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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

À l’occasion des 80 ans de Monseigneur André Léonard

Mgr André Léonard, avec la collaboration de Jacques Toussaint, À l’occasion des 80 ans de Monseigneur André Léonard, de Jambes à Savines-le-Lac, préfaces de Francis Delpérée et Hervé Hasquin, postfaces d’Éric de Beukelaer et Évelyne Barry, Art Institute, Jambes, 2020.

L’idée d’une publication sur Mgr André Léonard, à l’occasion de ses 80 ans, revient à la jeune maison d’édition Art Institute (Jambes). Ce n’est donc pas une œuvre de commande, mais un travail spontané. Personnage controversé lors de son épiscopat à Namur et de son archiépiscopat à Malines­Bruxelles, il est apparu nécessaire d’investiguer de manière neutre et méthodique dans des fonds photographiques divers, mais essentiellement aux Archives de l’Évêché de Namur, pour faire parler les documents et connaître davantage l’homme. Mises à part les photos plus officielles, les photographies ne trompent pas et montrent le personnage, tel qu’il est. Ce sont des instantanés. 

A travers 160 pages et pas moins de 410 photographies, des plus officielles au plus quotidiennes, Mgr Léonard livre un récit précis sur les différentes étapes de sa vie, en utilisant une prose très accessible. Il a bénéficié de la collaboration de Jacques Toussaint notamment pour la coordination de l’ouvrage et la recherche de la riche illustration. L’ouvrage est préfacé par les professeurs Francis Delpérée et Hervé Hasquin qui apportent leur témoignage sans concessions. Les postfaces sont signées par le chanoine Éric de Beukelaer, ancien séminariste du Séminaire Saint-Paul à Louvain-la-Neuve, et Évelyne Barry, vierge consacrée du diocèse de Namur.

Sacrés objets

Arnaud Join-Lambert, Sacrés objets, Paris, Bayard, 2019.

Ce petit livre d’Arnaud Join-Lambert, professeur de liturgie à la Faculté de théologie de Louvain-la-Neuve, présente les objets liturgiques en les rattachant à leur espace propre et aux rites qui leur donnent sens. C’est une approche très lisible du culte chrétien, de type liturgique, historique et phénoménologique. 

Quatre parties se succèdent : 1) Entrer par le Baptême (la Pâque du chrétien, le baptistère, le cierge pascal et l’aube) ; 2) Bâtir sur le roc (la nef et le chœur de l’église ; les trois pôles majeurs : l’autel, l’ambon, la présidence) ; 3) Un amour qui se donne (l’Alliance avec Dieu, les alliances des époux et l’anneau de l’évêque et de l’abbé de monastère ; l’évangéliaire qui est « plus qu’un recueil de textes » ; le calice ; le tabernacle ; la custode pour la communion des malades ; l’ostensoir) ; 4) La nature convoquée à la louange (le pain, le vin et les huiles pour les malades, les catéchumènes, le baptême et la confirmation, les ordinations, l’encens). 

Embelli de photos de qualité, ce livret invite à « donner goût à nos liturgies ». Il rendra service aux catéchistes, aux parents, aux enseignants et aux équipes liturgiques. Les divers chapitres ont fait l’objet de billets dans le mensuel Prions en Eglise.  

Abbé André Haquin

L’empathie fait des miracles

Michel Bacq, L’empathie fait des miracles, Fidélité, (Béthanie), Bruxelles, 2020. 

Michel Bacq tenait à faire découvrir les miracles que peut faire l’empathie. L’attention à l’autre, à son ressenti, quand sa dignité est en jeu, change du tout au tout les relations humaines. Le livre s’appuie sur les enseignements de Marshall Rosenberg qui est fondateur de la Communication Non Violente. Cet homme de tradition juive, formé à la psychologie, a traversé le XXe siècle et pas mal de ses drames. Il s’est remis souvent en question en se demandant pourquoi les hommes qui aspirent tous à l’amour en viennent à être violents et à s’entre-déchirer dans des conflits. L’ouvrage voudrait reprendre le sillage de la Communication Non Violente. Il développe cette conviction que la force divine d’amour dont Rosenberg parlait est l’Esprit Saint et que le Seigneur met cette force dans le cœur de tous ceux qui ont soif de communion. Le livre abonde en exemples et conseils pratiques pour que ces pages qui font découvrir la force de l’empathie ne restent pas lettre morte mais fassent des miracles dans la vie des lecteurs. 

Les Paraboles évangéliques

Camille Focant, Les Paraboles évangéliques. Nouveauté de Dieu et nouveauté de vie, Cerf, (Lire la Bible), Paris, 2020. 

Le présent ouvrage repose sur un imposant travail. Y affleurent la recherche de Camille Focant sur les évangiles pendant plusieurs décennies et la documentation puisée dans nombre d’analyses de collègues exégètes. On mesure bien tout le sérieux de l’effort à soutenir pour aller au plus près de l’intention de celui qui a prononcé les paraboles. Car chacune est reçue à travers des relectures dans une tradition chrétienne et d’abord dans la perspective propre à chaque évangéliste. A noter que sont jointes des paraboles figurant dans l’Évangile de Thomas. Il est précisé aussi que certaines images johanniques ne sont pas construites avec des éléments narratifs qui en feraient des paraboles au sens usuel. On plonge directement dans le vif du sujet avec l’exemple de la parabole du bon Samaritain et l’on est vite bousculé entre la simplicité du récit et les interprétations allégoriques. Le deuxième chapitre est donc tout indiqué pour donner, après cet exemple, des repères plus théoriques sur l’enseignement en paraboles de Jésus. A noter au niveau de l’authenticité, la remarque de Camille Focant par rapport à Paul Meier, qui fait référence quand on cherche le Jésus historique. Meier n’ouvre qu’avec beaucoup de réserve, à cause de critères trop stricts, l’authenticité à 4 paraboles. L’ouvrage vise en tout 32 paraboles et leur interprétation. Par cet ensemble, on découvre toute l’importance de cet enseignement particulier de Jésus. On est bien dans un discours tout à fait propice pour maintenir l’auditeur dans la recherche d’une expérience de Dieu et dans l’attention à la révélation du mystère de son Règne. Après les précieuses indications qui qualifient le style parabolique de Jésus, les chapitres se suivent en regroupant les paraboles selon les thèmes qu’elles abordent. L’attention que l’on est invité à prêter au texte permet vraiment de goûter à cette nouveauté d’un enseignement qui a bousculé les idées sur Dieu. Sans viser une actualisation pour que ces récits révolutionnent encore dans le contexte d’aujourd’hui ce qu’on dira de Dieu, le pari est tenu de fournir un commentaire qui permet de goûter aux différents genres de paraboles. Ce livre contribuera pleinement à mieux approcher cet « artiste en paraboles » qu’était Jésus et grâce à cet enseignement typique, à goûter encore la nouveauté de Dieu. 

Le Dieu des abîmes

Isabelle Le Bourgeois, Le Dieu des abîmes. A l’écoute des âmes brisées, Albin Michel, Paris, 2020. 

L’abîme dit le manque total de repères, ce qu’il peut y avoir de plus inquiétant dans la condition humaine. Et pourtant, Isabelle Le Bourgois veut signifier que Dieu y est présent. Parce que Dieu n’est pas à enfermer dans sa perfection. En écoutant des personnes dans des épreuves existentielles extrêmes, que ce soit dans son cabinet de psychanalyste ou dans les prisons, la question est devenue « Mais où est Dieu ? ». Et d’en découvrir des traits nouveaux. Dieu est aussi celui qui peut se dépouiller pour laisser advenir à soi-même. Alors qu’on en a fait fréquemment une demande intransigeante de perfection qui renvoyait l’homme à son insuffisance.

L’écoute demande du temps. Être vraiment présent à celui pour qui tout semble vaciller demande le courage d’une lenteur qui n’est pas la référence dans nos vies modernes. Le temps de Dieu, aujourd’hui, à l’échelle humaine des aspirations au tout tout de suite, est un temps qui dérange. Mais comme il est précieux de s’ouvrir à ce temps. C’est une condition pour qu’accompagnant ceux que tout semble abandonner, on se laisse aussi rejoindre par celui qui les y attend. Le Dieu des abîmes n’est pas celui que l’on apprend au catéchisme mais la descente de Jésus aux enfers nous en dit quelque chose. A travers sa mort, Jésus rejoint les plus enténébrés des aspects de notre humanité. Le nom « Dieu des abîmes » peut surprendre mais ce serait tellement injuste de ne pas croire que Dieu est présent au plus profond du vide que l’homme peut éprouver. 

Pour un christianisme intempestif

Michael Edwards, Pour un christianisme intempestif. Savoir entendre la Bible, Editions Le Fallois, Paris, 2020. 

Jésus laissait ses auditeurs « ébahis », « abasourdis ». Le drame pour nous, à qui le christianisme est familier, c’est que nous ne nous étonnons plus, étant devenus sourds à l’altérité de la parole évangélique, à la troublante singularité de la foi chrétienne. Le Christianisme est une contre-culture, il est surtout une Personne à mieux connaître, une aventure à pousser au-delà des limites du savoir. D’un type de savoir qui se laisse bousculer par un autre, parce que la foi aussi suppose un savoir, comme lorsque Jésus nous dit : « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. » C’est le genre de savoir que l’on découvre quand le doute est balayé par une conviction que Dieu a mise en nous. Si on parle du christianisme comme d’une contre-culture, on peut y noter une sorte de joie excessive. Au-delà d’un sentiment, elle est l’autre face de la réalité parce qu’elle est joie d’un « réjouissez-vous dans le Seigneur » qui rend forts même par-delà ce qui inquiète et rend triste. Évoquant une sorte de contre-culture, Edwards s’explique aussi sur le rôle de l’art et sur cet art particulier qui fait entendre les Écritures quand il s’agit de traduire la Bible. Entendons que l’art a ce pouvoir de mettre en tension vers un accomplissement, vers une transcendance, chose que le chrétien comparera à la dynamique de l’espérance qui va encore au-delà. S’il y a un art à traduire la Bible, il faut que son exercice traduise en même temps l’amour de Dieu et de sa Parole. Académicien, auteur d’un Bible et poésie, Edwards continue sur la lancée de cet ouvrage. Pour reconnaître en Jésus la vérité, non pas en contradiction avec ce que visent nos recherches dans les différents champs du savoir humain mais la vérité qui peut réveiller nos cœurs lents à croire pour que nous cheminions avec lui, le Vivant. 

Le héros de mon enfance

Edward Janssens, Le héros de mon enfance, préface de Mgr Luc Van Looy, traduction de De held van mijn kinderjaren, (2018), Secrétariat du Comité du Bienheureux Edouard Poppe, Moerzeke, 2020. 

L’auteur est le recteur du sanctuaire. Le livre comprend une introduction à la vie du bienheureux Edouard Poppe et une série de 52 méditations écrites par l’abbé Poppe. On peut se le procurer pour 8,50 € au secrétariat du comité. E-mail : priester.poppe@edpnet.be. 

Découvrir la nouvelle traduction du Missel romain

Association épiscopale pour les pays francophones, Découvrir la nouvelle traduction du Missel romain, Paris, AELF, Magnificat, Mame, 2019.

