Jeunes Vie du Diocèse Formations Agenda

Recensions de livres

Chaque mois, dans la revue diocésaine Communications, l'abbé Bruno Robberechts propose une sélection de quelques livres sortis récemment. Vous trouverez ci-dessous les dernières recensions publiées...

Le christianisme en procès

Manfred Lütz, Le christianisme en procès. Lumière sur 2000 ans d’histoire et de controverses, titre original Der Skandal der Skandal. Die geheime Geschichte des Christentums, traduit de l’allemand par Isabelle Schobinger avec la collaboration de Philippe Naszalyi, Éditions de l’Emmanuel, Paris, 2019.

Quand le philosophe Herbert Schnädelbach défend la thèse de la malédiction que serait le christianisme, quand Arnold Angenendt, éminent historien, examine sérieusement ses reproches et le convainc de réviser ses positions, on pourrait laisser passer un débat intellectuellement de haut vol, on peut aussi le rendre accessible. C’est ainsi que Manfred Lütz offre de quoi revoir un procès fait au christianisme en rappelant s’il le faut une meilleure connaissance de son histoire. Il n’est pas question ici du Credo, du cœur de la foi chrétienne, mais bien de l’histoire. Ce qui veut dire que seront visés aussi les reproches fait au long des siècles à la religion chrétienne, cette religion où l’on croit que Dieu est entré dans l’histoire des hommes et qui de ce fait s’expose au procès critique de son histoire. La connaissance de ce qui s’est passé, revu à la lumière d’un vrai examen historique plutôt qu’au travers de ce qu’une sorte de légende en a fait, demande un travail dont on peut goûter ici le fruit. Et c’est préférable à l’attitude, pour un chrétien aujourd’hui, de ne retenir que ce qui lui semble louable, comme la vie des saints, en ignorant les points de scandale sur lesquels ses contemporains l’attaqueraient. L’histoire est aussi la manière dont bien des aspects actuels de l’Église se sont construits. On pourrait toujours se dire que le meilleur est à venir, mais que ferait-on alors des croisades, des chasses aux sorcières, de l’inquisition et d’autres heures noires du christianisme ? Axé sur l’histoire, cet ouvrage ne comporte pas moins des éléments importants et suggestifs pour penser l’Église d’aujourd’hui, pour comprendre les racines de notre société et saisir les défis lancés à l’Église de demain.

Ce nom qu’à Dieu ils donnent

Guillaume de Fonclare, Ce nom qu’à Dieu ils donnent, Stock, Paris, 2019.

L’auteur s’est investi dans la recherche sur la guerre 14-18 avec tout ce qu’elle peut avoir de bouleversant pour l’humanité. Il nous livre ici le carnet d’un road-trip à la quête du divin. Une maladie lui fait prendre distance par rapport au quotidien et aux habitudes. De Fonclare nous fait part des fruits de sa retraite en quête de ce qui le dépasse. Il se disait athée pratiquant mais avoue qu’il y a au fond de lui quelque chose qui est plus que lui. Il se confronte au dogme et son esprit rationnel et libre le refuse mais il témoigne de la lumière que de simples croyants diffusent, témoignant sans rien imposer. Il pratique aussi la méditation pour vivre l’instant présent, simplement. Il peut raisonner et nous livrer ses réflexions, car le doute, sans cesse l’interroge, il peut accueillir aussi le fruit de ce temps qu’il consacre à oser se rendre accessible du mieux qu’il le peut à une présence que certains auprès de lui trouveraient futile ou ridicule. Mais il se fait le relais de ce que représente le basculement entre les positions dites par « si Dieu existe » et par si « tu existes ». Il se situe aussi ou plutôt cherche à se situer par rapport à Jésus de Nazareth, par rapport à la croix, par rapport à la résurrection. Il sait l’importance de ce que veut dire croire en lui. S’il se reconnaît habité par la foi, cadeau offert par ce temps de retraite, il ne se dit pas converti mais pèlerin ayant encore à marcher avec cette foi, pour la découvrir encore.

L’Evangile inouï

Dominique Collin, L’Evangile inouï, Salvator. Paris, 2019.

