viser un ordre moral idéal, comme aurait dit Nietzsche, le chercheur de sens risque bien d'être découragé et d'éprouver sa propre vanité à chercher à se réaliser dans une cause illusoire. Le providentialisme consiste à postuler un sens. La Bible donne une perspective en orientant les regards vers un A-venir promis et attendu. La fidélité à un Dieu qui veille sur nous comme un Père invite en retour à une vigilance. Elle invite aussi à une sagesse qui n'élève pas au niveau utopique de la nécessité d'un dénouement heureux, mais rend plus accueillant aux appels, aux invitations, aux rendez-vous d'un Dieu qui nous veut assez libres pour y répondre.

Heurs et malheurs de l'autorité

Henri Madelin, Heurs et malheurs de l'autorité ; Entretiens avec Yohan Picquart, Lessius, (Au singulier, 38), Namur, 2018.

Dans ce livre d'entretiens, Henri Madelin cherche à éclairer ce qu'est l'autorité, à bien la distinguer du pouvoir. Henri Madelin a été à la frontière du politique et du religieux. Il a été conseiller d'hommes politiques influents, il a eu des charges importantes au sein de la compagnie de Jésus, il a été aumônier du Mouvement Chrétien des Cadres. L'autorité n'est pas le pouvoir. Il est bon de le rappeler et de percevoir ce qui donne l'autorité dans un temps où elle semble souvent en crise.

Trop envie de le dire

Charles Delhez, Trop envie de le dire, préface de Jacques Franck, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre reprend des chroniques du Père Charles Delhez publiées depuis 2010 dans différents médias et regroupés par thématique. Il en va de notre monde, de notre société et surtout de la lumière qui peut l'éclairer avec pertinence. Coller à la vie quotidienne, puiser à la source d'amour que les croyants reconnaissent en Dieu contribue à cet éclairage et on apprécie l'expression toujours affinée de Charles Delhez et sa manière de faire se conjuguer avec équilibre le réalisme et la foi.

Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile

Camille Riquier, Philosophie de Péguy ou les mémoires d'un imbécile. PUF, Paris, 2017.

La vie de Péguy est double. Il y a celle qu'il vécut au sein des Cahiers de la Quinzaine, sous l'emprise du devoir et de l'Affaire Dreyfus. Mais il y a aussi une autre vie, heureuse mais virtuelle, qu'il n'a pu accomplir et qui a surgi comme malgré lui dans son écriture : une vie vouée à la philosophie. L'ambition de ce livre est de fournir à la philosophie de Péguy l'appareil capable de manifester le plus fidèlement possible le profond ordre intérieur qui tient ensemble tout ce « fatras » de textes qui ont jailli génialement de sa plume. Qu'il soit philosophe, fondamentalement, c'est le point où s'articulent ses différents profils souvent difficiles à concilier. La pensée de Péguy, c'est en même temps une méditation sur la révolution socialiste et une rumination de son échec, c'est ensuite  arbitrer un combat dans le monde entre culture et barbarie, quand le monde moderne a découronné des cultures anciennes en les inondant de sa barbarie. Sauver ces cultures anciennes était une de ses tâches pour retrouver des racines et que vive l'humanité. Riquier entend aussi se faire le témoin d'une immense confession que Péguy a livrée dans son œuvre, car il y apparaît une confession de sa foi catholique. C'est là que sa vie, comme un aboutissement et non comme un écart ou un rebroussement, est arrivée et ce fut pour comme une « promotion dans l'être ».