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Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Jésus, splendeur de Dieu et salut du monde

Mgr André LEONARD, Jésus, splendeur de Dieu et salut du monde. Editions Saint -Paul, Paris, 2021, 137 p.

Voici un parcours pédagogique de la révélation chrétienne inspirée de la trilogie de Hans Urs von Balthasar. Elle est développée successivement sous les trois angles du beau, du bien et du vrai. Cette théologie est originale parce que très nourrie par la très large culture de Balthasar, culture pétrie aussi de l’Écriture. Le premier chapitre ouvre à la contemplation de la gloire de Dieu révélée en Jésus. Mais la beauté propre à Dieu qui se manifeste ainsi a aussi un impact par lequel Dieu interpelle le monde pour une action où l’homme répond à Dieu. C’est l’objet de la dramatique divine où il s’agit de lutter en cherchant le bien. Dans cette dramatique, à côté du rôle central du Christ, la figure de Marie est aussi déterminante. Ensuite, c’est sous l’angle de la vérité que se présente la révélation, sous un aspect qu’on pourrait dire logique. Rien d'abstrait cependant puisqu’il s’agit bien de se référer au Verbe fait chair. Et aussi à l’Esprit-Saint qui est garant de la vérité, comme on le trouve dans l’Évangile. Il soutient aussi notre prière. Après la contemplation de la Gloire et l’appel à s’engager dans le drame d’un combat contre le mal, parler ensuite de la Vérité pourrait donner le vertige. Mais qu’on reste humblement dans la docilité à l’Esprit, amour de Dieu répandu dans les coeurs.

La foi à l’épreuve de la toute-puissance. Lutter contre les abus dans l’Église

Luc CREPY, La foi à l’épreuve de la toute-puissance. Lutter contre les abus dans l’Église, Lessius, (La Part-Dieu, 41), Bruxelles, 2021, 138 p.

L’Église, on l’a beaucoup constaté dans les dernières années, n’est pas indemne des abus que l’exercice du pouvoir génère assez vite. Jusqu’aux abus sexuels et à la pédophilie. La condition sexuée marque l’identité de chaque personne et l’ambiguïté de cette dimension se remarque dans bien des dimensions de la vie. L’Église a des ressources pour combattre le fléau de la pédophilie et de tous les abus qui font fi du réel, transgressent les limites et ne reconnaissent aucune distance. Il est urgent de redonner toute sa force et son importance à la notion de chasteté comme attention à la juste distance, prélude à une vraie relation avec autrui. Avec ce que les sciences humaines peuvent en dire, en lien avec l’éclairage que le message chrétien peut soutenir, il y a là un progrès à viser pour la culture d’une autorité vécue comme service et d’une prudence attentive à l’éventuelle sacralisation de certains rapports où naissent des risques cachés. À l’inverse de cela, la figure du Christ ne cessera pas d’inspirer tout autre chose, un chemin d’humilité, de miséricorde et de don de soi.

Le diaconat féminin. Jadis et bientôt

Bernard POTTIER, Le diaconat féminin. Jadis et bientôt, Lessius, (La Part-Dieu, 40), Bruxelles, 2021, 139 p.

Jésuite, Bernard Pottier a fait partie de la Commission théologique internationale et de la première commission d’étude sur le diaconat féminin instaurée par le pape François en 2016. L’absence actuelle de diaconesses ne laisse pas bien imaginer la présence de femmes diacres au sein de l’Église pendant pratiquement un millénaire. Depuis quelques traces dans le Nouveau Testament jusqu’aux portraits très contrastés de diaconesses, on mesure les contrastes mais on peut se demander s’il faut faire cette enquête historique pour décréter envisager aujourd’hui un diaconat permanent pour les femmes. La discussion théologique porte bien-sûr sur le sacrement de l’ordre. Et on peut comprendre que cela concerne un changement important dans la vie de cette institution qu’est l’Église. Le diaconat féminin est lié au diaconat permanent masculin qui avait disparu avant de réapparaître après le concile Vatican II. Il faut bien-sûr envisager un éventuel retour de la possibilité du diaconat féminin sous l’angle d’approche de la complémentarité des missions que les hommes et les femmes peuvent assumer. Il s’agit de ne pas rentrer dans ce qui serait une subordination, d’après ce que l’on peut ou ne peut pas faire. L’évolution des mentalités quant à la place de la femme dans l’Église permettrait une synergie dynamique, une émulation pour que chacun aborde les tâches avec sa sensibilité propre de manière stimulante.

La foi ne se transmet pas mais elle est contagieuse

Olivier CAIGNET, La foi ne se transmet pas mais elle est contagieuse, préface d’Henri Derroitte, Centre Universitaire de Théologie Pratique, Louvain-la- Neuve, 2020, 176 p.

Être animateur en pastorale et viser la pastorale des jeunes place face à de réelles questions. En relever les défis demande une analyse approfondie. L’ouvrage d’Olivier Caignet reprend un mémoire en théologie pratique qui donne de précieuses informations sur les jeunes en Belgique francophone et ce qui leur est proposé pour un cheminement religieux et spirituel. La prise en compte de la réalité que les jeunes vivent fait mesurer le besoin d’une conversion pour pas mal d’équipes d’animation afin de réellement miser sur l’avenir en rejoignant les jeunes, ce qui demande une véritable conversion. Balayant le panorama de ce qui existe, le travail interroge sur l’annonce de l’Évangile dans le contexte actuel et sur des critères qui permettraient de veiller à cette relation avec un autre Dieu, qu’est la foi. Dieu en est le seul juge mais n’estil pas nécessaire que quelque chose se montre de la foi, qu’il y ait des rencontres sources d’échanges, des actes qui engagent ? Le dernier chapitre reprend la récente encyclique sur les jeunes (Christus Vivit) avec ce qu’elle peut susciter en Église pour être soucieuse de la place des jeunes et attractive pour eux… ce qui est un signe de sa vitalité.

Jean Kobs, lecteur et traducteur

Géry VAN DESSEL, Dans l’éblouissement du coeur, préface de soeur Loyse Morard, postface de Pierre-Yves Leloup, illustrations de Magdalena Wodarczyk, Edtions Saint-Léger, 2021, 163 p.

Ce livre reprenant les contributions à un colloque sur Jean Kobs permet de mieux connaître ce prêtre et poète décédé en 1981. Le colloque propose en particulier de s’interroger au sujet de la traduction de poèmes. Même si la réflexion vise des textes que Kobs emprunte à des auteurs comme Leopardi, Verlaine, Rilke ou Hölderlin, on sera en contact avec quelques passionnés du talent et de la personnalité de Kobs et ils nous transmettront le meilleur de leurs échanges.

Dans l’éblouissement du coeur

Géry VAN DESSEL, Dans l’éblouissement du coeur, préface de soeur Loyse Morard, postface de Pierre-Yves Leloup, illustrations de Magdalena Wodarczyk, Edtions Saint-Léger, 2021, 163 p.

Van Dessel nous propose ici des méditations sur les mystères du Rosaire, enrichies de référence bibliques et de citations d’auteurs spirituels. L’ouvrage invite à saisir la valeur de cette prière et d’avoir l’attention attirée sur le bénéfice à chercher dans la méditation.

La foi comme option. Possibilités d’avenir du christianisme

Hans JOAS, La foi comme option. Possibilités d’avenir du christianisme traduction de Glaube als Option : Zukunftsmöglichkeiten des Christentums, par Jean-Marc Tétaz. Paris, Salvator, 2021. 252 p.

L’auteur est catholique engagé, sociologue réputé. Il nous offre un regard d’expert sur l’histoire de la place de la religion chrétienne. N’a-t-on pas trop vite parlé de sortie de la religion, voyant même dans la religion chrétienne une contribution majeure à ce mouvement ? L’ouvrage permet d’examiner avec nuance les phénomènes de sécularisation et de modernisation. Il dresse aussi une série de défis qui se présentent pour la chrétienté dans différentes thématiques importantes du message chrétien. L’avenir du christianisme, les pistes qu’il peut contribuer à ouvrir pour le monde de demain relèvent d’un éthos de l’amour, de la conception de la personne humaine, de la spiritualité et enfin d’une sensibilité à la transcendance, en un sens, qu’on retrouve par les racines bibliques de la foi chrétienne. Professer Jésus Christ fils de Dieu le demande. Le recul de la notion de sécularisation pour regarder le monde ouvre en tout cas des possibilités à la foi qui pourraient se concrétiser selon l’engagement concret des croyants.

Métaphysiques, Le sens commun au défi du réel

Ce qui paraissait évident dans la perception du monde est remis en question par le développement de la science. Le crédit que l’on donnait à une certaine science par les fruits qu’on en voyait dans la technique laisse place aux interrogations que posent des vérités qui semblent devenues folles. Pour parer à cela, Jean-Marc Ferry propose de revisiter le rapport entre réel et vérité. La manière dont nous nous situons dans le temps se met en place selon une chronogénèse que Ferry emprunte à Gustave Guillaume. La conscience de soi et l’imagination qu’elle fait jouer est à exercer pour relier la Physique, la Philosophie et le sens commun en se demandant comment les concepts métaphysiques de monde et de réel se rapportent l’un à l’autre. C’est l’être au monde qu’il faut interroger pour revisiter et exploiter ce que recèle la notion de monde vécu. Il sera fait appel alors à la notion de résonance que l’on trouve chez un sociologue dans la lignée de l’école de Francfort : Hartmunt Rosa. La sémiotique permettrait de repérer les signes d’une désappropriation du monde, les indices d’un monde devenu étranger, à l’inverse d’un rapport de résonance, rapport cognitif, affectif et corporel au monde par lequel le sujet est touché. C’est redire par la difficulté de dire « aimer la vie », en négatif, une aliénation par un mode de vie devenu difficile. C’est dire comment le monde censé parler aux êtres humaines est devenu inhospitalier en n’offrant plus de quoi laisser résonner des expériences communes. L’aliénation signifie aussi ça et là du complotisme ou des refuges identitaires, étriqués dans des vues partielles. La perception catastrophique de certaines crises incite à appréhender nos fragilités. Mais le parcours veut ouvrir à la vie. Si Heidegger invitait à l’authenticité en se situant par rapport à sa propre mort, Ferry cherche une certitude de la vie qui égale la certitude de la mort. Pour mieux se situer, la conception de l’espace bousculée par la science devra mobiliser notre attention vers autre chose. Revenir aux modes et aux personnes selon lesquels les verbes sont employés, est suggestif notamment pour redonner à la foi un rapport de vérité : le sujet est alors à penser dans la réalité d’un être fondamentalement en relation, dans un monde dont nous grandissons quand nous apprenons les uns des autres. La primauté de la relation interroge la science dont on peine à se représenter ce qu’elle dit dans une visée objectivante. Par ce parcours apparaît ainsi comment les critères d’objectivité peuvent ne plus être des freins pour l’intersubjectivité : à condition de faire référence, pour ordonner notre rapport au réel, à la grammaire qui sous-tend nos discours et qui prend en quelque sorte la place du temps. Pour que ce qui structure notre monde vécu devienne l’architecture formelle d’un monde commun.

De l’inégalité des vies

Ce texte est la leçon inaugurale de Didier Fassin, médecin et sociologue, à la chaire de Santé Publique du Collège de France. L’auteur met en évidence ce qu’on appelle à partir de Michel Foucault la biopolitique. La tendance venue par le développement de la médecine à vouloir gérer la vie. La biopolitique, c’est une gestion de la vie, la prétention, dans certaines limites, que le fait d’être vivant ne serait pas le seul fait des circonstances qui le permettent, à commencer par un don de la nature. Dans les faits, on observe ainsi une disparité dans la santé et dans ce que les corps subissent durant leur existence. Soucieux de santé publique, ayant travaillé sur les valeurs et les normes qui fondent les pratiques politiques et sociales, Fassin attire l’attention sur les deux niveaux distincts où l’on parle de la vie. Au niveau éthique, on s’accorde à dire sa valeur inestimable quand au niveau économique les conditions de vie montrent des disparités accablantes. C’est vrai aussi de la différence entre homme et femme dans de nombreuses sociétés. Fassin distingue plusieurs fois deux niveaux de lecture. Il fait prendre en compte la vie au niveau biologique où l’on parle d’espérance de vie et du prix qu’on y met, et d’autre part, de la singularité des événements qui arrivent à des êtres irremplaçables. De quoi interroger l’expression « espérance de vie » où les deux mots sont vidés de ce qu’ils ont de plus riche. De quoi aussi porter un autre regard sur la gestion des épidémies, sur la question des migrants, sur la gestion politique de crises où la vie n’est pas prise avec tout ce qu’elle signifie humainement parlant.

La prophétie d’hier et d’aujourd’hui

Écouter Jean Radermakers communiquer sa passion pour la Bible est un ressourcement. C’est l’assurance que des perles vont venir couronner l’écoute du Seigneur. À redécouvrir le monde des prophètes, on se demanderait si on n’oublie pas de mieux écouter comment le Seigneur invite à être prophète aujourd’hui, depuis notre baptême ou comme témoin de cet appel que lance une lecture partagée de la Bible. C’est aussi redécouvrir l’actualité de l’exploration de cet héritage prodigieux qu’est la Bible. Le milieu où Jésus est né a été façonné par l’Écriture. Des groupes de lecture peuvent encore être la manière pour Dieu de nous rejoindre à travers le texte pour donner un visage aux communautés. À propos de la liturgie, il faut aussi en dire la dimension prophétique pour y être témoin du mystère de Dieu. L’ouvrage reprend des articles déjà parus dans la Nouvelle Revue Théologique, mais aussi des inédits. Jean Radermakers donne aussi leur juste place à des femmes dans leur figure prophétique mettant en lumière d’abord celles de l’ancien testament et, dans un chapitre suivant, le rôle des femmes à la suite de Jésus et comme messagères de la résurrection. Pensons aussi à Marie et à son Magnificat qui s’inscrit dans la lignée d’admirables chants d’actions de grâce tenus par des femmes. En vient aussi une suggestion de ne pas priver l’Église du rôle que la sensibilité féminine pourrait donner à des ministères ayant trait à la prophétie.

Marie, d’hier à nos jours

Ce livre fait se succéder les époques de l’histoire chrétienne avec la place et la prière qu’elles offrent à Marie. S’en dégage une sobriété, reflet de l’humilité de celle qui s’est dite la servante du Seigneur. On remarque aussi une constante : celle de toujours lier la place de Marie à celle de Jésus-Christ. Après les évocations de Marie peu nombreuses de l’Écriture, viennent les déclarations dogmatiques à son propos et ainsi, sa maternité divine et un éclairage sur la signification de sa virginité. De nombreuses prières reprises dans l’ouvrage disent beaucoup de la dévotion pour Marie et donc de la place de Marie dans le coeur des chrétiens. Le témoignage des saints pondère souvent l’élan populaire en revenant à l’essentiel présent dans l’Écriture et la Tradition. On retient aussi ce qui se dit, en particulier Vatican II : la place de Marie, vue par rapport au Christ, se double de ce qu’elle est dans le mystère de l’Église. Le parcours redonnera sans doute de l’équilibre pour vivre les grandes fêtes mariales ou pour mieux nous tourner vers Marie dans chacune des prières que nous lui adressons.

L’écologie, nouveau jardin de l’Église. Dialogue et controverse pour que justice et paix s’embrassent

L’un et l’autre ont une solide formation scientifique et philosophique. L’un et l’autre cherchent à articuler leur compétence avec une foi engagée. Dans ce qui les distinguent, il y a pour le premier un recours à la notion de création continuée de manière à mettre en évidence la nouveauté au sein du vivant. Pour le deuxième, une méfiance dans la manière dont les données scientifiques en matière d’écologie deviennent un levier d’action. Qu’ils se rejoignent sur l’essentiel ouvre une débat contradictoire passionnant. Bien souvent sur base d’épistémologie. La vérité scientifique n’est qu’une étape pour une vérité plus englobante, comme cette vérité qu’on reconnaît dans le Christ. De quoi relativiser un engagement écologique s’il ne dépend que de données scientifiques : qu’est-ce qui se cache alors ? Parce que « tout est lié » comme on le trouve dans Laudato Si. Sans aller au fond d’un débat demandant des compétences d’experts, l’homme de la rue peut et doit être mobilisé par des questions nouvelles quant à son agir et c’est ce qu’il faut faire remonter de préférence à des schémas catastrophiques : tous ont à se nourrir du sens de la création, à développer une raison pratique qui ne soit pas collée à des chiffres dont l’interprétation demande une critique. Il s’agit aussi de savoir à quel homme le discours écologique doit se référer : la science écologique montre que tout est relié, c’est donc l’homme relié à l’ensemble de son environnement qu’il faut penser même si cet homme est aussi dans des relations économiques pour lesquelles ses raisonnements peuvent devenir pragmatiques. Revol et de Larminat se rejoignent sous l’égide de l’amour de la vérité, et cela éclaire leur souci de partager sur la compréhension d’une écologie intégrale. Car il sera juste de mieux prendre en compte la situation des populations humaines avec les données politiques et économiques et de chercher, comme chrétien, ce qui est gage de paix. La doctrine sociale de l’Église offre ici un éclairage nécessaire laissant à la théologie de rappeler une vision de l’homme plus riche que celle des sciences humaines, permettant ainsi une problématisation ouverte à des questions essentielles. Parler de conversion ou de révolution du système économique relève d’une dimension éthique que le pape François associait à la crise écologique dans Laudato Si. Qu’il faille parler de crise ou qu’il faille s’adapter aux multiples impacts d’un usage insuffisamment prudent de la technique, on comprend que l’enjeu est bien dans cette conversion et que la mobilisation sera plus juste en y puisant.

Les quatre sens de la nature. De l’émerveillement à l’espérance

La crise écologique pourrait se vivre dans la panique et la culpabilité devant les désastres que le regard sur la nature fait découvrir. Ce livre veut proposer à la pensée une direction, un autre regard en puisant, par analogie, à la doctrine des 4 sens de l’Écriture. Traditionnellement, on a parlé de deux livres par lesquels Dieu se fait connaître. À côté de la Bible, la nature est un lieu d’émerveillement et de révélation du Créateur. Pour le faire valoir en déployant 4 sens analogues aux 4 sens de l’Écriture, l’auteur suggère de déployer différents temps et différentes histoires à même de faire valoir ces sens. Le cosmos, la vie et la terre se verront chacun raconter leur histoire. Cette dimension historique de la nature ne s’est déployée qu’à partir du 19ème siècle : ceci explique que les pères de l’Église n’ont pas développé une telle approche qui ouvre la nature au futur et à l’espérance. Cette lecture est tout à fait judicieuse pour repérer comment certaines approches de la création sont minées par une tendance à la « décréation », comprenant ceci comme une attitude contraire à la contemplation qui fait remonter au créateur et ajusterait l’action. Pour rappel, les quatre sens de l’Écriture reprennent le sens littéral, le sens allégorique (ce que le chrétien doit croire dans le temps du Nouveau Testament), le sens tropologique ou moral (ce qu’il faut faire dans le temps de l’Église), le sens analogique (ce qu’on peut espérer dans l’eschatologie où tout est réassumé dans l’unité et accompli). Évoquer quatre sens de la nature permet de proposer une « recréation » qui s’inscrit contre la tendance à la décréation selon différents plans. Pascal Ide montre ainsi qu’un sens théorétique peut tout rapporter à un paradigme « écocentrique » où la vérité de la nature, limitée à ce que dit la science, ne peut pas se montrer comme un dévoilement. Le sens allégorique situe l’homme dans l’attente que la nature a de lui pour veiller sur elle. Mais si l’homme se prend pour le centre et ne vise qu’une exploitation de la nature, ses visées ne rencontrent plus la nature elle-même. Apparaît alors la technocratie. L’équilibre est fragilisé. Le sens associé au sens tropologique ou moral de l’Écriture se situe au niveau de la prise de conscience qu’est l’écologie. L’homme ne peut pas y rester enfermé et le livre montre qu’on peut ouvrir un regard d’espérance avec un sens analogue à l’eschatologie qui vise l’unité et la fraternité : on en trouve un bel exemple dans la spiritualité de saint François. L’homme qui se laisse transformer en retrouvant une plus juste relation avec la nature peut-il encore voir s’ouvrir l’avenir malgré les pronostics pessimistes ? Ce livre nous aide à le penser positivement. Qu’on s’accorde dans une version optimiste ou pessimiste des rapports de l’homme à la nature, on ouvre le regard sur l’avenir (sens eschatologique) mais il faut encore maintenir présents les autres sens pour ne pas nourrir un espoir insensé ou sombrer dans un désespoir abyssal. La dernière partie, où Pascal Ide propose un parcours de « recréation » veut ainsi ajuster le sens écologique - ce qu’il faut faire - en l’ancrant dans un sens contemplatif et profond, et en l’ouvrant au sens eschatologique, qui fait voir tous les fruits d’une écologie intégrale comme Laudato Si le fait valoir. Le livre accompagne magnifiquement son lecteur dans une transformation du regard qu’il porte sur la nature et sur le rapport à celle-ci. La pédagogie de l’auteur est un point fort et le livre ne manque pas de tableaux récapitulatifs pour se situer sur ce parcours stimulant.