Dans le sillon creusé par son précédent « Le Christianisme n’existe pas encore », Dominique Collin nous rend attentifs à ce que l’Evangile peut faire germer et pousser en nous. Il convient de préciser à propos du mot « Evangile » ce qu’il n’est pas s’il est trop englué dans une vision du monde et des convenances qu’on lui a associées. Inouï, l’Evangile l’est parce qu’il est une Parole que nous n’avons pas encore entendue, heureuse annonce de la Vie qui se communique et que nous n’avons pas encore accueillie en vérité. Dans la teneur existentielle qu’un Kierkegaard peut faire chercher, il s’agit donc de laisser de côté les questions que l’on se pose sur le texte de l’Evangile pour devenir soi-même question en le lisant. La question n’est pas que philosophique pour une époque où le moi est omniprésent, enflé de préoccupations. Car il faut accueillir la Vie, celle pour laquelle il est préférable de mourir, entendons perdre la vie de ce moi. Un signe qu’il y a là de l’inouï dans l’Evangile ? Avouons que nous avons bien souvent de l’Evangile des lectures qui font un « tri sélectif ». Que cela s’accorde à un système d’idées articulées dit bien qu’on n’est pas là face à la réalité vivante d’une parole. Rester vraiment à l’écoute de cet Évangile, c’est l’objet d’une conversion pour un changement plus radical encore, quand la Parole elle-même nous travaille en nous communiquant la Vie.

Dieu est nu

Simon Pierre Arnold, Dieu est nu. Hymne à la divine fragilité, Lessius, Bruxelles, 2019.

Pour que la foi soit un cheminement, il y a des images de Dieu à quitter, il y a à le préserver de tout ce dont nous aurions tendance à le recouvrir. Comme la science qui permet de rejoindre vraiment la question de Dieu et non les pseudo-réponses que, dans l’ignorance, on lui associait. Comme Dieu qui rejoint le lieu de l’homme alors que la considération de sa transcendance l’en aurait tenu éloigné. Le cheminement de la foi va avec une simplification progressive de Dieu. Suivre Jésus est aussi l’accompagner dans cet amour où il se donne en se dénudant et où, par là Dieu se révèle. Dieu se montre en Jésus dépouillé de tout sur la croix, il se dit encore dans la résurrection pour montrer ses blessures. Cet essai stimulant délivre nos représentations de Dieu, nos essais de le voir quand Jésus nous dirait tout simplement « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Et pour le reconnaître, il faut encore revisiter les paroles de l’Evangile : c’est Dieu qui nous y invite à une vraie relation avec lui quand Jésus ne parle de Dieu, mais quand sa vie nous dit sa communion avec le Père.

La connaissance mystique

Frédéric Nef, La connaissance mystique, Émergences et frontières, Éditions du Cerf, Paris, 2018.

L’auteur a écrit de nombreux articles et ouvrages en sémantique, histoire de la philosophie, théologie philosophique. Il va contre l’idée de faire de la mystique un domaine qui fuirait toute rigueur car il veut la faire entrer dans une épistémologie générale. Bien autre chose que de broder sur un domaine de l’ineffable : aborder la mystique demande de prendre des repères, d’y parler d’expérience et de connaissance, de préciser ce que peut en être l’essence. Cette étude approfondie de la mystique permet aussi de résister à différentes attaques modernes contre la mystique, notamment parce qu’on y trouverait un refus de l’altérité et l’impossibilité d’une dimension personnelle. Il faut bien sûr baliser le chemin qui part d’une origine platonicienne pour rejoindre ce qu’un saint Jean de la Croix nomme une « sagesse de Dieu secrète et cachée » ou dépasser ce que la psychologie moderne pourrait déconstruire. Se profile aussi tout le chemin d’une théologie mystique où l’amour et la connaissance vont de pair.

Chrétiens, la grâce d’être libres

Jean Duchesne, Chrétiens, la grâce d’être libres. Par-delà les conformismes et les peurs, Artège, Paris, 2019.

