Jeunes Vie du Diocèse Formations Agenda

Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Eduquer, former, accompagner

Amedeo Cencini, Eduquer, former, accompagner. Une pédagogie pour aider une personne à réaliser sa vocation, Edition des Béatitudes, Nouan-le Fuzelier, 2019.

L’auteur enseigne à l’Université pontificale salésienne à Rome et est consulteur de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. Il croit profondément à l’action de Dieu, fondamentalement seul Pédagogue et Formateur. Sa conviction est que la formation ne porte pas de fruit sans une éducation qui permet de dégager le moi propre. Faire devenir la personne telle qu’elle devrait être ne peut se faire sans un accompagnement. Cencini conçoit cet accompagnement sous la guidance de la Trinité : le Père éduque, le Fils forme et l’Esprit accompagne. Ce cheminement demande à la fois de chercher des bases anthropologiques et de s’ouvrir au travail de la grâce.

Pleurer sans pourquoi

Xavier Lopinet, Pleurer sans pourquoi. Quand Dieu donne des larmes, Éditions du Cerf, Paris, 2019.

Pourquoi pleurons-nous ? Il n’y a pas ici à chercher toutes les circonstances de la vie trop lourdes à porter qui amènent une personne débordée à éclater en sanglots. Xavier Lopinet propose de scruter l’Ecriture pour y trouver que Dieu fait à certains le don des larmes. Il est donc plus question de théologie que de psychologie. Le livre nous interpelle sur ce que les larmes disent de Dieu. La Bible, elle, place devant des intrigues où les larmes ont un sens spirituel. L’ouverture à ce sens traverse d’ailleurs l’histoire de la spiritualité. Les larmes du pénitent peuvent signifier la joie de la conversion. Du « Heureux ceux qui pleurent » à ce que le lecteur peut éprouver dans un moment spirituel intense en passant par le « Pourquoi pleures-tu ? » adressé à Marie-Madeleine ou Catherine de Sienne, cet ouvrage fait recevoir un éclairage spirituel sur le sens des larmes, ce qu’elles contiennent d’une promesse. Il approfondit la relation à Dieu qui donne de pleurer.

Le Pacte des Catacombes

Luis Martinez Saavedra, Pierre Sauvage, Le Pacte des Catacombes. « Une Église pauvre pour les pauvres », Un événement méconnu de Vatican II et ses conséquences, Lessius, (La Part-Dieu), Namur, 2019.

En 1965, en marge du concile Vatican II, environ 500 évêques du monde entier ont adhéré à un document qui fut appelé « le Pacte des Catacombes ». Cet ouvrage propose d’abord de présenter pour la première fois la version originale de ce qui était intitulé « Réflexion de quelques évêques à la fin du concile » mais qui représente bien davantage un engagement de ceux qui, touchés par l’événement Vatican II, ont voulu mettre dans leur vie d’évêque, le témoignage d’un accent de pauvreté, comme plus conforme à l’Évangile qu’ils voulaient servir. On trouve des personnes comme Mgr Himmer ou Don Helder Camara. Pierre Sauvage nous donne de manière détaillée l’histoire de ce document et la mobilisation pour une « Église pauvre pour les pauvres ». Il s’agissait de renoncer à des privilèges, à lutter pour la justice, à servir les pauvres, à secourir ceux qui souffrent, à coopérer plus qu’à diriger. On sent aujourd’hui que le pape François, issu du monde latino-américain, assume un héritage de cette préoccupation. De nombreuses références évangéliques ponctuent ce document et la ligne que l’Evangile donne est étudiée, ainsi que l’influence que cet engagement put avoir dans les diocèses dont étaient en charge les évêques signataires. Le retentissement, surtout au sein de l’Église latino-américaine fut quasi immédiat.
Il peut encore nous interroger et nous stimuler aujourd’hui sous l’insistance de la ligne du pape François.

L’enfant théologien

Richard Gossin, L’enfant théologien. Godly Play : une pédagogie de l’imaginaire, Lumen Vitae, Namur, 2016.

Après un parcours à l’institut Montessori à Bergame, Jerome Berryman a adapté une Catéchèse axée sur le bon Berger et le résultat fut Godly Play, un parcours qui laisse une grande place au jeu, qui présuppose que l’enfant connaît déjà Dieu, qu’il faut lui en donner des expériences et lui ouvrir le vocabulaire pour en parler. Godly Play reste plus présent dans le monde anglo-saxon mais le matériel existe en français. D’autres frontières doivent être franchies pour miser sur le style d’approche de Godly Play : elles concernent la place du jeu et le rôle de l’imaginaire. En théologien et en pédagogue, Richard Gossin permet de mieux percevoir la pertinence d’une pédagogie de l’imaginaire et la richesse d’une pédagogie narrative comme Godly Play. La réflexion pointe aussi toute une tradition d’une transmission descendante qui n’est pas la seule possibilité. Qu’un vécu puisse remonter vers son principe, que l’on découvre au cours de la vie de l’enfant les étapes qui le conduisent vers une foi personnelle qui se nourrisse de la confrontation à des avis différents, tout cela permet d’interroger ce qui est au cœur de tout parcours catéchétique.

A l’école des moines

Erik Galle, A l’école des moines. Vie quotidienne et sagesse monastique, Fidélité, Namur, 2019.

Prêtre et psychothérapeute, l’auteur a écrit différents ouvrages sur la croissance spirituelle et le bonheur. Sa proximité avec la vie monastique l’a incité à nous livrer ce parcours très éclairant pour interroger notre style de vie par la sagesse monastique. En éclairant des situations concrètes grâce au mode de vie des moines, nous apprenons à connaître différemment la vie monastique. Le moine cherche sans cesse l’équilibre et une distance adéquate par rapport à ce qui se passe en lui et autour de lui. Cette quête de l’intériorité dans le réel offre un rééquilibrage idéal par rapport à la vitesse, au bruit et à la soif de performance caractéristiques de notre culture. Introduire des accents monastiques dans la vie quotidienne est une excellente recette.

Ils ont choisi le Christ

Jean-François Chemain, Ils ont choisi le Christ. Ces convertis de l’islam dont on ne parle pas, Artège, Paris, 2019. 

Les témoignages réunis dans ce livre ouvrent les yeux. C’est sûr que le sujet est délicat, qu’il y a toujours le secret d’une histoire personnelle et que le sursaut d’une conversion peut toujours poser question sur celui qui relit autrement les conflits de culture, les tensions relationnelles, les différences de contextes sociétaux. Par là, le livre interroge sur bien des choses liées à la religion. Il s’agit aussi, bien sûr de devenir un disciple de Jésus, de redécouvrir dans le témoignage de ceux qui étaient déjà croyants dans une autre tradition religieuse, le pari de marcher à sa suite, ce qui a souvent aussi représenté pour eux, prendre sa croix.

L’espérance de Jésus

Blandine Lagrut, L’espérance de Jésus, préface de Marc Rastoin, Cerf, Paris, 2019.

Certains ont développé le thème de la foi de Jésus prenant en compte son humanité véritable. Se proposant de parler de l’espérance de Jésus, Blandine Lagrut a consacré un travail de maîtrise qui font se compléter théologie et philosophie. Penser la fin, c’est rejoindre la tension de la pensée vers une totalisation et non se focaliser sur une limite qui ferait s’effondrer l’ensemble. Cela peut s’appuyer sur le message biblique d’une promesse qui s’accomplit et plus particulièrement encore sur le message chrétien de la révélation en Jésus de cette inauguration ou venue de la fin. Sur ce point, l’articulation entre le Jésus de l’histoire et le Christ défini par les dogmes demande de précieux commentaires : la métaphysique pourrait laisser l’impression d’une insuffisance de l’histoire à faire passer au plan de l’identité profonde de Jésus. Alors qu’en suivant notamment Dei Verbum, on peut comprendre comment l’incarnation totalise la Révélation, on saisit combien l’histoire de Jésus et ce qui apparaît de lui n’est pas moins important que la vérité théologique qui le concerne : on trouve là sa médiation. L’ouvrage de Soeur Blandine pose ainsi une assise qui redonne toute son importance à ce que Jésus annonce du Royaume, l’inaugurant par le don qu’est la venue de sa personne dans l’histoire des hommes. Au-delà des réflexions plus spéculatives, l’ouvrage attire l’attention sur la dynamique des textes bibliques qui offrent en propre un chemin vers le sens et la vérité. Il suscite une lecture en profondeur : la proximité du Royaume qu’annonce Jésus fait discerner ses faits et ses paroles, c’est une tension qui peut encore éclairer l’existence de ses disciples d’aujourd’hui. Peut-être peut-on le mesurer déjà en redonnant sens aux premières paroles du Notre Père, quand la royauté de Dieu demandée est déjà conjuguée à un vécu d’espérance qui en témoigne.

Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels

Pierre Gibert, Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels, De Lotto à Vermeeer, Christus, Lessius, Namur, 2019.

Pierre Gibert propose, par l’exemple de la peinture, de mesurer la fécondité spirituelle des Exercices spirituels. Saint Ignace a intégré l’ordre de l’image à l’expérience spirituelle et religieuse la plus intime. Cela peut faire regarder autrement un certain nombre d’œuvres d’art, y cherchant l’imaginaire des Exercices spirituels. L’auteur aide à apprécier en ce sens un certain nombre d’œuvres. Un Pierre-Paul Rubens s’est nourri des Exercices spirituels et contempler certaines de ses œuvres fait jouer une identification avec des personnages pleins d’expression qui interrogent un retraitant sur ses propres réactions. S’est posée la question des images utiles pour la mission, dans des conjectures variables suivant les pays. Le Paraguay laisse l’exemple remarquable d’un art guarani qui s’est développé dans des normes chrétiennes de vie sociale et même plus précisément selon la ligne des Exercices spirituels. Pierre Gibert s’arrête en particulier sur Jan Vermeer qui s’est converti du calvinisme au catholicisme pour son mariage et qui dût entretenir des échanges spirituels avec les Jésuites, alors que le contexte calviniste résistait à la peinture de sujets religieux. Un tableau comme l’Allégorie de la foi offre une sorte de condensé de sa foi catholique et son art a dû se donner une manière d’inviter à la contemplation. L’exemple des peintres demande de continuer la réflexion sur la contemplation des images, sur la manière dont une image s’inscrit de manière unique en chacun et comment il faut y voir une médiation pour la vie spirituelle.