Dans ce petit livre de format poche, Bernadette Mélois, actuelle responsable du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle (Paris), présente l’Ordinaire de la Messe, y compris les Prières eucharistiques I à IV (p. 41-118). Le texte est commenté de manière synthétique. Il inclut les changements qu’on trouvera dans le Missel, présentés en lettres de couleur bleue. Il ne suffit pas d’adopter les changements, dont certains sont d’ailleurs au choix, encore faut-il en connaître la signification.

La première partie comporte une présentation de Mgr B.-N. Aubertin et la Constitution apostolique du Missale Romanum du pape Paul VI (1969). Puis quatre articles proposent de jeter sur le missel un regard pastoral, historique et liturgique : Qu’est-ce qu’un missel ? (A. Haquin) ; Traduire, un acte de Tradition (Mgr S. Poitras) ; Au service d’une nouvelle traduction, la COMIRO (H. Delhougne, o.s.b) ; Les grandes parties du Missel romain (Mgr D. Lebrun). En Annexe, on trouve quelques pistes d’utilisation du livret en paroisse, pour des échanges de groupes.

Abbé André Haquin

Protection. Délivrance. Guérison

Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle. Protection. Délivrance. Guérison. Célébrations et prières, Paris, Desclée-Mame, 2017, 118 p. 

Face aux demandes nombreuses et variées d’exorcismes, de prières de protection, et de demandes de guérisons, le SNPLS (Paris) a créé un groupe de travail en vue d’un discernement. Le livre présenté est le fruit de cette recherche. Il est à l’usage de ceux qui sont chargés de recevoir les « nombreux hommes et femmes de tous horizons, confrontés dans leur vie à une détresse ou à une souffrance ». La question principale est celle du discernement en vue d’un accompagnement comportant l’échange, la prière, et l’éveil à la foi. Le parcours suivra différentes étapes : accueillir la personne et sa demande, favoriser une progression par le discernement et l’éveil à la foi, célébrer avec la personne, assurer un suivi de l’accompagnement. 

Pour la « Demande de protection » d’une personne ou d’un lieu, un temps de célébration est prévu, incluant la proclamation de la Parole et la prière, notamment de bénédiction. Pour la « Demande de délivrance » du Mauvais, du mensonge ou de l’égarement, une prière d’exorcisme sera parfois nécessaire. Pour la « Demande de guérison », on utilisera le « Livre des bénédictions » et les prières du Missel. On trouvera aussi des indications pour un « Temps de prière avec un non baptisé ». On ne négligera pas de consulter la « Fiche pratique : comment écouter ? comment discerner ? » (p. 11), ainsi que la réflexion intitulée « Prudence dans les pratiques » (p. 64). 

Abbé André Haquin

André Lanotte

Marthe Blanpain, André Lanotte homme d'art et d'espérance, 1914-2010, Les éditions namuroises, Namur, 2020

André Lanotte nous a quittés en 2010, léguant son corps à la science. Né en 1914, il avait 96 ans lors de son décès, il y a 10 ans déjà...

Sa collaboratrice, Marthe Blanpain, a rassemblé ses souvenirs et tous les documents du prêtre qu'elle a suivi de près pendant de longues années. Cet ensemble de faits et gestes constitue le livre qu'elle présente aujourd'hui.

Toute la vie du chanoine Lanotte s'offre au lecteur, depuis son enfance et ses études, en passant par ses activités pastorales à Saint-Loup, puis à Saint-Jean-Baptiste de Namur, pendant cette longue période de service à l'évêché, auprès de Mgr André-Marie Charue, et de son successeur Mgr Robert-Joseph Mathen. Tout est raconté simplement, comme si nous étions dans l'intimité d'André. Car le chanoine était simple et beaucoup l'appelaient par son seul prénom.

On s'en doutera : pour la biographie d'un homme de l'art, les photographies, ou les scans de documents ne manquent pas. La couleur ou le noir et blanc sont au rendez-vous à chaque page du livre, ou presque, toujours simples, mais beaux et choisis bien à propos.

Ce n'est cependant pas un livre de références où le lecteur cherchera en vain une liste exhaustive des publications et articles d'André Lanotte. Un manque ? Peut-être. Mais c'est un livre de témoignage. Témoignage de l'auteur, assurément ; témoignage surtout du personnage décrit.

Car le chanoine n'a cessé de témoigner de sa foi, de ses croyances, de ses convictions, qui n'étaient pas toujours celles de tout le monde. L'art contemporain, la liturgie renouvelée par le Concile Vatican II, l'art au service de cette réforme nécessaire en ce temps de la vie de l'Église, tout est mis en lumière dans ce livre, simplement.

À lire aussi : la préface de Raymond Balau, professeur à La Cambre (Bruxelles), qui pourrait être appelée postface, tant elle prolonge l'œuvre et les enseignements d'André Lanotte. Ses lignes sur l'église du Sacré-Cœur à Saint-Servais ravivent cette atmosphère particulière qui s'en dégage lors des célébrations eucharistiques, où le Christ nous ouvre largement son Cœur !

Un livre de 92 pages, abondamment illustré en couleur, au format 16 x 24 cm. Édité avec le soutien de la Fondation Gaston Bertrand, aux Éditions namuroises (info@editionsnamuroises.be), au prix de 15 euros.

Chanoine Daniel Meynen

Saint Augustin

Anne-Marie Vannier, Saint Augustin. Pasteur, théologien et maître spirituel, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2019. 

Qui est saint Augustin ? Cet ouvrage nous aide à le trouver ou plutôt à rejoindre cet homme sur le chemin de conversion, terme suggestif pour aller ainsi au-delà d’une vision statique d’Augustin et de l’humain. Le chemin de vie racontée dans ses Confessions s’impose à l’attention : au-delà d’une biographie, on y trouve un genre nouveau qui donne à un sujet de se découvrir, en miroir, dans la Bible. Cela peut inspirer l’homme d’aujourd’hui dans les crises d’identité qu’il traverse. Avec Augustin, l’homme se découvre comme créature. Et l’épisode clé de sa conversion met en valeur toute la force du désir de Dieu. Sa conversion, ou ses conversions qui décrivent tout le travail de l’Esprit, mettent en lumière les éléments pour comprendre ce que veut dire devenir croyant, au niveau de la raison et des attitudes qui concernent la vie morale. L’approche que fait Marie-Anne Vannier fait entendre le cheminement d’Augustin avec ce qu’il pouvait apporter de nouveau au temps qui fut le sien. Sa lecture peut aussi fournir des éléments d’ouverture pour chaque époque : lire Augustin avec attention permet de puiser à la source d’ouvertures pour aujourd’hui. 

L’ouvrage revient sur l’anthropologie d’Augustin, pointant aussi ce qu’on peut comparer au cogito de Descartes. On trouve cette affirmation du sujet chez Augustin sous une modalité différente, le fondement étant moins dans la réflexivité que dans la relation – ouverte à une vraie altérité – d’une créature avec son Créateur. Le schéma qui décrit son anthropologie n’est pas tant la dualité d’une « âme » et d’un « corps », avec un accent sur la connaissance intérieure de la première, que dans le désir qui prend l’une et l’autre, à travers les trois étapes de la création, de la conversion et de la formatio à laquelle contribue également la grâce de Dieu pour l’accomplissement de l’être créé. L’auteure avait réservé un ouvrage à ce processus en trois temps creatio, conversio, formatio en 1997 (Presses Universitaires de Fribourg) et elle reprend une méthode qui suit l’évolution de la pensée d’Augustin, méthode qui peut s’appuyer sur les Révisions, ouvrage précieux et particulier où Augustin donne ses avis pour resituer ses différents écrits. Théologien, Augustin reste toujours maître spirituel par cet élan qui l’inspire en l’orientant vers le Seigneur. Il se montre aussi pasteur pour partager la nourriture de la Parole de Dieu, pour la commenter avec un art certain de la prédication et ouvrir les cœurs à l’amour de Dieu qui rassemble les communautés. Sa postérité est évoquée au moyen-âge, dans ses reprises notamment par Thomas d’Aquin, Bonaventure ou maître Eckhart. Le lecteur pourra aussi y participer à cette postérité en goûtant à la lecture passionnante de cet ouvrage. 

Les quatre amours

Clive Staples Lewis, Les quatre amours, traduction de The four Loves, par Denis Ducatel et Jean-Léon Müller, Ed. Téqui, Paris, 2019.

L’ouvrage de Lewis est un miroir précieux pour décrypter, dans ses différentes facettes, le cœur de la vie qu’est l’amour. Cette nouvelle édition de cet ouvrage permet de goûter toute la chaleur de cette exploration de ce qui se tisse dans nos vies. Lewis commence par distinguer amour donneur et amour demandeur. Le paradoxe du côté intéressé et moins généreux du second questionne mais on découvre aussitôt que la distinction est plus théorique que réelle : quand on passe aux différents types d’amour, les distinctions demandent toujours de prendre en compte le fond de la vie d’une personne dans son unité. L’exploration vise les différents âges et les différents types de relation, enfants-parents, mari et épouse et encore l’amitié. Et une dimension religieuse n’est jamais occultée. Car l’analyse s’ouvre aussi, dans une perspective chrétienne, à l’amour au sens de l’agape par lequel Dieu est à l’œuvre dans le cœur de l’homme. Cela n’empêche pas de prendre au sérieux une affection qui peut ressembler à l’attachement d’un animal. Cela demande également de relever qu’il y a des pièges quand on se met à idéaliser ou sacraliser éros. Un éclairage qui peut contribuer à réchauffer des cœurs. 

Réactiver le sens commun

Isabelle Stengers, Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte / Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2020.

Il y a pas mal de motifs aujourd’hui pour initier une démarche philosophique semblable à celle de Socrate qui s’est mis en tête de donner aux Athéniens de dépasser leur ignorance. Stengers nous ouvre un tel itinéraire avec la pensée de Whitehead qui a voulu, au XXe siècle, contribuer à civiliser la modernité. Voyant l’essor de la science, ce mathématicien ne pouvait se résoudre à voir si mal partagés les rôles dans la gestion de la société. Ceux qui auraient le savoir et les compétences pour amener toujours plus loin les possibilités offertes par la science et la technique, d’un côté, une masse d’individus dans l’ignorance, d’autre part, soumis aux dispositifs imaginés par les premiers, qui auraient à se caser aux places qu’on leur aurait destinées. 

Whitehead voyait un déclin dans la tournure des choses et voulait réagir. Il y a lieu de reprendre son investissement comme penseur pour, à sa lumière, réactiver le sens commun en un temps de débâcle. La philosophie permet d’articuler des visions différentes et en particulier situer celle de la science et c’est ainsi qu’on pourra faire intervenir le sens commun. Whitehead appelait bifurcation de la nature cette distinction entre les manières d’appréhender la nature dans le registre de la science et dans la perception commune par laquelle elle apparaît comme cadre de notre existence. Quand les scientifiques évoquent des faits qui donnent valeur de vérité à leurs hypothèses, il faut en même temps reprendre cette attitude de Whitehead qui permet d’éviter l’abstraction à laquelle invite une théorie et son besoin d’objectivité. Le sens commun demande de prendre en compte les environnements et de ne pas isoler les problèmes. Whitehead avait pour principe de donner le pouvoir au problème pour situer le questionnement ou la philosophie qui relèveraient ce problème. Cela évite d’en venir à des vérités abstraites, à distance des contextes qui les font comprendre. Car comprendre suppose, dans une voie qu’il importe de rendre cohérente avec la science, même avec le recul que celle-ci demande, une attention à soutenir par chaque membre de la communauté. 