Cet ouvrage propose un grand nombre de points de repères pour qui veut penser le christianisme dans le monde d’aujourd’hui. Jean Duchesne associe à la foi une indépendance d’esprit reçue plutôt que conquise. Il indique la position de cette liberté dans l’ordre de la grâce. Reste bien sûr à articuler la possibilité d’un engagement responsable dans l’histoire car celle-ci dit des incertitudes, des risques et des chances. L’Europe, comme lieu d’une civilisation du Progrès, fait l’objet d’examens et d’analyses bénéficiant d’un recul qui naît de cette liberté. Les différents monothéismes sont mis en perspective. On sent la possibilité de réconcilier judaïsme et christianisme, on perçoit également ce qui différencie l’Islam d’un point de vue de son rapport au politique. La liberté à recevoir est sans doute plus grande que ce que le croyant, ici et là, en recevra. Des progrès restent ainsi à faire. La spiritualité y sera pour quelque chose et Duchesne appuie son propos sur Bouyer dont il fut l’ami. Ce registre de la spiritualité apparaît dans une histoire du christianisme racontée de l’intérieur. Il y a bien sûr une réserve pour le propos de celui qui comme croyant ou comme témoin avoue que la disponibilité à la grâce donnée n’est jamais totale. En évoquant le défi qui se propose au fil de ces pages en termes de contradiction, on se rend bien compte sinon de l’étendue des points abordés, du moins de la pertinence des propos. Car vivre en chrétien demande de vivre dans une contradiction qui y est inhérente. Parce que le Christ ne nous permet pas de nous résigner à suivre le monde comme il va sans savoir où il va. A recevoir, et à désirer recevoir encore de quoi vivre la contradiction, beaucoup de vérités allant de soi sont la cible de l’impertinence chrétienne, dont la prétention est modérée par l’humilité de rester en quête de la lumière. Cela concerne des points aussi divers que l’Europe, le Progrès, la place de l’Islam, l’importance du politique. Y trouvent place aussi des présentations trop simplistes du christianisme et de la place qu’il occupe dans une confrontation au monde.

La sollicitude

Ignace Berten, La sollicitude. Un mode de vie évangélique, Salvator, Paris, 2019.

Le mot qui exprime le mieux la manière qu’avait Jésus d’être présent aux hommes est le mot « sollicitude », commence à nous dire Ignace Berten. Caractéristique de la figure humaine de Jésus, elle est en même temps expression de Dieu en Jésus. Supposant une sensibilité à la vulnérabilité des personnes qui en sont l’objet, elle demande un recul par rapport à un rapport de pouvoir ou de dépendance qui en fait partie. Une première partie de l’ouvrage aborde la sollicitude en elle-même pour mieux la cerner en croisant différents exemples éclairants. Ensuite, l’ouvrage reprend l’accent que le pape François a placé sur la miséricorde. Et on trouve une analyse du chemin sur lequel le pape veut nous faire progresser. Nous resituer par rapport à Vatican II, par rapport à un changement qui, si on n’aime pas l’appeler rupture parce que c’est bien la même Église, est décisif pour un nouveau rapport au monde. Ignace Berten commente ici le contraste des styles Benoît XVI et François. Ce dernier, sous la perspective de la sollicitude, invite à une approche plus pastorale où l’attention de l’Église se doit d’être vers les périphéries. La sollicitude a une dimension politique. Des exemples comme celui de Don Helder Camara le disent bien. Une troisième partie, reprenant la sollicitude telle que la vivait Jésus, interroge l’image de Dieu que cette forme de vie exprime. Pour le croyant, cela peut aussi éveiller une perception de toutes les forces qui écrasent les plus faibles. Dieu nous promet d’en être vainqueur et on comprend que l’Église doit être engagée dans ce combat.

Des vérités devenues folles

Rémi Brague, Des vérités devenues folles, la sagesse du moyen-âge au secours des temps modernes, traduit de l’anglais par Gabriel-Raphaël Vereyt, Salvator, Paris, 2019.

On trouve dans cet ouvrage des conférences données dans un contexte anglo-saxon par Brague qui est bien francophone. Distinguant vertus et vérités, Brague nuance différentes conceptions inhérentes à la vie chrétienne mises à mal par la modernité. Si Chersterton, auquel se réfère Brague, parlait de vertus, Brague préfère ne pas parler ici de vertus chrétiennes pour préférer la qualification spécifiquement chrétienne à certaines vérités faisant partie de l’héritage de la foi chrétienne comme l’idée de création, la notion de providence défigurée dans sa version sécularisée, et aussi la difficulté de rencontrer une véritable parole de pardon dans un monde marqué par le poids des culpabilités. Guérir ces vérités devenues folles, c’est l’enjeu d’un parcours qui va chercher la racine des vertus dans la conception antique, dans un dynamisme qu’a chaque être d’accomplir ce que lui permet sa nature. Et on gagne à compléter par ce que la Bible en présente par une approche narrative. La notion de valeur doit être interrogée : il y a un risque de vacuité quand elle ne repose que sur ce que l’homme s’y donne. Pourquoi poursuivre le Bien si on est privé d’une référence ultime ? Il faudrait une sorte de moyen-âge, quelque chose qui y ressemble, non pas âge obscur mais temps de multiples confrontations, où l’on doive faire une synthèse entre une vertu qui tient à la nature des choses et l’appel d’un commandement divin qui nous dit : « Sois ». Cette guérison des vérités devenues folles, qu’elle touche des éléments comme la culture, la place de la famille, la nature ou le Bien, serait bien le chemin pour mieux dire le sens de l’existence humaine.