Madeleine Delbrêl…

Gilles François, Bernard Pitaud, Madeleine Delbrêl, « Un coude-à-coude fraternel avec les incroyants et les pauvres », Fidélité, (Sur la route des saints, 37), Namur, 2019.

Ce petit livre fait découvrir la figure de Madeleine Delbrêl, cette belle figure spirituelle et apostolique du XXe siècle toujours attentive aux incroyants et aux pauvres. Cet ouvrage montre comment Madeleine Delbrêl est pour les chrétiens un modèle d’évangélisation, fait à la fois d’un dialogue sans concession avec l’athéisme marxiste, d’une proposition claire de la foi, d’une prière contemplative intense et de l’exercice d’une charité inconditionnelle envers tous.

  Mystère du Christ, mystère de Dieu

Ysabel de Andia, Mystère du Christ, mystère de Dieu. Introduction à la mystagogie et à la mystique, préface de Yann Vagneux, Lessius, (Donner Raison, théologie), Namur, 2019.

L’occasion de ce livre fut d’offrir le meilleur de la tradition chrétienne à des missionnaires chrétiens en Asie confrontés quotidiennement à des voix religieuses qui ne manquent pas de grandeur. En est issu un ouvrage qui tombera avec fruit dans les mains des personnes loin de l’Église parce qu’elles n’y trouvaient plus la profondeur dont elles avaient soif. Le fil conducteur de l’ouvrage est la notion de mystère en puisant dans les Pères de l’Église de quoi nourrir une riche et profonde nourriture spirituelle. Est ainsi développée dans ces pages une solide théologie mystique, dans ses dimensions scripturaires, nuptiales et trinitaires. Décrire l’entrée dans le mystère demande une approche mystagogique que reprend la deuxième partie de l’ouvrage. Écrit en Inde, l’ouvrage ouvre sur ce que serait un dialogue dans la lignée de ce qu’avait fait Monchanin avec l’exigence gigantesque de repenser le christianisme non plus dans les concepts de la pensée grecque mais dans la tradition de pensée de l’Inde. La Croix, révélation de l’amour divin, fait aussi s’interroger sur la notion de sacrifice dans la tradition hindoue. La troisième partie fait ressortir la richesse de la mystique chrétienne depuis les Pères de l’Église. Elle trouve chez saint Thomas la place d’une connaissance articulée à l’amour quand il y a expérience de la bonté de Dieu, et fait aussi apparaître chez saint Jean de la Croix comme une source précieuse pour aller vers le centre le plus intime de l’homme. Un dialogue, traduisant de manière différente une expérience mystique abyssale, entre l’enseignement des Upanishads et ce que la tradition chrétienne dit de la dimension volontaire de l’amour, fait aussi poser la question d’une expérience mystique naturelle. La référence à la tradition chrétienne fait argumenter pour une dimension surnaturelle, ouverte par Dieu, donc par un autre. Même si l’être de Dieu est indicible, même si sa liberté est insaisissable, c’est lui qui fait sa demeure dans le cœur de l’homme et l’évocation du SOI par les mystiques indiens pourra toujours être une provocation à aller à la recherche de ce Dieu qui reste mystérieux. Cet ouvrage est un guide stimulant pour cette recherche.

Comment peut-on être tolérant ?

Claude Habib, Comment peut-on être tolérant ? Desclée de Brouwer, Paris, 2019.

La tolérance est un héritage des Lumières. La tendance à la déchristianisation et l’évolution qui faisait ranger les croyances dans la sphère privée semblaient avoir contribué à régler le problème. Mais les faits de violence, pointés comme extrémisme et signifiant de l’intolérance, les affirmations identitaires de communautés refusant par-là la valeur de tolérance font reposer la question. Claude Habib offre un parcours sur des questions que tout le monde se pose quant à la liberté de penser et à la manière dont la société libérale, quand elle est minée dans ce qui fait le tissu social, manque la dimension réellement politique. Car c’est là que la tolérance, plutôt qu’une indulgence motivée par le désir d’avoir la paix, serait une possibilité de débat, d’une vivification des mœurs et des convictions par l’interrogation que représentent celles des autres. La religion, les croyances et la déchristianisation, d’une part, la question identitaire relative à une proportion de la population issue de l’immigration toujours plus importante, d’autre part, relancent souvent le débat. Voici donnés des éléments pour bien le mener.

Le discernement

Enzo Bianchi, Le discernement, traduit de l‘italien original par Ivan Murovec, titre original : L’arte di sceglere. Il discernimento, Fidélité, Namur, 2019.

Le discernement est un thème cher au pape François. Il l’a proposé à la réflexion pour le synode des évêques en octobre 2018. Cette attitude est un peu oubliée dans le monde d’aujourd’hui, alors qu’il est fondamental comme faisant partie de l’exercice de la liberté. Il convient de percevoir sa teneur spirituelle et toute sa portée, en commençant par la sagesse qu’il suppose : prendre sa juste place, en particulier dans le rapport à autrui et à Dieu. Enzo Bianchi développe sa réflexion en faisant référence à l’Écriture pour y trouver des attitudes très révélatrices. Le choix s’y fait par rapport à l’appel de Dieu. Ou bien c’est l’Esprit grâce auquel on voit plus clairement ce qui est bon. Il insiste sur le discernement comme quelque chose de reçu. La notion de conscience permet aussi de rejoindre l’attitude du discernement, non seulement parce qu’il y aurait à choisir entre le bien et le mal auxquels se confronte une conscience morale mais en un autre sens de la conscience, qui dit la dimension personnelle de l’existence. Dans une dimension de foi au Seigneur qui connaît notre cœur, la dimension spirituelle du discernement est bien sûr d‘entendre la parole particulière par laquelle il nous appelle, ce qui rejoint le discernement vocationnel des jeunes, réfléchi lors du synode déjà évoqué et qui représente un enjeu important pour l’Eglise de demain.

Euthanasie, l’envers du décor

Thimothy Devos (coord.) Euthanasie, l’envers du décor. Réflexions et expériences de soignants, préface de Jacques Ricot et de Herman De Dijn, Editions Mols, (Autres regards), Bruxelles, 2019.

Pas mal de critiques s’élèvent pour émettre des réserves quant à la pratique de l’euthanasie. La législation en Belgique peut être interprétée de multiples manières et des acteurs des soins de santé nous le laissent entendre. On se défend en principe d’une banalisation. Une dame s’exprimait ainsi : « Il faut que je demande l’euthanasie pour qu’on commence à s’intéresser à moi ! » Des réactions comme celle-là laissent penser que tout n’est pas fait pour bien entendre la demande réelle du malade. Le soignant se doit de pouvoir arriver à mieux être à l’écoute comme des exemples repris par Eric Vermeer le montrent. La confiance du patient rencontre un soignant avec sa conscience et cela fait toute l’humanité de la relation de soin. A travers les récits en coulisses de l’accompagnement des mourants, par ces questions que des soignants abordent autour de la fin de vie, des soins palliatifs et de la pratique de l’euthanasie, à travers la critique des options que la législation belge permet, le lecteur est amené à repenser le sens de la mort et de la souffrance, le rôle de la médecine.

Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage

Bruno Gonçaves (dir.) Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage selon le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus, Artège Lethielleux, Paris, 2019.

Cet ouvrage présente les actes du colloque qui s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris du 6 au 8 février 2018. Le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus fut publié par le pape François en septembre 2015. Une commission avait travaillé à simplifier la procédure judiciaire des actions en nullité de mariage. Le colloque était destiné aux praticiens en officialité mais aussi à tous ceux qui sont intéressés par la procédure matrimoniale canonique.

La liberté rachetée

Albert Chapelle, Matthieu Bernard, La liberté rachetée. Penser le salut au temps de l’athéisme, Lessius, (I.E.T.), Namur, 2019. 

Cet ouvrage reprend le contenu de deux exposés que prononça le Père Albert Chapelle en 1974 sur l’épître aux Hébreux. L’intérêt qu’on a trouvé à ces interventions au niveau de leur contenu et de leur forme explique leur édition. Il s’agit pour le premier d’une histoire des théories de la rédemption et pour le second de la médiation que la raison théologique peut pointer au centre de ces théories. Le Père Chapelle exprimait le besoin d’une nouvelle compréhension, au 20ème siècle, par la remise en question de théories traditionnelles, de la signification du salut. L’organisation de l’exposé fait référence à diverses études contemporaines. La réflexion sur l’articulation entre théologie et anthropologie apporte un riche éclairage sur une sorte d’anthropologie théologique en dialogue avec la contestation athée. Le Père l’avait déjà développée dans un séminaire intitulé l’homme et le salut. Il y insiste sur la nouveauté de ce que l’homme découvre dans la liberté et dans la rupture que peut signifier une liberté qui ne peut tolérer une altérité qui la porterait. Sans opposer les Anciens et les Modernes, il convient ici de bien souligner une nouvelle dimension de l’humanité que l’athéisme fait ressortir et le cadre où penser ainsi le salut. Le texte des interventions du Père Chapelle est suivi d’un commentaire assez développé qui souligne les enjeux de méthode théologique sous-jacents.

Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie

Jacques Scheuer, Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie. Itinéraires XVIe – XXIe siècles, Lessius, (Petite bibliothèque jésuite), Namur, 2019.

Le monde européen a découvert en Asie tout un bouquet de traditions religieuses : hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme, shintoïsme… Les Jésuites furent pionniers dans l’approche de ces traditions. Ce volume dessine les portraits de huit compagnons de Jésus. Les six premiers avaient quitté l’Europe : Alessandro Valignano, Matteo Ricci, Roberto de Nobili, Ippolito Desideri, Pierre Johanns et Yves Raguin ; les deux derniers, asiatiques, signalent une nouvelle étape : Kakichi Kadowaki et Aloysius Pieris. Leurs champs d’action couvrent le Japon, la Chine, l’Inde, le Tibet, le Sri Lanka. Jacques Scheuer se fait l’interprète de ces rencontres. Il nourrit la réflexion qu’elles initient. Quand un système religieux soucieux de cohérence comme l’hindouisme manque certaines distinctions mais marque par son organisation de toute la société un chrétien qui ne se contente pas d’y voir seulement ce qu’il a d’idolâtre à ses yeux, ou quand, plutôt que de vouloir conquérir des âmes à la seule vraie religion, on se sent invité par un patrimoine religieux à la participation à une spiritualité non chrétienne, on peut vraiment parler de rencontres. Il s’agit aussi, comme le dit Aloysius Pieris, d’une sorte de « baptême » dans les pauvretés qui font partie de l’Asie. Ceux qui auraient pu être comme conquérants dans un schéma missionnaire se sont fait écoute pour découvrir des traits culturels pleins d’intérêts. Leur formation de jésuite leur a permis d’apprécier ce qui a porté des fruits dans un riche échange interreligieux.