L’envie d’y croire

Eliette Abécassis, L’envie d’y croire. Journal d’une époque sans foi, Albin Michel, Paris, 2019.

Ce livre n’a rien d’une prise de position d’un point de vue religieux à l’encontre d’une époque, la nôtre, dont la foi aurait disparu. C’est un point de vue situé dans un vécu qui demande de se sentir responsable et qui réclame une prise de recul pour l’être vraiment. L’auteure connaît l’art de la discussion du Talmud, sans doute par son père, Armand Abécassis, mais elle livre plutôt son analyse de femme située dans les vicissitudes de notre temps. Elle réfère d’abord le manque de foi au niveau de ce que ce mot peut dire d’une confiance en soi et dans les autres, en termes de garant d’une humanité. Et on le mesure mieux, on en voit mieux la profondeur quand on aura repéré les fuites vers des modes de vie qui font zapper, le mot est choisi à dessein, quand s’amorce un approfondissement. La question de Dieu et de la religion ouvre souvent sur un grand vide non seulement parce qu’on ne s’en donne plus le temps. Mais aussi par les mentalités qui sont issues des drames du XXe siècle et du début du suivant. Que ce soit comme pour Abécassis et ses racines juives, avec l’interrogation suscitée par la Shoah quant à une présence ou une absence de Dieu, ou bien encore quand la question du sens en a déserté parce que l’en font fuir des violences encore perpétrées dans des schémas religieux extrémistes. Intéressant de découvrir l’auteure dans un thriller prenant pour cadre une école talmudique à Paris au moyen-âge, qui permet d’imaginer les actions haineuses de catholiques d’alors envers les juifs, tout en faisant découvrir ce goût de la recherche et de l’interprétation de la Torah qui tranche avec le caractère autoritaire que des hommes de pouvoir montrent en utilisant l’Écriture selon leur dessein (le Maître du Talmud, aussi chez Albin Michel). Son procès est ici contre les maîtres modernes de l’existence à qui on donne le pouvoir dans un schéma, pour le dire comme la Boétie, de servitude volontaire : Google, mais aussi simplement nos smartphones et ordinateurs, dictent nos modes de vie où des références s’imposent par la place du numérique, cet ogre technologique. Abécassis décrit dans différents registres de la vie cette perte de foi : les attitudes sont transformées dans les registres de l’éducation, de la vie en couple et en famille, également dans les questions de société où se présentent à nouveau la question de la religion et de la laïcité. En évitant une religion qui se mettrait à imposer une vérité particulière, on peut trouver à revaloriser des choses toutes simples de la vie, en prenant soin de leur dégager du temps, de les rendre humainement porteurs, au besoin en ritualisant un peu : le repas comme moment de partage, les vraies rencontres, la littérature, la plongée curieuse dans l’histoire pour faire revivre le passé et la culture qui invite chaque individu à mieux s’enraciner dans la monde et à élargir l’horizon de son existence. Si faire opposition à la place du numérique ou à la puissance du capitalisme paraît un défi immense à relever, il y a peut-être à l’oser d’abord par un e-Detox, une déconnexion au sens technique qui soit reconnexion avec soi-même pour plus d’humanité. Si la foi mentionnée dans le titre peut devenir plus qu’une confiance qui relève du psychisme, il faut encore signaler comment il y a un appel à la spiritualité, à la mystique et à la sagesse auxquelles le mode de vie actuel fait tant d’ombre. A la fin de l’ouvrage, on peut rester sur sa faim pour aller au-delà d’une foi un peu à l’horizontal, d’un humanisme qui décevrait de toute perspective de transcendance. Il faut peut-être se demander humblement, avant d’aller plus loin ou plus haut, si on prend assez de recul pour pouvoir s’avouer, parce que pris dans le monde avec beaucoup d’illusions, hypercroyants mais sans foi. C’est alors qu’en parlant de notre foi, nous reconnaîtrons qu’elle permet d’ouvrir des chemins d’humanité et de s’y engager en êtres responsables. 

Les célébrations de la Parole
Vie reçue, vie donnée. L’offrande eucharistique
Les bénédictions

Service de la pastorale liturgique et sacramentelle, Conférence des évêques de France, Les célébrations de la Parole, coll. « Célébrer » 1, Paris, Mame, 2018, 104 p., 22 euros ; Vie reçue, vie donnée. L’offrande eucharistique, coll. « Célébrer » 2, Paris, Mame, 2018, 128 p., 22 euros ; Les bénédictions, coll. « Célébrer » 3, Paris, Mame, 2019, 119 p., 22 euros.

Une nouvelle collection Célébrer vient de voir le jour. Trois volumes ont paru. Chacun propose un « itinéraire liturgique et spirituel de formation et de discernement des pratiques » qui peut favoriser l’Art de célébrer et une meilleure perception de ce qui se joue dans les célébrations chrétiennes. Chaque volume présente une quinzaine d’articles d’une écriture élégante et accessible. La présentation est très soignée et les divers textes s’enrichissent de photos de qualité. Trois types d’articles sont proposés dans chacun des livres : Théologique (le rapport au salut), Mystagogique (l’entrée dans le Mystère à partir des rites), Liturgique (la mise en œuvre des gestes liturgiques). 

Les célébrations de la Parole

Selon les dispositions de Vatican II, tous les rites, jusqu’aux simples bénédictions, comporteront l‘annonce de la Parole. Les liturgies de la Parole peuvent trouver place dans les vigiles avant les grandes fêtes, les pèlerinages et les retraites… Sans oublier la Liturgie des Heures, encore inexistante dans de nombreuses paroisses. La quinzaine d’articles traite du rapport de la Parole aux Ecritures, du dialogue entre Dieu et l’assemblée, du lieu de la Parole et du livre pour la proclamer, du fil conducteur de la célébration, de la proclamation, de l’écoute et de la réponse… 

Vie reçue, vie donnée. L’offrande eucharistique

Ce volume rendra service dans l’attente de la nouvelle édition du Missel romain et permettra de renouveler notre regard sur l’eucharistie. Plutôt qu’une étude qui suit le déroulement du rite eucharistique, on a choisi une thématique abordée de façon transversale : le don du Christ et sa réception par les croyants, et dans la foulée, le don des fidèles. Cette manière évoque la « logique du don » (Marcel Mauss) et ses trois moments : « don », « réception », « contredon » ou don en retour. Parmi les articles les plus développés, on trouve « Une existence eucharistique sous le signe du don », « Vie reçue, vie donnée », « Prenez et mangez », « Devenir une vivante offrande. L’épiclèse », « L’autel du sacrifice », « La fraction du pain », etc.

Les bénédictions

Dieu est source de toute bénédiction (Gn 1, 28). Dans la démarche du Créateur, la parole et l’action ne font qu’un (« Il dit… et cela fut ») pour le bien de l’humanité (« Il vit que cela était bon »). Dieu bénit en se rendant présent à la vie des hommes. En retour, la prière de bénédiction monte vers Dieu en action de grâce pour les bienfaits reçus (« Bénissez le Seigneur ! »). L’Eglise bénit les personnes de la part de Dieu, ainsi que les lieux de vie et d’activité des hommes, en vue de leur bon usage, conformément à l’Evangile. On appréciera particulièrement dans ce volume les articles suivants : « La bénédiction envisagée du point de vue de l’éthique », « Dieu, source de toute bénédiction » mais aussi « La bénédiction nuptiale », « La bénédiction des malades », « Mystère pascal et bénédiction ». Le IVe volume, en préparation, sera consacré au Pèlerinage. 

Abbé André Haquin

Relire le relié

Michel Serres, Relire le relié, Editions du Pommier, Paris, 2019. 

Ce livre est le dernier de Michel Serres, il l’a soumis à quelqu’un la veille de sa mort mais n’a pas pu le relire. Il y fait un magnifique parcours de relecture. Relire étant avec relier aux sources du sens du mot religion, il se propose en quelque sorte de relire ce qu’est la religion comme une des dimensions qui pointent des caractéristiques de la vie humaine, ce qu’il appelle des points chauds, des croisées entre le spirituel et les événements du monde, l’histoire. Même s’il est parfois caché dans une relecture objectivante, le spirituel se dégage, avoisinant les idées, le savoir, proche du symbolique aussi puisqu’il s’agit de relire. Et comme présenté d’emblée, l’exercice peut être critique, de quoi délier dans le spirituel ce qu’au nom de la religion on a parfois trop vite lié. Il le fait comprendre et l’annonce avec les hommes apparaissant dans l’évangile de la femme adultère, eux qui accusent et lient dans sa faute, alors qu’ils étaient mal placés pour le faire, une femme que Jésus justement ne condamnera pas. 

On parcourt ainsi l’anthropologie en pointant à un moment la place du virtuel, l’émergence d’un autre mode de reliure par la fabrication des faux dieux dont le numérique a le pouvoir. Cet ouvrage fait là aussi la critique d’un pouvoir temporel qui dit la force et la soumission alors que le pouvoir spirituel suppose une liberté qu’un réel pouvoir contredirait. Cherchant la mystique, on rencontre aussi les mathématiques et d’autres modes du savoir, les sciences, une sensibilité à cet invisible symbolique qui double le monde visible, en cherchant leur émergence dans le visible de la réalité humaine. Apparaissent des reliures verticales, si précieuses pour pointer la transcendance. Et des reliures horizontales qui peuvent parfois cacher les autres. L’enracinement dans la nature, lien horizontal, dit en même temps une situation dans un ordre plus global, quelque chose que l’Incarnation reprend à sa manière. Et cela préserve des faux mysticismes et des idéalismes qui oublient la réalité. D’ailleurs l’Evangile et Jésus qui se réfère aux signes donnés par les campagnes, font le lien avec la réalité d’une manière que Serres distingue des liens sociaux avec les jeux de pouvoir qui y naissent. A ce point aussi, sa relecture de ce qui relie est souvent judicieuse, montrant ce qui peut donner la juste place au religieux. Sa relecture de la religion permet d’ouvrir l’humanité à un autre ordre que celui de la chair et du sang, pour reprendre un langage évangélique, comme ouverture de l’humanité tout entière à une relation d’amour avec le Père céleste. Si ce testament évoque la vie et la mort, Serres qui se préparait à la mort y fait aussi l’aveu de cette incroyable nouveauté de l’Evangile qui annonce la résurrection, annonce qui brusque les esprits qui ne comprennent pas. Là aussi, n’est-ce pas croire que pour relier le visible et l’invisible, le Christ est à reconnaître dans le pauvre qui se présente à nous, le divin est à reconnaître chez l’autre comme est à reconnaître ainsi ce qu’est authentiquement l’amour qui est plus fort que la mort ? 

Job ou le problème du mal

Alain Houziaux, Job ou le problème du mal, Une éloge de l’absurde, CERF, Paris, 2020.