Les Catholiques en France de 1789 à nos jours

Denis Pelletier, Les Catholiques en France de 1789 à nos jours, Albin-Michel, Paris, 2019. 

Depuis le tournant du millénaire, l’émergence de minorités catholiques actives, les prises de positions de l’Église de France comme la médiatisation de ses crises internes ont fait prendre conscience qu’il existe en France une « question catholique ». Or, dans la société la plus sécularisée d’Europe, le catholicisme est mal perçu, mal connu, voire étranger à beaucoup de Français. Par sa clarté et sa forme narrative l’explication passe par le récit. L’ouvrage de Denis Pelletier met l’histoire de ce monde singulier à la portée de tous. De la Révolution à aujourd’hui, il déconstruit les idées reçues et montre comment les différentes mémoires (celle des catholiques, celle des anticléricaux, celle du roman national) ont souvent déformé les réalités historiques. Un livre éclairant, même dans sa couverture du phénomène à l’échelle de la France et de ses problématiques propres. Car les tendances qui y sont analysées et leur ancrage historique sont éclairantes pour la perception de la place de la religion ou pour la « question catholique » en Europe. Denis Pelletier est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, spécialisé dans l’histoire du catholicisme français.

Le messie souffrant

Jean-Noël Aletti, Le messie souffrant. Un défi pour Matthieu, Marc et Luc, Essai sur la typologie des évangiles synoptiques, Lessius, (Le livre et le rouleau), Bruxelles, 2019.

L’Ancien Testament évoque plutôt la figure d’un Messie glorieux. Comment alors donner la garantie d’un écrit, ce qui revient à un personnage illustre, à un messie qui aurait souffert la croix ? 
L’ouvrage d’Aletti vient prolonger un récent ouvrage (Jésus, une vie à raconter, Lessius, 2016). Par sa résurrection, Jésus est devenu le Messie glorieux attendu. Mais il fallait que les évangélistes revisitent l’Ancien Testament et y trouvent des figures d’envoyés de Dieu persécutés qui feraient ressortir le sens de ce que Jésus vécut jusque dans sa passion.

A la découverte du Dieu inattendu

Marie-Noëlle Thabut, A la découverte du Dieu inattendu, Artège Poche, Paris, 2018.

Dieu est toujours différent de ce que nous imaginons. Par une galerie de portraits des grands témoins de la foi, dans la Bible, parmi lesquels Abraham, Moïse, Élie, Ruth, par une approche chaleureuse du message biblique, nous voilà conviés à réajuster nos réponses à la question « qui est Dieu ? ». La Parole nous fait cheminer à la recherche de Dieu et il se peut qu’il nous surprenne : il est rarement ce que notre logique en attendrait. La Bible est une bonne école pour chercher Dieu dans les moments inattendus de nos vies où il se cache.

Bible oblige

Benoît Bourgine, Bible oblige, Essai sur la théologie biblique, Cerf, (Cogito Fidei, 308), Paris, 2019.