La littérature grecque d’Homère à Platon

Michel Fédou, La littérature grecque d’Homère à Platon. Enjeux pour une théologie de la culture, Lessius, (Donner raison), Namur, 2019.

La littérature grecque antique parle du divin et de l’humain. De quelle « théologie » et de quelle « anthropologie » témoigne-t-elle ? Engage-t-elle sur des chemins fort éloignés de la Révélation chrétienne ou révèle-t-elle ce qui peut apparaître comme des « semences d’Évangile », comme le travail de l’Esprit au sein d’une culture qui, pourtant, ne connaissait pas le Christ ? N’y a-t-il pas là de quoi nous aider à réfléchir sur ce qui est en jeu dans la rencontre du christianisme avec les traditions culturelles et religieuses de l’humanité ? Michel Fédou présente d’abord cette littérature avec ses différents genres : l’épopée avec Homère et d’autres comme Hésiode ou Pindare, le théâtre avec Hérodote et Thucydide et les œuvres plus philosophiques avec les présocratiques puis Socrate et Platon. Il s’agit d’une véritable introduction à la littérature grecque, celle-ci pouvant faire l’objet d’une lecture théologique. D’une certaine manière l’histoire de la révélation est coextensive à l’histoire du monde. Jésus-Christ est dans l’histoire point de référence pour discerner l’histoire religieuse de l’humanité. C’est dans cette optique que l’on peut chercher comment l’Esprit est à l’œuvre dans cette portion particulière de l’humanité qu’est la culture grecque. Elle ne connaissait pas le Christ mais elle était en recherche d’un Logos et il convient de dire dans quelle mesure il ne lui était pas totalement étranger.

Teilhard de Chardin théologien malgré lui

Alain Bele de Gufroy de Rosemont, Teilhard de Chardin théologien malgré lui, Saint Léger Editions, 2019.

Pierre Teihard de Chardin, quand il lit le livre de la Genèse, reste scientifique et cherche à réconcilier la foi chrétienne avec la science. Les découvertes scientifiques ne peuvent être mises entre parenthèses et il voit le caractère particulièrement symbolique du début de la création. C’est ce qu’il met en évidence en resituant chaque personnage, chaque lieu, chaque action dans une lecture significative de nouvelles perspectives. L’Écriture Sainte est respectée mais il donne une image scientifiquement recevable de l’indicible, de l’au-delà. Il dira aussi sa vision particulière du Péché Originel et de sens de la Croix. Sa lecture est une invitation pour les chrétiens qui cherchent une foi intelligente et intelligible. Cette manière de lire la religion chrétienne comme compatible avec la Science, n’est pas, même aujourd’hui, du goût de tout le monde, même chez les chrétiens. C’est pourquoi il est bon de l’examiner de plus près.

Marie-Madeleine

Laurence Beck-Chauvard, Que penser de…. ? Marie-Madeleine, Fidélité, (Que penser de ? 98), Namur, 2019.

La figure de Marie-Madeleine attire : c’est vrai dans la spiritualité pour recevoir le message d’une grande figure témoin du Ressuscité, c’est vrai aussi par une curiosité réveillée par quelques livres et films visant un rapport critique à la tradition se rapportant à elle. En suivant l’ouvrage, l’attention est tournée vers une figure qu’on nous dit composée : écoutons cette phrase d’une homélie de Grégoire le Grand dire que Luc l’appelle une pécheresse, que Jean la nomme Marie (de Béthanie, Jean 12), et que Marc en parle en évoquant la femme aux sept démons. Cette homélie eut un grand rôle pour unifier la figure de Madeleine dans celle d’une pécheresse repentie, invitant ainsi à la conversion personnelle. Une biographie du IXe siècle décrit la suite de sa vie au désert dans l’ascèse et la contemplation, sans doute suivant le modèle légendaire d’une autre Marie. Son culte fut ancré près de Marseille par une transposition de cette première vita eremetica aux environs de Marseille et plus précisément de la Sainte-Baume. L’intérêt du présent ouvrage est bien d’y suivre des accents de la spiritualité liés à la sainte suivant que Marie-Madeleine fut apôtre des apôtres, puisque le Ressuscité lui apparut. Ensuite de se donner un avis dans les débats suscités autour des phénomènes de la culture récente comme le Da Vinci Code et le film de Ron Howard qui en fut inspiré, laissant fuser des idées d’une sorte d’effervescence néognostique sur la vie sexuelle de Jésus, et encore un récent film de Garth Davis (2018), mettant cette fois le rôle de femme-apôtre de Madeleine en lumière et en question. Le livre fait bien ressortir comment le personnage est assez complexe pour être aussi fascinant au long des siècles.

Evangéliser dans l’espace numérique

Marie-Thérèse Tannous, Lorraine Sainte-Marie et Pierrette Daviau, (dir.), Evangéliser dans l’espace numérique, Novalis, Lumen Vitae, (Théologies pratiques), Montréal, Namur, 2018.

Durant l’été 2016, la Société Internationale de Théologie Pratique a tenu à Ottawa son 10e congrès sur le thème « Découvrir, vivre et annoncer l’Évangile dans un monde transformé par les nouveaux médias numériques ». Le présent ouvrage rassemble des contributions à ce congrès, qui saisissent les significations théologiques et pastorales des nouvelles pratiques liées, de près ou de loin, à un environnement numérique en perpétuelle mutation. Le Web représente en effet un défi pour l’Église et sa mission. Les potentialités pour une spiritualité qui semble y prendre place sont à discerner. La question se pose bien sûr de ce que signifie une présence quand elle est ainsi médiatisée par l’informatique. L’altérité d’une personne, qui n’apparaît qu’avec ce qu’elle peut ou veut communiquer d’elle-même, est difficile à appréhender. Les termes souvent utilisés montrent le contraste entre les prétentions de communication et les conséquences sociales à assumer. Les possibilités d’évangéliser par la Toile sont-elles réelles, rejoignent-elles vraiment ce que l’Evangile peut produire par la rencontre effective de témoins ou par le travail de la Parole ? Une question vers laquelle les analyses pointent si on parle d’évangélisation comme du chemin vers la communion avec la personne du Christ. Des réserves plus importantes montrent bien aussi qu’espérant d’abord faire d’Internet un moyen à travers lequel évangéliser, beaucoup ont compris que c’était un milieu à évangéliser. On notera aussi l’attention de différentes analyses relatives aux jeunes qui sont dans l’espace numérique en se posant beaucoup moins de questions.

Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ?

Thibaud Collin, Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ? Pour en finir avec les malentendus, Artège, Paris, 2018.

Le pape François a fait un pari en engageant une conversion pastorale de l’Église. Cela se vérifie avec la pastorale de la famille. En résonnent encore certains débats autour d’Amoris Laetita. Ce livre les reprend et veut parfois les arbitrer, du moins les situer. L’évolution des mentalités se remarque dans de nombreux reculs par rapport à ce que l’Église annonçait. Des sociologues n’ont pas manqué de parler de la perte de crédibilité sur ce sujet important qu’est la famille et le mariage chrétien. L’option pastorale du pape François bouscule certaines vérités défendues traditionnellement. Il s’agit de rejoindre chacun là où il est. L’auteur met le doigt sur la difficulté de s’entendre sur la notion d’objectivité. Celle-ci concerne la situation de nombreux couples qui n’ont pas à être enfermés dans leur situation concrète et les conditionnements les limitant. Il faut aussi prendre en compte l’idéal évangélique vers lequel, dans le meilleur des cas, ils cheminent activement. L’Église, à la fois, témoignant de la vérité comme une éducatrice (Magistra) et attentive comme une mère (Mater) au bien concret de ses enfants doit ici dépasser une impasse et l’auteur relève les difficultés que la doctrine peut mettre en lumière. Il décrit aussi le principe de polarité que le pape François puise chez Guardini qui lie ensemble des déterminations contradictoires à propos d’une question. Il en va ainsi à propos du couple « miséricorde » et « vérité ». Derrière ces débats, il y a bien sûr une question fondamentale que pose le livre : le contexte actuel permet-il, pour une proportion suffisante des cas, de faire le choix du mariage chrétien en pleine conscience de ce qu’il implique, de ce qu’il représente ? Si l’Église doit pouvoir accompagner sur le chemin de l’idéal, des défis importants se présenteront à elle pour l’avenir du projet chrétien signifié dans le mariage.

Un catholique n’a pas d’alliés

Correspondance. Bernanos, Maritain, Mauriac, Claudel, Un catholique n’a pas d’alliés. Présentée par Henri Cantin et Michel Bressolette. Cerf, Paris, 2018.

Les lettres que s’adressent ces grands noms de la littérature chrétienne que sont Bernanos, Maritain, Mauriac et Claudel révèlent leurs divergences intellectuelles, leurs désaccords politiques et leurs tiraillements spirituels. Ces lettres nous disent qu’on peut avoir une correspondance épistolaire sans « correspondance d’idées et de goûts », parce que l’Évangile est une nouvelle à annoncer et non une idéologie à faire triompher. L’Église est une famille où l’on peut avoir des réunions qui dégénèrent sans qu’on ne cesse pour autant d’avoir le même Père. Maritain, Bernanos, Mauriac, Claudel entretiennent cette correspondance dans un contexte difficile et tendu qui met à l’épreuve leurs qualités de cœur et d’esprit.

Thomas d’Aquin, Commentaires politiques

Michel Node-Langlois, Thomas d’Aquin, Commentaires politiques, Artège-Lethielleux, Paris, 2018.

Un premier livre laissant entendre Thomas d’Aquin dans ses exposés doctrinaux sur la politique était paru en 2015. Ici, on peut lire les commentaires qu’il a faits d’ouvrages traitant de politique que l’on doit à Pierre de Lombard (les Sentences), de la métaphysique d’Aristote (livre XII), et du même Aristote, de l’Ethique à Nicomaque et de la Politique. Des passages concernent aussi des commentaires de l’Écriture, les évangiles de Matthieu et de Jean ou l’épître aux Romains. Comme d’habitude, on ne parvient pas à dissocier le philosophe et le théologien, la philosophie devant permettre de mieux traiter les questions qui concernent aussi la foi. Cela signifie que les commentaires scripturaires s’appuient aussi sur la raison.