Divorcés remariés : de l’exclusion à l’intégration

Patrick Langue, jésuite, est au service du diocèse de Versailles et s’attelle ici à donner des lignes directrices pour l’accompagnement de couples qu’on aurait vite classés dans une situation irrégulière du point de vue canonique. Dans la lignée d’Amor et Laetitia, en privilégiant les points d’attention d’un suivi spirituel, l’auteur met en lumière des principes fondamentaux pour la démarche spirituelle, permettant bien souvent de ne pas ajouter un mal à un mal. Il ne s’agit en rien d’être laxiste et de ne pas respecter les valeurs du mariage chrétien mais on peut souvent dépasser le rigorisme par ce que demandent le respect des personnes, la valorisation d’un travail de la conscience des personnes accompagnées par l’attention à leurs dispositions intérieures pour la fécondité d’un cheminement de foi.

Si je vous contais la foi

Jésus était un maître conteur. Aux histoires reprises de l’Évangile s’ajoutent d’autres qui puisent dans différentes traditions pour miser sur la sagesse, ouvrir le sens spirituel. Le commentaire de Charles Delhez fait tout converger vers une voie où découvrir qui est Jésus. C’est comme un voyage initiatique qui permet de reconnaître en Jésus celui qui a rendu concrètes des valeurs fondamentales pour l’humanité. L’élaboration de cet ouvrage traduit une profession de foi : appelée par le surplus d’humanité que Jésus nous propose, éveillée par le brin de folie qu’on reconnaît dans ses enseignements, parce que la démesure de l’engagement de Jésus, ça et là, permet de ne pas cadenasser son message d’amour dans des principes. Voici donc un chemin de foi dans un langage qui réveille et invite à faire le rêve de vivre mieux. Laissons-nous conter la foi et laissons-nous toucher par la passion de la bonne nouvelle à annoncer pour réinventer demain.

Tout est lié, Écologie intégrale à l’ère du numérique

En reprenant une phrase répétée de nombreuses fois par le pape François, « tout est lié », Martin Carbajo Nunez veut reprendre les défis de la crise socio-environnementale. Sensibilisé à la problématique des moyens modernes de communication, il fait prendre conscience de l’enjeu de prendre en compte l’environnement médiatique qui affecte notre manière de percevoir, de comprendre, de sentir les choses et donc d’agir. Tout est lié. Il s’agit de sortir des conséquences de dualismes qui ont marqué la civilisation occidentale et à la fois de dépasser un égocentrisme. Un niveau éthique demande ici de se laisser interpeller par l’altérité : c’est vrai dans un réseau de vie qu’examine l’écologie et dans une vie en réseau que l’analyse de l’environnement médiatique relève. L’approche fait converger différentes disciplines pour ouvrir des voies à un idéal de communication et, revu dans le dessein de Dieu, à l’espérance d’une communion. La dimension relationnelle de l’approche donne une place particulière à la notion de famille, que ce soit au sens usuel de la famille humaine, mais aussi, dans la perspective d’une fraternité chère à la spiritualité franciscaine, pour une famille cosmique. Différents niveaux se montrent ainsi : spirituel, personnel, social et naturel. L’écologie humaine, sociale, vers laquelle le pape François invite à ouvrir l’écologie soucieuse de l’environnement naturel, est reprise ici avec le souci de redonner des critères pour apprécier l’usage des médias. On imagine vite comment les médias, qui peuvent renforcer les liens au sein de la famille humaine, demandent une vigilance constante et une approche critique. Le nouveau climat existentiel qu’ils tissent demande à être habité et évangélisé. La crise socio-environnementale demande une réconciliation pour retrouver le monde avec lequel fondamentalement, nous sommes en relation. L’approche des dimensions de la communication moderne renouvelle cet appel quand les techniques que l’homme s’est données ne conduisent pas à améliorer vraiment ses capacités relationnelles. Tout est lié. Mais il faut de l’humilité et des actes de réconciliation pour redécouvrir la joie des êtres fondamentalement relationnels que nous sommes.

Vivre en chrétien, quésaco ? La doctrine sociale de l’Église en action

L’Église donne des clés de lecture sur de multiples sujets touchant à l’organisation de la vie moderne. La doctrine sociale de l’Église s’est construite à partir du 19ème siècle : elle permet de discerner le sens de nos choix, elle fait rencontrer Dieu dans toutes nos activités. L’auteur, père de famille et membre de la communauté de l’Emmanuel, fait découvrir les valeurs et principes de la doctrine sociale de l’Église à travers des situations concrètes. Ensuite, il propose de relier ces réalités et ces principes avec le cœur de la foi, avec l’Écriture sainte et la vie de Jésus. L’engagement de Thomas Ailleret dans la vie active (il est cadre dans une entreprise industrielle) se reconnaît dans le réalisme et la dynamique du propos. Son enthousiasme pour la doctrine sociale de l’Église et son souci de vivre en chrétien transparaissent dans ces pages et sont une magnifique invitation pour le lecteur.

L’éternité reçue

On décrie souvent la manière dont notre société cache la mort. La crise du Coronavirus rappelle combien on veut contrôler la mortalité, se référer surtout aux chiffres qui la rappellent à notre conscience. Ce constat rejoint la première partie du livre de M. Steffens où la mort est refusée, où on essaie de la contourner. Il décrit des pans de la philosophie où la mort n’est pas. Il semble effectivement en être ainsi quand la pensée vise le Tout. Mais la mort est inéluctable pour chacun, l’individu n’y échappe pas ! La mort révèle un mensonge dans une philosophie totalisatrice. Rosenzweig, lorsqu’il combat dans les tranchées, voit ainsi sa pensée basculer : la mort est un message qui interpelle chacun personnellement. Il se peut aussi que vouloir vivre n’émane pas seulement d’un égo isolé. Il se peut que ce qu’on est pour les autres, renouvelé par l’appel des autres, soit comme une mort à soi qui fait vivre pour autrui. Bien sûr, la mort est entrevue ici autrement que sur le plan physique. Il en est ainsi des petites morts qui éveillent à la vie dont parlait Simone Weil. La vie s’ouvre alors à l’amour et échappe à un enfermement sur soi. Cet apprentissage de la dépossession est le chemin de l’amour ; un chemin de plénitude. En suivant Simone Weil, M. Steffens fait sentir combien la vie est pleine d’une contradiction entre l’impossible et notre désir, entre l’impossible et le projet qui demande d’y tailler un chemin. Comprenons ce qu’il y a d’impossible à avoir prise sur tout. Comprenons que cet impossible est ce qui permet, en s’y éveillant, d’être plus ouvert à la réalité. Ceci vaut éminemment dans l’amour où il faut se déprendre de soi, se libérer de ce que nous voudrions que l’autre soit pour l’aimer tel qu’il est vraiment. Un sens de la mort peut ainsi se nourrir de l’usage que l’on fait de nos morts à nous-mêmes. En chrétien, le désir infini d’un Dieu infini amène cette tension qui fait comprendre une déprise radicale dans un Je crois en Dieu, pour qui rien n’est impossible. M. Steffens parcourt ainsi différentes approches de la mort jusqu’à dire ce qu’elle peut signifier de plénitude quand on peut se présenter devant Dieu en lui laissant réaliser, à lui qui est Vie, ce qu’il veut faire de nous. On comprend ici combien la foi en la résurrection dit le contraire de ce que viserait le transhumanisme ou l’imagination de paradis dans la continuation en mieux de ce que nous connaissons déjà. L’Éternité ou la Vie reçue en plénitude, voilà d’où parler pour saisir le sens de la vie, tout à l’inverse de ceux qui prétendent que l’homme a inventé l’idée de vie éternelle pour ne pas devoir envisager sa propre mort. Cette longue méditation conduit à retrouver ce que nous sommes fondamentalement quand Dieu nous donne de découvrir que nous pouvons l’exalter, comme Marie qui accueille le Verbe en elle. Ce livre nous convertira jusqu’à nous dire que nous sommes appelés à exalter Dieu en toute chose, depuis l’aveu de nos fermetures à lui, jusqu’à notre reconnaissance toujours plus entière, de ce qu’il nous donne d'être.

Il comblera tes désirs, Essai sur le manque et le désir

On croit trop vite cerner quelque chose d’essentiel quand on dit que l’homme recherche le bonheur, car c’est le désir qu’il faut scruter. Cet essai montre qu’il faut l’aborder par son complémentaire : la reconnaissance du manque. Il ne s’agit pas d’en rester à des vues de l’esprit mais d’expérimenter, dans une rencontre, comme on le fait en lisant l’Évangile, l’orientation des désirs vers le but qui pourra faire de la vie autre chose qu’une insatisfaction permanente. La Bible n’est pas là pour nous faire rêver mais pour nous faire grandir dans la confiance en quelqu’un qui nous dit, par Jésus-Christ, que nous avons une valeur inestimable à ses yeux. L’auteur nous livre son témoignage de vie, la manière dont elle a expérimenté existentiellement que l’amour du Christ est là ; qu’il peut venir dans nos manques, dans nos souffrances. Mais il faut cette étape courageuse de s’y exposer. On pourrait, en effet, même dans une religion vécue, toujours revêtir nos existences d’une couche pieuse ou d’une couche de satisfaction dans l’accomplissement de ce que l’on doit faire. Mais aller vers son désir profond est autrement plus fécond pour avancer vers un chemin de liberté et d’authenticité véritable.

 Prêter voix. Un chemin de création à l’école d’Edith Stein

L’auteur parcourt des domaines divers, depuis la philosophie jusqu’au chant et à la danse, pour éveiller à la conviction que l’interprétation est une expérience spirituelle. Prêter voix, qu’il s’agisse d’interpréter une pensée, de lire une poésie ou de chanter, c’est chercher d’abord à se situer dans ce que l’acte de recherche de la vérité, ou de création d’une œuvre fait toucher d’un contenu spirituel. Les grandes œuvres déplacent vers une dimension d’universel, vers la dimension essentielle de la Vie. L’interprète leur donne sa médiation pour les incarner et ce service se vit dans une disponibilité d’écoute qui permet de rejoindre le souffle de la Vie présent dans la création d’une œuvre. Les écrits d’Édith Stein, auxquels Eric de Rus est attentif depuis de nombreuses années, lui ont fait découvrir une posture de lecture qu’on peut dire à l’intérieur des choses. Ce regard intérieur, il l’exprime comme une respiration, si on entend par là, la vie d’un centre vivant qui se met à l’unisson avec la vie d’un texte. Cette lecture à l’intérieur peut encore se lire comme le parcours d’une âme qui s’éveille pour capter la vie cachée dans la chair des mots. Eric de Rus étaie ses propos en évoquant différents domaines où l’on cherche à se rendre disponible à l’écoute d’un souffle intérieur. Celui-ci donne à tout geste sa justesse, son authenticité. Il en va ainsi de l’art du tir à l’arc japonais, de la danse, du chant et de la musique, tel que nous le révèlent des témoignages issus de ces différentes disciplines. Le livre montre ainsi l’interprète, celui qui prête sa voix, commencer par s’effacer pour laisser voir la force de Présence dont une œuvre est porteuse. La personne s’y retrouve dans ce qu’elle a de transcendant, dans un acte de la communication spirituelle : en ceci, elle se départit d’un égo trop centré sur ellemême. Ce parcours redonne aussi à la voix sa signification profondément personnelle. Il met l’accent sur l’intériorité où la personne peut capter intuitivement l’essence de la Vie. L’incarnation donne alors à la personne de s’offrir ellemême dans l’interprétation. Edith Stein a des pages essentielles sur l’éducation. Cette analyse de l’interprétation y fait référence sans s’articuler sur elle. De Rus l’évoque après le parcours en reprenant, chez la philosophe carmélite, une analyse de la personne qui met en lumière la vie intérieure par une anthropologie phénoménologique. Edith Stein concevait l’éducation comme permettant à la personne de rejoindre ce qu’elle est dans sa vocation la plus profonde. Comprendre l’intériorité de l’âme appelle un déploiement de la personne humaine jusqu’à sa destinée surnaturelle. De Rus révèle ainsi des notions-clés empruntées à la pensée d’Edith Stein ; elles viennent resituer la perspective dans laquelle bien saisir la profondeur des notions comme celles de Vie et de Présence mise en avant par cette approche de la personne d’Edith Stein.

Après Jésus. L’invention du christianisme 

Cette encyclopédie vient faire écho à celle consacrée à la personne de Jésus (Jésus, l’Encyclopédie) parue en 2017 et qui rendait accessible le meilleur de la science contemporaine sur la figure de Jésus. Environ quatre-vingts chercheurs de différentes disciplines viennent traiter du fait chrétien en lien avec l’événement Jésus. Historiens de l’Antiquité, exégètes du Nouveau Testament, spécialistes des Pères de l’Église, théologiens font interagir leur discipline dans le parcours que le lecteur entame pour renouveler l’image du christianisme à partir de son invention. Il ne s’agit pas d’une invention par quelqu’un ; pas plus qu’on ne ferait valoir que Jésus a fondé une religion. Mais cette notion d’invention appelle à découvrir ce qu’on ne voyait pas dans la semence puissante de nouveauté qu’est Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. Il en est le fondement. Sa figure va continuer à se déployer dans tout ce qu’elle peut apporter à une époque, une tradition religieuse et un dialogue de cultures. Après Jésus permet de suivre comment des communautés humaines ont mis à jour un mode de vie en mémoire de Jésus et en présence de lui. Le parcours permet de suivre sur plus ou moins 10 générations ce qui s’est inventé au niveau liturgique, sociétal et théologique dans ce riche terreau de foi. Différentes parties de l’ouvrage prennent en compte des changements dans l’histoire. Commençant par présenter les connaissances historiques des premiers chrétiens, on situe les bouleversements du monde juif après la chute du temple et les évolutions de la politique religieuse dans l’empire romain. Une question importante est le rapport du christianisme naissant avec le judaïsme. Il montre des identités divergentes alors que les questions sur la personne de Jésus continuent à appeler la réflexion du christianisme qui découvre des potentialités nouvelles. La réflexion fait apparaître une christologie du Nouveau Testament qui sera la source de toutes les théologies à venir. La foi chrétienne entre dans de grands débats intellectuels. En même temps se dessine le canon des Écritures et apparaissent des « symboles de foi ». L’ouvrage est richement illustré et le lecteur est bien accompagné dans ce parcours des premiers temps du christianisme. Il peut toujours saisir l’ampleur des enjeux de ce qui se jouait alors et constater toutes les ressources de ce qui s’est inventé quand le christianisme enraciné, dans le judaïsme, s’en sépare progressivement pour trouver une place dans le monde gréco-romain. Le redécouvrir n’est pas qu’une réponse à une curiosité. Ce regard historique, discernant ce que se vivait dans les premières générations chrétiennes, ne manquera pas d’enrichir les regards actuels sur les rapports entre l’Église et le monde.

Lire pour vivre, Cinquante lectures de textes évangéliques

Cet ouvrage propose des clés pour s’approprier des textes d’évangiles souvent abordés dans la liturgie. Les approches ne sont pas des commentaires parce que les auteurs s’engagent davantage. Elles ne sont pas des homélies non plus, parce qu’elles ne se présentent pas de manière aussi circonstanciée. Les textes prennent bien en compte ce que la linguistique fait percevoir : ils situent les extraits d’évangiles en tenant compte des temps liturgiques où ils sont employés. Montrant l’actualité de l’évangile pour aujourd’hui, les lectures proposées abordent les questions de la vie, les difficultés à surmonter, les défis à relever, les espérances à nourrir. Le Royaume de Dieu ne leur est pas étranger. L’ouvrage sera utile aux catéchistes, aux animateurs, aux enseignants, aux prédicateurs, à tous ceux qui veulent approfondir et partager leur intelligence de la Bonne Nouvelle. Et aussi, plus largement, à ceux qui désirent la découvrir.

Le nouveau Testament sans tabous

Une lecture de l’Écriture peut provoquer des contradictions, éveiller des convictions qui engagent socialement à contre-courant. Les positions peuvent être provoquantes pour ce qui se vit dans nos sociétés. Que faut-il alors dégager, conserver ? On peut aussi interroger le rapport du croyant au monde d’aujourd’hui en référence à la place des premiers chrétiens dans le contexte qui était le leur ; avec souvent un contraste sur ce qu’on appellerait l’esprit du monde, comme l’exemple du message de la croix le fait penser. La lecture de l’Écriture peut pourtant discerner ce qui se vit dans le monde : elle donne aux textes qui s’y réfèrent une critique qui les font dénoter des idées habituellement adoptées dans le monde. Cela donne un aspect critique singulier à différents textes bibliques, notamment à ceux de Paul et demande de revoir plus finement ces textes et leur interprétation. Chez Paul, on devra éclairer sa position sur l’esclavage, de la femme… On verra saint Paul tellement novateur que les catégories en cours dans la société sont relativisées. Son propos subversif invite effectivement à dépasser les clivages hommefemme ou esclaves-hommes libres et se confronte dans le vécu à des difficultés. Pour l’esclavage, comme pour bien d’autres questions, la foi et son caractère libérateur confronte à des situations réelles qu’on ne peut contourner. Elle fait émerger un engagement, une attitude créatrice et critique par rapport à l’ordre social.

Les compagnons de sainteté. Amis de Dieu et des animaux

Les histoires prêtées aux sages, aux saints, aux mystiques dans leur rapport aux animaux font souvent rêver à un climat de cohabitation idéal. Des rêves dont on aurait parfois du mal à avouer qu’ils disent une place de l’animal que les usages sociaux leur refusent souvent. Mais à la douceur, parfois infantile, de mélanger les ordres et de ne pas dire ce qui fait l’homme, on pourrait faire valoir l’engagement exigeant de la miséricorde par rapport à l’ensemble du créé. Une supériorité de l’homme ne permet pas de s’épargner le souci et l’égard pour la condition animale. Mais au-delà de ce qui semble convenu, c’est la sainteté qui parfois surprend en révélant une paix plus grande que ce à quoi la nature fait s’attendre. Parfois, ce sont les animaux qui semblent avoir un rôle particulier dans l’histoire des hommes passionnés de Dieu. Des questions essentielles se dégagent au fil des pages : sur le sens de l’amour et des frontières entre les êtres vivants qui y seraient engagés, sur un sens nouveau de cet amour quand on se réfère au Créateur de tous, à sa miséricorde pour tous. À cet égard, l’humilité qui marque la sainteté est plus créatrice que la prérogative d’une place de prédilection et de droits à faire valoir en conséquence. Jacqueline Kelen interroge différentes traditions : la pensée biblique mais aussi et entre autres, les mystiques soufis et hindous. Ce livre pourra charmer certains par des histoires merveilleuses qui tiennent à la sainteté mais il nous interrogera tous sur le lien mystérieux, profondément spirituel qui unit les êtres humains et leurs frères animaux. À l’heure de l’écologie et des espèces animales à sauver, il y a sans doute aussi à trouver la juste intuition et une racine plus profonde aux motivations : on peut prendre de haut le réconfort affectif de l’homme qui gâte son animal de compagnie. Mais qu’on retienne le respect pour la création, qu’on s’exerce à l’humilité qui fait oublier cette supériorité quand elle dispenserait d’un réel engagement. À l’école des saints, la sollicitude pour les animaux est donc très riche d’enseignements spirituels.