A qui prétend dire la vérité de la Bible, une question cruciale se pose : quelle approche adopter ? Et les divergences entre les exégèses ne disent pas tout. Les questions de contexte, de lecture historique ou synchronique ne suffisent pas encore à prendre réellement en compte ce que le dogmaticien aura travaillé, tenu par le travail herméneutique. Le présent livre veut faire valoir que la Bible oblige, car il faut s’en tenir à ce qu’est la Bible pour l’interpréter correctement. On comprend alors qu’exégèse et dogmatique ne sont pas des voies isolées. La théologie biblique annonce qu’elles doivent avancer dans une complémentarité. « La conviction qui inspire cet essai est que l’exégèse se méprend à éluder les enjeux théologiques du texte biblique et que la dogmatique s’anémie en ignorant les études bibliques. » La portée pratique de l’ouvrage apparaît donc : montrer l’importance d’une synergie entre exégètes et dogmaticiens. C’est la raison d’être de la théologie biblique. La diversité des textes peut être mise en évidence dans l’exégèse, l’unité de la Bible n’en reste pas moins une donnée importante que les dogmaticiens vont faire valoir. De nombreuses autres questions sont à travailler. Bourgine montre quelques figures de théologie biblique – on retient les noms de Gese, Childs, Dunn, Lofhink –, sans prétention d’exhaustivité. Barth figure aussi comme un exemple qui a donné de penser la Bible en théologien à un moment où la diversité des approches historiques et littéraires rendait la notion d’une vérité de la Bible plus que problématique. Cet ouvrage stimule à faire sien cet effort et à inscrire à nouveau le savoir biblique dans le champ de la vie.

Croire mais en quoi ?

Albert Rouet, Croire mais en quoi ? Éditions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2019.

Parler de la sécularisation est difficile. Les points de vue abondent, s’opposent, et cela donne l’impression que le sujet échappe souvent à ceux qui en parlent. Il n’est pas question de parler d’affrontement avec des idéologies comme celles qui ont fait leur temps dans l’histoire récente, mais de montrer comment la sécularisation se trouve prise comme une attitude, une posture, une mentalité et un comportement que l’on trouve en cette époque d’une organisation du monde qui relève du libéralisme et de la finance. Cela pose des questions à l’Église et à la foi. Albert Rouet évoque aussi comment des notions présentes dans la religion et en particulier dans la Bible sont à même de servir de repères pour prendre du recul. Sans doute, l’autonomie de l’homme pour les choses de la terre est mieux qu’une religion contraignante en toute chose. Contrainte et obligation, cela trahit le sens de la notion de commandement qui dit en même temps que Dieu s’engage dans ce qu’il commande. Mais la sécularisation est un oubli d’un autre registre de la vie. L’essai de l’ancien évêque de Poitiers prend au sérieux la difficulté de transmettre. Il cherche où parler de spiritualité authentique aujourd’hui. Il y a pourtant des réserves d’aspirations et de manques, de générosité et de gratuité dans l’existence où puiser une attention nouvelle à l’humain. Ce qui se cache en lui, quand un bain d’indifférence le masque, pourrait à nouveau se montrer dans une expérience spirituelle. Il faut pour cela des mots comme ceux de l’Evangile, qui pointent, même avec un langage peu religieux, ce qui est gravé d’humain au coeur de nos existences.

Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ?

Dominique Lambert, Que penser de… la robotique et l’intelligence artificielle ? Fidélité, (Que penser de…, 100), Namur, 2019.

Voilà le 100ème numéro de cette collection qui offre un précieux regard critique sur des réalités diverses. Il a été confié à Dominique Lambert qu’on connaît pour sa passion de la philosophie et de l’histoire des sciences qu’il aime partager. Il travaille aussi en éthique de la robotique militaire. Il ne s’agit pas de faire toute l’histoire des robots. Mais une fois les définitions nécessaires dressant le cadre, on ira pointer les questions épistémologiques, éthiques et anthropologiques que pose la place croissante des robots dans notre monde. Alliée aux robots, l’intelligence artificielle est aussi à prendre en considération, avec la mentalité qu’elle sous-entend, où l’on privilégie la surveillance et l’évaluation, « confiée » à des médiations technologiques plutôt qu’à des individus pour laquelle la responsabilité perd ainsi de sa teneur. Ce que la machine peut ou ne peut pas faire demande une critique qui revient à l’humain. La notion d’intelligence artificielle ne doit pas leurrer sur ce qu’est le traitement de l’information par une machine : on voit mal une machine être responsable au sens plein. L’humain est à faire valoir : il est bien plus qu’un fusible dont la sensibilité permet de détecter quand la machine s’emballe ou quand la procédure n’a plus aucun sens. Le domaine de la robotique et de l’intelligence artificielle attire l’attention sur la question de la spécificité de l’humain, de sa pensée, de sa liberté comparée à l’autonomie dont on parle pour les robots. L’ouvrage apporte de précieuses lumières pour envisager ces domaines en gardant pour objectif un développement intégral de l’homme alors qu’un usage non raisonné des robots - avec la logique qu’ils suivent - serait un manque pour l’homme et son potentiel d’humanisation.