Sagesses et prières du monde

Jacques Scheuer, Sagesses et prières du monde. Trente sentiers d’exploration, Fidélité. Namur, 2019.

L’écoute de ces prières venues d’autres religions invite au voyage mais elle fait dire aussi que marcher en territoire inconnu permet souvent de reconnaître, contre toute attente, des enseignements familiers, des images qui parlent à notre mémoire. Les différents sentiers viennent de la revue Rivages où ces textes avaient été publiés séparément sous la rubrique Spiritualités d’ailleurs. On profitera mieux de ces pistes en les parcourant lentement, posément, en prenant le temps de respirer, pour communier à ce souffle spirituel présent de par le monde.

Connaître Jésus

James Alison, Connaître Jésus, traduit de l’anglais par François Rosso, Artège. Paris, 2019.

Connaître Jésus et connaître le Père vont de pair. C’est bien le chemin d’une rencontre avec le Christ qui est l’enjeu de ce livre pour entrer par lui dans la vie divine. Le connaître aujourd’hui suppose de le reconnaître comme ressuscité. Connaître Jésus, c’est aussi trouver l’intelligence de qui il est comme cette victime absolument libre dans le don qu’elle fait d’elle-même, démasquant les jeux de victimisation. Le livre bénéficie de la pédagogie de l’auteur et des questions à la fin de chaque chapitre ouvre la lecture à la méditation.

Saint François de Sales

Michel Tournade, Saint François de Sales. Aventurier et diplomate. Salvator, 2017, Paris.

L’histoire de l’évêque d’Annecy est ici romancée. Mais elle permet de suivre pas-à-pas l’itinéraire de ce combattant de l’œcuménisme et elle donne de s’ouvrir à la bonté qui l’inspirait. Ce livre a le mérite de faire entrer dans une époque pour mieux en comprendre les éléments importants. On comprend mieux saint François de Sales en se replongeant dans le milieu qui l’a formé et dans lequel il a dû répondre à sa vocation de sainteté.

L’Europe est-elle chrétienne ?

Olivier Roy, L’Europe est-elle chrétienne ? Seuil, 2019, Paris.

La question posée par le titre de ce livre trouve souvent des réponses par un parcours historique. Chose paradoxale quand il ne s’agit pas d’enfermer le christianisme dans une culture qui ne vaudrait que par référence à son passé, quand plaider pour sa pertinence essaierait d’ailleurs de dire qu’il a évolué face à ses détracteurs qui le diraient dépassé. Sans tout axer sur les racines de l’Europe et un héritage chrétien de celle-ci, sans trop faire valoir le mouvement d’auto-sécularisation qui a fait parler d’une « religion de sortie de la religion », il faut à la fois entendre les débats sur l’identité chrétienne et préserver celle-ci de ce qui pourrait compromettre ses ressources spirituelles. Sans quoi la religion chrétienne en Europe resterait plus un problème cautionné çà et là par les décisions des tribunaux ou les débats politiques insensibles à la profondeur de la question. La culture séculière se réclame de la liberté mais elle se donne plutôt des normes que ce qui peut nourrir la liberté. C’est peut-être le signe d’une crise de la culture. L’Europe a besoin de prophètes plus que de législateurs, nous dit Olivier Roy. L’universalisme du message chrétien a été articulé à la loi naturelle qui n’est plus guère dans l’air du temps. Il faut se demander quelles valeurs on peut voir affleurer dans ce débat si on sort de la question d’une identité contre une autre, conservateurs contre sécularisés, ou bien par une opposition à l’Islam. L’auteur montre bien qu’il peut y avoir des relectures différentes des tensions touchant l’Église et de la dimension chrétienne qu’on peut mettre en lien avec l’histoire de l’Europe. Le titre de l’ouvrage fait sentir une dimension identitaire dans laquelle le christianisme ne peut s’enfermer. La vitalité de l’Église se dirait-elle plus dans sa relation à l’Autre ? Que l’auteur de cet essai écrive Autre avec majuscule suggère une question de foi qui fera sortir des discours ramenant la religion à l’opposition de clans ou à ce qui contrarie la liberté individuelle.

La personne au secours de l’humain

Jean-François Petit, La personne au secours de l’humain. 30 études personnalistes, Parole et Silence, Paris, 2018.

Si la pensée d’Emmanuel Mounier était prophétique, il est juste de mesurer encore aujourd’hui son actualité. Défendre l’humain en redéveloppant des caractères personnels sur lequel Mounier est d’une portée salutaire. Jean-François Petit s’emploie à le dire à travers ces pages qui donnent à mieux connaître la pensée personnaliste. S’il s’agit ici de philosophie, la pensée à laquelle on se réfère n’est pas du tout un système philosophique. Il y a certes des racines philosophiques solides mais le personnalisme surprend, encore aujourd’hui, par son originalité. Cela transparaît dans les débats métaphysiques et anthropologiques actuels. Pour mieux contrer ceux qui suspecteraient une mise en évidence de l’individu quand on fait valoir l’autonomie de la personne, on peut mettre en avant l’importance de la communication en même temps que la médiation spirituelle. Le mouvement d’intériorisation qui conduit à l’intimité de la vie personnelle est solidaire du mouvement d’extériorisation par lequel l’homme s’expose dans le monde. Le personnalisme est apparu dans le courant de la crise des années 1930. Chercher les bases de la personnalisation est le gage d’un chemin qui préserve des menaces de la recherche de l’intérêt privé, qui met à l’abri du formalisme ou des pertes de repères. Depuis sa fondation, le personnalisme a rejoint des directions variées de recherche. Il inspire notamment une métaphysique mettant l’amour à la base de la recherche de l’être, une théologie personnaliste centrée sur la réciprocité humano-divine, une anthropologie personnaliste mettant l’accent sur les relations fondamentales à tout homme, une philosophie de l’éducation renouant avec l’antique geste socratique d’éveil des personnes, une psychologie de type expérimental, une philosophie politique centrée sur la construction d’une démocratie personnaliste. On peut mesurer la pertinence d’un éclairage personnaliste dans ces différents domaines à travers ces pages qui montrent combien le personnalisme trace une ligne de vie qu’il est temps de faire valoir.

Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion

Jérôme Cottin, Henri Derroitte, Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion, Lumen Vitae, (Pédagogies catéchétiques 34) Namur, 2019.

La faculté de théologie protestante de Strasbourg a organisé en 2017 un colloque qui visait, après un premier colloque établissant un état des lieux de la catéchèse et de l’enseignement religieux protestants dans les pays francophones d’Europe, à sonder de nouvelles pistes et à s’interroger sur des fondements méthodologiques et sur leurs applications pratiques. La collaboration avec la Faculté de Théologie de Louvain a été retenue pour son expérience dans la recherche de la pédagogie religieuse ainsi que ses liens avec Lumen Vitae. La perspective œcuménique constituait également un enrichissement. Sept contributions de cette compilation concernent les questions autour de la psychologie de la religion mais autant dire que le domaine de la pédagogie n’est jamais loin. La seconde partie reprend des pistes dans un domaine se voulant plus résolument pédagogique. On redécouvre ainsi la pédagogie de Jésus, on passe par différentes propositions avec des options comme prêter attention à la manière de raconter, faire travailler l’imaginaire par le jeu ou rendre attentif à l’école de la vie. La diversité déployée demande une synthèse qui tente de répondre à quelques questions concernant des axes à bien repérer dans les propositions. Privilégie-t-on la croissance personnelle ou l’ouverture à la communauté, fait-on découvrir un « christianisme-identité » ou un « christianisme-ouverture » (pour lequel la panne de la transmission est plus présente), vise-t-on plutôt le contenu ou l’expérience ? Enfin, il ne faut pas perdre de vue le rapport intergénérationnel, ce qui n’est pas la priorité des catéchèses visant des tranches d’âge. Henri Derroitte reprend ces différentes polarisations en mettant en évidence les défis de la transmission dans le christianisme.

Ouvrir l’espace du christianisme

Myriam Tonus, Ouvrir l’espace du christianisme. Introduction à l’œuvre pionnière de Maurice Bellet, préface de Jean-Claude Guillebaud, Albin-Michel, Paris, 2019.

Cet ouvrage n’est ni un essai sur la pensée de Maurice Bellet, ni un exposé systématique de celle-ci.  La pensée de Bellet, systémique, complexe, circulaire se laisse découvrir à travers le parcours qu’en fait Myriam Tonus. Elle a collaboré avec lui à de multiples occasions. Elle se fait ainsi témoin des thématiques récurrentes qui apparaissent ici. Ouvrir l’espace du christianisme, en référence au message dont celui-ci est porteur, c’est sans doute lutter contre tout ce qui pourrait fermer les portes de l’interprétation. Jean-Claude Guillebaud, dans la préface, fait valoir qu’on ne peut se référer à un texte quand on parle de l’Evangile et que Bellet insistait pour qu’on se situe alors comme confrontés à une parole. Ce qui suffit pour dire que l’Evangile est vivant comme toute expérience humaine. Le théologien qu’était Maurice Bellet ne parlait pas si souvent de Dieu comme objet que des enjeux de la foi. Il invitait à ouvrir d’autres modèles théologiques. Sans viser l’originalité pour elle-même, il faisait reconnaître qu’il y a des évidences auxquelles on peut être aveugle quand on en vient à faire de la théologie dans une culture qui ne s’interroge pas elle-même. La question sous-jacente relève alors la radicalité de la conversion à laquelle l’Evangile presse. C’est dire qu’en reprenant les insistances de Bellet, la folie de l’Evangile pourrait nous inspirer une sagesse dont l’humanité a bien besoin face au délire souvent à l’œuvre dans la société occidentale.

Dieu fait toutes choses nouvelles

Laurent Landete, Dieu fait toutes choses nouvelles. Regard d’un laïc sur la mission de l’Église aujourd’hui, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2018.