Ne cherchez pas une justice dans l’histoire de Job et encore moins Dieu comme garant de cette justice. Mais cherchez Dieu avec Job, dans son épreuve. Avec Houziaux, nous voici dans un commentaire novateur de ce livre énigmatique. Le livre de Job est original et l’image de Dieu y tranche sur l’image plus classique de Dieu dans le judaïsme. Dieu apparaît bien comme celui qui sait mais aussi, comme le fait remarquer Houziaux, comme celui qui connaît les forces cosmiques dans leur désordre, dans leur chaos. La vision de Dieu y est donc quelque peu excentrique. Le mal viendrait-il de Dieu, comme le dit Job, parce qu’il considère le mal injuste. Il refuse une sorte de thérapie que lui proposent ses amis qui voulaient donner un sens au mal. Dieu reste bien pour Job, le tout-Autre, un Ailleurs. Dieu n’est pas dans l’ici des explications qu’on possède et l'ici d’une nécessité qui donne de lire le monde à la mesure des nécessités observées. En découvrant Dieu ainsi, croire en Lui peut se dire aussi croire pour rien. On retrouve donc, comme situation du croire, la liberté tenant à la gratuité et à l’inconditionnel. Si Job met sa foi dans l’Absconditus, c’est qu’il nous faut, avec lui, non seulement conjuguer le croire avec une recherche de sens, mais aussi rester sensibles au recul de l’humour, à l’amour pour la vie et à la modestie. 

Vivre le Notre Père

Sœur Marie-Madeleine Caseau, Vivre le Notre Père, Du bon zèle filial et fraternel, préface du Père Matthieu Rougé, Editions Saint Léger, Paris, 2019.

Ce texte provient d’une retraite donnée aux prêtres du diocèse de Nanterre à l’occasion de la messe chrismale. Elle développe les différentes demandes de la prière du Seigneur en sondant comment la vie religieuse peut être une parabole de ce qui est demandé, comment une communauté religieuse est une sorte de laboratoire pour laisser ces demandes travailler le cœur de ceux qui le reprennent ensemble. Elle puise abondamment à l’Évangile pour se référer à la figure de Jésus. Elle se tourne aussi fréquemment vers les Pères de l’Église pour nous placer avec ces figures qui ressortent du passé dans l’aujourd’hui de Dieu.

Lucien Cerfaux (1883-1968)

Serge Holvoet (dir.), Lucien Cerfaux (1883-1968), Actes de la Journée d’Etude à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, Cerf, (Patrimoines), Paris, 2019.

L’Université Catholique de Lille a organisé un colloque le 29 novembre 2018 au séminaire de Tournai pour les 50 ans de la mort de l’abbé Lucien Cerfaux. Exégète, l’abbé Cerfaux est connu pour sa théologie paulinienne et Michel Hubaut, qui a contribué à l’ouvrage, retrace cette étude qui devient largement accessible notamment par son dernier ouvrage « L’itinéraire spirituel de saint Paul ». On salue en même temps l’historien et l’homme profondément spirituel. Il a en effet toujours tenu à conjuguer approche historique et approche croyante. Il a étudié la gnose en la différenciant franchement du début du christianisme sans prendre en compte ce qu’une approche anthropologique y a relevé, allant davantage vers une sorte d’apologie des courants chrétiens. Fort de sa connaissance sur Paul, de son insistance pour la tradition orale et de son insistance à développer une théologie biblique, il deviendra aussi une aide pour l’équipe belge présente au concile Vatican II.

L’Église face à ses défis

Eric de Moulins-Beaufort, L’Église face à ses défis, Editions CLD/ Nouvelle revue théologique, Paris, 2019.

Les éditions CLD reprennent dans cet ouvrage deux articles parus dans la Nouvelle Revue Théologique, un article sur la vocation sacerdotale aujourd’hui paru dans la revue Vie Consacrée et un inédit qui sonde le thème de la famille. Dans le premier chapitre, l’auteur réagit au climat qui fut créé en France par la découverte des abus sexuels par des prêtres. Il cherche à éclairer la situation et à donner des lignes de conduite. Pointant ce qui a pu être une naïveté sur la dimension affective et la mauvaise gestion des dérives qu’elle ouvrait, il marque de nouvelles exigences qui s’inscrivent bien dans une manière renouvelée d’évoluer ensemble en Église, loin des figures excessivement sacralisées et inaccessibles du prêtre.
Le deuxième chapitre fait le point sur la position de l’Eglise en France où il s’agit, comme l’ouvrage l’évoque, de relever des défis au niveau culturel et au niveau spirituel. Les constats pourraient inspirer la désolation. Il y a sans doute quelque chose de nouveau à vivre pour répondre au changement de société qui a marqué la fin du XXe siècle.
Le troisième chapitre, sur le mariage et la famille, fait une analyse fouillée puisant dans l’anthropologie du lien matrimonial. Elle souligne la profondeur de la spécificité de la vision chrétienne du mariage, répercutant ce que l’Evangile, visant les liens des disciples du Christ en communion dans le Corps de leur Seigneur, peut inspirer pour regarder autrement ce qu’est la famille.
Dans la quatrième chapitre, partant d’une prise de parole sur une interrogation fondamentale à propos d’une vie sacerdotale aujourd’hui, les grandes lignes sont rappelées et positivement remises dans la perspective de l’envoi des pasteurs vers ce que les hommes et les femmes ont d’éternel, porteurs de la Bonne Nouvelle pour éveiller à la joie souvent inattendue quand la victoire du Christ ouvre à la joie de la communion dans la charité.

Coexister

Anne Waeles, Coexister. L’urgence de vivre ensemble, Éditions de l’Atelier, Paris, 2019.

Cinq jeunes Français venant d’horizons religieux et culturels différents vivent une expérience commune, rejoignant le projet Coexister qui répond à leur défi de faire valoir la richesse de la diversité. Y figurent Benjamin qui est d’origine juive, Farah qui vit avec une double culture française et tunisienne, Victor qui vient d’une famille athée même si son éducation l’a mis en contact avec les célébrations chrétiennes et juives. Son expérience personnelle s’est forgée par les enfants d’origine étrangère que sa famille accueillait et par un an vécu en Afrique du Sud. Chloé a aussi profité des étudiants allemands, roumains, autrichiens, espagnols qui trouvaient l’hébergement à la maison familiale. Quant à Samuel, dans une famille plutôt catho de gauche, il a souvent été confronté aux réactions assez violentes de jeunes en recherche d’identité et a été attentif aux grandes figures des personnes qui ont lancé des chemins de convergence dans des mondes en tension : Lech Walesa, Desmond Tutu, Sœur Emmanuelle. Bien d’autres les rejoignent dans leurs projets au gré de mobilisations à l’idéal de mise en valeur de la diversité. Le livre raconte le parcours de cette association qui a soif de dialogue interreligieux, d’initiatives où se rencontrent les convictions. Les polémiques concernant la place des religions dans la société, les tensions créées par le terrorisme demandent des prises de position. Le groupe se prend en charge pour une présence signifiante lorsqu’il acquiert une certaine visibilité. Il cherche à proposer des attitudes pour traverser crises et questionnements. A l’heure où la fraternité n’est pas au programme scolaire, voici le témoignage de jeunes qui y ont veillé.

Ecouter le langage de Dieu

Léo Scherer, Ecouter le langage de Dieu. Les Exercices, quelques fruits, quelques visages, Editions Vie Chrétienne, Paris, 2019.

Comment écouter le langage de Dieu dans un monde en pleine mutation et agité par tant de violences. Cela implique un chemin d’intériorité, une manière de vivre dans l’Esprit, apte à conduire vers de nouvelles frontières. Telle fut jadis l’expérience d’Ignace de Loyola, à travers les diverses étapes de son itinéraire. Le livret des Exercices spirituels aide justement à parcourir un tel chemin : le désir du retraitant est d’abord purifié, puis il se laisse éclairer par la contemplation du Christ, jusqu’au moment de l’union où se découvrent, du même mouvement, le désir de Dieu et le désir profond de l’homme. Ainsi recréée, la liberté produit des fruits multiples. Il s’agit, aujourd’hui encore, d’accueillir le Dieu qui vient, en se laissant habiter par la promesse qui résonne à travers l’Apocalypse. C’est à ce chemin d’intériorité, d’écoute et de liberté que convie le livre de Léo Scherer. La postface montre comment la Communauté de Vie Chrétienne aide des laïcs à s’engager sur un tel chemin, dans la fidélité à la tradition ignatienne. Ce ne sont pas seulement des parcours individuels qui sont en jeu, c’est un nouveau visage d’Église.

La formation des catéchistes paroissiaux

Père Joseph Biyaga, La formation des catéchistes paroissiaux, Compagnonnage et autoformation pour un leadership partagé, Éditions Saint Léger, Paris, 2019.

Prêtre du diocèse d’Eséka, en charge pastorale dans le diocèse de Namur, le Père Biyaga a étudié la catéchèse et a obtenu un doctorat en théologie pratique à l’université de Laval. Son propos étudie en particulier la situation des catéchistes au Cameroun qui jouent un rôle très important dans la pastorale.  Leur situation est issue des premières missions au Sud-Cameroun. Les catéchistes reçoivent des rôles et des responsabilités qui demandent une formation sérieuse alors qu’ils se retrouvent souvent en première ligne dans la mission d’évangélisation. L’ouvrage reprend les fruits de la recherche du Père Biyaga concernant une pratique de compagnonnage et d’autoformation dans le diocèse d’Eséka, recherche qu’il a menée pour sa thèse. La formation d’adultes, en particulier pour cette mission de catéchistes, doit résister à la tendance à assimiler la formation à la seule instruction. Le contexte ecclésial invite à innover pour donner aux catéchistes d’être les premiers responsables de leur formation. Ce qui les ouvre à se sentir davantage responsables et véritablement acteurs dans leur mission.

Le christianisme en procès

Manfred Lütz, Le christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, titre original Der Skandal der Skandal. Die geheime Geschichte des Christentums, traduit de l’allemand par Isabelle Schobinger avec la collaboration de Philippe Naszalyi, Éditions de l’Emmanuel, Paris, 2019.

Quand le philosophe Herbert Schnädelbach défend la thèse de la malédiction que serait le christianisme, quand Arnold Angenendt, éminent historien, examine sérieusement ses reproches et le convainc de réviser ses positions, on pourrait laisser passer un débat intellectuellement de haut vol, on peut aussi le rendre accessible. C’est ainsi que Manfred Lütz offre de quoi revoir un procès fait au christianisme en rappelant s’il le faut une meilleure connaissance de son histoire. Il n’est pas question ici du Credo, du cœur de la foi chrétienne, mais bien de l’histoire. Ce qui veut dire que seront visés aussi les reproches fait au long des siècles à la religion chrétienne, cette religion où l’on croit que Dieu est entré dans l’histoire des hommes et qui de ce fait s’expose au procès critique de son histoire. La connaissance de ce q, ui s’est passé, revu à la lumière d’un vrai examen historique plutôt qu’au travers de ce qu’une sorte de légende en a fait, demande un travail dont on peut goûter ici le fruit. Et c’est préférable à l’attitude, pour un chrétien aujourd’hui, de ne retenir que ce qui lui semble louable, comme la vie des saints, en ignorant les points de scandale sur lesquels ses contemporains l’attaqueraient. L’histoire est aussi la manière dont bien des aspects actuels de l’Église se sont construits. On pourrait toujours se dire que le meilleur est à venir, mais que ferait-on alors des croisades, des chasses aux sorcières, de l’inquisition et d’autres heures noires du christianisme ? Axé sur l’histoire, cet ouvrage ne comporte pas moins des éléments importants et suggestifs pour penser l’Église d’aujourd’hui, pour comprendre les racines de notre société et saisir les défis lancés à l’Église de demain.