La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ?

Didier Luciani, La sainteté pour tous : sublime ou ridicule ? Lévitique 19, Lessius, (Péricopes),
Namur, 2019.

Au cœur du livre du Lévitique rayonne une perle pour le lecteur chrétien : « tu aimeras ton prochain comme toi-même », verset souvent repris dans le Nouveau Testament. Mais on connaît peu le livre, on goûte assez peu l’enracinement vétéro-testamentaire qu’il propose. Pire, le livre est d’emblée présenté comme difficile et rébarbatif. Didier Luciani répond à ceux qui trouveraient dans le chapitre 19 du Lévitique un désordre qui rebute toute logique. Pour présenter la « mini-torah » qui s’y trouve consignée, on osera rétorquer à ceux qui pointaient ce chapitre comme une corbeille à papiers qu’il possède « une unité savamment et subtilement agencée », selon le titre du troisième chapitre. Pour cela, l’étude entend honorer les dimensions de canonicité et d’inspiration du texte biblique, en pratiquant vis-à-vis du texte un a priori favorable. Prenant comme outils ceux de la critique stylistique et littéraire et ceux de la rhétorique sémantique, on pourra s’attacher à la spécificité du texte, à l’art littéraire déployé par l’auteur et à la fonction rhétorique exercée. A l’incohérence qui saute aux yeux d’un regard superficiel succède ainsi la saisie d’un principe structurant plus profond. Ensuite, il revient de saisir comment les éléments de structures font sens et servent le message d’une sainteté proposée à la liberté humaine.

Les associations de fidèles selon le droit de l’Église

Cardinal Luis Martinez Sistach, Les associations de fidèles selon le droit de l’Église, Artège Lethellieux, Paris, 2019.

Voici un ouvrage essentiel pour qui veut s’engager en tant que chrétien dans la société en collaboration avec l’Église. Recourir au droit canonique pour définir les éléments institutionnels d’un projet, d’une manière de vivre et d’agir selon un charisme n’est pas toujours chose aisée. Le moment de la rédaction du nouveau code, en 1983, était aussi celui de l’émergence de nouveaux mouvements ecclésiaux et de l’augmentation du nombre d’associations. Signes de la communion et de l’unité de l’Église, les associations disent une manière de se soutenir dans une participation active de tous les baptisés à la mission de l’Église. Le livre propose des modèles de statuts, de demandes écrites et de décrets. Traduit en plusieurs langues et réédité de nombreuses fois, c’est la référence dans ce domaine.

Eduquer, former, accompagner

Amedeo Cencini, Eduquer, former, accompagner. Une pédagogie pour aider une personne à réaliser sa vocation, Edition des Béatitudes, Nouan-le Fuzelier, 2019.

L’auteur enseigne à l’Université pontificale salésienne à Rome et est consulteur de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. Il croit profondément à l’action de Dieu, fondamentalement seul Pédagogue et Formateur. Sa conviction est que la formation ne porte pas de fruit sans une éducation qui permet de dégager le moi propre. Faire devenir la personne telle qu’elle devrait être ne peut se faire sans un accompagnement. Cencini conçoit cet accompagnement sous la guidance de la Trinité : le Père éduque, le Fils forme et l’Esprit accompagne. Ce cheminement demande à la fois de chercher des bases anthropologiques et de s’ouvrir au travail de la grâce.

Pleurer sans pourquoi

Xavier Lopinet, Pleurer sans pourquoi. Quand Dieu donne des larmes, Éditions du Cerf, Paris, 2019.

Pourquoi pleurons-nous ? Il n’y a pas ici à chercher toutes les circonstances de la vie trop lourdes à porter qui amènent une personne débordée à éclater en sanglots. Xavier Lopinet propose de scruter l’Ecriture pour y trouver que Dieu fait à certains le don des larmes. Il est donc plus question de théologie que de psychologie. Le livre nous interpelle sur ce que les larmes disent de Dieu. La Bible, elle, place devant des intrigues où les larmes ont un sens spirituel. L’ouverture à ce sens traverse d’ailleurs l’histoire de la spiritualité. Les larmes du pénitent peuvent signifier la joie de la conversion. Du « Heureux ceux qui pleurent » à ce que le lecteur peut éprouver dans un moment spirituel intense en passant par le « Pourquoi pleures-tu ? » adressé à Marie-Madeleine ou Catherine de Sienne, cet ouvrage fait recevoir un éclairage spirituel sur le sens des larmes, ce qu’elles contiennent d’une promesse. Il approfondit la relation à Dieu qui donne de pleurer.