Henrik Lindell a rencontré Laurent Landete qui arrive au terme de son mandat de responsable de la communauté de l’Emmanuel. Dans un témoignage inédit livrant une réflexion passionnante, il nous donne le cœur du projet de la Communauté de l’Emmanuel. Ce livre d’entretiens aborde de grands enjeux de l’Église et de cette communauté. Son récit de vie se montre en même temps un combat spirituel. Laurent Landete peut dire comment Dieu parle à travers la présence des malades. Landete raconte aussi les défis qu’il a rencontrés avec son épouse à travers la maladie de leurs enfants.
Quand on lui demande ce qu&rsq, uo, ;est la communauté de l’Emmanuel, il répond : « un rassemblement de pauvres types dont le cœur est conquis par Jésus pour mieux aimer ensuite ». L’amour fraternel est donc pour lui un cadeau de Dieu qui donne à la communauté de rayonner à travers la diversité de ses membres. Il invite aussi à un renouveau de la relation entre prêtres et laïcs. C’est un des éléments qu’il propose pour relever le défi de l’évangélisation aujourd’hui, avec d’autres défis comme une réponse à la question des migrants, l’engagement dans l’écologie et une nouvelle attention à l’éducation et à la formation des intelligences.

Résolution des conflits dans l’Église pri, mitive

Olivier Belleil, Résolution des conflits dans l’Église primitive, Domuni-Press, Toulouse, 2018

Les crises et les conflits font partie de la vie. Masqués par le caractère inévitable, ils offrent aussi des opportunités. On peut y découvrir des occasions de sortir des rêves et des fausses évidences sur la manière de vivre ensemble. Et c'est vrai aussi pour l'Eglise et pour la communauté que formaient les premiers chrétiens. Le livre des Actes de Apôtres le décrit. Il en fait bien plus qu'un récit, car il cherche à souligner le travail de l'Esprit, créateur d'une communion et pour cela de pistes où le Don de Dieu fait avancer ensemble et fait témoigner en actes. Il s'agit donc de bien plus que de l'histoire d'une communauté : on trouve dans les Actes une réflexion théologique qui peut encore éclairer l'ecclésiologie, Luc contribuant ainsi à penser l'Eglise, comme par ailleurs Paul dans différentes de ses épîtres porteuses d'une vision de la communauté. L'idéal de la communauté primitive a exercé une véritable fascination dans la Tradition de l'Eglise, elle inspire encore les communautés nouvelles. Reste aussi, puisqu'on parle de conflits, à voir comment elle peut aider à éclairer l'Eglise aujourd'hui encore. Olivier Belleil le développe en parlant des difficultés ad intra, à propos de conflits de personnes (1), en évoquant des crises internes de croissance mettant aux prises des tendances divergentes à propos de la Loi (2), au sujet des conflits entre disciples à propos des Juifs qui n'ont pas reconnu le Messie en Jésus (3) et puis en ce qui concerne les difficultés qu'on trouve liées à la confrontation de cette Église primitive avec le milieu économico-religieux du monde païen gréco-romain (4).

Où allons-nous ?

Charles Delhez, Où allons-nous ? De la modernité au transhumanisme, Salvator/Fidélité, Paris/Namur, 2018

Peut-on vraiment savoir où nous allons en ce début de XXIe siècle ? Le livre de Charles Delhez cherche à faire le point. Plus que cela, soulignant la rapidité du changement, le climat de pensée ou plutôt les tendances qui s'y confrontent en répondant chacune à des enjeux différents, il esquisse les traits d'un futur possible. La place du spirituel, d'une nouvelle religiosité qui s'y fait jour, apporte des éléments dans une nature humaine qui semble parfois dépassée. Dans le transhumanisme et le post humanisme, elle laisse ainsi place à un projet alimenté par des rêves qui décrochent de la réalité que nous connaissons et par une prétention parfois effarante de la technoscience. Qui prend les rênes quand les grands récits des traditions religieuses n'ont plus cours comme réserve de sagesse ? L'enthousiasme est-il encore possible quand la vitesse du changement laisse présager un défaut dans le contrôle et l'absence de précaution qu'une juste anticipation ferait prendre ? Faudrait-il plutôt écouter les collapsologues ? La comparaison avec l'île de Pâques, maintenant déserte, ne force-t-elle pas la raison, demandant d'écouter le risque que notre planète court eu égard à la possibilité d'être encore habitable longtemps, faute des décisions que nous aurions déjà dû prendre ? « Ne faisons pas en sorte qu'à notre passage demeurent des signes de destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures », demandait le pape François dans Evangelii Gaudium. Faute de pouvoir anticiper tous les dégâts dans une gestion déficiente quand la démesure des projets s'en mêle, on se tourne ici et là vers un goût de la simplicité et de la mesure. Mais est-ce suffisant ? Car une telle conversion de quelques-uns ne doit pas masquer l'ampleur des phénomènes en cours. L'homme s'est vu confier la responsabilité de la terre. Et c'est sans doute dans cette dimension éthique qu'il faudra toujours évoquer cette question « Où allons-nous ? »

Débattre

Débattre, Quels enjeux pour l’Église ? sous la direction de Jean-Luc Blaquart et Maxime Leroy, L'Harmattan, (Théologies pratiques et contextuelles), Paris, 2018

Ce livre inaugure une nouvelle collection d'ouvrages en théologies pratiques et contextuelles. L'expression demande le pluriel pour dire la diversité des approches quand les différents enjeux de la pratique ecclésiale, d'une part, les perspectives à même de rendre compte du contexte, d'autre part, sont à harmoniser. On trouve dans cet ouvrage le fruit d'un séminaire de recherche mené à l'Université de Lille en 2016. Action et réflexion s'y trouvaient mêlées. Le séminaire fut l’occasion d’échanges notamment sur la pratique pastorale elle-même lieu de débat. La réflexion suscitait un regard critique sur ce que veut dire débattre en même temps qu'une reconnaissance de cette dimension importante dans la formation de la pensée ecclésiale. On trouve de bons exemples de débats dans les Actes des Apôtres, en particulier à travers le Concile de Jérusalem. Il donne le ton à une tradition où il est bon de puiser pour une juste conception de l'autorité revenant aux responsables de ministères, ce qui est développé par Paul Scolas. On trouve une référence philosophique avec la figure de Jürgen Habermas, sa conception de l'agir communicationnel et de l'éthique de la discussion. L'occasion est aussi donnée de se replonger dans de multiples confrontations, riches d'arguments et des contextes qui donnent à saisir les enjeux : on redécouvre ainsi avec intérêt comment l'époque patristique, époque de grands conciles, et comment le Moyen-Âge, furent riches en débats dont on mesure encore l'importance.

Communion ecclésiale et synodalité

Alphonse Borras, Communion ecclésiale et synodalité. Comprendre la synodalité selon le pape François, préface de Christoph Theobald, Éditions CLD, (Cahiers de la Nouvelle Revue Théologique), Paris, 2018

Canoniste, Alphonse Borras fait aussi valoir des enjeux résolument pastoraux pour évoquer le cheminement à vivre ensemble, dans la diversité des charismes et des ministères, pour aller vers l'Eglise de demain. Ce cahier de la Nouvelle Revue Théologique reprend plusieurs de ses textes consacrés à la synodalité. Sont passés en revue le conseil pastoral de secteur et le Synode des évêques. Le premier montre ce qui, dans la foulée de Vatican II, présageait déjà une manière de donner à tous les baptisés de participer à la mission de l'Eglise dans le monde. Le synode des évêques est vu à travers un commentaire de la Constitution Episcopalis communio qui montre à un autre niveau une réforme de l’Église qui met en œuvre une synodalité à trave, rs la consultation des Églises locales, ce qui doit renforcer la communion à l'intérieur de l’Église universelle. La synodalité est un choix que fait le pape François. Elle fait deviner une Église-sujet, comme l'évoque Christoph Theobald dans sa préface. Il faut entendre par là que la participation des baptisés dans l'Église demande leur prise de conscience spirituelle de la réalité dynamique de l'Eglise, demandant la collaboration organique et harmonieuse de tous et de leurs charismes. C'est dire d'autre part que la communauté comme telle est sujet d'action, ce qui préserve à coup sûr de tout cléricalisme. Cela invite bien sûr à plancher sur la dynamique à vivre dans une Église-communion pour des attitudes comme la délibération ou le « partage » de la charge pastorale. Quand il s'agit de délibérer, la qualité dynamique de communion ira de pair avec la fidélité à l’Évan, gile. Quant à la charge pastorale qui ne se partage pas au sens strict du droit, on gagne à éclairer comment une équipe peut participer à son exercice. Chaque fois, ce principe de gouvernance qu'est la synodalité donne à comprendre le Corps ecclésial comme un tout différencié respectueux des charismes de chacun.

Ce que dit la Bible sur… Le travail

Luigino Bruni, Ce que dit la Bible sur… Le travail, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 35), Bruyères-le-Châtel, 2018

Le travail n'est peut-être pas une réalité que l'on mettrait à la première place dans les récits bibliques. L'activité humaine n'est pourtant pas qu'une circonstance sans importance de la condition humaine telle que la décrit la Bible. Il faut souligner comment la réalité des champs, de la vigne, comment les tâches concrètes de la vie quotidienne ont pu faire signe ou ont pu servir de matière pour des paraboles. Il est vrai que les prophètes parlent moins de religion que de la vie, que Jésus s'est aussi demandé à quoi comparer le Royaume des Cieux. La Bible nous parle aussi de la tension qui existe entre son milieu culturel et notre univers avec ses perspectives de management et de relations économiques. Et cela augure, par des références au travail humble et respectueux de la dignité humaine, une source de sagesse que nous risquerions d'oublier un peu trop vite.

Gabriel Rosset

Michel Catheland, Gabriel Rosset, « Ne te dérobe pas à ton semblable », Fidélité, (Sur la route des saints, 36), Namur; 2019

Comme l'abbé Pierre, Gabriel Rosset a pressenti la crise du logement au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Sa vie fut consacrée aux sans-abris et aux réfugiés, qu'il appelait « nos hôtes ». Michel Catheland évoque ainsi une personnalité qui a marqué la région lyonnaise avec la création des Foyers Notre-Dame des Sans-Abri. D'origine modeste, il va gagner l’École Normale Supérieure, dans un climat très antireligieux mais avec le soutien de quelques chrétiens fervents dont Jean Guitton. Il fut transformé par une retraite et continua son parcours dans une vie spirituelle qui ne cessa de soutenir son rayonnement comme enseignant et dans l'action caritative qui le fit connaître. Un dossier en vue de sa béatification a été constitué.