Détachez-les et amenez-les-moi. Le moine qui murmurait à l’oreille des ânes et des chevaux

L’auteur de ce livre est recteur d’un séminaire orthodoxe en France. Cosaque, sa vie s’est doublée d’un accueil d’animaux : d’abord de deux ânesses puis de trois chevaux. Le récit magnifique fait grandir la conviction de tout ce que le soin d’animaux peut apporter à un homme de prière. On peut même oser parler de spiritualité quand la patience pour comprendre, quand la persévérance pour interagir dans le comportement des équidés se vivent dans la prière et sont aussi, comme patience et persévérance, éléments de la prière. Au-delà d’une passion que le moine Siniakov aurait par son sang de cosaque, l’histoire est riche d’un regard critique. Car la vie au contact d’animaux interroge la logique du monde moderne. Bien sûr tous ne pourront pas goûter ce que le renoncement assumé à des mondanités pourrait représenter de découvertes dans des relations avec d’autres espèces vivantes. Mais on pourra toujours entendre comment, le chemin du soin des autres êtres vivants, peut devenir un chemin de progrès spirituel.

Un Dieu créateur. Quel sens face à la science et à la souffrance ?

Entre la science et la foi demeure un malentendu persistant. Notre ancrage culturel, aujourd’hui, est celui d’une mentalité où il faut affirmer l’existence de Dieu, et pouvoir argumenter pour en faire valoir tout le sens à qui nous interrogerait. Les siècles passés, profondément religieux, ne se posaient pas ces questions qui émergèrent avec la science et la neutralitéqu’elle demandait, par méthode. Il est précieux de trouver des livres accessibles qui disent qu’on peut être croyant et scientifique, il faut le témoignage d’une personne qui vit son engagement sur les deux axes : Philippe Deterre, docteur en physique et en biologie, nous l’apporte. Comme le titre de l’ouvrage l’annonce, il faut préciser ce que signifie le concept de création. Ce sur quoi la science ne se prononce pas, la valeur des choses, la question du mal, demande aussi de se situer, car les espoirs qu’ont fait porter la science et la technique ont, sans doute, fait oublier l’espérance et ce qu’on attendait de Dieu. Et puis il reste toujours tant et tant de vies qui sont obscurcies par la souffrance que les arguments pour dire la foi raisonnable en sont suspectés. Le théologien et le scientifique se complètent alors pour lire, dans la Bible, comment le créateur est aussi celui qui s’allie avec les hommes dans un monde où le mal est présent. Une position qui se mettrait à défendre un Créateur qui aurait dû tout prévoir, du haut de son omniscience, n’est pas l’attitude à laquelle invite la Bible. Elle nous révèle un Dieu parfois étonnant qui bouscule les conceptions qu’on en a, çà et là, dans des mentalités humaines où son existence est vite compromise par l’expérience du malheur. La foi n’est donc pas une manière de penser qu’il y a autre chose, ou qu’il y a une origine à tout ce qu’on voit. La foi chrétienne se joue sur la reconnaissance, qu’en Jésus – un homme en un point pr&, eacute;ci, s de l’espace et du temps –, Dieu s’est engagé. Dieu s’est même impliqué dans la chair de l’humanité et de son histoire pour la sauver. Cela demande de dégager cette notion de salut de ce qu’elle n’est pas. Cela nécessite de rouvrir des dimensions de l’existence humaine sans doute délaissées dans les mentalités contemporaines ; ce qui était dit de manière encore plus radicale dans la sentence « Dieu est mort ». La mort de Dieu, en Jésus, est effectivement tout autre chose : un don total, une offrande révélatrice d’un amour qui fait vivre. Ces mises au point peuvent porter du fruit quand on écoute, dans les découvertes scientifiques, autre chose qu’une possible maîtrise qui ferait se passer d’un sauveur.

La fin des temps modernes

Voici une nouvelle édition d’un ouvrage qui montre que le grand théologien et philosophe qu’était Guardini avait vite perçu les menaces d’une nouvelle mentalité, conquise par les progrès d’un pouvoir technologique, mais rompant avec le sens religieux et spirituel de l’existence. La fin des temps modernes est souvent cité dans l’encyclique Laudato Si’ du pape François. L’ouvrage montre les ruptures de représentation du rapport au monde. L’optimisme des temps modernes qui voyait le projet scientifique allumer des projets de progrès pratiquement illimités, a cédé la place à un monde devenu étranger où l’homme cherche vainement ce qu’il a à y être, entre maître par une recherche de pouvoir et victime dans un système que cette quêt, e de pouvoir entraîne. Car les rapports humains ne sont plus vus alors à l’aune de la personne humaine. Ce livre important écrit en 1951 est suivi par La puissance, sorte de complément qui montrait le caractère périlleux d’une situation où s’affirmait la puissance de transformation acquise avec la technique sans que la conscience des enjeux existentiels ne soient relevés. Là aussi, Guardini se montre précurseur des questions environnementales, mais avec une résonance existentielle et spirituelle très précieuse, aujourd’hui encore. On envisage souvent des mesures restrictives à la crise environnementale et à la crise sociale qui y est liée. Mais on pourrait se demander si les remèdes ne sont pas dans une éducation à la liberté. Guardini est ici interpellant. Toute la violence qui menace dans les libertés qu’on se donne en oubliant leurs coûts, n’est-ce pas une invitation à nous remettre à l’école pour redécouvrir la personne humaine qui gagne dans l’ascèse et l’humilité quand elle démasque les tentations de puissance.

L’Égypte intérieure ou les dix plaies de l’âme

Lecture nouvelle ou relecture de l’Exode, Annick de Souzenelle explore des pistes particulières toutes intérieures dans ce qu’on appelle la psychologie des profondeurs. L’être humain s’y montre surtout dans des articulations particulières comme hom, me/femme ou conscient/ inconscient, dans des complémentarités que semble porter le texte biblique à celui qui est initié à sa symbolique. Dieu y est-il présent ? Peut-être tout autant mis à jour dans l’âme humaine par un jeu de l’interprétation qui pousse à accomplir ce potentiel intérieur, spirituel symbolisé donc médiatisé par le texte en nous enfantant ainsi à la vie d’enfants de Dieu. La tradition chrétienne est convoquée. Mais elle se trouve interpellée par ce jeu de l’esprit qui fait rebondir le texte, où il faudrait encore retrouver l’ancrage de nos vies en actes avec le spirituel symbolisé ici.

Blaise Pascal, un autre visage. Au fil de sa correspondance

Que sait-on de Blaise Pascal ? Il est insaisissable dans ces différents aspects. Difficile d’en donner un visage. Mais on trouvera quelques réponses, au fil de ce qu’il communiquait avec des proches. Agnès Cousin de Ravel qui a pris souvent Blaise Pascal comme compagnon de route, nous aide ainsi à redécouvrir une figure qui se fait vite attachante. En particulier à travers des questions qu’il se posait et que nous pouvons faire nôtres. Que peut la foi pour comprendre les mystères de la nature ? Que peut la raison pour éclairer les mystères du divin ? Peut-elle expliquer la radicalité de la vie religieuse ? Nous ne sommes plus dans le contexte de Port-Royal, mais le combat pour la maîtrise du corps traduit une force de la volonté qui nous interroge, alors que notre interlocuteur pose aussi la question : Que nous enseignerait notre corps, alors que la volonté habiterait une attitude incompréhensible pour lui ?

<stro, ng>Saint Jean-Paul II, Presses de la Renaissance

Voici la deuxième édition de l’ouvrage qu’Yves Semens, philosophe attentif à la question de l’amour humain et de la famille, a réservé à Jean-Paul II. Il retrace les grandes étapes de sa vie mais, surtout, montre l’itinéraire depuis l’étudiant et l’enseignant Karol Wojtyla jusqu’au pape qui a marqué les esprits. Jeune, il avait déjà à cœur de sonder le sens métaphysique et le mystère de la personne. Archevêque de Cracovie, il accordait beaucoup d’importance à chacun de ses séminaristes ainsi qu’à la pastorale de la préparation au mariage. Il vécut le Concile et son ouvrage Aux sources du renouveau montre qu’il tient cet événement en haute estime comme la balise du renouvellement de l’Église. Une question le taraudait, comme penseur engagé : qu’est-ce que l’humanisme chrétien et en quoi diffère-t-il des autres formes d’humanisme présents dans la modernité ? Il avait une soif intense que l’assemblée de Vatican aide le chrétien à y répondre. On connaît le ton de son discours quand il devient pape : N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur d'accueillir le Christ, n’ayez pas peur, n’ayez pas peur de lui ouvrir les portes des États, des systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du d&, eacute;veloppement. Jean-Paul II s’est distingué aussi par une théologie du corps. Peut-être a-t-il voulu montrer son importance pour fonder des propos qui divisaient notamment dans Humanae Vitae. Le Christ vient redonner toute sa signification au corps : il est fait pour le don. Il entraîne l’homme dans cette dynamique du don. Jean-Paul II a aussi perçu le rôle important de la famille : elle ouvre un chemin d’humanisation dans des domaines souvent marqués par des exigences culpabilisantes. La prière qui accompagnera les découvertes accueillies à la lecture de cet ouvrage ne manquera pas d’être soutenue, suivant la sensibilité de saint Jean Paul II, par la figure de Marie et par l’ouverture à la miséricorde du Seigneur.

Épris d’absolu. Idéal, désillusion et confiance

Jean-François Noël offre ici de quoi nourrir le regard sur l’appel qu’une personne peut ressentir et sur la manière d’y répondre. La religion n’est pas affaire d’illuminés et de fanatiques. On devine bien que Dieu n’appelle pas dans les catégories idéalistes et idéologues et qu’il ne voudrait pas être confondu par un jeune épris d’absolu avec un manipulateur qui prétendrait détenir la vérité. L’élément important est donc l’idéal : beauté, tendresse, vérité et justice. Un enfant fait très t&o, circ;t l’expérience de tels idéaux, une expérience intense qui marque, qui donne envie de les retrouver, qui sera pour plus tard une force de mobilisation mais qu’il faut désamorcer quand on l’a associée à une idée, à une personne, à une cause auxquelles on donnerait foi plutôt qu’à Dieu. L’auteur, prêtre et psychanalyste nous fait part de son expérience à travers les expériences d’idéaux qui ont pu le marquer. Un jeune aura tendance à fixer ses idéaux sur des objets finis (idéalisation). Le discernement est nécessaire pour trouver l’équilibre entre cette force de mobilisation de l’idéal, qui répond à tout un contexte d’intranquillité ou d’insatisfaction, ou encore d’un devoir à respecter. L’expérience de l’auteur se dira dans des figures bibliques : ce sera chaque fois une manière de donner les éléments pour discerner, pour reconnaître l’idéal à l'œuvre. Il indiquera aussi comment le soutien de l’idéal pourra vraiment trouver place dans la situation réelle où le Seigneur appelle.

Ce que dit la Bible sur la nature

La terre est en péril. Ce livre ne veut pas décrire la menace sur l’environnement que la place de l’homme représente et les responsabilités qui sont à assumer dan, s un virage à initier. Il veut dire comment la Bible nous parle de la nature. On parlerait sans doute assez rapidement de création, pour resituer que nous sommes dans une histoire où prime l’amour du créateur. Le terme nature vient de la pensée grecque. L’ouvrage fait la différence : au sein de la création, nous faisons partie du projet de Dieu, alors que la place de l’homme dans la nature varie mais marque souvent la distinction là où il y a pourtant une solidarité. Découvrir comment la Bible parle de la nature permet de nous décentrer, de nous écarter d’une place centrale que nous nous attribuons avant de comprendre que Dieu nous la propose. , C’est découvrir comment c’est de Dieu, dans la Bible, que nous recevons notre place et qu’être au centre signifie autre chose pour lui. Attentifs à la Bible, nous sommes éveillés à ce que nous pourrions y gagner, non pas pour le monde mais du point de vue de Dieu, et de toute façon en regagnant la place pour chanter la gloire du l'œuvre de Dieu. Et ceci n’épuise pas encore les sens spirituels de la nature que la Bible nous dévoile…

Éducation intégrale. Les ressources éducatives du christianisme

L’éducation est une question primordiale et ceci d’autant plus que les sociétés sont marquées par des crises diverses. Moog, professeur à la faculté de théologie de l’Institut Catholique de Paris, décrit l’histoire de cette notion d’éducation intégrale. Il en révèle les enjeux qui ne sont rien moins qu’un humanisme intégral. On l’entend sans doute aussi dans les propos du pape François qui parle d’une écologie intégrale : elle est à mettre en œuvre dans le souci des personnes et de leurs conditions de vie. Moog revient donc sur un projet qui se doit de répondre dans les différents champs de la vie humaine à la question “qu’est-ce que l’homme ?” Les réponses ici ne peuvent être exhaustives ou définitives car il s’agit bien de parler d’un être qui doit recevoir de Dieu son accomplissement. Le christianisme vise une éducation qui met à l’écoute de l’appel du Seigneur, qui invite à entrer dans la communion avec lui. Cela signifie que la compréhension de la tâche de l’éducation se fera à travers la notion de personne, réalité éminemment relationnelle. Depuis de riches expériences qui ont lancé l’enseignement catholique en France, en passant par Jacques Maritain qui a développé cette notion d’humanisme intégral jusqu’à des propositions éducatives qui trouvent toute leur pertinence dans la culture contemporaine, le parcours sera convaincant pour dire l’importance et la responsabilité de la tâche éducative. Les racines bibliques de cette réflexion et sa croissance dans la tradition sont prometteuses : non seulement comme un programme d’enseignement qu’on ferait correspondre à des exigences, mais surtout, en ouvrant chaque personne à l’appel et aux promesses qui se rediront sur le chemin d’un accomplissement où l’Esprit sera à l'œuvre.

Rendre le monde indisponible

Sociologue et philosophe, Hartmund Rosa cherche à évaluer les styles de vie et les modes du rapport au monde pour dénoncer ce qui pourrait être déshumanisant quan, d la culture est en crise, quand la rationalisation et la marchandisation prennent le pouvoir. D’autres études l’ont fait aborder, d’une part, la question de l’accélération de la vie d’individus qui n’y trouveront que plus de stress ; d’autre part, le manque de résonance, synonyme d’un échange vital avec l’environnement, qui est mis à mal dans la modernité. Il y montrait, en détail, que cette résonance comportait une communication avec tout ce qu’est le monde. Elle était différenciée dans ses modes et, parlà, plus respectueuse des êtres incarnés et relationnels que nous sommes. Dans le présent ouvrage, il analyse une inaccessibilité du monde. Il explique celle-ci par une sorte d’agression mettant à mal la résonance avec lui que la vie suppose. Le monde n’est pas seulement l’environnement naturel, il est aussi tous ceux avec qui nous entretenons des relations. Les modalités visées disent ce que devient notre relation à la vie, à ses débuts, aux étapes importantes qui la marquent et à sa fin. Une société où le pouvoir de l’argent rend moins sensible aux valeurs socio-culturelles et fait disparaître le monde qui était disponible par une riche interaction avec lui. Dans une perspective de prise de pouvoir sur l’environnement, sur les ressources naturelles et humaines, cette communication est impossible. Le monde rendu « disponible » de force devient muet. Pour reprendre un terme de Camus, ce qu’on en perçoit est une « hostilité ». L’analyse est fouillée et claire et interpelle pour un changement, une conversion, des choix cruciaux.

Martin STEFFENS, , Marie comme Dieu la conçoit, Cerf, Paris, 2020, 136p.  

Le dogme de l’Immaculée Conception est devenu insensé pour certains, insignifiant pour d’autres. Quel est le sens d’un dogme ? Il est dans la manière dont il peut éclairer nos existences. Ces pages s’emploient à en donner un exemple. La personne de Marie et la manière dont Dieu la conçoit en sont l’occasion afin que le « merci » qui authentifie le don de la vie qui nous est fait, afin que le « me voici » qui vérifie combien on l’a reçue, montent plus fréquemment de nos cœurs. Ces mots disent la grâce reçue et ce qu’on offre gratuitement en réponse. Steffens nous en montre une source chez Jean Duns Scot, disciple de François d’Assise. Duns Scot fait passer la volonté et la liberté avant l’intelligence et les concepts. Les philosophes le connaissent pour l’ecceitas, cette manière de concevoir la singularité de chacun : chaque être est un « me voici », ecce. Sans chercher de raison suffisante, il est reçu du Seigneur et remercie de son cadeau en disant : «il ne fallait pas ». Duns Scot montre la beauté et la grâce de Marie quand Jésus nous la donne pour mère. Mais bien avant cela, Dieu la conçoit pour donner à son Fils, avec la Création, la femme par qui il pourrait s’incarner. La beauté vient de la gratuité du don et trouve sa place dans l’amour trinitaire : le Père offre le monde au Fils et en même temps, la possibilité de l’incarnation. En effet, Duns Scot, docteur de l’amour, ne voit pas l’incarnation comme une nécessité première qui rend possible la rédemption. L’Immaculée Conception est un cadea, u du Père pour l’incarnation du Fils et ce don ne se mesure pas par rapport à l’horreur du péché. Bien avant cela, Marie est avant tout et toujours « comblée de grâce ».  Revenir à ce que nous en explique Duns Scot, par la plume de Steffens, redonne sens à notre amour de Marie, comme un don qui se dit au sein de la création. Peut-être est-elle celle par qui, dans notre prière, en aspirant à une conception immaculée comme la sienne, nous saisirons que nous sommes peu de chose par nous-mêmes et nous goûterons la bonté du regard – de la conception  –  de celui qui nous donne l’existence.

Laurence FREEMAN, Quand méditer donne du sens au travail, Manuel de méditation pour l’entreprise et pour soi, Le Passeur, traduit de l’anglais par Chantal Mougin, 2020, 256p

Un chrétien qui aimerait prier plus se demande peut-être ce que signifie méditer dans un sens plus à la mode, qui vise à diminuer le stress ou à avoir plus d’efficacité au travail. Ce qui est proposé ici par le responsable de la Commission, mondiale pour la méditation chrétienne situera suffisamment le sujet pour que chacun puisse, en connaissance de cause, se faire un avis sur cette démarche. La méditation chrétienne est une pratique puisant à de nombreuses traditions spirituelles et qui rejoint aussi la tradition de la prière chrétienne. L’auteur est entré dans l’ordre bénédictin. En expliquant tout le bien-fondé de l’Ora et Labora, il s’explique sur une prière qui devient pure, au sens d’une simplification dans la contemplation, qui renouvelle l’attention par l’équilibre de l’esprit et du cœur. La méditation n’est pas présentée ici dans un système de croyances particulier. Freeman s’adresse à tous pour faire découvrir la source d’une richesse universelle. On peut distinguer la méditation de la pleine conscience qui focalise l’attention sur soi ou sur ce que le soi ressent. Ici, dans une acception large de la spiritualité, la méditation se veut plus qu’une méthode, une discipline qu’il faut aimer pour devenir plus aimant et plus aimable. Elle permet de se décentrer de soi. En référence à la prière chrétienne, ce n’est pas le vide qu’il faut évoquer mais la pauvreté en esprit, la dépossession et le détachement de ce que l’on a. C’est ainsi une libération de la tyrannie, de ce que l’on veut et de tout ce qu’on voudrait faire, souvent de manière contradictoire, jusqu’à en être contrarié. La référence à la règle de saint Benoît, par recoupement avec les bienfaits de la méditation, montre l’équilibre que le fondateur de l’ordre bénédictin voulait assumer : une règle qui favorisait l’attention aux autres dans un travail collectif et dans les rôles de responsabilité. Chacun pourra, d’un point de vue plus spécifiquement chrétien, faire usage de ce livre qui ne veut pas noyer les fruits de l’Esprit dans les bienfaits d’une discipline à laquelle s’appliquer. Freeman met en évidence un besoin que le chrétien d’aujourd’hui, cherchant l’équilibre de l’action et de la contemplation, appréciera : dans un monde qui renforce l’individualisme et est souvent toxique pour l’attention, le lecteur chrétien trouvera des conditions préalables pour laisser, ensuite, le Seigneur faire goûter les fruits de sa grâce.