, Ce nom qu’à Dieu ils donnent

Guillaume de Fonclare, Ce nom qu’à Dieu ils donnent, Stock, Paris, 2019.

L’auteur s’est investi dans la recherche sur la guerre 14-18 avec tout ce qu’elle peut avoir de bouleversant pour l’humanité. Il nous livre ici le carnet d’un road-trip à la quête du divin. Une maladie lui fait prendre distance par rapport au quotidien et aux habitudes. De Fonclare nous fait part des fruits de sa retraite en quête de ce qui le dépasse. Il se disait athée pratiquant mais avoue qu’il y a au fond de lui quelque chose qui est plus que lui. Il se confronte au dogme et son esprit rationnel et libre le refuse mais il témoigne de la lumière que de simples croyants diffusent, témoignant sans rien imposer. Il pratique aussi la méditation pour vivre l’instant présent, simplement. Il peut raisonner et nous livrer ses réflexions, car le doute, sans cesse l’interroge, il peut accueillir aussi le fruit de ce temps qu’il consacre à oser se rendre accessible du mieux qu’il le peut à une présence que certains auprès de lui trouveraient futile ou ridicule. Mais il se fait le relais de ce que représente le basculement entre les positions dites par « si Dieu existe » et par si « tu existes ». Il se situe aussi ou plutôt cherche à se situer par rapport à Jésus de Nazareth, par rapport à la croix, par rapport à la résurrection. Il sait l’importance de ce que veut dire croire en lui. S’il se reconnaît habité par la foi, cadeau offert par ce temps de retraite, il ne se dit pas converti mais pèlerin ayant encore à marcher avec cette foi, pour la découvrir encore.

L’Evangile inouï

Dominique Collin, L’Evangile inouï, Salvator. Paris, 2019.

Dans le sillon creusé par son précédent « Le Christianisme n’existe pas encore », Dominique Collin nous rend attentifs à ce que l’Evangile peut faire germer et pousser en nous. Il convient de préciser à propos du mot « Evangile » ce qu’il n’est pas s’il est trop englué dans une vision du monde et des convenances qu’on lui a associées. Inouï, l’Evangile l’est parce qu’il est une Parole que nous n’avons pas encore entendue, heureuse annonce de la Vie qui se communique et que nous n’avons pas encore accueillie en vérité. Dans la teneur existentielle qu’un Kierkegaard peut faire chercher, il s’agit donc de laisser de côté les questions que l’on se pose sur le texte de l’Evangile pour devenir soi-même question en le lisant. La question n’est pas que philosophique pour une époque où le moi est omniprésent, enflé de préoccupations. Car il faut accueillir la Vie, celle pour laquelle il est préférable de mourir, entendons perdre la vie de ce moi. Un signe qu’il y a là de l’inouï dans l’Evangile ? Avouons que nous avons bien souvent de l’Evangile des lectures qui font un « tri sélectif ». Que cela s’accorde à un système d’idées articulées dit bien qu’on n’est pas là face à la réalité vivante d’une parole. Rester vraiment à l’écoute de cet Évangile, c’est l’objet d’une conversion pour un changement plus radical encore, quand la Parole elle-même nous travaille en nous communiquant la Vie.

Dieu est nu

Simon Pierre Arnold, Dieu est nu. Hymne à la divine fragilité, Lessius, Bruxelles, 2019.

Pour que la foi soit un cheminement, il y a des images de Dieu à quitter, il y a à le préserver de tout ce dont nous aurions tendance à le recouvrir. Comme la science qui permet de rejoindre vraiment la question de Dieu et non les pseudo-réponses que, dans l’ignorance, on lui associait. Comme Dieu qui rejoint le lieu de l’homme alors que la considération de sa transcendance l’en aurait tenu éloigné. Le cheminement de la foi va avec une simplification progressive de Dieu. Suivre Jésus est aussi l’accompagner dans cet amour où il se donne en se dénudant et où, par là Dieu se révèle. Dieu se montre en Jésus dépouillé de tout sur la croix, il se dit encore dans la résurrection pour montrer ses blessures. Cet essai stimulant délivre nos représentations de Dieu, nos essais de le voir quand Jésus nous dirait tout simplement « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Et pour le reconnaître, il faut encore revisiter les paroles de l’Evangile : c’est Dieu qui nous y invite à une vraie relation avec lui quand Jésus ne parle de Dieu, mais quand sa vie nous dit sa communion avec le Père.

La connaissance mystique

Frédéric Nef, La connaissance mystique, Émergences et frontières, Éditions du Cerf, Paris, 2018.

L’auteur a écrit de nombreux articles et ouvrages en sémantique, histoire de la philosophie, théologie philosophique. Il va contre l’idée de faire de la mystique un domaine qui fuirait toute rigueur car il veut la faire entrer dans une épistémologie générale. Bien autre chose que de broder sur un domaine de l’ineffable : aborder la mystique demande de prendre des repères, d’y parler d’expérience et de connaissance, de préciser ce que peut en être l’essence. Cette étude approfondie de la mystique permet aussi de résister à différentes attaques modernes contre la mystique, notamment parce qu’on y trouverait un refus de l’altérité et l’impossibilité d’une dimension personnelle. Il faut bien sûr baliser le chemin qui part d’une origine platonicienne pour rejoindre ce qu’un saint Jean de la Croix nomme une « sagesse de Dieu secrète et cachée » ou dépasser ce que la psychologie moderne pourrait déconstruire. Se profile aussi tout le chemin d’une théologie mystique où l’amour et la connaissance vont de pair.

Chrétiens, la grâce d’être libres

Jean Duchesne, Chrétiens, la grâce d’être libres. Par-delà les conformismes et les peurs, Artège, Paris, 2019.

Cet ouvrage propose un grand nombre de points de repères pour qui veut penser le christianisme dans le monde d’aujourd’hui. Jean Duchesne associe à la foi une indépendance d’esprit reçue plutôt que conquise. Il indique la position de cette liberté dans l’ordre de la grâce. Reste bien sûr à articuler la possibilité d’un engagement responsable dans l’histoire car celle-ci dit des incertitudes, des risques et des chances. L’Europe, comme lieu d’une civilisation du Progrès, fait l’objet d’examens et d’analyses bénéficiant d’un recul qui naît de cette liberté. Les différents monothéismes sont mis en perspective. On sent la possibilité de réconcilier judaïsme et christianisme, on perçoit également ce qui différencie l’Islam d’un point de vue de son rapport au politique. La liberté à recevoir est sans doute plus grande que ce que le croyant, ici et là, en recevra. Des progrès restent ainsi à faire. La spiritualité y sera pour quelque chose et Duchesne appuie son propos sur Bouyer dont il fut l’ami. Ce registre de la spiritualité apparaît dans une histoire du christianisme racontée de l’intérieur. Il y a bien sûr une réserve pour le propos de celui qui comme croyant ou comme témoin avoue que la disponibilité à la grâce donnée n’est jamais totale. En évoquant le défi qui se propose au fil de ces pages en termes de contradiction, on se rend bien compte sinon de l’étendue des points abordés, du moins de la pertinence des propos. Car vivre en chrétien demande de vivre dans une contradiction qui y est inhérente. Parce que le Christ ne nous permet pas de nous résigner à suivre le monde comme il va sans savoir où il va. A recevoir, et à désirer recevoir encore de quoi vivre la contradiction, beaucoup de vérités allant de soi sont la cible de l’impertinence chrétienne, dont la prétention est modérée par l’humilité de rester en quête de la lumière. Cela concerne des points aussi divers que l’Europe, le Progrès, la place de l’Islam, l’importance du politique. Y trouvent place aussi des présentations trop simplistes du christianisme et de la place qu’il occupe dans une confrontation au monde.

La sollicitude

Ignace Berten, La sollicitude. Un mode de vie évangélique, Salvator, Paris, 2019.

Le mot qui exprime le mieux la manière qu’avait Jésus d’être présent aux hommes est le mot « sollicitude », commence à nous dire Ignace Berten. Caractéristique de la figure humaine de Jésus, elle est en même temps expression de Dieu en Jésus. Supposant une sensibilité à la vulnérabilité des personnes qui en sont l’objet, elle demande un recul par rapport à un rapport de pouvoir ou de dépendance qui en fait partie. Une première partie de l’ouvrage aborde la sollicitude en elle-même pour mieux la cerner en croisant différents exemples éclairants. Ensuite, l’ouvrage reprend l’accent que le pape François a placé sur la miséricorde. Et on trouve une analyse du chemin sur lequel le pape veut nous faire progresser. Nous resituer par rapport à Vatican II, par rapport à un changement qui, si on n’aime pas l’appeler rupture parce que c’est bien la même Église, est décisif pour un nouveau rapport au monde. Ignace Berten commente ici le contraste des styles Benoît XVI et François. Ce dernier, sous la perspective de la sollicitude, invite à une approche plus pastorale où l’attention de l’Église se doit d’être vers les périphéries. La sollicitude a une dimension politique. Des exemples comme celui de Don Helder Camara le disent bien. Une troisième partie, reprenant la sollicitude telle que la vivait Jésus, interroge l’image de Dieu que cette forme de vie exprime. Pour le croyant, cela peut aussi éveiller une perception de toutes les forces qui écrasent les plus faibles. Dieu nous promet d’en être vainqueur et on comprend que l’Église doit être engagée dans ce combat.

Des vérités devenues folles

Rémi Brague, Des vérités devenues folles, la sagesse du moyen-âge au secours des temps modernes, traduit de l’anglais par Gabriel-Raphaël Vereyt, Salvator, Paris, 2019.

On trouve dans cet ouvrage des conférences données dans un contexte anglo-saxon par Brague qui est bien francophone. Distinguant vertus et vérités, Brague nuance différentes conceptions inhérentes à la vie chrétienne mises à mal par la modernité. Si Chersterton, auquel se réfère Brague, parlait de vertus, Brague préfère ne pas parler ici de vertus chrétiennes pour préférer la qualification spécifiquement chrétienne à certaines vérités faisant partie de l’héritage de la foi chrétienne comme , l’idée , de création, la notion de providence défigurée dans sa version sécularisée, et aussi la difficulté de rencontrer une véritable parole de pardon dans un monde marqué par le poids des culpabilités. Guérir ces vérités devenues folles, c’est l’enjeu d’un parcours qui va chercher la racine des vertus dans la conception antique, dans un dynamisme qu’a chaque être d’accomplir ce que lui permet sa nature. Et on gagne à compléter par ce que la Bible en présente par une approche narrative. La notion de valeur doit être interrogée : il y a un risque de vacuité quand elle ne repose que sur ce que l’homme s’y donne. Pourquoi poursuivre le Bien si on est privé d’une référence ultime ? Il faudrait une sorte de moyen-âge, quelque chose qui y ressemble, non pas âge obscur mais temps de multiples confrontations, où l’on doive faire une synthèse entre une vertu qui tient à la nature des choses et l’appel d’un commandement divin qui nous dit : « Sois ». Cett, e guérison des vérités devenues folles, qu’elle touche des éléments comme la culture, , la place de la famille, la nature ou le Bien, serait bien le chemin pour mieux dire le sens de l’existence humaine.

Les Catholiques en France de 1789 à nos jours

Denis Pelletier, Les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin-Michel, Paris, 2019. 