Une Église en sortie

Patrice Bergeron, Patrick François, Yves Guérette, Gilles Routhier, Martin Yelle, Une Église en sortie, Relecture d'une expérience missionnaire auprès des jeunes, Novalis, Lumen Vitae, 2018

Un diagnostic : les jeunes sont absents de leurs activités, ou presque. Ensemble, les 22 auteurs décident donc de quitter le confort de leurs pratiques pour se risquer, chacun et chacune à sa façon, sur les lieux et les chemins fréquentés par la jeunesse d’aujourd’hui. Fruit d’une recherche-action menée avec audace, ce collectif témoigne de la joie de l’Évangile qui attend les disciples du Christ qui osent se mettre en route, hors des sentiers battus. Un ouvrage précieux pour penser et vivre, avec espérance, le tournant missionnaire de l’Église.

Le paradoxe du bonheur

Bernard Ibal, Le paradoxe du bonheur. Christianisme et histoire de la philosophie, Salvator, Paris, 2018

Penser le bonheur, c'est être confronté à un paradoxe. On vit le bonheur dans l'apaisement et la sécurité, et on le vit aussi dans le don de soi et le risque. Et cela dans tous les aspects de la vie. L'intérêt de la philosophie du bonheur est de discerner si possible les termes de ce paradoxe, en vue d'une prise de conscience qui pourrait orienter notre quête du bonheur. Le livre de Bernard Ibal explore les philosophies sous cette double perspective du bonheur fermeture sur l'Un-Même ou du bonheur ouverture sur l'Autre-Multiple. Le message de l’Évangile fait sortir de cette dialectique. Déjà, penser à qui est Jésus bouscule les catégories que l'homme se fait sur Dieu. Et ce qu'on peut retenir de son message fait dépasser le paradoxe du bonheur et la difficulté qu'il pouvait représenter pour une existence heureuse. En comparaison des mouvances de l'esprit émanant de la pensée grecque, depuis Platon, Aristote, et en passant par le stoïcisme, apparaît avec Jésus un message nouveau. Le propos n'est pas philosophique à proprement parler et il convient de souligner comment la personne et la vie de Jésus sont porteuses d'un enseignement nouveau.
En lui c'est un don radical qui est fait pour que le bonheur de l'homme soit dans le don de soi. Il y a un bonheur à donner qui met en question les instincts qui ramènent à soi ou les plus fortes conformités sociales quand l'amour n'y est pas suffisamment présent. Le chrétien, même s'il est un être interrogé par sa propre mort, se reconnaît à la suite de Jésus comme un être fait pour l'amour et donc pour le don de soi. L'auteur repasse ainsi quelques grands noms de l'histoire de la philosophie dans la dialectique du bonheur ouverture et du bonheur repli sécuritaire. Il le fait en situant bien les penseurs dans l'histoire et en élargissant l'éclairage que leur intuition peut apporter aux époques successives. Descartes, Kant, Hegel, Nietzsche, Marx donnent-ils les clés du bonheur ? Que leur manque-t-il quand certains laissent espérer le bonheur dans le progrès de la raison, quand d'autres se méfient de la raison qui ne donne pas vraiment à exister ? Freud relance un autre débat si l'homme est pris entre refoulement, sublimation ou cheminement de libération par la cure psychanalytique. Les différents courants de la pensée occidentale n'ont pas manqué de se situer par rapport au christianisme. Mais il manque souvent une part de décentrement au point de vue trop axé sur le sujet humain. L'amour, pour le chrétien, est un don de Dieu. Recevoir ce don, c'est en même temps être transi de la force d'aimer pour un bonheur qui se reçoit en surplus.

Le Moyen-Âge avant l’aube

Martin Roch, Le Moyen-Âge avant l’aube, Témoins et acteurs d'un monde en mutation, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2018.

Au début du XXIe siècle, la lucidité fait naître un constat de fragilité de nos sociétés. Les crises succèdent aux crises. La perspective historique fait ressembler ce temps de remise en question à d'autres temps de basculement. Les civilisations viennent et disparaissent, nous enseigne l'histoire. Jusqu'à quel point ce constat général est-il d'actualité au-delà de ce qu'on entend aujourd'hui de promesses de bonheur, de projets utopiques qui tendent parfois à devenir progressivement envisageables et des discours catastrophiques dont on sait qu'ils ont toujours de l'audience ? L'historien, même avec sa sympathie pour l'époque que des documents lui font découvrir, respire le même air que ses contemporains. Ce qui veut dire que quand il lira l'histoire, il le fera parfois stimulé par des questions pertinentes pour l'époque qui est la sienne.
Le Moyen-Âge est souvent décrit comme une période sombre, avec des crises. Martin Roch soutient ici une interrogation adressée aux acteurs de la période charnière entre Antiquité et Moyen-Âge central. L'Empire romain décline et apparaissent ceux qu'on appelait les Barbares. L’Église a aussi été affectée par cette transition difficile, toutes les réponses ne sont pas écrites d'avance. Parler d'Aube du Moyen-Âge, c'est viser ce qui s'est joué avant la période qui habite notre imaginaire quand on parle du Moyen-Âge, de ses châteaux, de Lancelot ou d'autres chevaliers. Ici, apparaîtront davantage des questions par rapport auxquelles les acteurs de l'époque et en particulier les chrétiens, devront se situer pour donner une nouvelle configuration de l'Europe. Nous voici donc invités à nous plonger dans une époque, et à observer en particulier les idées maîtresses et les pratiques qui contribueront à y édifier la société et à y construire l’&, amp;, Eacute;glise.

Les utopies du XXIe siècle

Libero Zuppiroli, Les utopies du XXIe siècle, Editions d'En Bas, Lausanne, 2018.

Les discours officiels ne sont pas toujours accordés au bon sens. Des discours pleins de promesses, tenant leur crédit de la respectabilité de la science, sont parfois des instruments de pouvoir aux mains de sociétés transnationales. Le sens de la démesure est souvent au rendez-vous, chose à sonder par une question de faisabilité d'un point de vue pratique ou d'une pertinence sociale.
Le bon sens demande d'enquêter sur des aspects souvent cachés dans les discours utopiques. Dans les domaines de la santé, de l'informatique et de sa capacité à gérer différents registres de la vie humaine, dans les prétentions de la technique à donner des capacités nouvelles à l'homme quitte à transformer celui-ci, Zuppiroli essaie de nous guider vers un sens de la mesure. Il le fait avec un regard de physicien impliqué dans l'enseignement polytechnique et en observateur de la vie universitaire. Son propos est bien d'envisager le caractère utopique des discours. Ainsi, o, n ne sait s'il faut prendre au pied de la lettre ce qu'on nous dit des possibilités de connexions en tout genre pour le transhumanisme, d'une future smart city ou de l'offre future aux individus d'une sorte de double virtuel : opportunité ou danger ? L'utopie montre les choses par un discours rationnel mais en mettant souvent entre parenthèses une dimension qu'on pourrait dire plus intégrante à ce qui fait l'humanité. Il s'agit alors d'y découvrir la part d'idéologie qui ferait jouer cet oubli. Cette perspective intérieure à la vie ferait justement réagir en reconnaissant des dystopies, des récits de futur techniquement transformé sans beaucoup d'autres perspectives que l'activation de potentialités techniques. Face aux dystopies, cauchemars plus que rêves, il y a à se demander que faire par rapport à ce qui ressemble à des fatalités. Libero Zuppiroli illustre son propos par de nombreux exemples d'une littérature actuelle très branchée mais dont on trouve déjà tôt des précurseurs dans le passé, comme par exemple chez un Francis Bacon. Il invite à reconsidérer la liberté, notamment dans le travail qui devra rester créatif. Avec la question de la liberté restera aussi la possibilité de discerner comment des discours utopiques deviennent instruments d'un pouvoir qui s'impose. Il s'impose parce que ce discours en appelle à une société plus facile, où tout est rationnel, ordonné. Mais il reste que ce discours relève plus des projets techniques auxquels on associe subrepticement une fatalité inéluctable que d'une histoire humaine à bâtir dans l'ouverture aux acteurs qui lui donneront sa vraie teneur.

La louve et l'agneau

Lucien Jerphagnon, La louve et l'agneau, Albin Michel, Paris, 2018.

Ce roman historique est la réédition d'un ouvrage paru d'abord en 2007. Il fait plonger dans le IIIe siècle et fait assister à la confrontation des chrétiens avec la culture romaine. Ceux-ci résistent, jusqu'au martyre, au reniement alors que le pouvoir tente de les influencer pour l'unité de l'Empire. Les chefs romains s'en trouvent interrogés et ont du mal à comprendre quand on leur parle de Christus ou d'un Royaume des Cieux. On écoute avec attention dans la bouche des personnages une réflexion que Jerphagnon nourrit d'éléments clés pour le fil de l'histoire. « Qu'en sera-t-il quand être chrétien ne les exposera plus à aucun danger ?... Si la vieille Louve avait finalement le dessous, si leur foutu Agneau remportait la palme ? Tout est là. Tu imagines cette force désormais libérée se répandant partout sans contraintes »... Jerphagnon nous invite au cœur des heures où le monde bascule du paganisme au christianisme.

Chercheurs de Dieu

Jacques Tyrol, Chercheurs de Dieu. Moines au XXIe siècle, Paris, Salvator, 2018.

A quoi servent les moines ? La question que poserait l'homme pris dans le monde trouvera déjà une réponse actuelle chez les milliers de personnes qui fréquentent chaque année des abbayes pour se ressourcer dans un havre de paix. Mais Jacques Tyrol a voulu ici se faire l'intermédiaire des curieux qu'interrogent les murs qui se referment sur le silence des moines. Il a été à leur rencontre pour recueillir le témoignage de chercheurs de Dieu. Il nous propose ainsi une rencontre avec des frères de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire, dans le Morvan. Les portraits sont, pour reprendre l'image du Père Luc, Père Abbé qui postface l'ouvrage, un peu de nectar dont chacun fera son miel. Savoir si le moine cherche vraiment Dieu va avec deux autres questions : sur le sens de sa vie, dans une recherche de vérité et d'authenticité, et sur la vie avec les autres dans l'écoute et le respect. Ces témoignages viendront sans doute comme une nourriture et une stimulation pour tous les chercheurs de Dieu.

Avec Lui, écouter l'envers du monde

Bruno Cadoré, Avec Lui, écouter l'envers du monde, Cerf, Paris, 2018.