Timothy RADCLIFFE, Choisis la vie !, Un imaginaire chrétien, traduit de l’anglais par Robert Sctrick, Cerf, Paris, 2020, 500p.

Ce livre voudrait ouvrir les portes de l’imaginaire chrétien à un monde qui semble avoir gommé la transcendance des mentalités. Dans la foi, l’être vivant et l’être en plénitude illumine tout ce que nous faisons et tout ce que nous sommes. Ces pages voudraient inviter à l’ent, housiasme quand on fait mieux que de réaliser un potentiel humain : quand on répond à un appel de Dieu. L’imagination est solli, citée pour faire toucher la réalité autrement que ne le ferait la raison. Et on le comprend en découvrant au fil des pages à parcourir comme le chemin des disciples d’Emmaüs, un enseignement tel que Jésus, selon saint Jean, l’a donné aux douze avant de prendre congé d’eux. Pour goûter ce que l’Évangile nous propose - la vie et la vie en abondance -, il faut allier différentes dimensions de la réalité que le pouvoir de l’imagination nous fait atteindre. Les poètes, les cinéastes, les romanc, iers sont convoqués en de nombreux exemples stimulants. Des anecdotes de la vie de Radcliffe illustrent ainsi un propos qui veut éveiller à la plénitude, au mystère et à la grâce. Une imagination qui se nourrit de l’étude et qui chemine sur un chemin balisé par les dogmes redécouvre la grandeur du mystère mis entre parenthèses par bien des perceptions réductionnistes. Tout ce qui vient au cœur quand on prend le chemin de la non-violence, quand on désire l’unité et la paix plaidera mieux que les grandes notions qui ne convaincront plus grand monde. Il faut aussi oser imaginer la sainteté autrement qu’un état exigeant qui bouleverse un équilibre conçu avec nos références humaines. Elle se présente plutôt comme une amitié avec Dieu, une amitié transformatrice à une époque qui nous empêche d’imaginer une telle transformation. Osons imaginer, bien mieux que par les moyens techniques, grâce à l’air frais de la vie spirituelle, par une redécouverte des gestes sacramentels, par la prière et le recours à cette poésie qu’est la prière de l’Église pour résister à une tendance à la platitude. Un livre qui fera du bien pour redécouvrir des pistes où dilater son existence.

Anne LECU, A Marie, Lettres. Cerf, Paris, 2020, 181 p.

Anne Lécu, dominicaine, nous aide à nous adresser à Marie. Ses lettres porteront dans la prière mariale le réalisme de l’incarnation et le mystère de ce qui s’y passe pour nous. Le ton est familier, comme si Marie nous visitait comme elle a visité Elisabeth. Le propos peut devenir édifiant, parce qu’à travers Marie se dit la fidélité d’un peuple qui avait reçu les promesses de son Seigneur et s’en nourrissait. Nous pouvons recevoir ces lettres comme Marie a reçu la visite de l’ange, pour nous étonner de ce que Dieu fait en Jésus, pour voir des pistes s’ébaucher pour notre vie de foi, prenant Marie à témoin que rien n’est impossible à Dieu. 

Jean-Michel LONGNEAUX, Finitude, solitude, incertitude. Philosophie du deuil, P.U.F., Paris, 2020, 304p.

Ce livre ne se limite pas à ce que le mot deuil évoque spontanément, à savoir se faire à l’absence d’un défunt. Le deuil concerne une sorte de mort ou une disparition dans un sens plus large. Un changement irréversible se produit, le sujet ne sera plus ce qu’il a été ou n’aura plus à ses côtés l’être qu’il côtoyait. Peut-être le deuil concerne-t-il aussi une situation, comme la santé menacée par l’annonce d’une maladie grave. Toute vie comporte des changements – vieillir, changer de travail, perdre celui-ci et les changements qui affectent les relations – et si la philosophie n’est pas là pour en être le premier témoin, elle peut intervenir pour se réapproprier un tel basculement, pour en chercher le sens ou les dimensions. D’ailleurs, au niveau du savoir, d’une vérité ou du sens, la démarche philosophique est aussi un changement qui s’accompagne d’un certain deuil : quitter des évidences, accepter des incertitudes … Le deuil se prolonge, au mieux dans une certaine renaissance, dans l’acceptation positive d’une situation nouvelle. Mais il y a un processus à décrire qui relève de la dynamique des circonstances et des personnalités.  
Les témoignages font remonter des données qui relèvent de la psychologie pour dire le choc et la manière de l’encaisser.  
Vu sous l’angle des collectivités, les deuils sont organisés et provoqués à travers ce que les ethnologues et les sociologues appellent des rites alors que les mentalités se situent sur fond de références de type économique, scientifique ou juridique, voire religieuse. On retrouve toute la perspicacité et tout le doigté de J.-M. Longneaux pour analyser finement l’éventail des cas. On appréciera aussi l’articulation philosophique de la deuxième partie que le titre de l’ouvrage annonce à travers les concepts de finitude, de solitude et d’incertitude. L’approche du deuil met ainsi en perspective notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au devenir. Cet essai, par son examen du deuil, met le doigt sur une dimension de l’existence que la société renvoie à être une anomalie. Alors que cet éclairage montre cette dimension bien présente par dessous ce que bien des vies se sont données comme apparence pour le masquer. Voilà à la fois de quoi enrichir des contacts humbles et bienveillants envers des personnes qui auront pu se dévoiler dans ce qu’elles ont perdu et une invitation à chercher comment cheminer ensemble vers ce qui peut nous faire renaître. 

Et si c’était la fin d’un monde

Amedeo Cencini, Évangéliser notre sensibilité pour apprendre à discerner, traduit de l’italien par Cathy Brenti, Dall’aurora io ti cerco, Ed Sans Paolo, 2018, Éditions des Béatitudes, Paris, 2019, 238 pages.

L’ouvrage comprend deux parties distinctes qui se complètent, sur les questions que posent les manœuvres politiques en France à propos de la législation sur la procréation médicalement assistée (PMA) ou la gestation pour autrui (GPA). D’abord s’ouvre une enquête journalistique qui montre comment Emmanuel Macron et le gouvernement ont voulu faire avancer les pratiques dans le cadre de la Loi Bioéthique 2020. Les débats que certains essayaient cependant de garder dans la sérénité, ont rencontré beaucoup de blocages avec souvent un affrontement envenimé par la différence entre couples hétérosexuels et homosexuels. En seconde partie, le livre propose d’articuler les implications anthropologiques, éthiques et sociétales dans un entretien de Besmond de Senneville avec le philosophe Martin Steffens. La fin d’un monde dont on parlerait, laisse alors la place au constat d’un déplacement des limites ; celles-là même qui dans une lecture chrétienne, peuvent être perçues comme un don originel, structurant et porteur de sens. La technique déplace les limites et pourrait laisser entendre un ton apocalyptique. Comment donc résister à la perte de consistance des êtres qui nous entourent à laquelle incite la Modernité ? Que faire face à la marchandisation de tout ou tous pour le profit de quelques-uns ? La vie humaine peut-elle être assignée à ce système qu’est le Marché ? Lorsqu’on s’indigne parce que la valeur d’une vie humaine n’est pas considérée à sa juste valeur, nous témoignons de quelque chose de profondément humain, nous fait comprendre Steffens. Rebondir en chrétien sera toujours une manière de surenchérir en humanité dans ce monde. Les puissances qui prétendent le régir en voulant le dominer sont dénoncées par la Croix. Comment dire l’importance de cette référence à la Croix, à l’amour du Christ, comment la traduire aujourd’hui ? Sans doute, alors que l’Église a aujourd’hui encore, à témoigner, même dans ce qui est cause de désolation et de consternation, de la présence de Dieu, source d’espérance.

Lettres aux jeunes chrétiens sur la formation de soi

Romano GUARDINI, Lettres aux jeunes chrétienssur la formation de soi, Éditions du Laurier, Briefe über Selbstbildung, traduction de Jean Granier, lettres revues par Ingeborg Klimmer, Paris, 2020, 195 pages.

Ces lettres expriment l’enthousiasme de jeunes gens prêts à s’engager pour un renouveau de la société après la première guerre mondiale. Une postface de Klimmer fait écho de la réticence de Guardini à les publier 25 ans après le temps d’émulation qui les avaient fait naître. En les faisant paraître en français aujourd’hui, les Editions Le Laurier misent sur le souffle qui porte ce propos et touche dans un langage jeune et stimulant des fondamentaux de la vie. Ces lettres veulent faire trouver des assises chrétiennes et sereinement spirituelles. Comme un guide qui fait viser à l’idéal, les parcourir travaille le cœur. Dans un temps où l’on se complairait dans les désillusions, il est à souligner que ce grand maître, capable de promouvoir ce qu’il y a de bon en nous, laisse poindre des énergies à une profondeur où le Seigneur se découvre. En écoutant parler de la joie profonde, d’une parole riche par la vérité qu’on y porte, de la fécondité de la prière, d’une constante attention à ce que l’on peut donner de soi et à ce qui est partagé avec les autres, les jeunes et tous ceux que l’Esprit rend toujours jeunes d’esprit, ne seront jamais une réserve invoquant un « c’est trop beau ». Ils sont invités à accueillir le Seigneur qui s’y laisse trouver !

Dieu, l’éternité... toute une his, toire

Denis, BIJU-DUVAL, Dieu, l’éternité... toute une histoire, Plonger dansl’instant présent pour vivre de l’éternité, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2020, 150 pages.

Ce livre ne cherche pas à promener nos esprits en pleine abstraction à la recherche de vérités éternelles. Au contraire, il invite à goûter une intensité de vie dans chaque instant qui passe à la lumière de l’irruption dans le temps de Celui qui est éternel. Thomas d’Aquin parlait de l’éternité divine comme de l’instant éternel. Ce n’est pas le seul paradoxe à affronter quand on se demande ce qu’on peut dire de l’éternité à partir de notre expérience d’êtres situés dans l’espace et le temps. Il est juste de nous représenter Dieu sans commencement ni fin, mais surtout, dépassant le flou d’une durée indéfinie, de le penser comme une actualité absolue, comme un don mutuel inépuisable entre le Père et le Fils, comme une présence qui se donne une fois pour toutes, en plénitude qui nous fait signe, çà et là, dans nos histoires. L’enquête sur l’éternité à laquelle nous invite ce livre ouvre à des conséquences pour notre vie spirituelle. La Bible nous rend spectateurs d’histoires qu’on pourrait parfois mettre au deuxième rang derrière une vérité - éternelle – que ces histoires feraient saisir. L’accent porté par la révélation et l’incarnation mettent en valeur l’histoire et la situation dans laquelle nous sommes. Il n’y a pas à chercher Dieu en nous évadant dans des valeurs mais en nous laissant rejoindre par lui dans les instants où la nouveauté de sa Parole, la Bonne Nouvelle, nous fait goûter la promesse de résurrection, la promesse d’une condition qui déborde du temps. Le Dieu éternel a choisi de nous rejoindre dans l’histoire. Il rejoint à la fois notre condition d’êtres situés dans un monde avec des lois universelles et permanentes, mais également d’être capables de poser des actes libres qui nous font ressembler à Dieu, en créant comme lui, quelque chose de neuf. Accueillir le Dieu éternel dans l’instant présent, la foi dans l’incarnation ou l’action de grâce par sa présence dans l’Eucharistie, c’est bien goûter une actualité de Dieu qui ne passe pas et qui fait aspirer à une éternité où à la recevoir en plénitude.

Le soir approche et déjà le jour baisse

Cardinal Robert SARAH, Nicolas DIAT, Le soir approche et déjà le jour baisse, Fayard, Paris, 2019, 448 pages.

Ce livre d’entretiens offre un diagnostic sévère du déclin que nous vivons. Il est le troisième d’un triptyque comprenant « Dieu ou rien. Entretiens sur la foi » et « La force du Silence. » Le cardinal Sarah ne peut plus se taire et plutôt, que de simplement faire écho à la lamentation ou à une multitude de nouvelles terrifiantes, il veut dire comment éviter l’enfer d’un monde sans Dieu et sans espérance. Il commente différentes crises : crises de la foi, du sacerdoce et de l’Église. Il en cherche des racines profondes et ouvre des pistes pour retrouver une vigueur dans la foi. Il ne s’agit pas seulement de s’offusquer encore et encore mais de se replonger, avec un homme de prière, là où est cette force qui le mobilise. Il cherche à cultiver ce qui pourrait faire sortir l’homme de cette méfiance aujourd’hui pour lui rendre sa liberté. La dignité de la personne humaine ne peut se comprendre pour un individu indépendant des autres. C’est dans l’amour que l’homme atteste de sa liberté ; un amour à réinventer quand c’est l’homme ou la nature humaine qui semblent de plus en plus faire l’objet de la haine. À ce constat sombre qui critique également la politique des états modernes, le cardinal ne répond pas avec un programme qui serait une œuvre trop humaine. Il souligne qu’il faut recevoir ce que Dieu donne. S’il y a besoin d’un programme, ce sera plutôt de suivre le Christ ! Et plus qu’un programme, ce seront plutôt des gestes qui parleront, des gestes pleins de prudence, des gestes où l’on aura la prudence de laisser de la place à Dieu.

Chrétiens puis démocrates et humanistes

Damien BOONE, Chrétiens puis démocrates et humanistes. Histoire engagée de mon parti politique, préface de Maxime Prévot, Canéjan, 2020, 175 pages.

Cet essai d’un paroissien de Warêt-la-Chaussée allie la méthode d’un historien de formation à son enthousiasme dans l’engagement du militant qu’il est. Il permet de parcourir l’histoire politique de la Belgique mais aussi de faire des bilans, d’analyser des crises et de lancer des défis pour respecter certaines lignes de force repérées dans l’histoire des relations entre christianisme et politique en Belgique. Reste à voir comment il y a là, un héritage à recevoir pour assumer des clivages marquant la société. Le parti devenu CDH doit se positionner dans l’évolution du contexte politique et les deux voix de l’historien et du militant parlent dans la suggestion et le vœu qui lui tient à cœur : rester attaché à l’idéal de fraternité. Note : ce livre n’est pas en vente dans les CDD.

Évangéliser notre vie intérieure pour apprendre à discerner

Amedeo Cencini, Evangéliser notre vie intérieure pour apprendre à discerner, traduit de l’italien par Cathy Brenti, Dall’aurora io ti cerco, Ed Sans Paolo, 2018, Editions des Béatitudes, Paris, 2019.  

Nourri de son expérience dans l’accompagnement et la formation, Amedeo Cencini guide son lecteur dans une réflexion sur le lien entre sensibilité et discernement. Le terme sensibilité renvoie à différents éléments qui interviennent en même temps que l’esprit dans les choix et ceux-ci reflètent ce que, consciemment ou non, on pense souhaitable. Un danger est bien s, , ûr d’agir par conformisme ou légalisme et de faire comme si on ignorait ce qu’on ressent. Cencini est convainquant pour montrer la pertinence d’une formation de la sensibilité. Y reconnaissant un dynamisme, il faut l’observer et pouvoir en orienter l’énergie alors qu’elle pourrait être ambivale, nte. La sensibilité révèle notre personnalité qui se précise aussi dans la réponse à une vocation. En particulier, quand le discernement concerne une dimension chrétienne indéniable : celle de suivre Jésus, pour répondre à son appel. Devenir responsable de notre sensibilité, en cohérence profonde avec notre identité, c’est au fond une condition d’un progrès de la vie comme fruit d’un travail de formation permanente. La sensibilité spirituelle, en particulier, est à travailler depuis la joie de l’Évangile reçu, jusqu’à la joie de l’Évangile vécu et annoncé. 

 

Laisse aller ton serviteur

Simon Berger, Laisse aller ton serviteur, Éditions Corti, Paris, 2020.  

Dans une langue très musicale et par un récit qui se fait ça et là prière, Simon Berger raconte un voyage de Jean Sébastien Bach qui tient d’une expérience spirituelle : jeune organiste à Arnstadt, il part durant l’Avent rencontrer Buxtehude, déjà bien âgé, à Lübeck, 400 km plus au nord. Il avait acquis la partition d’une cantate de Buxtehude, et sa découverte a transporté son âme. Cela le mit dans une recherche autant spirituelle que musicale. Des épisodes montrent Bach dans des attitudes de prière : proximité soutenue par la musique, action de grâce, renoncement. L’occasion lui est ainsi laissée de décrire son expérience spirituelle. En même temps que le jeune Jean-Sébastien, nous recevons une leçon du sage Buxtehude pour ne pas confondre la musique, qui demande qu’on la joue, avec le sérieux du mystère : le génie et le talent pour jouer la musique n’offrent pas encore de prétendre accéder à ce mystère. Bach est aussi un humble serviteur qui nous invite à le rester.

Nous ne savons plus croire

Camille Riquier, Nous ne savons plus croire, Desclée de Brouwer, Paris, 2020.  

Philosophe et vice-recteur de la faculté de théologie de Paris, spécialiste de Bergson et de Péguy, Camille Riquier dresse un parcours historique des manières de croire représentatives des époques. Sans développer théologiquement la foi, sont d’ailleurs relevées aussi bien les croyances que le doute et la critique du croire. La mise en contexte à travers l’histoire est révélatrice de la foi qui habitait les personnes ou plus justement encore de la manière de croire. Faire le constat d’une foi faible, c’est avouer la perte d’une attitude qui semblait d’une certaine manière naturelle, sans verser dans la crédulité d’un temps ignorant la critique. Ce n’est pas dire que la foi était plus ferme et mieux réfléchie, notamment avant les guerres de religion qui y ont porté un coup, mais cela invite à un examen de la place de la foi dans l’identité du sujet et son rapport à la réalité et à la société. Aujourd’hui, on remarque que le contexte laisse le sujet démuni par rapport à une démarche de foi, démarche sans doute intimement personnelle mais dont on ne sait plus trop guère la vraie signification. Riquier suggère une éclairante comparaison avec l’époque de Montaigne et les réflexions de celui-ci. Il montre aussi que la raison prendra ensuite un rôle important – on prendra l’exemple de Descartes et de son doute méthodique - pour articuler la foi et le savoir : bien sûr, le rationalisme ne laissera pas faire la grâce de Dieu pour redonner vigueur à la foi. Évoquer la société aujourd’hui signifie que croyants et non-croyants partagent une assise moins forte des positionnements. Le travail de l’esprit critique et de la sécularisation ont relégué la religion à un rôle secondaire. Est moins partagé aussi l’engagement à dire ce en quoi on croit quand la liberté de pensée, dans certaines limites, laisse aussi une impression d’indifférence générale. On évoque bien sûr le retour du religieux et la montée de l’Islam ou d’expressions religieuses plus énergiques. A ce propos, on voit mal ce que serait une foi chrétienne venant surtout comme une réaction pour affirmer une identité, sorte de raison de croire plus humaine qu’inspirée par une expérience spirituelle. La difficulté à croire vient sans doute aussi d’une mise entre parenthèse de la question de Dieu : on peut dire que le doute est faible lui aussi. Dans un climat d’inévidence de Dieu, contester sa place ne demande plus, de militer. Le doute est faible également si on pense à des croyances nouvelles qui manifestent une grande crédulité. Le parcours que propose, l’ouvrage relève, pour faire une distinction théologique, de l’économie du salut et non de la théologie qui prendrait le point de vue de Dieu. Prenant le parti d’aborder le point de vue humain, la philosophie y a sa place et pas seulement pour mieux comprendre le parcours historique de la foi. Car une critique peut s’exercer à travers un doute qui aurait retrouvé de la force dans un contexte amené par la sécularisation et l’athéisme. Cela dégage la possibilité d’une foi forte retrouvée dans une purification, dans une mise à l’épreuve. Notre siècle sera-t-il après l’athéisme ce que le siècle de Descartes et de Pascal avait été après les difficultés de croire qu’un Montaigne exprimait si bien ? Gageons que l’engagement des chercheurs de vérité et la grâce de Dieu mèneront vers un mode renouvelé de la foi après la nuit obscure que nous traversons.

Dieu dans l’Église en crise. Réflexion sur un grand mystère

Augustin Pic, Dieu dans l’Église en crise. Réflexion sur un grand mystère, Cerf, Paris, 2020.  