Depuis le tournant du millénaire, l’émergence de minorités catholiques actives, les prises de positions de l’Église de France comme la médiatisation de ses crises internes ont fait prendre conscience qu’il existe en France une « question catholique ». Or, dans la société la plus sécularisée d’Europe, le catholicisme est mal perçu, mal connu, voire étranger à beaucoup de Français. Par sa clarté et sa forme narrative l’explication passe par le récit. L’ouvrage de Denis Pelletier met l’histoire de ce monde singulier à la portée de tous. De la Révolution à aujourd’hui, il déconstruit les idées reçues et montre comment les différentes mémoires (celle des catholiques, celle des anticléricaux, celle du roman national) ont souvent déformé les réalités historiques. Un livre éclairant, même dans sa couverture du phénomène à l’échelle de la France et de ses problématiques propres. Car les tendances qui y sont analysées et leur ancrage historique sont éclairantes pour la perception de la place de la religion ou pour la « question catholique » en Europe. Denis Pelletier est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, spécialisé dans l’histoire du catholicisme français.

Le messie souffrant

Jean-Noël Aletti, Le messie souffrant. Un défi pour Matthieu, Marc et Luc, Essai sur la typologie des évangiles synoptiques, Lessius, (Le livre et le rouleau), Bruxelles, 2019.

L’Ancien Testament évoque plutôt la figure d’un Messie glorieux. Comment alors donner la garantie d’un écrit, ce qui revient à un personnage illustre, à un messie qui aurait souffert la croix ? 
L’ouvrage d’Aletti vient prolonger un récent ouvrage (Jésus, une vie à raconter, Lessius, 2016). Par sa résurrection, Jésus est devenu le Messie glorieux attendu. Mais il fallait que les évangélistes revisitent l’Ancien Testament et y trouvent des figures d’envoyés de Dieu persécutés qui feraient ressortir le sens de ce que Jésus vécut jusque dans sa passion.

A la découverte du Dieu inattendu

Marie-Noëlle Thabut, A la découverte du Dieu inattendu, Artège Poche, Paris, 2018.

Dieu est toujours différent de ce que nous imaginons. Par une galerie de portraits des grands témoins de la foi, dans la Bible, parmi lesquels Abraham, Moïse, Élie, Ruth, par une approche chaleureuse du message biblique, nous voilà conviés à réajuster nos réponses à la question « qui est Dieu ? ». La Parole nous fait cheminer à la recherche de Dieu et il se peut qu’il nous surprenne : il est rarement ce que notre logique en attendrait. La Bible est une bonne école pour chercher Dieu dans les moments inattendus de nos vies où il se cache.

Bible oblige

Benoît Bourgine, Bible oblige, Essai sur la théologie biblique, Cerf, (Cogito Fidei, 308), Paris, 2019.

A qui prétend dire la vérité de la Bible, une question cruciale se pose : quelle approche adopter ? Et les divergences entre les exégèses ne disent pas tout. Les questions de contexte, de lecture historique ou synchronique ne suffisent pas encore à prendre réellement en compte ce que le dogmaticien aura travaillé, tenu par le travail herméneutique. Le présent livre veut faire valoir que la Bible oblige, car il faut s’en tenir à ce qu’est la Bible pour l’interpréter correctement. On comprend alors qu’exégèse et dogmatique ne sont pas des voies isolées. La théologie biblique annonce qu’elles doivent avancer dans une complémentarité. « La conviction qui inspire cet essai est que l’exégèse se méprend à éluder les enjeux théologiques du texte biblique et que la dogmatique s’anémie en ignorant les études bibliques. » La portée pratique de l’ouvrage apparaît donc : montrer l’importance d’une synergie entre exégètes et dogmaticiens. C’est la raison d’être de la théologie biblique. La diversité des textes peut être mise en évidence dans l’exégèse, l’unité de la Bible n’en reste pas moins une donnée importante que les dogmaticiens vont faire valoir. De nombreuses autres questions sont à travailler. Bourgine montre quelques figures de théologie biblique – on retient les noms de Gese, Childs, Dunn, Lofhink –, sans prétention d’exhaustivité. Barth figure aussi comme un exemple qui a donné de penser la Bible en théologien à un moment où la diversité des approches historiques et littéraires rendait la notion d’une vérité de la Bible plus que problématique. Cet ouvrage stimule à faire sien cet effort et à inscrire à nouveau le savoir biblique dans le champ de la vie.

Croire mais en quoi ?

Albert Rouet, Croire mais en quoi ? Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2019.

Parler de la sécularisation est difficile. Les points de vue abondent, s’opposent, et cela donne l’impression que le sujet échappe souvent à ceux qui en parlent. Il n’est pas question de parler d’affrontement avec des idéologies comme celles qui ont fait leur temps dans l’histoire récente, mais de montrer comment la sécularisation se trouve prise comme une attitude, une posture, une mentalité et un comportement que l’on trouve en cette époque d’une organisation du monde qui relève du libéralisme et de la finance. Cela pose des questions à l’Église et à la foi. Albert Rouet évoque aussi comment des notions présentes dans la religion et en particulier dans la Bible sont à même de servir de repères pour prendre du recul. Sans doute, l’autonomie de l’homme pour les choses de la terre est mieux qu’une religion contraignante en toute chose. Contrainte et obligation, cela trahit le sens de la notion de commandement qui dit en même temps que Dieu s’engage dans ce qu’il commande. Mais la sécularisation est un oubli d’un autre registre de la vie. L’essai de l’ancien évêque de Poitiers prend au sérieux la difficulté de transmettre. Il cherche où parler de spiritualité authentique aujourd’hui. Il y a pourtant des réserves d’aspirations et de manques, de générosité et de gratuité dans l’existence où puiser une attention nouvelle à l’humain. Ce qui se cache en lui, quand un bain d’indifférence le masque, pourrait à nouveau se montrer dans une expérience spirituelle. Il faut pour cela des mots comme ceux de l’Evangile, qui pointent, même avec un langage peu religieux, ce qui est gravé d’humain au coeur de nos existences.

Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ?

Dominique Lambert, Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ? Fidélité, (Que penser de…, 100), Namur, 2019.

Voilà le 100ème numéro de cette collection qui offre un précieux regard critique sur des réalités diverses. Il a été confié à Dominique Lambert qu’on connaît pour sa passion de la philosophie et de l’histoire des sciences qu’il aime partager. Il travaille aussi en éthique de la robotique militaire. Il ne s’agit pas de faire toute l’histoire des robots. Mais une fois les définitions nécessaires dressant le cadre, on ira pointer les questions épistémologiques, éthiques et anthropologiques que pose la place croissante des robots dans notre monde. Alliée aux robots, l’intelligence artificielle est aussi à prendre en considération, avec la mentalité qu’elle sous-entend, où l’on privilégie la surveillance et l’évaluation, « confiée » à des médiations technologiques plutôt qu’à des individus pour laquelle la responsabilité perd ainsi de sa teneur. Ce que la machine peut ou ne peut pas faire demande une critique qui revient à l’humain. La notion d’intelligence artificielle ne doit pas leurrer sur ce qu’est le traitement de l’information par une machine : on voit mal une machine être responsable au sens plein. L’humain est à faire valoir : il est bien plus qu’un fusible dont la sensibilité permet de détecter quand la machine s’emballe ou quand la procédure n’a plus aucun sens. Le domaine de la robotique et de l’intelligence artificielle attire l’attention sur la question de la spécificité de l’humain, de sa pensée, de sa liberté comparée à l’autonomie dont on parle pour les robots. L’ouvrage apporte de précieuses lumières pour envisager ces domaines en gardant pour objectif un développement intégral de l’homme alors qu’un usage non raisonné des robots - avec la logique qu’ils suivent - serait un manque pour l’homme et son potentiel d’humanisation.

La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ?

Didier Luciani, La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ? Lévitique 19, Lessius, (Péricopes),
Namur, 2019.

Au cœur du livre du Lévitique rayonne une perle pour le lecteur chrétien : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », verset souvent repris dans le Nouveau Testament. Mais on connaît peu le livre, on goûte assez peu l’enracinement vétéro-testamentaire qu’il propose. Pire, le livre est d’emblée présenté comme difficile et rébarbatif. Didier Luciani répond à ceux qui trouveraient dans le chapitre 19 du Lévitique un désordre qui rebute toute logique. Pour présenter la « mini-torah » qui s’y trouve consignée, on osera rétorquer à ceux qui pointaient ce chapitre comme une corbeille à papiers qu’il possède « une unité savamment et subtilement agencée », selon le titre du troisième chapitre. Pour cela, l’étude entend honorer les dimensions de canonicité et d’inspiration du texte biblique, en pratiquant vis-à-vis du texte un a priori favorable. Prenant comme outils ceux de la critique stylistique et littéraire et ceux de la rhétorique sémantique, on pourra s’attacher à la spécificité du texte, à l’art littéraire déployé par l’auteur et à la fonction rhétorique exercée. A l’incohérence qui saute aux yeux d’un regard superficiel succède ainsi la saisie d’un principe structurant plus profond. Ensuite, il revient de saisir comment les éléments de structures font sens et servent le message d’une sainteté proposée à la liberté humaine.

Les associations de fidèles selon le droit de l’Église

Cardinal Luis Martinez Sistach, Les associations de fidèles selon le droit de l’Église, Artège Lethellieux, Paris, 2019.

Voici un ouvrage essentiel pour qui veut s’engager en tant que chrétien dans la société en collaboration avec l’Église. Recourir au droit canonique pour définir les éléments institutionnels d’un projet, d’une manière de vivre et d’agir selon un charisme n’est pas toujours chose aisée. Le moment de la rédaction du nouveau code, en 1983, était aussi celui de l’émergence de nouveaux mouvements ecclésiaux et de l’augmentation du nombre d’associations. Signes de la communion et de l’unité de l’Église, les associations disent une manière de se soutenir dans une participation active de tous les baptisés à la mission de l’Église. Le livre propose des modèles de statuts, de demandes écrites et de décrets. Traduit en plusieurs langues et réédité de nombreuses fois, c’est la référence dans ce domaine.

Eduquer, former, accompagner

Amedeo Cencini, Eduquer, former, accompagner. Une pédagogie pour aider une personne à réaliser sa vocation, Edition des Béatitudes, Nouan-le Fuzelier, 2019.

L’auteur enseigne à l’Université pontificale salésienne à Rome et est consulteur de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. Il croit profondément à l’action de Dieu, fondamentalement seul Pédagogue et Formateur. Sa conviction est que la formation ne porte pas de fruit sans une éducation qui permet de dégager le moi propre. Faire devenir la personne telle qu’elle devrait être ne peut se faire sans un accompagnement. Cencini conçoit cet accompagnement sous la guidance de la Trinité : le Père éduque, le Fils forme et l’Esprit accompagne. Ce cheminement demande à la fois de chercher des bases anthropologiques et de s’ouvrir au travail de la grâce.

Pleurer sans pourquoi

Xavier Lopinet, Pleurer sans pourquoi. Quand Dieu donne des larmes, Éditions du Cerf, Paris, 2019.