Le Pacte des Catacombes

Luis Martinez Saavedra, Pierre Sauvage, Le Pacte des Catacombes. « Une Église pauvre pour les pauvres », Un événement méconnu de Vatican II et ses conséquences, Lessius, (La Part-Dieu), Namur, 2019.

En 1965, en marge du concile Vatican II, environ 500 évêques du monde entier ont adhéré à un document qui fut appelé « le Pacte des Catacombes ». Cet ouvrage propose d’abord de présenter pour la première fois la version originale de ce qui était intitulé « Réflexion de quelques évêques à la fin du concile » mais qui représente bien davantage un engagement de ceux qui, touchés par l’événement Vatican II, ont voulu mettre dans leur vie d’évêque, le témoignage d’un accent de pauvreté, comme plus conforme à l’Évangile qu’ils voulaient servir. On trouve des personnes comme Mgr Himmer ou Don Helder Camara. Pierre Sauvage nous donne de manière détaillée l’histoire de ce document et la mobilisation pour une « Église pauvre pour les pauvres ». Il s’agissait de renoncer à des privilèges, à lutter pour la justice, à servir les pauvres, à secourir ceux qui souffrent, à coopérer plus qu’à diriger. On sent aujourd’hui que le pape François, issu du monde latino-américain, assume un héritage de cette préoccupation. De nombreuses références évangéliques ponctuent ce document et la ligne que l’Evangile donne est étudiée, ainsi que l’influence que cet engagement put avoir dans les diocèses dont étaient en charge les évêques signataires. Le retentissement, surtout au sein de l’Église latino-américaine fut quasi immédiat.
Il peut encore nous interroger et nous stimuler aujourd’hui sous l’insistance de la ligne du pape François.

L’enfant théologien

Richard Gossin, L’enfant théologien. Godly Play : une pédagogie de l’imaginaire, Lumen Vitae, Namur, 2016.

Après un parcours à l’institut Montessori à Bergame, Jerome Berryman a adapté une Catéchèse axée sur le bon Berger et le résultat fut Godly Play, un parcours qui laisse une grande place au jeu, qui présuppose que l’enfant connaît déjà Dieu, qu’il faut lui en donner des expériences et lui ouvrir le vocabulaire pour en parler. Godly Play reste plus présent dans le monde anglo-saxon mais le matériel existe en français. D’autres frontières doivent être franchies pour miser sur le style d’approche de Godly Play : elles concernent la place du jeu et le rôle de l’imaginaire. En théologien et en pédagogue, Richard Gossin permet de mieux percevoir la pertinence d’une pédagogie de l’imaginaire et la richesse d’une pédagogie narrative comme Godly Play. La réflexion pointe aussi toute une tradition d’une transmission descendante qui n’est pas la seule possibilité. Qu’un vécu puisse remonter vers son principe, que l’on découvre au cours de la vie de l’enfant les étapes qui le conduisent vers une foi personnelle qui se nourrisse de la confrontation à des avis différents, tout cela permet d’interroger ce qui est au cœur de tout parcours catéchétique.

A l’école des moines

Erik Galle, A l’école des moines. Vie quotidienne et sagesse monastique, Fidélité, Namur, 2019.

Prêtre et psychothérapeute, l’auteur a écrit différents ouvrages sur la croissance spirituelle et le bonheur. Sa proximité avec la vie monastique l’a incité à nous livrer ce parcours très éclairant pour interroger notre style de vie par la sagesse monastique. En éclairant des situations concrètes grâce au mode de vie des moines, nous apprenons à connaître différemment la vie monastique. Le moine cherche sans cesse l’équilibre et une distance adéquate par rapport à ce qui se passe en lui et autour de lui. Cette quête de l’intériorité dans le réel offre un rééquilibrage idéal par rapport à la vitesse, au bruit et à la soif de performance caractéristiques de notre culture. Introduire des accents monastiques dans la vie quotidienne est une excellente recette.