Augustin Pic, dominicain, enseigne la théologie à l’université catholique de l’Ouest à Angers. Derrière les termes qu’annonce le titre de l’ouvrage, il faut entendre un engagement et une sensibilit, é pour les tenir dans leur force. Car Dieu est la vérité et il est bien dans l’Église même si ce qu’on en voit redit qu’elle est assurément dans les vicissitudes de l’histoire. Parler de l’Église, si le mot crise dit bien que quelque chose ne va pas et appelle à un discernement, demande aussi d’en parler comme de ce corps dont le Christ est la tête. Le propos veut éclairer de manière critique certaines dérives par un recul qui fait revenir à une référence proprement théologique. Le défi pour l’Église que représente un christianisme fragile, même s’il y a des avancées positives quant à la manière de penser Dieu dans un monde déchristianisé, ne peut masquer l’absolu de Dieu dont on veut être témoin. Dans sa position, nous dit Pic, l’Église se trouve dans la tension dialectique entre indéfectibilité et infaillibilité et défaillance. Dieu restera à jamais celui qui donne un amour inconditionnel. Ce que le monde voudrait faire de Dieu place dans une attitude de négociation et de relativisme qui ne fait plus mesurer cet inconditionnel. Il est alors difficile de relire le dessein de Dieu pour son Église. Un livre provoquant, qui montre l’état de tension entre les chrétiens et le monde et qui invite à un recul théologique pour discerner la dialectique entre l’Église et le monde.

Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien

Jacqueline Kelen, Histoire de celui qui dépensa tout et ne perdit rien, Cerf, Paris, 2020.  

Jacqueline Kelen reprend la parabole du fils prodigue et la remanie pour en faire un conte d’aujourd’hui sur l’amour humain et divin, sur l’absence et l’attente, sur les épreuves et la grâce, sur la justice et la réconciliation. Elle entend ne pas accentuer certaines interprétations classiques pour ne pas limiter cet évangile à mettre en évidence le repentir du pécheur par rapport à l’attitude impeccable des justes. Des personnages viennent s’ajouter pour des résonances plus humaines. Va aussi et surtout être souligné le sens du retour à la maison paternelle comme recouvrement d’une dignité oubliée, la restauration d’une alliance oubliée, le rappel d’une ascendance céleste que la prodigalité fait oublier. Jacqueline Kelen fait la comparaison avec des récits initiatiques pour dire cette part céleste dont l’homme est responsable et que suggère l’héritage remis par le père à son fils. La parabole se charge donc ici d’autres appels, d’autres leçons et devient leçon universelle.

Le problème de la souffrance 

Clive Staples Lewis, Le problème de la souffrance, Tequi, traduction par Denis Ducatel de The problem of Pain, première édition en 1940, Paris, 2020.  

La réédition de cet ouvrage de Lewis remet à la disposition des lecteurs une approche de la difficile question du mal et de la souffrance. Le parcours fait découvrir très vite un raisonnement clair et abordable. Lewis connaît les limites de son propos à rejoindre le caractère pénible ressenti lors des épreuves de la vie. Dans ces pages, il précise tout le bien que Dieu veut pour chaque personne et il souligne la gratuité de son amour. Lewis s’adresse à la raison, sans jamais être abstrait et surtout en étant proche de son lecteur. La dynamique de l’argumentation permet à celle-ci de garder toute sa pertinence aujourd’hui, quelque 80 ans après la rédaction.  

Filles et fils de Dieu 

Luca Castiglioni, Filles et fils de Dieu. Égalité baptismale et différence sexuelle, Cerf, préface de Christoph Theobald, Paris, 2020. 

Dans le monde comme dans l’Église, les femmes ont été injustement dominées pendant des siècles. Quand elles ont pu le dire, sont apparus des défis à relever pour une plus juste reconnaissance. Se trouve aussi mis en question, notamment dans les discours féministes, tout le système patriarcal.  

Prenant acte de l’évolution de la condition des femmes dans la société et se référant aux positions classiques de l’anthropologie chrétienne sur la femme, il s’agit d’ouvrir un examen complet de la question. Des pistes s’ouvrent quand on commence par relire la Bible sous cet angle de vue, depuis les origines, en prêtant attention à la nouveauté apportée par Jésus et en prêtant attention à la condition nouvelle des baptisés. L’assignation de la femme à certains rôles qui lui conviendraient de par des propriétés du génie féminin ne peut permettre de contourner les vraies mises au point. La reconnaissance des femmes est à mettre en rapport avec celle des laïcs par rapport à la prise en considération des paroles émanant du clergé. Avec souvent un blocage pour que toute voix soit entendue. L’auteur développe une ecclésiologie qu’il qualifie d’inclusive : c’est l’accomplissement de l’être humain dans le Christ qui guide les avancées, pour relancer la qualité missionnaire de l’Église. Configurés au Christ par le baptême, hommes et femmes se trouvent par-là dans une condition renouvelée de l’humanité qui est à prendre en compte comme nouvelle base pour penser les relations ecclésiales. Des critiques paraissent vaines parce que se heurtant contre l’inertie ou les manques de réactions et on peut se demander si, sur ce point, ce n’est pas un appel évangélique qui reste non entendu. La vie de l’Église comprend à la fois ce qui se passe dans les instances de décision et ce qui fait le quotidien des baptisés. Pour ce qui se décide, il apparaît que c’est pratiquement exclusivement le clergé qui peut faire valoir sa parole au risque qu’elle perde en crédibilité. Le présent essai est ainsi novateur pour donner, au niveau de l’ecclésiologie, un point d’appui pour faire entendre d’autres voix, en particulier celles des femmes, souvent peu écoutées, alors qu’il y a là une condition indispensable pour penser l’ensemble de l’Église comme missionnaire.  

Parler de création après « Laudato Si’ » 

Elena Lasida (dir.), Parler de création après « Laudato Si’ », préface de Mgr Feillet, Bayard, Conférence des évêques de France, Paris, 2020. 

Le grand public, même sensibilisé à la question écologique, n’est pas nécessairement habitué à en entendre parler sous l’angle de la création. L’éclairage de la théologie montre par là l’homme sous un autre jour, appelé à collaborer au Créateur. Parler de création demande aussi de déployer cette notion sous l’angle, d’une part, de l’initiative initiale et, d’autre part, du don continué du maintien dans l’existence. Au regard du scientifique, en quête d’objectivité, qui voudrait initier des solutions techniques en réponse à la crise écologique, il faut joindre un regard qui invitera à une conversion spirituelle pour vivre pleinement l’écologie intégrale. Elena Lasida, professeure d’économie à l’Institut catholique de Paris, a été chargée de mission « Ecologie et société » à la conférence des Evêques de France et elle dirige ce volume. Le parcours enraciné dans la Bible donne l’histoire du salut comme cadre à la prise de conscience écologique. L’homme est enraciné dans le cosmos. En relation avec le Seigneur, il est libre même si Dieu est le Créateur. Mais cette liberté est à redécouvrir, comme le repos de Dieu le 7e jour le suggère, pour se choisir des limites. La conversion spirituelle est sans doute aussi à retrouver dans ce qu’est l’alliance avec le Créateur, dans tout ce qui permet la solidarité des hommes pour le bien de leur cadre de vie. L’alliance suppose que l’attention ne soit pas arrêtée sur le bénéfice à retirer mais sur l’écoute, le respect et la reconnaissance de l’autre à qui on donne sa place. Se mettre à l’écoute du Créateur et de sa Parole, c’est se mettre à l’écoute de la création qui peut se faire entendre même si elle n’a pas la parole.  

150 ans de théologie dans l’Église 

Alban Massie, 150 ans de théologie dans l’Église. Questions et méthodes. Jubilé de la N.R.T. 1869-2019, Nouvelle Revue Théologique, Frémur Editions, Chateauneuf-sur-Charente, 2020.   

La Nouvelle Revue Théologique organisait son colloque jubilaire à Bruxelles les 10 et 11 novembre 2019. Ces actes recueillent les principales interventions de ce colloque. C’est d’abord un dialogue théologique autour des thèmes phares de la revue en lien avec les 4 sens de l’Écriture : histoire, allégorie, tropologie et anagogie. Tout le travail qui s’offrait ainsi aux lecteurs donne un aperçu de la ressource qu’est la NRT pour une formation permanente ainsi que pour une nourriture spirituelle pour aujourd’hui. Le jubilé était aussi l’occasion d’une action de grâce pour tout ce qui a pu être reçu du Seigneur dans les projets soutenus par cette revue. Sans citer tous les intervenants, la lecture est captivante pour situer la position équilibrée de la NRT dans les crises qui ont provoqué des repositionnements de la théologie au vingtième siècle. Bernard Joassart et Guillaume Cuchet en donnent un aperçu captivant à propos de la crise moderniste pour l’un, quant aux réactions à l’encyclique Humani Generi, pour l’autre. Les deux anciens directeurs Pierre Gervais et Dany Dideberg, décédé depuis le colloque, témoignent également de leur travail et du réseau de contacts que cela représentait avec nombre de chercheurs engagés pour permettre la réception de la Parole de Dieu ou favoriser l’intelligence du mystère chrétien. Les contributions pour l’exégèse, la théologie biblique, pour une morale en lien avec la Bible ou encore quelques références philosophiques laissent pointer l’enthousiasme de la pensée qui cherche le sens et la vérité. Des questions particulières laissent remonter l’attention à la place d’Israël dans l’histoire du salut ou le souci de l’ancrage de la morale dans l’Écriture. Que cette publication continue à faire vivre l’action de grâce, comme y invitait le père Alban Massie actuel, par l’espérance que la NRT vise à communiquer à tous les lecteurs qui cherchent à se renouveler pour mieux accueillir Dieu dans sa Parole et à partager celle-ci. 

  Croire dans le monde à venir 

Dominique Collin, Croire dans le monde à venir. Lettre de Jacques à nos contemporains, Fidélité, Bruxelles, 2020

Dominique Collin propose de nous plonger dans cet écrit de Jacques que l’on connaît souvent pour l’incitation à la mise en pratique, pour ses exhortations à faire coïncider la foi avec des actes concrets. L’auteur montre l’actualité de la lettre quant au monde que nous connaissons. Ne pas se contenter des idées que fait naître la foi donne de ne pas se décaler du monde. Des éléments liés au christianisme ont transformé le monde mais le monde tel qu’il est pose question. Pas mal de crises pourraient être interrogées de la manière suivante : la foi a-t-elle déserté le monde ? Aurait-on pensé que le salut se situait ailleurs, que le Royaume prêché par Jésus était nécessairement dans un au-delà espéré ? Un danger est de chercher une sagesse pour s’accorder au monde tel qu’il est mais l’espérance du monde à venir nous presse à prendre le monde que nous connaissons comme le lieu où croire, comme l’ensemble de réalit&am, p;am, p;ea, cute;s dans lesquelles la dynamique du salut agit. Jacques, insiste Dominique Collin, nous fait découvrir la vie comme une épreuve. La promesse que Dieu nous a adressée demande notre fidélité aux dons de Dieu plutôt que de céder à vouloir les biens du monde. L’enjeu est bien de sauver le monde, quand la fid&e, acute;lité n’est pas fidélité à une croyance mais à un style de vie habité par l’espérance de la promesse du Seigneur. L’épître de Jacques est bien une source de discernement et un aiguillon pour la vitalité de la foi dans le monde tel qu’il va.  

J’existe ! 

Olivier Bonnewijn. J’existe ! Un autre regard sur les célibataires. Perspectives nouvelles et libérantes sur le célibat chrétien. Editions de l’Emmanuel, Paris, 2020.   

 

La vision du célibat change : il ne s’oppose plus au mariage mais à la vie en couple. Le célibat consacré est une chose à comprendre dans le don que la personne fait au Seigneur mais il reste beaucoup de personnes qui semblent sur une voie d’attente, qui subissent une situation non complètement voulue. Ce livre leur propose un regard qui libère. Comme pour répondre à la question que le Seigneur poserait ainsi : « Avec ce qu’il m’est donné de vivre aujourd’hui, à quoi me convies-tu Seigneur ? » La solitude du célibataire naît souvent de l’impression de n’avoir été choisi par personne alors que le baptême est déjà un choix que le Seigneur pose sur le baptisé. Voilà de quoi prendre la vraie mesure de sa vie et faire éclater le cadre trop étroit d’une vie où l’on se sentait oublié. D’où quelques propositions pour donner sens à la vie de ceux qui pourraient se reconnaître dans un célibat ouvert. Par là, on veut évoquer un état de vie où l’on a pris les moyens de l’assumer sans que ces moyens n’y « bétonnent » la personne parce que cet état de vie ne couvre pas la même chose que la condition des mariés ou du célibat consacré. La richesse de ce renouvellement du regard sur le célibat est d’en montrer une fécondité quand y sont découverts la richesse du don de soi et l’appel à la sainteté. 

Parcours spirituel pour une conversion écologique 

Eric Charmetant, Jérôme Gue, Parcours spirituel pour une conversion écologique. L’appel de Laudato Si’, Vie Chrétienne – Fidélité, (Matière à exercices), Paris, Bruxelles, 2020. 

Ce livre propose un parcours fondé sur les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola afin d’avancer dans cette conversion nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Il peut servir de guide pour une retraite de huit jours, ou bien pour nourrir la vie spirituelle quotidienne dans la vie courante, ou encore pour toute animation spirituelle sur l’écologie. Parmi les thèmes abordés, on trouvera la juste place par rapport à Dieu, nos péchés à l’égard de la création, l’espérance face à l’impasse environnementale. De manière pratique, un exposé et des passages bibliques, des extraits de Laudato Si’ et divers textes soutenant le propos sont proposés pour aider à faire grandir l’unité entre foi et cohérence de vie.

À l’occasion des 80 ans de Monseigneur André Léonard

Mgr André Léonard, avec la collaboration de Jacques Toussaint, À l’occasion des 80 ans de Monseigneur André Léonard, de Jambes à Savines-le-Lac, préfaces de Francis Delpérée et Hervé Hasquin, postfaces d’Éric de Beukelaer et Évelyne Barry, Art Institute, Jambes, 2020.

L’idée d’une publication sur Mgr André Léonard, à l’occasion de ses 80 ans, revient à la jeune maison d’édition Art Institute (Jambes). Ce n’est donc pas une œuvre de commande, mais un travail spontané. Personnage controversé lors de son épiscopat à Namur et de son archiépiscopat à Malines­Bruxelles, il est apparu nécessaire d’investiguer de manière neutre et méthodique dans des fonds photographiques divers, mais essentiellement aux Archives de l’Évêché de Namur, pour faire parler les documents et connaître davantage l’homme. Mises à part les photos plus officielles, les photographies ne trompent pas et montrent le personnage, tel qu’il est. Ce sont des instantanés. 

A travers 160 pages et pas moins de 410 photographies, des plus officielles au plus quotidiennes, Mgr Léonard livre un récit précis sur les différentes étapes de sa vie, en utilisant une prose très accessible. Il a bénéficié de la collaboration de Jacques Toussaint notamment pour la coordination de l’ouvrage et la recherche de la riche illustration. L’ouvrage est préfacé par les professeurs Francis Delpérée et Hervé Hasquin qui apportent leur témoignage sans concessions. Les postfaces sont signées par le chanoine Éric de Beukelaer, ancien séminariste du Séminaire Saint-Paul à Louvain-la-Neuve, et Évelyne Barry, vierge consacrée du diocèse de Namur.

Sacrés objets

Arnaud Join-Lambert, Sacrés objets, Paris, Bayard, 2019.

Ce petit livre d’Arnaud Join-Lambert, professeur de liturgie à la Faculté de théologie de Louvain-la-Neuve, présente les objets liturgiques en les rattachant à leur espace propre et aux rites qui leur donnent sens. C’est une approche très lisible du culte chrétien, de type liturgique, historique et phénoménologique. 

Quatre parties se succèdent : 1) Entrer par le Baptême (la Pâque du chrétien, le baptistère, le cierge pascal et l’aube) ; 2) Bâtir sur le roc (la nef et le chœur de l’église ; les trois pôles majeurs : l’autel, l’ambon, la présidence) ; 3) Un amour qui se donne (l’Alliance avec Dieu, les alliances des époux et l’anneau de l’évêque et de l’abbé de monastère ; l’évangéliaire qui est « plus qu’un recueil de textes » ; le calice ; le tabernacle ; la custode pour la communion des malades ; l’ostensoir) ; 4) La nature convoquée à la louange (le pain, le vin et les huiles pour les malades, les catéchumènes, le baptême et la confirmation, les ordinations, l’encens). 

Embelli de photos de qualité, ce livret invite à « donner goût à nos liturgies ». Il rendra service aux catéchistes, aux parents, aux enseignants et aux équipes liturgiques. Les divers chapitres ont fait l’objet de billets dans le mensuel Prions en Eglise.  

Abbé André Haquin

L’empathie fait des miracles

Michel Bacq, L’empathie fait des miracles, Fidélité, (Béthanie), Bruxelles, 2020. 

Michel Bacq tenait à faire découvrir les miracles que peut faire l’empathie. L’attention à l’autre, à son ressenti, quand sa dignité est en jeu, change du tout au tout les relations humaines. Le livre s’appuie sur les enseignements de Marshall Rosenberg qui est fondateur de la Communication Non Violente. Cet homme de tradition juive, formé à la psychologie, a traversé le XXe siècle et pas mal de ses drames. Il s’est remis souvent en question en se demandant pourquoi les hommes qui aspirent tous à l’amour en viennent à être violents et à s’entre-déchirer dans des conflits. L’ouvrage voudrait reprendre le sillage de la Communication Non Violente. Il développe cette conviction que la force divine d’amour dont Rosenberg parlait est l’Esprit Saint et que le Seigneur met cette force dans le cœur de tous ceux qui ont soif de communion. Le livre abonde en exemples et conseils pratiques pour que ces pages qui font découvrir la force de l’empathie ne restent pas lettre morte mais fassent des miracles dans la vie des lecteurs. 

Les Paraboles évangéliques

Camille Focant, Les Paraboles évangéliques. Nouveauté de Dieu et nouveauté de vie, Cerf, (Lire la Bible), Paris, 2020. 

Le présent ouvrage repose sur un imposant travail. Y affleurent la recherche de Camille Focant sur les évangiles pendant plusieurs décennies et la documentation puisée dans nombre d’analyses de collègues exégètes. On mesure bien tout le sérieux de l’effort à soutenir pour aller au plus près de l’intention de celui qui a prononcé les paraboles. Car chacune est reçue à travers des relectures dans une tradition chrétienne et d’abord dans la perspective propre à chaque, évangéliste. A noter que sont jointes des paraboles figurant dans l’Évangile de Thomas. Il est précisé aussi que certaines images johanniques ne sont pas construites avec des éléments narratifs qui en feraient des paraboles au sens usuel. On plonge directement dans le vif du sujet avec l’exemple de la parabole du bon Samaritain et l’on est vite bousculé entre la simplicité du récit et les interprétations allégoriques. Le deuxième chapitre est donc tout indiqué pour donner, après cet exemple, des repères plus théoriques sur l’enseignement en paraboles de Jésus. A noter au niveau de l’authenticité, la remarque de Camille Focant par rapport à Paul Mei, er, qui fait référence quand on cherche le Jésus historique. Meier n’ouvre qu’avec beaucoup de réserve, à cause de critères trop stricts, l’authenticité à 4 paraboles. L’ouvrage vise en tout 32 paraboles et leur interprétation. Par cet ensemble, on découvre toute l’importance de cet enseignement particulier de Jésus. On est bien dans un discours tout à fait propice pour maintenir l’auditeur dans la recherche d’une expérience de Dieu et dans l’attention à la révélation du mystère de son Règne. Après les précieuses indications qui qualifient le style parabolique de Jésus, les chapitres se suivent en regroupant les paraboles selon les thèmes qu’elles abordent. L’attention que l’on est invité à prêter au texte permet vraiment de goûter à cette nouveauté d’un enseignement qui a bousculé les idées sur Dieu. Sans viser une actualisation pour que ces récits révolutionnent encore dans le contexte d’aujourd’hui ce qu’on dira de Dieu, le pari est tenu de fournir un commentaire qui permet de goûter aux différents genres de paraboles. Ce livre contribuera pleinement à mieux approcher cet « artiste en paraboles » qu’était Jésus et grâce à cet enseignement typique, à goûter encore la nouveauté de Dieu. 