Pourquoi pleurons-nous ? Il n’y a pas ici à chercher toutes les circonstances de la vie trop lourdes à porter qui amènent une personne débordée à éclater en sanglots. Xavier Lopinet propose de scruter l’Ecriture pour y trouver que Dieu fait à certains le don des larmes. Il est donc plus question de théologie que de psychologie. Le livre nous interpelle sur ce que les larmes disent de Dieu. La Bible, elle, place devant des intrigues où les larmes ont un sens spirituel. L’ouverture à ce sens traverse d’ailleurs l’histoire de la spiritualité. Les larmes du pénitent peuvent signifier la joie de la conversion. Du « Heureux ceux qui pleurent » à ce que le lecteur peut éprouver dans un moment spirituel intense en passant par le « Pourquoi pleures-tu ? » adressé à Marie-Madeleine ou Catherine de Sienne, cet ouvrage fait recevoir un éclairage spirituel sur le sens des larmes, ce qu’elles contiennent d’une promesse. Il approfondit la relation à Dieu qui donne de pleurer.

Le Pacte des Catacombes

Luis Martinez Saavedra, Pierre Sauvage, Le Pacte des Catacombes. « Une Église pauvre pour les pauvres », Un événement méconnu de Vatican II et ses conséquences, Lessius, (La Part-Dieu), Namur, 2019.

En 1965, en marge du concile Vatican II, environ 500 évêques du monde entier ont adhéré à un document qui fut appelé « le Pacte des Catacombes ». Cet ouvrage propose d’abord de présenter pour la première fois la version originale de ce qui était intitulé « Réflexion de quelques évêques à la fin du concile » mais qui représente bien davantage un engagement de ceux qui, touchés par l’événement Vatican II, ont voulu mettre dans leur vie d’évêque, le témoignage d’un accent de pauvreté, comme plus conforme à l’Évangile qu’ils voulaient servir. On trouve des personnes comme Mgr Himmer ou Don Helder Camara. Pierre Sauvage nous donne de manière détaillée l’histoire de ce document et la mobilisation pour une « Église pauvre pour les pauvres ». Il s’agissait de renoncer à des privil&amp, ;e, grave;ges, à lutter pour la justice, à, servir les pauvres, à secourir ceux qui souffrent, à coopérer plus qu’à diriger. On sent aujourd’hui que le pape François, issu du monde latino-américain, assume un héritage de cette préoccupation. De nombreuses références évangéliques ponctuent ce document et la ligne que l’Evangile donne est étudiée, ainsi que l’influence que cet engagement put avoir dans les diocèses dont étaient en charge les évêques signataires. Le retentissement, surtout au sein de l’Église latino-américaine fut quasi immédiat.
Il peut encore no, us interroger et nous stimuler aujourd’hui sous l’insistance de la ligne du pape François.

L’enfant théologien

Richard Gossin, L’enfant théologien. Godly Play : une pédagogie de l’imaginaire, Lumen Vitae, Namur, 2016.

Après un parcours à l’institut Montessori à Bergame, Jerome Berryman a adapté une Catéchèse axée sur le bon Berger et le résultat fut Godly Play, un parcours qui laisse une grande place au jeu, qui présuppose que l’enfant connaît déjà Dieu, qu’il faut lui en donner des expériences et lui ouvrir le vocabulaire pour en parler. Godly Play reste plus présent dans le monde anglo-saxon mais le matériel existe en français. D’autres frontières doivent être franchies pour miser sur le style d’approche de Godly Play : elles concernent la place du jeu et le rôle de l’imaginaire. En théologien et en pédagogue, Richard Gossin permet de mieux percevoir la pertinence d’une pédagogie de l’imaginaire et la richesse d’une pédagogie narrative comme Godly Play. La réflexion pointe aussi toute une tradition d’une transmission descendante qui n’est pas la seule possibilité. Qu’un vécu puisse remonter vers son principe, que l’on découvre au cours de la vie de l’enfant les étapes qui le conduisent vers une foi personnelle qui se nourrisse de la confrontation à des avis différents, tout cela permet d’interroger ce qui est au cœur de tout parcours catéchétique.

A l’école des moines

Erik Galle, A l’école des moines. Vie quotidienne et sagesse monastique, Fidélité, Namur, 2019.

Prêtre et psychothérapeute, l’auteur a écrit différents ouvrages sur la croissance spirituelle et le bonheur. Sa proximité avec la vie monastique l’a incité à nous livrer ce parcours très éclairant pour interroger notre style de vie par la sagesse monastique. En éclairant des situations concrètes grâce au mode de vie des moines, nous apprenons à connaître différemment la vie monastique. Le moine cherche sans cesse l’équilibre et une distance adéquate par rapport à ce qui se passe en lui et autour de lui. Cette quête de l’intériorité dans le réel offre un rééquilibrage idéal par rapport à la vitesse, au bruit et à la soif de performance caractéristiques de notre culture. Introduire des accents monastiques dans la vie quotidienne est une excellente recette.

Ils ont choisi le Christ

Jean-François Chemain, Ils ont choisi le Christ. Ces convertis de l’islam dont on ne parle pas, Artège, Paris, 2019. 

Les témoignages réunis dans ce livre ouvrent les yeux. C’est sûr que le sujet est délicat, qu’il y a toujours le secret d’une histoire personnelle et que le sursaut d’une conversion peut toujours poser question sur celui qui relit autrement les conflits de culture, les tensions relationnelles, les différences de contextes sociétaux. Par là, le livre interroge sur bien des choses liées à la religion. Il s’agit aussi, bien sûr de devenir un disciple de Jésus, de redécouvrir dans le témoignage de ceux qui étaient déjà croyants dans une autre tradition religieuse, le pari de marcher à sa suite, ce qui a souvent aussi représenté pour eux, prendre sa croix.

L’espérance de Jésus

Blandine Lagrut, L’espérance de Jésus, préface de Marc Rastoin, Cerf, Paris, 2019.

Certains ont développé le thème de la foi de Jésus prenant en compte son humanité véritable. Se proposant de parler de l’espérance de Jésus, Blandine Lagrut a consacré un travail de maîtrise qui font se compléter théologie et philosophie. Penser la fin, c’est rejoindre la tension de la pensée vers une totalisation et non se focaliser sur une limite qui ferait s’effondrer l’ensemble. Cela peut s’appuyer sur le message biblique d’une promesse qui s’accomplit et plus particulièrement encore sur le message chrétien de la révélation en Jésus de cette inauguration ou venue de la fin. Sur ce point, l’articulation entre le Jésus de l’histoire et le Christ défini par les dogmes demande de précieux commentaires : la métaphysique pourrait laisser l’impression d’une insuffisance de l’histoire à faire passer au plan de l’identité profonde de Jésus. Alors qu’en suivant notamment Dei Verbum, on peut comprendre comment l’incarnation totalise la Révélation, on saisit combien l’histoire de Jésus et ce qui apparaît de lui n’est pas moins important que la vérité théologique qui le concerne : on trouve là sa médiation. L’ouvrage de Soeur Blandine pose ainsi une assise qui redonne toute son importance à ce que Jésus annonce du Royaume, l’inaugurant par le don qu’est la venue de sa personne dans l’histoire des hommes. Au-delà des réflexions plus spéculatives, l’ouvrage attire l’attention sur la dynamique des textes bibliques qui offrent en propre un chemin vers le sens et la vérité. Il suscite une lecture en profondeur : la proximité du Royaume qu’annonce Jésus fait discerner ses faits et ses paroles, c’est une tension qui peut encore éclairer l’existence de ses disciples d’aujourd’hui. Peut-être peut-on le mesurer déjà en redonnant sens aux premières paroles du Notre Père, quand la royauté de Dieu demandée est déjà conjuguée à un vécu d’espérance qui en témoigne.

Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels

Pierre Gibert, Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels, De Lotto à Vermeeer, Christus, Lessius, Namur, 2019.

Pierre Gibert propose, par l’exemple de la peinture, de mesurer la fécondité spirituelle des Exercices spirituels. Saint Ignace a intégré l’ordre de l’image à l’expérience spirituelle et religieuse la plus intime. Cela peut faire regarder autrement un certain nombre d’œuvres d’art, y cherchant l’imaginaire des Exercices spirituels. L’auteur aide à apprécier en ce sens un certain nombre d’œuvres. Un Pierre-Paul Rubens s’est nourri des Exercices spirituels et contempler certaines de ses œuvres fait jouer une identification avec des personnages pleins d’expression qui interrogent un retraitant sur ses propres réactions. S’est posée la question des images utiles pour la mission, dans des conjectures variables suivant les pays. Le Paraguay laisse l’exemple remarquable d’un art guarani qui s’est développé dans des normes chrétiennes de vie sociale et même plus précisément selon la ligne des Exercices spirituels. Pierre Gibert s’arrête en particulier sur Jan Vermeer qui s’est converti du calvinisme au catholicisme pour son mariage et qui dût entretenir des échanges spirituels avec les Jésuites, alors que le contexte calviniste résistait à la peinture de sujets religieux. Un tableau comme l’Allégorie de la foi offre une sorte de condensé de sa foi catholique et son art a dû se donner une manière d’inviter à la contemplation. L’exemple des peintres demande de continuer la réflexion sur la contemplation des images, sur la manière dont une image s’inscrit de manière unique en chacun et comment il faut y voir une médiation pour la vie spirituelle.

Madeleine Delbrêl…

Gilles François, Bernard Pitaud, Madeleine Delbrêl, « Un coude-à-coude fraternel avec les incroyants et les pauvres », Fidélité, (Sur la route des saints, 37), Namur, 2019.

Ce peti, t livre fait découvrir la figure de Madeleine Delbrêl, cette belle figure spirituelle et apostolique du XXe siècle toujours attentive aux incroyants et aux pauvres. Cet ouvrage montre comment Madeleine Delbrêl est pour les chrétiens un modèle d’évangélisation, fait à la fois d’un dialogue sans concession avec l’athéisme marxiste, d’une proposition claire de la foi, d’une prière contemplative intense et de l’exercice d’une charité inconditionnelle envers tous.

  Mystère du Christ, mystère de Dieu

Ysabel de Andia, Mystère du Christ, mystère de Dieu. Introduction à la mystagogie et à la mystique, préface de Yann Vagneux, Lessius, (Donner Raison, théologie), Namur, 2019.

L’occasion de ce livre fut d’offrir le meilleur , de la tradition chrétienne à des missionnaires chrétiens en Asie confrontés quotidiennement à des voix religieuses qui ne manquent pas de grandeur. En est issu un ouvrage qui tombera avec fruit dans les mains des personnes loin de l’Église parce qu’elles n’y trouvaient plus la profondeur dont elles avaient soif. Le fil conducteur de l’ouvrage est la notion de mystère en puisant dans les Pères de l’Église de quoi nourrir une riche et profonde nourriture spirituelle. Est ainsi développée dans ces pages une solide théologie mystique, dans ses dimensions scripturaires, nuptiales et trinitaires. Décrire l’entrée dans le mystère demande une approche mystagogique que reprend la deuxième partie de l’ouvrage. Écrit en Inde, l’ouvrage ouvre sur ce que serait un dialogue dans la lignée de ce qu’avait fait Monchanin avec l’exigence gigantesque de repenser le christianisme non plus dans les concepts de la pensée grecque mais dans la tradition de pensée de l’Inde. La Croix, révélation de l’amour divin, fait aussi s’interroger sur la notion de sacrifice dans la tradition hindoue. La troisième partie fait ressortir la richesse de la mystique chrétienne depuis les Pères de l’Église. Elle trouve chez saint Thomas la place d’une connaissance articulée à l’amour quand il y a expérience de la bonté de Dieu, et fait aussi apparaître chez saint Jean de la Croix comme une source précieuse pour aller vers le centre le plus intime de l’homme. Un dialogue, traduisant de manière différente une expérience mystique abyssale, entre l’enseignement des Upanishads et ce que la tradition chrétienne dit de la dimension volontaire de l’amour, fait aussi poser la question d’une expérience mystique naturelle. La référence à la tradition chrétienne fait argumenter pour une dimension surnaturelle, ouverte par Dieu, donc par un autre. Même si l’être de Dieu est indicible, même si sa liberté est insaisissable, c’est lui qui fait sa demeure dans le cœur de l’homme et l’évocation du SOI par les mystiques indiens pourra toujours être une provocation à aller à la recherche de ce Dieu qui reste mystérieux. Cet ouvrage est un guide stimulant pour cette recherche.