Quand on donne la parole à celui qui a succédé à saint Dominique à la tête de l'ordre des Prêcheurs en 2010, apparaît un fil conducteur qui donne la mesure d'une histoire personnelle : écouter l'envers du monde avec le Christ. Bruno Cadoré a des racines en Bourgogne mais aussi en Martinique, sa formation a conjugué médecine et théologie et cela laisse augurer une ouverture de vues et du propos. Avec lui, on va à la rencontre de l'ordre des Dominicains, 6.000 frères, 10.000 moniales, 30.000 sœurs apostoliques ainsi que 200.000 laïcs dont il mesure l'importance pour l'évangélisation aujourd'hui, avec le défi de la culture. Son mandat lui a aussi permis de mesurer la vitalité de la foi sur des continents comme l'Afrique ou l'Amérique du Sud. Même s'il faut lire aussi comment la globalisation bouscule la planète tout entière et que des craintes analogues naissent au Nord et au Sud. Bruno Cadoré se fait témoin d'une tradition de prédication et d'évangélisation dans les circonstances actuelles : il y a un défi prophétique pour l'éducation, pour le respect de ce que signifie la famille, il y a aussi cette exigence à respecter que l'évangélisation se renouvellera dans la mesure où elle entrera en conversation avec le plus grand nombre.

Évangile et tradition rabbinique

Michel Remaud, Évangile et tradition rabbinique, nouvelle édition revue et augmentée, préface d'Anne-Marie Pelletier, Lessius, Namur, 2018.

Des motifs évangéliques, des arguments pauliniens, des affirmations de la lettre aux Hébreux reçoivent une intelligibilité nouvelle lorsqu'ils sont lus sur fond des traditions premières du judaïsme. La nouveauté du Christ apparaît ainsi dans une lumière nouvelle – réfractée dans la vigilance interprétative – du peuple juif. L'auteur nous montre en dix-sept étapes comment la tradition rabbinique est un maillon indispensable dans la dynamique d'interprétation qui va de l'Ancien au Nouveau Testament.
L'ouvrage, paru initialement en 2003, était épuisé et a été revu pour cette nouvelle édition. Pour faciliter la lecture, un lexique reprend en fin de volume quelques termes de la tradition rabbinique qui risqueraient de paraître barbares au lecteur non-initié. L'exposé se veut assez technique pour respecter la tradition à laquelle on puise car il ne pouvait se contenter d'une présentation somme toute superficielle.

Veilleurs aux frontières

Francis Guibal, Veilleurs aux frontières, Bergson-Rosenzweig, Girard-Ricoeur-Chalier, Derrida-Nancy, Castoriadis-Stanguennec, Lessius, (Donner Raison), Namur, 2018.

L'histoire de la pensée montre une tendance à prendre comme perspective davantage la liberté et les attitudes existentielles que la raison et ses catégories essentielles. Cela invite à apporter les questions fondamentales sans prétendre y répondre par une théorie unique mais dans un dialogue toujours à reprendre entre des libertés en quête de raison. Ce sont de pareils dialogues auxquels ce livre nous fait assister sur divers thèmes comme « histoire et libertés », « expérience et transcendance », « déconstruction et création », « le religieux en héritage ».
Un philosophe comme Hegel a voulu reprendre dans une dialectique ce qu'il découvrait d'une historicité radicale de l'existence en même temps qu'une recherche de compréhension qui lui soit coextensive. L'accent mis sur la liberté semblerait nous demander de recueillir des éclats de sens. Mais en recevant ces témoignages peut se faire entendre alors l'appel à articuler au plus juste le réalisme historique de l'action et le jugement responsable de la pensée.
Les essais présentés supposent un choix, qui tente d'orienter dans l'actualité intellectuelle et spirituelle de notre monde. Le titre évoque des frontières, non au sens où il y aurait un domaine abordé limité mais bien parce que celui qui se tient aux frontières peut espérer un dialogue sur ce qu'une liberté aura parcouru pour pouvoir en juger.
S'il est question de jugement, la pensée qui relève bien d'une subjectivité dont on reconnaît l'autonomie, s'expose à l'exigence d'aller vers une pensée élargie, de dépasser ses propres frontières, soucieuse en-cela de se mettre à la place de tout autre.

Le politique et les religions

Sous la direction de Hubert Faes, Le politique et les religions. Penser avec Stanislas Breton le défi de l'unité, L'Harmattan, Paris, 2018.

Comment concilier une diversité de religions et une ouverture à l'athéisme au sein d'une même société ? Ce n'est pas que la politique ne pourrait plus jouer son rôle à cause de la présence de références religieuses différentes. Cela, l’État laïque le garantit. Mais au niveau social, on se demande quelle cohésion, quelle unité il peut encore y avoir alors que ce n'est plus par référence à un type de vérité sur laquelle s'appuierait une conviction religieuse. La question n'est plus politique, dès lors que la politique se veut laïque pour permettre la coexistence d'une diversité, elle est sociale. Il ne sera pas question d’abord des rapports politiques entre le politique et les religions , déjà constituées comme des pouvoirs mais du problème de la façon d’unir les hommes, problème qu’ont rencontré les sociétés politiques aussi bien que les, communautés religieuses. Si l’on admet qu’une conviction doit pouvoir s’exprimer, elle ne peut le faire dans la seule sphère privée, elle doit pouvoir le faire dans l’espace social. Dans cet espace qui pour le politique est celui de la société civile, le pluralisme religieux pose un problème social et culturel. En dernier ressort c’est le problème de l’unité de la société, du type d’unité d’une société humaine. Ce livre reprend des textes de Jeanne Bernard, Bernard Bourdin, Jérôme de Gramont, Hubert Faes, Jean Greisch, , Jean Leclercq, René Nouailhat, Peter Kemp, Jean-Louis Schlegel, Michel Senellart. Textes issus d’un séminaire organisé à l’occasion du 10e anniversaire de la mort de Stanislas Breton par l’Association des Amis de Paul-Stanislas Breton et la Revue Esprit qui l’a accueilli dans ses locaux du 17 octobre 2015 au 23 Janvier 2016.

La p&, eacute;dagogie jésuite

Josep Maria Margenat, La pédagogie jésuite. Des origines à nos jours, Lessius, (Petite Bibllio, thèque Jésuite), traduit de l'Espagnol par Gilles Firmin, Namur, 2018

L’éducation intégrale que promeuvent les jésuites a pour but de faire parvenir la personne qui en bénéficie à une conscience qui n’ignore rien de la société et de la culture. En retour elle pourra contribuer à construire le monde tel que nous le connaîtrons. L’auteur décline la pédagogie jésuite sous cinq angles caractéristiques : 1. le modèle éducatif qui se dégage de l’expérience que les premiers jésuites ont partagée à Paris, et qui aboutirent à la publication de la Ratio studiorum (1599), synthèse de leurs pratiques pédagogiques ; 2. le modèle du collège jésuite, qui apparaît dans une période de grandes crises culturelles : enseigner, savoir et croire ; 3. l’université vue par les jésuites : service de foi et engagement pour la justice ; 4. la proposition d’un humanisme chrétien, adossée à une solide méthode pédagogique ; 5. l’éducation à une citoyenneté responsable en vue de la justice. En annexe, on trouvera des présentations de la pédagogie jésuite telle qu’elle est envisagée sur un plan mondial, en France et en Belgique, ainsi qu’un vocabulaire jésuite de l’éducation.

Vers l'expérience intérieure

Père Henri Le Saux, Vers l'expérience intérieure. Lettres (à Soeur Thérèse Le Saux); Transcription, annotation et présentation par Armelle Dutruc, Artège-Lethielleux, Paris, 2018.

Henri Le Saux, après 18 ans comme moine à l'abbaye de Kergonan, se rendit en Inde du Sud, en 1948, pour y fonder avec Jules Monchanin, l'ashram du Saccidânanda. Il remonta ensuite vers le Sud de l'Himalaya pour y mener une vie d'ermite et de pèlerin. Les lettres à sa sœur Marie-Thérèse présentées ici retracent son itinéraire en Inde de 1952 à 1973. Ces lettres montrent la grande proximité d'âme qui pouvait les rassembler. En même temps elles incitent le lecteur à prendre le chemin de son espace intérieur. Car elles sont pour l'essentiel centrées autour de cette idée que la recherche du Dieu vivant ne peut s'opérer qu'au fond de soi, dans le recueillement au fond de l'âme.

Saint Vincent de Paul

Guillaume Hünermann, Saint Vincent de Paul, Le père des pauvres, traduit de l'allemand par le Père M. Grandclaudon, Salvator, Paris, 2018.

Cet ouvrage fut écrit à l'occasion du troisième centenaire de l'apôtre de la charité. Dans ce livre, toute la vie de saint Vincent de Paul défile sous nos yeux, encadrée par l’histoire de la France et de l’Europe, à l’époque de la guerre de Trente Ans et de la Fronde, sous le règne de Louis XIII et le début de celui de Louis XIV. Pour raconter cette existence si mouvementée, Hünermann a eu recours à certains documents historiques précieux comme les lettres de saint Vincent. Il en a tiré un récit imagé aussi passionnant qu’un film de cinéma. L'auteur, Guillaume Hünermann, prêtre et écrivain d’origine allemande, aujourd’hui décédé, a publié de nombreuses biographies de saints alliant une rigoureuse fidélité historique à un style pittoresque et romancé. Les Éditions Salvator viennent de rééditer certains de ses meilleurs récits : Fatima : le ciel est plus fort que nous, Saint Curé d’Ars : le vainqueur du Grappin, Saint Martin : l’apôtre des Gaules et Don Bosco : l’apôtre des jeunes.

Donner du goût à nos liturgies

Arnaud Join-Lambert (dir.), Jean-Marc Abeloos, Jean-Luc Lepage, Patrick Prétot, Donner du goût à nos liturgies, Lumen Vitae, (Trajectoires, 31), Namur, 2018.