Le Dieu des abîmes

Isabelle Le Bourgeois, Le Dieu des abîmes. A l’écoute des âmes brisées, Albin Michel, Paris, 2020. 

L’abîme dit le manque total de repères, ce qu’il peut y avoir de plus inquiétant dans la condition humaine. Et pourtant, Isabelle Le Bourgois veut signifier que Dieu y est présent. Parce que Dieu n’est pas à enfermer dans sa perfection. En écoutant des personnes dans des épreuves existentielles extrêmes, que ce soit dans son cabinet de psychanalyste ou dans les prisons, la question est devenue « Mais où est Dieu ? ». Et d’en découvrir des traits nouveaux. Dieu est aussi celui qui peut se dépouiller pour laisser advenir à soi-même. Alors qu’on en a fait fréquemment une demande intransigeante de perfection qui renvoyait l’homme à son insuffisance.

L’écoute demande du temps. Être vraiment présent à celui pour qui tout semble vaciller demande le courage d’une lenteur qui n’est pas la référence dans nos vies modernes. Le temps de Dieu, aujourd’hui, à l’échelle humaine des aspirations au tout tout de suite, est un temps qui dérange. Mais comme il est précieux de s’ouvrir à ce temps. C’est une condition pour qu’accompagnant ceux que tout semble abandonner, on se laisse aussi rejoindre par celui qui les y attend. Le Dieu des abîmes n’est pas celui que l’on apprend au catéchisme mais la descente de Jésus aux enfers nous en dit quelque chose. A travers sa mort, Jésus rejoint les plus enténébrés des aspects de notre humanité. Le nom « Dieu des abîmes » peut surprendre mais ce serait tellement injuste de ne pas croire que Dieu est présent au plus profond du vide que l’homme peut éprouver. 

Pour un christianisme intempestif

Michael Edwards, Pour un christianisme intempestif. Savoir entendre la Bible, Editions Le Fallois, Paris, 2020. 

Jésus laissait ses auditeurs « ébahis », « abasourdis ». Le drame pour nous, à qui le christianisme est familier, c’est que nous ne nous étonnons plus, étant devenus sourds à l’altérité de la parole évangélique, à la troublante singularité de la foi chrétienne. Le Christianisme est une contre-culture, il est surtout une Personne à mieux connaître, une aventure à pousser au-delà des limites du savoir. D’un type de savoir qui se laisse bousculer par un autre, parce que la foi aussi suppose un savoir, comme lorsque Jésus nous dit : « Tout ce que vous demandez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu, et cela vous sera accordé. » C’est le genre de savoir que l’on découvre quand le doute est balayé par une conviction que Dieu a mise en nous. Si on parle du christianisme comme d’une contre-culture, on peut y noter une sorte de joie excessive. Au-delà d’un sentiment, elle est l’autre face de la réalité parce qu’elle est joie d’un « réjouissez-vous dans le Seigneur » qui rend forts même par-delà ce qui inquiète et rend triste. Évoquant une sorte de contre-culture, Edwards s’explique aussi sur le rôle de l’art et sur cet art particulier qui fait entendre les Écritures quand il s’agit de traduire la Bible. Entendons que l’art a ce pouvoir de mettre en tension vers un accomplissement, vers une transcendance, chose que le chrétien comparera à la dynamique de l’espérance qui va encore au-delà. S’il y a un art à traduire la Bible, il faut que son exercice traduise en même temps l’amour de Dieu et de sa Parole. Académicien, auteur d’un Bible et poésie, Edwards continue sur la lancée de cet ouvrage. Pour reconnaître en Jésus la vérité, non pas en contradiction avec ce que visent nos recherches dans les différents champs du savoir humain mais la vérité qui peut réveiller nos cœurs lents à croire pour que nous cheminions avec lui, le Vivant. 

Le héros de mon enfance

Edward Janssens, Le héros de mon enfance, préface de Mgr Luc Van Looy, traduction de De held van mijn kinderjaren, (2018), Secrétariat du Comité du Bienheureux Edouard Poppe, Moerzeke, 2020. 

L’auteur est le recteur du sanctuaire. Le livre comprend une introduction à la vie du bienheureux Edouard Poppe et une série de 52 méditations écrites par l’abbé Poppe. On peut se le procurer pour 8,50 € au secrétariat du comité. E-mail : priester.poppe@edpnet.be. 

Découvrir la nouvelle traduction du Missel romain

Association épiscopale pour les pays francophones, Découvrir la nouvelle traduction du Missel romain, Paris, AELF, Magnificat, Mame, 2019.

Dans ce petit livre de format poche, Bernadette Mélois, actuelle responsable du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle (Paris), présente l’Ordinaire de la Messe, y compris les Prières eucharistiques I à IV (p. 41-118). Le texte est commenté de manière synthétique. Il inclut les changements qu’on trouvera dans le Missel, présentés en lettres de couleur bleue. Il ne suffit pas d’adopter les changements, dont certains sont d’ailleurs au choix, encore faut-il en connaître la signification.

La première partie comporte une présentation de Mgr B.-N. Aubertin et la Constitution apostolique du Missale Romanum du pape Paul VI (1969). Puis quatre articles proposent de jeter sur le missel un regard pastoral, historique et liturgique : Qu’est-ce qu’un missel ? (A. Haquin) ; Traduire, un acte de Tradition (Mgr S. Poitras) ; Au service d’une nouvelle traduction, la COMIRO (H. Delhougne, o.s.b) ; Les grandes parties du Missel romain (Mgr D. Lebrun). En Annexe, on trouve quelques pistes d’utilisation du livret en paroisse, pour des échanges de groupes.

Abbé André Haquin

Protection. Délivrance. Guérison

Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle. Protection. Délivrance. Guérison. Célébrations et prières, Paris, Desclée-Mame, 2017, 118 p. 

Face aux demandes nombreuses et variées d’exorcismes, de prières de protection, et de demandes de guérisons, le SNPLS (Paris) a créé un groupe de travail en vue d’un discernement. Le livre présenté est le fruit de cette recherche. Il est à l’usage de ceux qui sont chargés de recevoir les « nombreux hommes et femmes de tous horizons, confrontés dans leur vie à une détresse ou à une souffrance ». La question principale est celle du discernement en vue d’un accompagnement comportant l’échange, la prière, et l’éveil à la foi. Le parcours suivra différentes étapes : accueillir la personne et sa demande, favoriser une progression par le discernement et l’éveil à la foi, célébrer avec la personne, assurer un suivi de l’accompagnement. 

Pour la « Demande de protection » d’une personne ou d’un lieu, un temps de célébration est prévu, incluant la proclamation de la Parole et la prière, notamment de bénédiction. Pour la « Demande de délivrance » du Mauvais, du mensonge ou de l’égarement, une prière d’exorcisme sera parfois nécessaire. Pour la « Demande de guérison », on utilisera le « Livre des bénédictions » et les prières du Missel. On trouvera aussi des indications pour un « Temps de prière avec un non baptisé ». On ne négligera pas de consulter la « Fiche pratique : comment écouter ? comment discerner ? » (p. 11), ainsi que la réflexion intitulée « Prudence dans les pratiques » (p. 64). 

Abbé André Haquin

André Lanotte

Marthe Blanpain, André Lanotte homme d'art et d'espérance, 1914-2010, Les éditions namuroises, Namur, 2020

André Lanotte nous a quittés en 2010, léguant son corps à la science. Né en 1914, il avait 96 ans lors de son décès, il y a 10 ans déjà...

Sa collaboratrice, Marthe Blanpain, a rassemblé ses souvenirs et tous les documents du prêtre qu'elle a suivi de près pendant de longues années. Cet ensemble de faits et gestes constitue le livre qu'elle présente aujourd'hui.

Toute la vie du chanoine Lanotte s'offre au lecteur, depuis son enfance et ses études, en passant par ses activités pastorales à Saint-Loup, puis à Saint-Jean-Baptiste de Namur, pendant cette longue période de service à l'évêché, auprès de Mgr André-Marie Charue, et de son successeur Mgr Robert-Joseph Mathen. Tout est raconté simplement, comme si nous étions dans l'intimité d'André. Car le chanoine &, amp;, eacute;tait simple et beaucoup l'appelaient par son seul prénom.

On s'en doutera : pour la biographie d'un homme de l'art, les photographies, ou les scans de documents ne manquent pas. La couleur ou le noir et blanc sont au rendez-vous à chaque page du livre, ou presque, toujours simples, mais beaux et choisis bien à propos.

Ce n'est cependant pas un livre de références où le lecteur cherchera en vain une liste exhaustive des publications et articles d'André Lanotte. Un manque ? Peut-être. Mais c'est un livre de témoignage. Témoignage de l'auteur, assurément ; témoignage surtout du personnage décrit.

Car le chanoine n'a cessé de témoigner de sa foi, de ses croyances, de ses convictions, qui n'étaient pas toujours celles de tout le monde. L'art contemporain, la liturgie renouvelée par le Concile Vatican II, l'art au service de cette réforme nécessaire en ce temps de la vie de l'Église, tout est mis en lumière dans ce livre, simplement.

À lire aussi : la préface de Raymond Balau, professeur à La Cambre (Bruxelles), qui pourrait être appelée postface, tant elle prolonge l'œuvre et les enseignements d'André Lanotte. Ses lignes sur l'église du Sacré-Cœur à Saint-Servais ravivent cette atmosphère particulière qui s'en dégage lors des célébrations eucharistiques, où le Christ nous ouvre largement son Cœur !

Un livre de 92 pages, abondamment illustré en couleur, au format 16 x 24 cm. Édité avec le soutien de la Fondation Gaston Bertrand, aux Éditions namuroises (info@editionsnamuroises.be), au prix de 15 euros.

Chanoine Daniel Meynen

Saint Augustin

Anne-Marie Vannier, Saint Augustin. Pasteur, théologien et maître spirituel, Nouvelle Cité, Bruyères-le-Châtel, 2019. 

Qui est saint Augustin ? Cet ouvrage nous aide à le trouver ou plutôt à rejoindre cet homme sur le chemin de conversion, terme suggestif pour aller ainsi au-delà d’une vision statique d’Augustin et de l’humain. Le chemin de vie racontée dans ses Confessions s’impose à l’attention : au-delà d’une biographie, on y trouve un genre nouveau qui donne à un sujet de se découvrir, en miroir, dans la Bible. Cela peut inspirer l’homme d’aujourd’hui dans les crises d’identité qu’il traverse. Avec Augustin, l’homme se découvre comme créature. Et l’épisode clé de sa conversion met en valeur toute la force du désir de Dieu. Sa conversion, ou ses conversions qui décrivent tout le travail de l’Esprit, mettent en lumière les éléments pour comprendre ce que veut dire devenir croyant, au niveau de la raison et des attitudes qui concernent la vie morale. L’approche que fait Marie-Anne Vannier fait entendre le cheminement d’Augustin avec ce qu’il pouvait apporter de nouveau au temps qui fut le sien. Sa lecture peut aussi fournir des éléments d’ouverture pour chaque époque : lire Augustin avec attention per, met de puiser à la source d’ouvertures pour aujourd’hui. 

L’ouvrage revient sur l’anthropologie d’Augustin, pointant aussi ce qu’, on peut comparer au cogito de Descartes. On trouve cette affirmation du sujet chez Augustin sous une modalité différente, le fondement étant moins dans la réflexivité que dans la relation – ouverte à une vraie altérité – d’une créature avec son Créateur. Le schéma qui décrit son anthropologie n’est pas tant la dualité d’une « âme » et d’un « corps », avec un accent sur la connaissance intérieure de la première, que dans le désir qui prend l’une et l’autre, à travers les trois étapes de la création, de la conversion et de la formatio à laquelle contribue également la grâce de Dieu pour l’accomplissement de l’être créé. L’auteure avait réservé un ouvrage à ce processus en trois temps creatio, conversio, formatio en 1997 (Presses Universitaires de Fribourg) et elle reprend une méthode qui suit l’évolution de la pensée d’Augustin, méthode qui peut s’appuyer sur les Révisions, ouvrage précieux et particulier où Augustin donne ses avis pour resituer ses différents écrits. Théologien, Augustin reste toujours maître spirituel par cet élan qui l’inspire en l’orientant vers le Seigneur. Il se montre aussi pasteur pour partager la nourriture de la Parole de Dieu, pour la commenter avec un art certain de la prédication et ouvrir les cœurs à l’amour de Dieu qui rassemble les communautés. Sa postérité est évoquée au moyen-âge, dans ses reprises notamment par Thomas d’Aquin, Bonaventure ou maître Eckhart. Le lecteur pourra aussi y participer à cette postérité en goûtant à la lecture passionnante de cet ouvrage. 

Les quatre amours

Clive Staples Lewis, Les quatre amours, traduction de The four Loves, par Denis Ducatel et Jean-Léon Müller, Ed. Téqui, Paris, 2019.

L’ouvrage de Lewis est un miroir précieux pour décrypter, dans ses différentes facettes, le cœur de la vie qu’est l’amour. Cette nouvelle édition de cet ouvrage permet de goûter toute la chaleur de cette exploration de ce qui se tisse dans nos vies. Lewis commence par distinguer amour donneur et amour demandeur. Le paradoxe du côté intéressé et moins généreux du second questionne mais on découvre aussitôt que la distinction est plus théorique que réelle : quand on passe aux différents types d’amour, les distinctions demandent toujours de prendre en compte le fond de la vie d’une personne dans son unité. L’exploration vise les différents âges et les différents types de relation, enfants-parents, mari et épouse et encore l’amitié. Et une dimension religieuse n’est jamais occultée. Car l’analyse s’ouvre aussi, dans une perspective chrétienne, à l’amour au sens de l’agape par lequel Dieu est à l’œuvre dans le cœur de l’homme. Cela n’empêche pas de prendre au sérieux une affection qui peut ressembler à l’attachement d’un animal. Cela demande également de relever qu’il y a des pièges quand on se met à idéaliser ou sacraliser éros. Un éclairage qui peut contribuer à réchauffer des cœurs. 

Réactiver le sens commun

Isabelle Stengers, Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte / Les empêcheurs de penser en rond, Paris, 2020.

Il y a pas mal de motifs aujourd’hui pour initier une démarche philosophique semblable à celle de Socrate qui s’est mis en tête de donner aux Athéniens de dépasser leur ignorance. Stengers nous ouvre un tel itinéraire avec la pensée de Whitehead qui a voulu, au XXe siècle, contribuer à civiliser la modernité. Voyant l’essor de la science, ce mathématicien ne pouvait se résoudre &ag, rave; voir si mal partagés les rôles dans la gestion de la société. Ceux qui auraient le savoir et les compétences pour amener toujours plus loin les possibilités offertes par la science et la technique, d’un côté, une masse d’individus dans l’ignorance, d’autre part, soumis aux dispositifs imaginés par les premiers, qui auraient à se caser aux places qu’on leur aurait destinées. 

Whitehead voyait un déclin dans la tournure des choses et voulait réagir. Il y a lieu de reprendre son investissement comme penseur pour, à sa lumière, réactiver le sens commun en un temps de débâcle. La philosophie permet d’articuler des visions différentes et en particulier situer celle de la science et c’est ainsi qu’on pourra faire intervenir le sens commun. Whitehead appelait bifurcation de la nature cette distinction entre les manières d’appréhender la nature dans le registre de la science et dans la perception commune par laquelle elle apparaît comme cadre de notre existence. Quand les scientifiques évoquent des faits qui donnent valeur de vérité à leurs hypothèses, il faut en même temps reprendre cette attitude de Whitehead qui permet d’éviter l’abstraction à laquelle invite une théorie et son besoin d’objectivité. Le sens commun demande de prendre en compte les environnements et de ne pas isoler les problèmes. Whitehead avait pour principe de donner le pouvoir au problème pour situer le questionnement ou la philosophie qui relèveraient ce problème. Cela évite d’en venir à des vérités abstraites, à distance des contextes qui les font comprendre. Car comprendre suppose, dans une voie qu’il importe de rendre cohérente avec la science, même avec le recul que celle-ci demande, une attention à soutenir par chaque membre de la communauté. 

L’envie d’y croire

Eliette Abécassis, L’envie d’y croire. Journal d’une époque sans foi, Albin Michel, Paris, 2019.

Ce livre n’a rien d’une prise de position d’un point de vue religieux à l’encontre d’une époque, la nôtre, dont la foi aurait disparu. C’est un point de vue situé dans un vécu qui demande de se sentir responsable et qui réclame une prise de recul pour l’être vraiment. L’auteure connaît l’art de la discussion du Talmud, sans doute par son père, Armand Abécassis, mais elle livre plutôt son analyse de femme située dans les vicissitudes de notre temps. Elle réfère d’abord le manque de foi au niveau de ce que ce mot peut dire d’une confiance en soi et dans les autres, en termes de garant d’une humanité. Et on le mesu, re mieux, on en voit mieux la profondeur quand on aura repéré les fuites vers des modes de vie qui font zapper, le mot est choisi à dessein, quand s’amorce un approfondissement. La question de Dieu et de la religion ouvre souvent sur un grand vide non seulement parce qu’on ne s’en donne plus le temps. Mais aussi par les mentalités qui sont issues des drames du XXe siècle et du début du suivant. Que ce soit comme pour Abécassis et se, s racines juives, avec l’interrogation suscitée par la Shoah quant à une présence ou une absence de Dieu, ou bien encore quand la question du sens en a déserté parce que l’en font fuir des violences encore perpétrées dans des schémas religieux extrémistes. Int&ea, cu, te;ressant de découvrir l’auteure dans un thriller prenant pour cadre une école talmudique à Paris au moyen-âge, qui permet d’imaginer les actions haineuses de catholiques d’alors envers les juifs, tout en faisant découvrir ce goût de la recherche et de l’interprétation de la Torah qui tranche avec le caractère autoritaire que des hommes de pouvoir montrent en utilisant l’Écriture selon leur dessein (le Maître du Talmud, aussi chez Albin Michel). Son procès est ici contre les maîtres modernes de l’existence à qui on donne le pouvoir dans un schéma, pour le dire comme la Boétie, de servitude volontaire : Google, mais aussi simplement nos smartphones et ordinateurs, dictent nos modes de vie où des références s’imposent par la place du numérique, cet ogre technologique. Abécassis décrit dans différents registres de la vie cette perte de foi : les attitudes sont transformées dans les registres de l’éducation, de la vie en couple et en famille, également dans les questions de société où se présentent à nouveau la question de la religion et de la laïcité. En évitant une religion qui se mettrait à imposer une vérité particulière, on peut trouver à revaloriser des choses toutes simples de la vie, en prenant soin de leur dégager du temps, de les rendre humainement porteurs, au besoin en ritualisant un peu : le repas comme moment de partage, les vraies rencontres, la littérature, la plongée curieuse dans l’histoire pour faire revivre le passé et la culture qui invite chaque individu à mieux s’enraciner dans la monde et à élargir l’horizon de son existence. Si faire opposition à la place du numérique ou à la puissance du capitalisme paraît un défi immense à relever, il y a peut-être à l’oser d’abord par un e-Detox, une déconnexion au sens technique qui soit reconnexion avec soi-même pour plus d’humanité. Si la foi mentionnée dans le titre peut devenir plus qu’une confiance qui relève du psychisme, il faut encore signaler comment il y a un appel à la spiritualité, à la mystique et à la sagesse auxquelles le mode de vie actuel fait tant d’ombre. A la fin de l’ouvrage, on peut rester sur sa faim pour aller au-delà d’une foi un peu à l’horizontal, d’un humanisme qui décevrait de toute perspective de transcendance. Il faut peut-être se demander humblement, avant d’aller plus loin ou plus haut, si on prend assez de recul pour pouvoir s’avouer, parce que pris dans le monde avec beaucoup d’illusions, hypercroyants mais sans foi. C’est alors qu’en parlant de notre foi, nous reconnaîtrons qu’elle permet d’ouvrir des chemins d’humanité et de s’y engager en êtres responsables. 