Comment peut-on être tolérant ?

Claude Habib, Comment peut-on être tolérant ? Desclée de Brouwer, Paris, 2019.

La tolérance est un héritage des Lumières. La tendance à la déchristianisation et l’évolution qui faisait ranger les croyances dans la sphère privée semblaient avoir contribué à régler le problème. Mais les faits de violence, pointés comme extrémisme et signifiant de l’intolérance, les affirmations identitaires de communautés refusant par-là la valeur de tolérance font reposer la question. Claude Habib offre un parcours sur des questions que tout le monde se pose quant à la liberté de penser et à la manière dont la société libérale, quand elle est minée dans ce qui fait le tissu social, manque la dimension réellement politique. Car c’est là que la tolérance, plutôt qu’une indulgence motivée par le désir d’avoir la paix, serait une possibilité de débat, d’une vivification des mœurs et des convictions par l’interrogation que représentent celles des autres. La religion, les croyances et la déchristianisation, d’une part, la question identitaire relative à une proportion de la population issue de l’immigration toujours plus importante, d’autre part, relancent souvent le débat. Voici donnés des éléments pour bien le mener.

Le discernement

Enzo Bianchi, Le discernement, traduit de l‘italien original par Ivan Murovec, titre original : L’arte di sceglere. Il discernimento, Fidélité, Namur, 2019.

Le discernement est un thème cher au pape François. Il l’a proposé à la réflexion pour le synode des évêques en octobre 2018. Cette attitude est un peu oubliée dans le monde d’aujourd’hui, alors qu’il est fondamental comme faisant partie de l’exercice de la liberté. Il convient de percevoir sa teneur spirituelle et toute sa portée, en commençant par la sagesse qu’il suppose : prendre sa juste place, en particulier dans le rapport à autrui et à Dieu. Enzo Bianchi développe sa réflexion en faisant référence à l’Écriture pour y trouver des attitudes très révélatrices. Le choix s’y fait par rapport à l’appel de Dieu. Ou bien c’est l’Esprit grâce auquel on voit plus clairement ce qui est bon. Il insiste sur le discernement comme quelque chose de reçu. La notion de conscience permet aussi de rejoindre l’attitude du discernement, non seulement parce qu’il y aurait à choisir entre le bien et le mal auxquels se confronte une conscience morale mais en un autre sens de la conscience, qui dit la dimension personnelle de l’existence. Dans une dimension de foi au Seigneur qui connaît notre cœur, la dimension spirituelle du discernement est bien sûr d‘entendre la parole particulière par laquelle il nous appelle, ce qui rejoint le discernement vocationnel des jeunes, réfléchi lors du synode déjà évoqué et qui représente un enjeu important pour l’Eglise de demain.

Euthanasie, l’envers du décor

Thimothy Devos (coord.) Euthanasie, l’envers du décor. Réflexions et expériences de soignants, préface de Jacques Ricot et de Herman De Dijn, Editions Mols, (Autres regards), Bruxelles, 2019.

Pas mal de critiques s’élèvent pour émettre des réserves quant à la pratique de l’euthanasie. La législation en Belgique peut être interprétée de multiples manières et des acteurs des soins de santé nous le laissent entendre. On se défend en principe d’une banalisation. Une dame s’exprimait ainsi : « Il faut que je demande l’euthanasie pour qu’on commence à s’intéresser à moi ! » Des réactions comme celle-là laissent penser que tout n’est pas fait pour bien entendre la demande réelle du malade. Le soignant se doit de pouvoir arriver à mieux être à l’écoute comme des exemples repris par Eric Vermeer le montrent. La confiance du patient rencontre un soignant avec sa conscience et cela fait toute l’humanité de la relation de soin. A travers les récits en coulisses de l’accompagnement des mourants, par ces questions que des soignants abordent autour de la fin de vie, des soins palliatifs et de la pratique de l’euthanasie, à travers la critique des options que la législation belge permet, le lecteur est amené à repenser le sens de la mort et de la souffrance, le rôle de la médecine.

Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage

Bruno Gonçaves (dir.) Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage selon le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus, Artège Lethielleux, Paris, 2019.

Cet ouvrage présente les actes du colloque qui s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris du 6 au 8 février 2018. Le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus fut publié par le pape François en septembre 2015. Une commission avait travaillé à simplifier la procédure judiciaire des actions en nullité de mariage. Le colloque était destiné aux praticiens en officialité mais aussi à tous ceux qui sont intéressés par la procédure matrimoniale canonique.

La liberté rachetée

Albert Chapelle, Matthieu Bernard, La liberté rachetée. Penser le salut au temps de l’athéisme, Lessius, (I.E.T.), Namur, 2019. 

Cet ouvrage reprend le contenu de deux exposés que prononça le Père Albert Chapelle en 1974 sur l’épître aux Hébreux. L’intérêt qu’on a trouvé à ces interventions au niveau de leur contenu et de leur forme explique leur édition. Il s’agit pour le premier d’une histoire des théories de la rédemption et pour le second de la médiation que la raison théologique peut pointer au centre de ces théories. Le Père Chapelle exprimait le besoin d’une nouvelle compréhension, au 20ème siècle, par la remise en question de théories traditionnelles, de la signification du salut. L’organisation de l&rs, quo;exposé fait référence à diverses études contemporaines. La réflexion sur l’articulation entre théologie et anthropologie apporte un riche éclairage sur une sorte d’anthropologie théologique en dialogue avec la contestation athée. Le Père l’avait déjà développée dans un séminaire intitulé l’homme et le salut. Il y insiste sur la nouveauté de ce que l’homme découvre dans la liberté et dans la rupture que peut signifier une liberté qui ne peut tolérer une altérité qui la porterait. Sans opposer les Anciens et les Modernes, il convient ici de bien souligner une nouvelle dimension de l’humanité que l’athéisme fait ressortir et le cadre où penser ainsi le salut. Le texte des interventions du Père Chapelle est suivi d’un commentaire assez développé qui souligne les enjeux de méthode théologique sous-jacents.

Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie

Jacques Scheuer, Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie. Itinéraires XVIe – XXIe siècles, Lessius, (Petite bibliothèque jésuite), Namur, 2019.

Le monde européen a découvert en Asie tout un bouquet de traditions religieuses : hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme, shintoïsme… Les Jésuites furent pionniers dans l’approche de ces traditions. Ce volume dessine les portraits de huit compagnons de Jésus. Les six premiers avaient quitté l’Europe : Alessandro Valignano, Matteo Ricci, Roberto de Nobili, Ippolito Desideri, Pierre Johanns et Yves Raguin ; les deux derniers, asiatiques, signalent une nouvelle étape : Kakichi Kadowaki et Aloysius Pieris. Leurs champs d’action couvrent le Japon, la Chine, l’Inde, le Tibet, le Sri Lanka. Jacques Scheuer se fait l’interprète de ces rencontres. Il nourrit la réflexion qu’elles initient. Quand un système religieux soucieux de cohérence comme l’hindouisme manque certaines distinctions mais marque par son organisation de toute la société un chrétien qui ne se contente pas d’y voir seulement ce qu’il a d’idolâtre à ses yeux, ou quand, plutôt que de vouloir conquérir des âmes à la seule vraie religion, on se sent invité par un patrimoine religieux à la participation à une spiritualité non chrétienne, on peut vraiment parler de rencontres. Il s’agit aussi, comme le dit Aloysius Pieris, d’une sorte de « baptême » dans les pauvretés qui font partie de l’Asie. Ceux qui auraient pu être comme conquérants dans un schéma missionnaire se sont fait écoute pour découvrir des traits culturels pleins d’intérêts. Leur formation de jésuite leur a permis d’apprécier ce qui a porté des fruits dans un riche échange interreligieux.

La littérature grecque d’Homère à Platon

Michel Fédou, La littérature grecque d’Homère à Platon. Enjeux pour une théologie de la culture, Lessius, (Donner raison), Namur, 2019.

La littérature grecque antique parle du divin et de l’humain. De quelle « théologie » et de quelle « anthropologie » témoigne-t-elle ? Engage-t-elle sur des chemins fort éloignés de la Révélation chrétienne ou révèle-t-elle ce qui peut apparaître comme des « semences d’Évangile », comme le travail de l’Esprit au sein d’une culture qui, pourtant, ne connaissait pas le Christ ? N’y a-t-il pas là de quoi nous aider à réfléchir sur ce qui est en jeu dans la rencontre du christianisme avec les traditions culturelles et religieuses de l’humanité ? Michel Fédou présente d’abord cette littérature avec ses différents genres : l’épopée avec Homère et d’autres comme Hésiode ou Pindare, le théâtre avec Hérodote et Thucydide et les œuvres plus philosophiques avec les présocratiques puis Socrate et Platon. Il s’agit d’une véritable introduction à la littérature grecque, celle-ci pouvant faire l’objet d’une lecture théologique. D’une certaine manière l’histoire de la révélation est coextensive à l’histoire du monde. Jésus-Christ est dans l’histoire point de référence pour discerner l’histoire religieuse de l’humanité. C’est dans cette optique que l’on peut chercher comment l’Esprit est à l’œuvre dans cette portion particulière de l’humanité qu’est la culture grecque. Elle ne connaissait pas le Christ mais elle était en recherche d’un Logos et il convient de dire dans quelle mesure il ne lui était pas totalement étranger.

Teilhard de Chardin théologien malgré lui

Alain Bele de Gufroy de Rosemont, Teilhard de Chardin théologien malgré lui, Saint Léger Editions, 2019.

Pierre Teihard de Chardin, quand il lit le livre de la Genèse, reste scientifique et cherche à réconcilier la foi chrétienne avec la science. Les découvertes scientifiques ne peuvent être mises entre parenthèses et il voit le caractère particulièrement symbolique du début de la création. C’est ce qu’il met en évidence en resituant chaque personnage, chaque lieu, chaque action dans une lecture significative de nouvelles perspectives. L’Écriture Sainte est respectée mais il donne une image scientifiquement recevable de l’indicible, de l’au-delà. Il dira aussi sa vision particulière du Péché Originel et de sens de la Croix. Sa lecture est une invitation pour les chrétiens qui cherchent une foi intelligente et intelligible. Cette manière de lire la religion chrétienne comme compatible avec la Science, n’est pas, même aujourd’hui, du goût de tout le monde, même chez les chrétiens. C’est pourquoi il est bon de l’examiner de plus près.