Qu'est-ce qui peut donner du goût, de la saveur, à nos liturgies ? Voilà l'interrogation et l'appel que reprend ce livre, écho d'une journée pastorale organisée conjointement par l'Université de Louvain et par les diocèses francophones en janvier 2018. Les mentalités ont évolué : on est passé de l'accomplissement du devoir dominical à l'appréciation de la messe et il faut donc discerner eu égard à cette appréciation par le « public » d'un art de célébrer. Patrick Prétot, moine bénédictin et professeur à l'Institut catholique de Paris, rappelait Vatican II et le repère fondamental pour évoquer la liturgie : comment manifester la présence du Christ au cœur de son peuple à travers les rites liturgiques ? La journée a invité à laisser une place au goût et à la sensibilité dans une réflexion sur l'art de célébrer. On pense à la musique, on pense au ressenti d'une communion qui dépasse la seule convivialité. Le livre reprend ainsi la contribution tout en nuances de Jean-Luc Lepage, organiste à Dinant. Le rôle du président de l'assemblée fut aussi l'objet d'une analyse. Loin de le cantonner dans le rôle d'animateur liturgique, était notamment évoqué le lien entre la présidence liturgique et l'ensemble du ministère pastoral. Arnaud Join-Lambert ciblait quant à lui la dimension du « goût » à laquelle ouvrait la thématique de la journée, proposant des critères pour évoquer le ressenti dans l'expérience de la célébration qui demande l'inculturation d'une émotion liturgique. Les lecteurs seront stimulés par le relevé de nombreux défis à vivre dans nos célébrations. Ils seront aidés en retrouvant ici des pistes pour discerner ce qui peut dynamiser les liturgies paroissiales.

La méditation spirituelle

Karin Seethaler, La méditation spirituelle. Pour l'harmonie avec Dieu, soi et les autres, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), traduction de l'allemand par Florence Quillet, préface de Franck Janin, Paris, 2018.

Issue de la tradition ignatienne, assistante sociale et théologienne, Karin Seethaler, a collaboré pendant cinq ans à des sessions d' « Exercices contemplatifs ». Elle présente ici la pratique de la méditation en en faisant de véritables exercices spirituels. Avec clarté, elle articule pratique de la prière contemplative et expérience de la relation à autrui pour en montrer les interactions déterminantes, car elles sont les deux dimensions de nos vies quotidiennes où rencontrer Dieu, en harmonie. Être soi, tel que l'on est, dans la relation à l'autre tout en restant tourné vers Dieu, voilà la voie qui nous est en définitive proposée ici.

Signes et sacrements dans le quatrième évangile

Yves-Marie Blanchard, Signes et sacrements dans le quatrième évangile, Artège Lethielleux, (Théologie biblique), Paris, 2018.

Que faut-il entendre par la notion de « signes » que l'on fait valoir pour le quatrième évangile ? Fondamentalement, il en va de ce qu'est la révélation renvoyant à ce qui est dit de la personne de Jésus, Fils envoyé par le Père, et aussi de la dualité inscrite en tout langage à considérer selon la logique des signes. Comme le titre y invite, il s'agit aussi d'articuler à ce fondement la notion de sacrement. On trouve en effet à ce propos un ancrage avec les mystères de la foi qui désignent des événements bibliques relus à la lumière pascale sans trop se limiter aux rites ou aux gestes que le mot évoque couramment dans la liturgie. Yves-Marie Blanchard plaide pour une familiarisation avec la « langue » de l'Ancien Testament, par une lecture fidèle, assidue et savoureuse, entendant par là une fréquentation des figures reçues de l'ancien Israël. Sans cela, on ne pourrait pas entrer plus profondément dans la suite des signes que constituent les gestes et les paroles de Jésus tout au long du quatrième évangile. Plusieurs textes de l'évangile de Jean sont associés aux sacrements de l’Église. On peut faire valoir dans ces textes la dualité signifiant/signifié comme redoublée par une référence scripturaire (par exemple quand Jésus est pain de vie en référence à la manne). La place accordée par Jean aux « signes » est singulière. Les relire fait dépasser le récit des miracles ou de gestes par une ouverture quasiment eschatologique. Celle-ci fait saisir à travers signes ou symboles la pleine réalité de la Vie qui se propose avec le Fils envoyé par le Père.

Partager la sagesse du temps

Pape François et ses amis, Partager la sagesse du temps, Fidélité, Namur, 2018.

Ce livre est né dans la prière et a grandi com, me une œuvre d'amour. Le pape eut un jour l'intuition de mettre en lumière le rôle vital des grands-parents et des personnes âgées en général et de partager leur sagesse capable de transformer des vies. Il a commencé alors à prêcher régulièrement sur la nécessité pour le monde de prêter attention à nos aînés et de tenir compte de leur sagesse. Pendant un an et demi, Rosemary Lane et Tom Mc Grath, directeurs du projet pour Loyola Press, ont interrogé plus de 250 personnes. Chacune de ces contributions ont façonné ce livre. Des personnes âgées de plus de 30 pays partagent ainsi la sagesse qu’ils ont acquise durant leur vie. Le pape François y participe lui-même en tant que « grand-père » comme les autres, en le préfaçant et en égrenant quelques-uns de ses souvenirs au fil des chapitres, mais aussi en commentant plusieurs des histoires rapportées dans ce livre. La beauté des images, la chaleur des regards, doublent la lecture d'une richesse humaine indéniable.

<, img style="float: left; margin-left: 10px; margin-right: 10px;" src="../../../files/photos/Recensions/201812-80-Livres-05-EvangileCélébré.jpg" alt="" title="201812-80-Livres-05-EvangileCélébré.jpg" width="150" /> L’Évangile célébré

Enzo Bianchi, Goffredo Boselli, L’Évangile célébré, Lessius, (la Part-Dieu), traduction de l'italien par Ivan Murpovec revue et augmentée par les auteurs, Namur, 2018.

Le présent volume déploie une conviction à propos du rôle décisif de la liturgie dans l'évangélisation. Il ne saurait y avoir d’Évangile annoncé s'il n'y a pas en même temps un Évangile célébré. Ce lien peut se dire comme dans le chapitre sur l’Épiphanie du mystère par le mouvement qui va du mystère révélé aux mystères célébrés. A travers rites et prières, le mystère révélé devient compréhensible, accessible, réalisable suivant le degré de foi de ceux qui le célèbrent dans le sacrement. Cette conviction précise aussi le sens de la participation à la liturgie. Il convient ainsi de passer de l'impression de devenir « actifs » dans la célébration, de la visibilité de l'action liturgique, à la participation au mystère qui est action de Dieu, invisible et toujours efficace. Pour planter le décor, les auteurs reconnaissent le défi qu'est la publication d'un livre de liturgie quand cette matière semblerait à l'ombre de bien d'autres thèmes et débats. Le livre affirme qu'il ne peut y avoir une Église qui va de l'avant alors que la liturgie resterait en arrière. L’Église évangélise quand elle célèbre : la crédibilité de l'une est le reflet de la vitalité de l'autre parce que la liturgie est intrinsèque à la vie chrétienne comme les paroles et les gestes de la vie de Jésus déploient dans l’Évangile sa révélation du mystère de Dieu.

La vie familiale

Alain et Marie-Madeleine Devillers, La vie familiale, A la manière d'Ignace de Loyola, Editions Vie Chrétienne, (Matière à exercices), Paris, 2018.

Cet ouvrage se fonde sur l'expérience de nombreuses familles au cours de haltes spirituelles ignatiennes. Sans être ni un manuel de savoir-vivre ou un catéchisme sur la famille, il propose des exercices à pratiquer en famille ou individuellement, permettant au lecteur de prendre conscience des enjeux spirituels inhérents à la vie familiale, pour elle-même et pour le service de nos frères et sœurs du monde. L’Église considère la famille comme une petite cellule ecclésiale qui a pour mission la croissance spirituelle de chacun de ses membres. Elle peut devenir de plus en plus le lieu, comme le vise cet ouvrage simple et accessible à tous, d'une rencontre personnelle avec le Christ.

Prenez soin de votre âme

Jean-Guilhem Xerri, Prenez soin de votre âme. Petit traité d'écologie spirituelle, CERF, Paris, 2018.

Notre époque abonde en propositions en tous genres pour le développement personnel, les spiritualités orientales, une religiosité laïque, la méditation thérapeutique, une valorisation des ressources mentales. Mais en même temps, comme en témoignent les taux de suicide, les dépressions, l'augmentation des addictions, le burn-out, notre intériorité est en souffrance. Biologie, psychologie et philosophie sont requises pour traiter de « psy » et d'intériorité. Mais la complexité de l'homme fait que l'on constate souvent une confusion dans les différentes dimensions qui permettent de l'appréhender. L'auteur est psychanalyste et biologiste médical. Il a intégré dans sa pratique de thérapeute la méditation. Une ressource se propose à travers cet ouvrage : il existe un patrimoine spirituel qu'il importe hautement de s'approprier, c'est celui des Pères du désert. Ils ont développé une véritable pharmacie de l'âme pour contribuer à la santé spirituelle. Leur médecine, considérée comme « art des arts et science des sciences », est faite de sobriété, de pratiques méditatives et d'hospitalité. Elle apparaît d'une urgente actualité et d'une étonnante pertinence.

L'amour vrai

Martin Steffens, L'amour vrai. Au seuil de l'autre, Salvator,(Forum), Paris, 2018.

Le mot amour demande des nuances que la langue française semble ne pas proposer. Steffens distingue l'amour vrai de sa caricature qu'est la pornographie, entendons par là ce qui mime l'amour humain sans en prendre la réserve qui lui est essentielle. L'ouvrage veut sensibiliser à cette réalité centrale pour le message chrétien, l'agapè, alors que le mot « charité » est trop usé pour dire dans toute sa force ce qui se révèle sur la croix. L'homme est fait pour mourir d'amour plus que pour aimer. Comme pour dire qu'il y a là une blessure qu'il faut veiller à ne jamais refermer, dont il faudrait ne jamais guérir. Cet amour vrai auquel veut ouvrir ce livre suppose une patience qui s'exprime dans ce qu'on appelle le paradoxe de la prière : tendre vers Dieu ou vers ce que l'on demande à Dieu sans tenter, le temps que dure la prière, de s'approprier l'objet de sa prière. Confier son désir à Dieu et par là se déposséder de sa satisfaction mais en même temps, être étrangement comblé : recevoir la plénitude de notre vie sur le mode de ce qui ne nous est pas encore donné. L'amour fait se tenir au seuil de l'autre par le refus de se l'approprier, de le posséder. L'amour, don de soi, demande une dépossession, une réserve par rapport au désir suscité par la beauté. Cela dit bien un chemin pour réapprendre à voir, parce que l'amour rend disponible pour accueillir la lumière qui fait voir ce à quoi la violence du désir peut souvent rendre aveugle. Aimer ouvre à la contemplation et la contemplation inscrit l'amour vrai dans la vie.