Les célébrations de la Parole
Vie reçue, vie donnée. , L’offrande eucharistique
Les bénédictions

Service de la pastorale liturgique et sacramentelle, Conférence des évêques de France, Les célébrations de la Parole, coll. « Célébrer » 1, Paris, Mame, 2018, 104 p., 22 euros ; Vie reçue, vie donnée. L’offrande eucharistique, coll. « Célébrer » 2, Paris, Mame, 2018, 128 p., 22 euros ; Les bénédictions, coll. « Célébrer » 3, Paris, Mame, 2019, 119 p., 22 euros.

Une nouvelle collection Célébrer vient de voir le jour. Trois volumes ont paru. Chacun propose un « itinéraire liturgique et spirituel de formation et de discernement des pratiques » qui peut favoriser l’Art de célébrer et une meilleure perception de ce qui se joue dans les célébrations chrétiennes. Chaque volume présente une quinzaine d’articles d’une écriture élégante et accessible. La présentation est très soignée et les divers textes s’enrichissent de photos de qualité. Trois types d’articles sont proposés dans chacun des livres : Théologique (le rapport au salut), Mystagogique (l’entrée dans le Mystère à partir des rites), Liturgique (la mise en œuvre des gestes liturgiques). 

Les célébrations de la Parole

Selon les dispositions de Vatican II, tous les rites, jusqu’aux simples bénédictions, comporteront l‘annonce de la Parole. Les liturgies de la Parole peuvent trouver place dans les vigiles avant les grandes fêtes, les pèlerinages et les retraites… Sans oublier la Liturgie des Heures, encore inexistante dans de nombreuses paroisses. La quinzaine d’articles traite du rapport de la Parole aux Ecritures, du dialogue entre Dieu et l’assemblée, du lieu de la Parole et du livre pour la proclamer, du fil conducteur de la célébration, de la proclamation, de l’écoute et de la réponse… 

Vie reçue, vie donnée. L’offrande eucharistique

Ce volume rendra service dans l’attente de la nouvelle édition du Missel romain et permettra de renouveler notre regard sur l’eucharistie. Plutôt qu’une étude qui suit le déroulement du rite eucharistique, on a choisi une thématique abordée de façon transversale : le don du Christ et sa réception par les croyants, et dans la foulée, le don des fidèles. Cette manière évoque la « logique du don » (Marcel Mauss) et ses trois moments : « don », « réception », « contredon » ou don en retour. Parmi les articles les plus développés, on trouve « Une existence eucharistique sous le signe du don », « Vie reçue, vie donnée », « Prenez et mangez », « Devenir une vivante offrande. L’épiclèse », « L’autel du sacrifice », « La fraction du pain », etc.

Les bénédictions

Dieu est source de toute bénédiction (Gn 1, 28). Dans la démarche du Créateur, la parole et l’action ne font qu’un (« Il dit… et cela fut ») pour le bien de l’humanité (« Il vit que cela était bon »). Dieu bénit en se rendant présent à la vie des hommes. En retour, la prière de bénédiction monte vers Dieu en action de grâce pour les bienfaits reçus (« Bénissez le Seigneur ! »). L’Eglise bénit les personnes de la part de Dieu, ainsi que les lieux de vie et d’activité des hommes, en vue de leur bon usage, conformément à l’Evangile. On appréciera particulièrement dans ce volume les articles suivants : « La bénédiction envisagée du point de vue de l’éthique », « Dieu, source de toute bénédiction » mais aussi « La bénédiction nuptiale », « La bénédiction des malades », « Mystère pascal et bénédiction ». Le IVe volume, en préparation, sera consacré au Pèlerinage. 

Abbé André Haquin

Relire le relié

Michel Serres, Relire le relié, Editions du Pommier, Paris, 2019. 

Ce livre est le dernier de Michel Serres, il l’a soumis à quelqu’un la veille de sa mort mais n’a pas pu le relire. Il y fait un magnifique parcours de relecture. Relire étant avec relier aux sources du sens du mot religion, il se propose en quelque sorte de relire ce qu’est la religion comme une des dimensions qui pointent des caractéristiques de la vie humaine, ce qu’il appelle des points chauds, des croisées entre le spirituel et les événements du monde, l’histoire. Même s’il est parfois caché dans une relecture objectivante, le spirituel se dégage, avoisinant les idées, le savoir, proche du symbolique aussi puisqu’il s’agit de relire. Et comme présenté d’emblée, l’exercice peut être critique, de quoi délier dans le spirituel ce qu’au nom de la religion on a parfois trop vite lié. Il le fait comprendre et l’annonce avec les hommes apparaissant dans l’évangile de la femme adultère, eux qui accusent et lient dans sa faute, alors qu’ils étaient mal placés pour le faire, une femme que Jésus justement ne condamnera pas. 

On parcourt ainsi l’anthropologie en pointant à un moment la place du virtuel, l’émergence d’un autre mode de reliure par la fabrication des faux dieux dont le numérique a le pouvoir. Cet ouvrage fait là aussi la critique d’un pouvoir temporel qui dit la force et la soumission alors que le pouvoir spirituel suppose une liberté qu’un réel pouvoir contredirait. Cherchant la mystique, on rencontre aussi les mathématiques et d’autres modes du savoir, les sciences, une sensibilité à cet invisible symbolique qui double le monde visible, en cherchant leur émergence dans le visible de la réalité humaine. Apparaissent des reliures verticales, si précieuses pour pointer la transcendance. Et des reliures horizontales qui peuvent parfois cacher les autres. L’enracinement dans la nature, lien horizontal, dit en même temps une situation dans un ordre plus global, quelque chose que l’Incarnation reprend à sa manière. Et cela préserve des faux mysticismes et des idéalismes qui oublient la réalité. D’ailleurs l’Evangile et Jésus qui se réf&egrav, e;re aux signes donnés par les campagnes, font le lien avec la réalité d’une manière que Serres distingue des liens sociaux avec les jeux de pouvoir qui y naissent. A ce point aussi, sa relecture de ce qui relie est souvent judicieuse, montrant ce qui peut donner la juste place au religieux. Sa relecture de la religion permet d’ouvrir l’humanité à un autre ordre que celui de la chair et du sang, po,, ur, reprendre un, langage évangélique, comme ouverture de l’humanité tout entière à une relation d’amour avec le Père céleste. Si ce testament évoque la vie et la mort, Serres qui se préparait à la mort y fait aussi l’aveu de cette incroyable nouveauté de l’Evangile qui annonce la résurrection, annonce qui brusque les esprits qui ne comprennent pas. Là aussi, n’est-ce pas croire que pour relier le vis, ible et l’invisible, le Christ est à reconnaître dans le pauvre qui se présente à nous, le divin est à reconnaître chez l’autre comme est à reconnaître ainsi ce qu’est authentiquement l’amour q, ui est plus fort que la mort ? 

Job ou le problème du mal

Alain Houziaux, Job ou le problème du mal, , , , Une éloge de l’absurde, CERF, Paris, 2020.

Ne cherchez pas une justice dans l’histoire de Job et enco, re moins Dieu comme garant de cette justice. Mais cherchez Dieu avec Job, dans son épreuve. Avec Houziaux,, nous voici dans u, , n commentaire novateur de ce livre énigmatique. Le livre de Job est original et l’image de Dieu y tranche sur l’image plus classique de Dieu dans le judaïsme. Dieu apparaît bien comme celui qui sait mais aussi, comme le fait remarquer Houziaux, comme celui qui connaît les forces cosmiques dans leur désordre, dans leur chaos. La vision de Dieu y est donc quelque peu excentrique. Le mal viendrait-il de Dieu, comme le dit Job, parce qu’il considère le mal injuste. Il refuse une sorte de thérapie que lui proposent ses amis qui voulaient donner un sens au mal. Dieu reste bien pour Job, le tout-Autre, un Ailleurs. Dieu n’est pas dans l’ici des explications qu’on possède et l'ici d’une nécessité qui donne de lire le monde à la mesure des nécessités observées. En découvrant Dieu ainsi, croire en Lui peut se dire aussi croire pour rien. On retrouve donc, comme situation du croire, la liberté tenant à la gratuité et à l’inconditionnel. Si Job met sa foi dans l’Absconditus, c’est qu’il nous faut, avec lui, non seulement conjuguer le croire avec une recherche de sens, mais aussi rester sensibles au recul de l’humour, à l’amour pour la vie et à la modestie. 

Vivre le Notre Père

Sœur Marie-Madeleine Caseau, Vivre le Notre Père, Du bon zèle filial et fraternel, préface du Père Matthieu Rougé, Editions Saint Léger, Paris, 2019.

Ce texte provient d’une retraite donnée aux prêtres du diocèse de Nanterre à l’occasion de la messe chrismale. Elle développe les différentes demandes de la prière du Seigneur en sondant comment la vie religieuse peut être une parabole de ce qui est demandé, comment une communauté religieuse est une sorte de laboratoire pour laisser ces demandes travailler le cœur de ceux qui le reprennent ensemble. Elle puise abondamment à l’Évangile pour se référer à la figure de Jésus. Elle se tourne aussi fréquemment vers les Pères de l’Église pour nous placer avec ces figures qui ressortent du passé dans l’aujourd’hui de Dieu.

Lucien Cerfaux (1883-1968)

Serge Holvoet (dir.), Lucien Cerfaux (1883-1968), Actes de la Journée d’Etude à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, Cerf, (Patrimoines), Paris, 2019.

L’Université Catholique de Lille a organisé un colloque le 29 novembre 2018 au séminaire de Tournai pour les 50 ans de la mort de l’abbé Lucien Cerfaux. Exégète, l’abbé Cerfaux est connu pour sa théologie paulinienne et Michel Hubaut, qui a contribué à l’ouvrage, retrace cette étude qui devient largement accessible notamment par son dernier ouvrage « L’itinéraire spirituel de saint Paul ». On salue en même temps l’historien et l’homme profondément spirituel. Il a en effet toujours tenu à conjuguer approche historique et approche croyante. Il a étudié la gnose en la différenciant franchement du début du christianisme sans prendre en compte ce qu’une approche anthropologique y a relevé, allant davantage vers une sorte d’apologie des courants chrétiens. Fort de sa connaissance sur Paul, de son insistance pour la tradition orale et de son insistance à développer une théologie biblique, il deviendra aussi une aide pour l’équipe belge présente au concile Vatican II.

L’Église face à ses défis

Eric de Moulins-Beaufort, L’Église face à ses défis, Editions CLD/ Nouvelle revue théologique, Paris, 2019.

Les éditions CLD reprennent dans cet ouvrage deux articles parus dans la Nouvelle Revue Théologique, un article sur la vocation sacerdotale aujourd’hui paru dans la revue Vie Consacrée et un inédit qui sonde le thème de la famille. Dans le premier chapitre, l’auteur réagit au climat qui fut créé en France par la découverte des abus sexuels par des prêtres. Il cherche à éclairer la situation et à donner des lignes de conduite. Pointant ce qui a pu être une naïveté sur la dimension affective et la mauvaise gestion des dérives qu’elle ouvrait, il marque de nouvelles exigences qui s’inscrivent bien dans une manière renouvelée d’évoluer ensemble en Église, loin des figures excessivement sacralisées et inaccessibles du prêtre.
Le deuxième chapitre fait le point sur la position de l’Eglise en France où il s’agit, comme l’ouvrage l’évoque, de relever des défis au niveau culturel et au niveau spirituel. Les constats pourraient inspirer la désolation. Il y a sans doute quelque chose de nouveau à vivre pour répondre au changement de société qui a marqué la fin du XXe siècle.
Le troisième chapitre, sur le mariage et la famille, fait une analyse fouillée puisant dans l’anthropologie du lien matrimonial. Elle souligne la profondeur de la spécificité de la vision chrétienne du mariage, répercutant ce que l’Evangile, visant les liens des disciples du Christ en communion dans le Corps de leur Seigneur, peut inspirer pour regarder autrement ce qu’est la famille.
Dans la quatrième chapitre, partant d’une prise de parole sur une interrogation fondamentale à propos d’une vie sacerdotale aujourd’hui, les grandes lignes sont rappelées et positivement remises dans la perspective de l’envoi des pasteurs vers ce que les hommes et les femmes ont d’éternel, porteurs de la Bonne Nouvelle pour éveiller à la joie souvent inattendue quand la victoire du Christ ouvre à la joie de la communion dans la charité.

Coexister

Anne Waeles, Coexister. L’urgence de vivre ensemble, Éditions de l’Atelier, Paris, 2019.

Cinq jeunes Français venant d’horizons religieux et culturels différents vivent une expérience commune, rejoignant le projet Coexister qui répond à leur défi de faire valoir la richesse de la diversité. Y figurent Benjamin qui est d’origine juive, Farah qui vit avec une double culture française et tunisienne, Victor qui vient d’une famille athée même si son éducation l’a mis en contact avec les célébrations chrétiennes et juives. Son expérience personnelle s’est forgée par les enfants d’origine étrangère que sa famille accueillait et par un an vécu en Afrique du Sud. Chloé a aussi profité des étudiants allemands, roumains, autrichiens, espagnols qui trouvaient l’hébergement à la maison familiale. Quant à Samuel, dans une famille plutôt catho de gauche, il a souvent été confronté aux réactions assez violentes de jeunes en recherche d’identité et a été attentif aux grandes figures des personnes qui ont lancé des chemins de convergence dans des mondes en tension : Lech Walesa, Desmond Tutu, Sœur Emmanuelle. Bien d’autres les rejoignent dans leurs projets au gré de mobilisations à l’idéal de mise en valeur de la diversité. Le livre raconte le parcours de cette association qui a soif de dialogue interreligieux, d’initiatives où se rencontrent les convictions. Les polémiques concernant la place des religions dans la société, les tensions créées par le terrorisme demandent des prises de position. Le groupe se prend en charge pour une présence signifiante lorsqu’il acquiert une certaine visibilité. Il cherche à proposer des attitudes pour traverser crises et questionnements. A l’heure où la fraternité n’est pas au programme scolaire, voici le témoignage de jeunes qui y ont veillé.

Ecouter le langage de Dieu

Léo Scherer, Ecouter le langage de Dieu. Les Exercices, quelques fruits, quelques visages, Editions Vie Chrétienne, Paris, 2019.

Comment écouter le langage de Dieu dans un monde en pleine mutation et agité par tant de violences. Cela implique un chemin d’intériorité, une manière de vivre dans l’Esprit, apte à conduire vers de nouvelles frontières. Telle fut jadis l’expérience d’Ignace de Loyola, à travers les diverses étapes de son itinéraire. Le livret des Exercices spirituels aide justement à parcourir un tel chemin : le désir du retraitant est d’abord purifié, puis il se laisse éclairer par la contemplation du Christ, jusqu’au moment de l’union où se découvrent, du même mouvement, le désir de Dieu et le désir profond de l’homme. Ainsi recréée, la liberté produit des fruits multiples. Il s’agit, aujourd’hui encore, d’accueillir le Dieu qui vient, en se laissant habiter par la promesse qui résonne à travers l’Apocalypse. C’est à ce chemin d’intériorité, d’écoute et de liberté que convie le livre de Léo Scherer. La postface montre comment la Communauté de Vie Chrétienne aide des laïcs à s’engager sur un tel chemin, dans la fidélité à la tradition ignatienne. Ce ne sont pas seulement des parcours individuels qui sont en jeu, c’est un nouveau visage d’Église.

La formation des catéchistes paroissiaux

Père Joseph Biyaga, La formation des catéchistes paroissiaux, Compagnonnage et autoformation pour un leadership partagé, Éditions Saint Léger, Paris, 2019.

Prêtre du diocèse d’Eséka, en charge pastorale dans le diocèse de Namur, le Père Biyaga a étudié la catéchèse et a obtenu un doctorat en théologie pratique à l’université de Laval. Son propos étudie en particulier la situation des catéchistes au Cameroun qui jouent un rôle très important dans la pastorale.  Leur situation est issue des premières missions au Sud-Cameroun. Les catéchistes reçoivent des rôles et des responsabilités qui demandent une formation sérieuse alors qu’ils se retrouvent souvent en première ligne dans la mission d’évangélisation. L’ouvrage reprend les fruits de la recherche du Père Biyaga concernant une pratique de compagnonnage et d’autoformation dans le diocèse d’Eséka, recherche qu’il a menée pour sa thèse. La formation d’adultes, en particulier pour cette mission de catéchistes, doit résister à la tendance à assimiler la formation à la seule instruction. Le contexte ecclésial invite à innover pour donner aux catéchistes d’être les premiers responsables de leur formation. Ce qui les ouvre à se sentir davantage responsables et véritablement acteurs dans leur mission.

Le christianisme en procès

Manfred Lütz, Le christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, titre original Der Skandal der Skandal. Die geheime Geschichte des Christentums, traduit de l’allemand par Isabelle Schobinger avec la collaboration de Philippe Naszalyi, Éditions de l’Emmanuel, Paris, 2019.

Quand le philosophe Herbert Schnädelbach défend la thèse de la malédiction que serait le christianisme, quand Arnold Angenendt, éminent historien, examine sérieusement ses reproches et le convainc de réviser ses positions, on pourrait laisser passer un débat intellectuellement de haut vol, on peut aussi le rendre accessible. C’est ainsi que Manfred Lütz offre de quoi revoir un procès fait au christianisme en rappelant s’il le faut une meilleure connaissance de son histoire. Il n’est pas question ici du Credo, du cœur de la foi chrétienne, mais bien de l’histoire. Ce qui veut dire que seront visés aussi les reproches fait au long des siècles à la religion chrétienne, cette religion où l’on croit que Dieu est entré dans l’histoire des hommes et qui de ce fait s’expose au procès critique de son histoire. La connaissance de ce q, , ui s’est passé, revu à la lumière d’un vrai examen historique plutôt qu’au travers de ce qu’une sorte de légende en a fait, demande un travail dont on peut goûter ici le fruit. Et c’est préférable à l’attitude, pour un chrétien aujourd’hui, de ne retenir que ce qui lui semble louable, comme la vie des saints, en ignorant les points de scandale sur lesquels ses contemporains l’attaqueraient. L’histoire est aussi la manière dont bien des aspects actuels de l’Église se sont construits. On pourrait toujours se dire que le meilleur est à venir, mais que ferait-on alors des croisades, des chasses aux sorcières, de l’inquisition et d’autres heures noires du christianisme ? Axé sur l’histoire, cet ouvrage ne comporte pas moins des éléments importants et suggestifs pour penser l’Église d’aujourd’hui, pour comprendre les racines de notre société et saisir les défis lancés à l’Église de demain.

, Ce nom qu’à Dieu ils donnent

Guillaume de Fonclare, Ce nom qu’à Dieu ils donnent, Stock, Paris, 2019.

L’auteur s’est investi dans la recherche sur la guerre 14-18 avec tout ce qu’elle peut avoir de bouleversant pour l’humanité. Il nous livre ici le carnet d’un road-trip à la quête du divin. Une maladie lui fait prendre distance par rapport au quotidien et aux habitudes. De Fonclare nous fait part des fruits de sa retraite en quête de ce qui le dépasse. Il se disait athée pratiquant mais avoue qu’il y a au fond de lui quelque chose qui est plus que lui. Il se confronte au dogme et son esprit rationnel et libre le refuse mais il témoigne de la lumière que de simples croyants diffusent, témoignant sans rien imposer. Il pratique aussi la méditation pour vivre l’instant présent, simplement. Il peut raisonner et nous livrer ses réflexions, car le doute, sans cesse l’interroge, il peut accueillir aussi le fruit de ce temps qu’il consacre à oser se rendre accessible du mieux qu’il le peut à une présence que certains auprès de lui trouveraient futile ou ridicule. Mais il se fait le relais de ce que représente le basculement entre les positions dites par « si Dieu existe » et par si « tu existes ». Il se situe aussi ou plutôt cherche à se situer par rapport à Jésus de Nazareth, par rapport à la croix, par rapport à la résurrection. Il sait l’importance de ce que veut dire croire en lui. S’il se reconnaît habité par la foi, cadeau offert par ce temps de retraite, il ne se dit pas converti mais pèlerin ayant encore à marcher avec cette foi, pour la découvrir encore.

L’Evangile inouï

Dominique Collin, L’Evangile inouï, Salvator. Paris, 2019.

Dans le sillon creusé par son précédent « Le Christianisme n’existe pas encore », Dominique Collin nous rend attentifs à ce que l’Evangile peut faire germer et pousser en nous. Il convient de préciser à propos du mot « Evangile » ce qu’il n’est pas s’il est trop englué dans une vision du monde et des convenances qu’on lui a associées. Inouï, l’Evangile l’est parce qu’il est une Parole que nous n’avons pas encore entendue, heureuse annonce de la Vie qui se communique et que nous n’avons pas encore accueillie en vérité. Dans la teneur existentielle qu’un Kierkegaard peut faire chercher, il s’agit donc de laisser de côté les questions que l’on se pose sur le texte de l’Evangile pour devenir soi-même question en le lisant. La question n’est pas que philosophique pour une époque où le moi est omniprésent, enflé de préoccupations. Car il faut accueillir la Vie, celle pour laquelle il est préférable de mourir, entendons perdre la vie de ce moi. Un signe qu’il y a là de l’inouï dans l’Evangile ? Avouons que nous avons bien souvent de l’Evangile des lectures qui font un « tri sélectif ». Que cela s’accorde à un système d’idées articulées dit bien qu’on n’est pas là face à la réalité vivante d’une parole. Rester vraiment à l’écoute de cet Évangile, c’est l’objet d’une conversion pour un changement plus radical encore, quand la Parole elle-même nous travaille en nous communiquant la Vie.

Dieu est nu

Simon Pierre Arnold, Dieu est nu. Hymne à la divine fragilité, Lessius, Bruxelles, 2019.

Pour que la foi soit un cheminement, il y a des images de Dieu à quitter, il y a à le préserver de tout ce dont nous aurions tendance à le recouvrir. Comme la science qui permet de rejoindre vraiment la question de Dieu et non les pseudo-réponses que, dans l’ignorance, on lui associait. Comme Dieu qui rejoint le lieu de l’homme alors que la considération de sa transcendance l’en aurait tenu éloigné. Le cheminement de la foi va avec une simplification progressive de Dieu. Suivre Jésus est aussi l’accompagner dans cet amour où il se donne en se dénudant et où, par là Dieu se révèle. Dieu se montre en Jésus dépouillé de tout sur la croix, il se dit encore dans la résurrection pour montrer ses blessures. Cet essai stimulant délivre nos représentations de Dieu, nos essais de le voir quand Jésus nous dirait tout simplement « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Et pour le reconnaître, il faut encore revisiter les paroles de l’Evangile : c’est Dieu qui nous y invite à une vraie relation avec lui quand Jésus ne parle de Dieu, mais quand sa vie nous dit sa communion avec le Père.

La connaissance mystique

Frédéric Nef, La connaissance mystique, Émergences et frontières, Éditions du Cerf, Paris, 2018.

L’auteur a écrit de nombreux articles et ouvrages en sémantique, histoire de la philosophie, théologie philosophique. Il va contre l’idée de faire de la mystique un domaine qui fuirait toute rigueur car il veut la faire entrer dans une épistémologie générale. Bien autre chose que de broder sur un domaine de l’ineffable : aborder la mystique demande de prendre des repères, d’y parler d’expérience et de connaissance, de préciser ce que peut en être l’essence. Cette étude approfondie de la mystique permet aussi de résister à différentes attaques modernes contre la mystique, notamment parce qu’on y trouverait un refus de l’altérité et l’impossibilité d’une dimension personnelle. Il faut bien sûr baliser le chemin qui part d’une origine platonicienne pour rejoindre ce qu’un saint Jean de la Croix nomme une « sagesse de Dieu secrète et cachée » ou dépasser ce que la psychologie moderne pourrait déconstruire. Se profile aussi tout le chemin d’une théologie mystique où l’amour et la connaissance vont de pair.

Chrétiens, la grâce d’être libres

Jean Duchesne, Chrétiens, la grâce d’être libres. Par-delà les conformismes et les peurs, Artège, Paris, 2019.

Cet ouvrage propose un grand nombre de points de repères pour qui veut penser le christianisme dans le monde d’aujourd’hui. Jean Duchesne associe à la foi une indépendance d’esprit reçue plutôt que conquise. Il indique la position de cette liberté dans l’ordre de la grâce. Reste bien sûr à articuler la possibilité d’un engagement responsable dans l’histoire car celle-ci dit des incertitudes, des risques et des chances. L’Europe, comme lieu d’une civilisation du Progrès, fait l’objet d’examens et d’analyses bénéficiant d’un recul qui naît de cette liberté. Les différents monothéismes sont mis en perspective. On sent la possibilité de réconcilier judaïsme et christianisme, on perçoit également ce qui différencie l’Islam d’un point de vue de son rapport au politique. La liberté à recevoir est sans doute plus grande que ce que le croyant, ici et là, en recevra. Des progrès restent ainsi à faire. La spiritualité y sera pour quelque chose et Duchesne appuie son propos sur Bouyer dont il fut l’ami. Ce registre de la spiritualité apparaît dans une histoire du christianisme racontée de l’intérieur. Il y a bien sûr une réserve pour le propos de celui qui comme croyant ou comme témoin avoue que la disponibilité à la grâce donnée n’est jamais totale. En évoquant le défi qui se propose au fil de ces pages en termes de contradiction, on se rend bien compte sinon de l’étendue des points abordés, du moins de la pertinence des propos. Car vivre en chrétien demande de vivre dans une contradiction qui y est inhérente. Parce que le Christ ne nous permet pas de nous résigner à suivre le monde comme il va sans savoir où il va. A recevoir, et à désirer recevoir encore de quoi vivre la contradiction, beaucoup de vérités allant de soi sont la cible de l’impertinence chrétienne, dont la prétention est modérée par l’humilité de rester en quête de la lumière. Cela concerne des points aussi divers que l’Europe, le Progrès, la place de l’Islam, l’importance du politique. Y trouvent place aussi des présentations trop simplistes du christianisme et de la place qu’il occupe dans une confrontation au monde.

La sollicitude

Ignace Berten, La sollicitude. Un mode de vie évangélique, Salvator, Paris, 2019.

Le mot qui exprime le mieux la manière qu’avait Jésus d’être présent aux hommes est le mot « sollicitude », commence à nous dire Ignace Berten. Caractéristique de la figure humaine de Jésus, elle est en même temps expression de Dieu en Jésus. Supposant une sensibilité à la vulnérabilité des personnes qui en sont l’objet, elle demande un recul par rapport à un rapport de pouvoir ou de dépendance qui en fait partie. Une première partie de l’ouvrage aborde la sollicitude en elle-même pour mieux la cerner en croisant différents exemples éclairants. Ensuite, l’ouvrage reprend l’accent que le pape François a placé sur la miséricorde. Et on trouve une analyse du chemin sur lequel le pape veut nous faire progresser. Nous resituer par rapport à Vatican II, par rapport à un changement qui, si on n’aime pas l’appeler rupture parce que c’est bien la même Église, est décisif pour un nouveau rapport au monde. Ignace Berten commente ici le contraste des styles Benoît XVI et François. Ce dernier, sous la perspective de la sollicitude, invite à une approche plus pastorale où l’attention de l’Église se doit d’être vers les périphéries. La sollicitude a une dimension politique. Des exemples comme celui de Don Helder Camara le disent bien. Une troisième partie, reprenant la sollicitude telle que la vivait Jésus, interroge l’image de Dieu que cette forme de vie exprime. Pour le croyant, cela peut aussi éveiller une perception de toutes les forces qui écrasent les plus faibles. Dieu nous promet d’en être vainqueur et on comprend que l’Église doit être engagée dans ce combat.

Des vérités devenues folles

Rémi Brague, Des vérités devenues folles, la sagesse du moyen-âge au secours des temps modernes, traduit de l’anglais par Gabriel-Raphaël Vereyt, Salvator, Paris, 2019.

On trouve dans cet ouvrage des conférences données dans un contexte anglo-saxon par Brague qui est bien francophone. Distinguant vertus et vérités, Brague nuance différentes conceptions inhérentes à la vie chrétienne mises à mal par la modernité. Si Chersterton, auquel se réfère Brague, parlait de vertus, Brague préfère ne pas parler ici de vertus chrétiennes pour préférer la qualification spécifiquement chrétienne à certaines vérités faisant partie de l’héritage de la foi chrétienne comme , l’idée , de création, la notion de providence défigurée dans sa version sécularisée, et aussi la difficulté de rencontrer une véritable parole de pardon dans un monde marqué par le poids des culpabilités. Guérir ces vérités devenues folles, c’est l’enjeu d’un parcours qui va chercher la racine des vertus dans la conception antique, dans un dynamisme qu’a chaque être d’accomplir ce que lui permet sa nature. Et on gagne à compléter par ce que la Bible en présente par une approche narrative. La notion de valeur doit être interrogée : il y a un risque de vacuité quand elle ne repose que sur ce que l’homme s’y donne. Pourquoi poursuivre le Bien si on est privé d’une référence ultime ? Il faudrait une sorte de moyen-âge, quelque chose qui y ressemble, non pas âge obscur mais temps de multiples confrontations, où l’on doive faire une synthèse entre une vertu qui tient à la nature des choses et l’appel d’un commandement divin qui nous dit : « Sois ». Cett, e guérison des vérités devenues folles, qu’elle touche des éléments comme la culture, , la place de la famille, la nature ou le Bien, serait bien le chemin pour mieux dire le sens de l’existence humaine.

Les Catholiques en France de 1789 à nos jours

Denis Pelletier, Les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin-Michel, Paris, 2019. 

Depuis le tournant du millénaire, l’émergence de minorités catholiques actives, les prises de positions de l’Église de France comme la médiatisation de ses crises internes ont fait prendre conscience qu’il existe en France une « question catholique ». Or, dans la société la plus sécularisée d’Europe, le catholicisme est mal perçu, mal connu, voire étranger à beaucoup de Français. Par sa clarté et sa forme narrative l’explication passe par le récit. L’ouvrage de Denis Pelletier met l’histoire de ce monde singulier à la portée de tous. De la Révolution à aujourd’hui, il déconstruit les idées reçues et montre comment les différentes mémoires (celle des catholiques, celle des anticléricaux, celle du roman national) ont souvent déformé les réalités historiques. Un livre éclairant, même dans sa couverture du phénomène à l’échelle de la France et de ses problématiques propres. Car les tendances qui y sont analysées et leur ancrage historique sont éclairantes pour la perception de la place de la religion ou pour la « question catholique » en Europe. Denis Pelletier est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, spécialisé dans l’histoire du catholicisme français.

Le messie souffrant

Jean-Noël Aletti, Le messie souffrant. Un défi pour Matthieu, Marc et Luc, Essai sur la typologie des évangiles synoptiques, Lessius, (Le livre et le rouleau), Bruxelles, 2019.

L’Ancien Testament évoque plutôt la figure d’un Messie glorieux. Comment alors donner la garantie d’un écrit, ce qui revient à un personnage illustre, à un messie qui aurait souffert la croix ? 
L’ouvrage d’Aletti vient prolonger un récent ouvrage (Jésus, une vie à raconter, Lessius, 2016). Par sa résurrection, Jésus est devenu le Messie glorieux attendu. Mais il fallait que les évangélistes revisitent l’Ancien Testament et y trouvent des figures d’envoyés de Dieu persécutés qui feraient ressortir le sens de ce que Jésus vécut jusque dans sa passion.

A la découverte du Dieu inattendu

Marie-Noëlle Thabut, A la découverte du Dieu inattendu, Artège Poche, Paris, 2018.

Dieu est toujours différent de ce que nous imaginons. Par une galerie de portraits des grands témoins de la foi, dans la Bible, parmi lesquels Abraham, Moïse, Élie, Ruth, par une approche chaleureuse du message biblique, nous voilà conviés à réajuster nos réponses à la question « qui est Dieu ? ». La Parole nous fait cheminer à la recherche de Dieu et il se peut qu’il nous surprenne : il est rarement ce que notre logique en attendrait. La Bible est une bonne école pour chercher Dieu dans les moments inattendus de nos vies où il se cache.

Bible oblige

Benoît Bourgine, Bible oblige, Essai sur la théologie biblique, Cerf, (Cogito Fidei, 308), Paris, 2019.

A qui prétend dire la vérité de la Bible, une question cruciale se pose : quelle approche adopter ? Et les divergences entre les exégèses ne disent pas tout. Les questions de contexte, de lecture historique ou synchronique ne suffisent pas encore à prendre réellement en compte ce que le dogmaticien aura travaillé, tenu par le travail herméneutique. Le présent livre veut faire valoir que la Bible oblige, car il faut s’en tenir à ce qu’est la Bible pour l’interpréter correctement. On comprend alors qu’exégèse et dogmatique ne sont pas des voies isolées. La théologie biblique annonce qu’elles doivent avancer dans une complémentarité. « La conviction qui inspire cet essai est que l’exégèse se méprend à éluder les enjeux théologiques du texte biblique et que la dogmatique s’anémie en ignorant les études bibliques. » La portée pratique de l’ouvrage apparaît donc : montrer l’importance d’une synergie entre exégètes et dogmaticiens. C’est la raison d’être de la théologie biblique. La diversité des textes peut être mise en évidence dans l’exégèse, l’unité de la Bible n’en reste pas moins une donnée importante que les dogmaticiens vont faire valoir. De nombreuses autres questions sont à travailler. Bourgine montre quelques figures de théologie biblique – on retient les noms de Gese, Childs, Dunn, Lofhink –, sans prétention d’exhaustivité. Barth figure aussi comme un exemple qui a donné de penser la Bible en théologien à un moment où la diversité des approches historiques et littéraires rendait la notion d’une vérité de la Bible plus que problématique. Cet ouvrage stimule à faire sien cet effort et à inscrire à nouveau le savoir biblique dans le champ de la vie.

Croire mais en quoi ?

Albert Rouet, Croire mais en quoi ? Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2019.

Parler de la sécularisation est difficile. Les points de vue abondent, s’opposent, et cela donne l’impression que le sujet échappe souvent à ceux qui en parlent. Il n’est pas question de parler d’affrontement avec des idéologies comme celles qui ont fait leur temps dans l’histoire récente, mais de montrer comment la sécularisation se trouve prise comme une attitude, une posture, une mentalité et un comportement que l’on trouve en cette époque d’une organisation du monde qui relève du libéralisme et de la finance. Cela pose des questions à l’Église et à la foi. Albert Rouet évoque aussi comment des notions présentes dans la religion et en particulier dans la Bible sont à même de servir de repères pour prendre du recul. Sans doute, l’autonomie de l’homme pour les choses de la terre est mieux qu’une religion contraignante en toute chose. Contrainte et obligation, cela trahit le sens de la notion de commandement qui dit en même temps que Dieu s’engage dans ce qu’il commande. Mais la sécularisation est un oubli d’un autre registre de la vie. L’essai de l’ancien évêque de Poitiers prend au sérieux la difficulté de transmettre. Il cherche où parler de spiritualité authentique aujourd’hui. Il y a pourtant des réserves d’aspirations et de manques, de générosité et de gratuité dans l’existence où puiser une attention nouvelle à l’humain. Ce qui se cache en lui, quand un bain d’indifférence le masque, pourrait à nouveau se montrer dans une expérience spirituelle. Il faut pour cela des mots comme ceux de l’Evangile, qui pointent, même avec un langage peu religieux, ce qui est gravé d’humain au coeur de nos existences.

Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ?

Dominique Lambert, Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ? Fidélité, (Que penser de…, 100), Namur, 2019.

Voilà le 100ème numéro de cette collection qui offre un précieux regard critique sur des réalités diverses. Il a été confié à Dominique Lambert qu’on connaît pour sa passion de la philosophie et de l’histoire des sciences qu’il aime partager. Il travaille aussi en éthique de la robotique militaire. Il ne s’agit pas de faire toute l’histoire des robots. Mais une fois les définitions nécessaires dressant le cadre, on ira pointer les questions épistémologiques, éthiques et anthropologiques que pose la place croissante des robots dans notre monde. Alliée aux robots, l’intelligence artificielle est aussi à prendre en considération, avec la mentalité qu’elle sous-entend, où l’on privilégie la surveillance et l’évaluation, « confiée » à des médiations technologiques plutôt qu’à des individus pour laquelle la responsabilité perd ainsi de sa teneur. Ce que la machine peut ou ne peut pas faire demande une critique qui revient à l’humain. La notion d’intelligence artificielle ne doit pas leurrer sur ce qu’est le traitement de l’information par une machine : on voit mal une machine être responsable au sens plein. L’humain est à faire valoir : il est bien plus qu’un fusible dont la sensibilité permet de détecter quand la machine s’emballe ou quand la procédure n’a plus aucun sens. Le domaine de la robotique et de l’intelligence artificielle attire l’attention sur la question de la spécificité de l’humain, de sa pensée, de sa liberté comparée à l’autonomie dont on parle pour les robots. L’ouvrage apporte de précieuses lumières pour envisager ces domaines en gardant pour objectif un développement intégral de l’homme alors qu’un usage non raisonné des robots - avec la logique qu’ils suivent - serait un manque pour l’homme et son potentiel d’humanisation.

La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ?

Didier Luciani, La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ? Lévitique 19, Lessius, (Péricopes),
Namur, 2019.

Au cœur du livre du Lévitique rayonne une perle pour le lecteur chrétien : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », verset souvent repris dans le Nouveau Testament. Mais on connaît peu le livre, on goûte assez peu l’enracinement vétéro-testamentaire qu’il propose. Pire, le livre est d’emblée présenté comme difficile et rébarbatif. Didier Luciani répond à ceux qui trouveraient dans le chapitre 19 du Lévitique un désordre qui rebute toute logique. Pour présenter la « mini-torah » qui s’y trouve consignée, on osera rétorquer à ceux qui pointaient ce chapitre comme une corbeille à papiers qu’il possède « une unité savamment et subtilement agencée », selon le titre du troisième chapitre. Pour cela, l’étude entend honorer les dimensions de canonicité et d’inspiration du texte biblique, en pratiquant vis-à-vis du texte un a priori favorable. Prenant comme outils ceux de la critique stylistique et littéraire et ceux de la rhétorique sémantique, on pourra s’attacher à la spécificité du texte, à l’art littéraire déployé par l’auteur et à la fonction rhétorique exercée. A l’incohérence qui saute aux yeux d’un regard superficiel succède ainsi la saisie d’un principe structurant plus profond. Ensuite, il revient de saisir comment les éléments de structures font sens et servent le message d’une sainteté proposée à la liberté humaine.

Les associations de fidèles selon le droit de l’Église

Cardinal Luis Martinez Sistach, Les associations de fidèles selon le droit de l’Église, Artège Lethellieux, Paris, 2019.

Voici un ouvrage essentiel pour qui veut s’engager en tant que chrétien dans la société en collaboration avec l’Église. Recourir au droit canonique pour définir les éléments institutionnels d’un projet, d’une manière de vivre et d’agir selon un charisme n’est pas toujours chose aisée. Le moment de la rédaction du nouveau code, en 1983, était aussi celui de l’émergence de nouveaux mouvements ecclésiaux et de l’augmentation du nombre d’associations. Signes de la communion et de l’unité de l’Église, les associations disent une manière de se soutenir dans une participation active de tous les baptisés à la mission de l’Église. Le livre propose des modèles de statuts, de demandes écrites et de décrets. Traduit en plusieurs langues et réédité de nombreuses fois, c’est la référence dans ce domaine.

Eduquer, former, accompagner

Amedeo Cencini, Eduquer, former, accompagner. Une pédagogie pour aider une personne à réaliser sa vocation, Edition des Béatitudes, Nouan-le Fuzelier, 2019.

L’auteur enseigne à l’Université pontificale salésienne à Rome et est consulteur de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. Il croit profondément à l’action de Dieu, fondamentalement seul Pédagogue et Formateur. Sa conviction est que la formation ne porte pas de fruit sans une éducation qui permet de dégager le moi propre. Faire devenir la personne telle qu’elle devrait être ne peut se faire sans un accompagnement. Cencini conçoit cet accompagnement sous la guidance de la Trinité : le Père éduque, le Fils forme et l’Esprit accompagne. Ce cheminement demande à la fois de chercher des bases anthropologiques et de s’ouvrir au travail de la grâce.