Ils ont choisi le Christ

Jean-François Chemain, Ils ont choisi le Christ. Ces convertis de l’islam dont on ne parle pas, Artège, Paris, 2019. 

Les témoignages réunis dans ce livre ouvrent les yeux. C’est sûr que le sujet est délicat, qu’il y a toujours le secret d’une histoire personnelle et que le sursaut d’une conversion peut toujours poser question sur celui qui relit autrement les conflits de culture, les tensions relationnelles, les différences de contextes sociétaux. Par là, le livre interroge sur bien des choses liées à la religion. Il s’agit aussi, bien sûr de devenir un disciple de Jésus, de redécouvrir dans le témoignage de ceux qui étaient déjà croyants dans une autre tradition religieuse, le pari de marcher à sa suite, ce qui a souvent aussi représenté pour eux, prendre sa croix.

L’espérance de Jésus

Blandine Lagrut, L’espérance de Jésus, préface de Marc Rastoin, Cerf, Paris, 2019.

Certains ont développé le thème de la foi de Jésus prenant en compte son humanité véritable. Se proposant de parler de l’espérance de Jésus, Blandine Lagrut a consacré un travail de maîtrise qui font se compléter théologie et philosophie. Penser la fin, c’est rejoindre la tension de la pensée vers une totalisation et non se focaliser sur une limite qui ferait s’effondrer l’ensemble. Cela peut s’appuyer sur le message biblique d’une promesse qui s’accomplit et plus particulièrement encore sur le message chrétien de la révélation en Jésus de cette inauguration ou venue de la fin. Sur ce point, l’articulation entre le Jésus de l’histoire et le Christ défini par les dogmes demande de précieux commentaires : la métaphysique pourrait laisser l’impression d’une insuffisance de l’histoire à faire passer au plan de l’identité profonde de Jésus. Alors qu’en suivant notamment Dei Verbum, on peut comprendre comment l’incarnation totalise la Révélation, on saisit combien l’histoire de Jésus et ce qui apparaît de lui n’est pas moins important que la vérité théologique qui le concerne : on trouve là sa médiation. L’ouvrage de Soeur Blandine pose ainsi une assise qui redonne toute son importance à ce que Jésus annonce du Royaume, l’inaugurant par le don qu’est la venue de sa personne dans l’histoire des hommes. Au-delà des réflexions plus spéculatives, l’ouvrage attire l’attention sur la dynamique des textes bibliques qui offrent en propre un chemin vers le sens et la vérité. Il suscite une lecture en profondeur : la proximité du Royaume qu’annonce Jésus fait discerner ses faits et ses paroles, c’est une tension qui peut encore éclairer l’existence de ses disciples d’aujourd’hui. Peut-être peut-on le mesurer déjà en redonnant sens aux premières paroles du Notre Père, quand la royauté de Dieu demandée est déjà conjuguée à un vécu d’espérance qui en témoigne.

Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels

Pierre Gibert, Quand les peintres pratiquaient les Exercices spirituels, De Lotto à Vermeeer, Christus, Lessius, Namur, 2019.

Pierre Gibert propose, par l’exemple de la peinture, de mesurer la fécondité spirituelle des Exercices spirituels. Saint Ignace a intégré l’ordre de l’image à l’expérience spirituelle et religieuse la plus intime. Cela peut faire regarder autrement un certain nombre d’œuvres d’art, y cherchant l’imaginaire des Exercices spirituels. L’auteur aide à apprécier en ce sens un certain nombre d’œuvres. Un Pierre-Paul Rubens s’est nourri des Exercices spirituels et contempler certaines de ses œuvres fait jouer une identification avec des personnages pleins d’expression qui interrogent un retraitant sur ses propres réactions. S’est posée la question des images utiles pour la mission, dans des conjectures variables suivant les pays. Le Paraguay laisse l’exemple remarquable d’un art guarani qui s’est développé dans des normes chrétiennes de vie sociale et même plus précisément selon la ligne des Exercices spirituels. Pierre Gibert s’arrête en particulier sur Jan Vermeer qui s’est converti du calvinisme au catholicisme pour son mariage et qui dût entretenir des échanges spirituels avec les Jésuites, alors que le contexte calviniste résistait à la peinture de sujets religieux. Un tableau comme l’Allégorie de la foi offre une sorte de condensé de sa foi catholique et son art a dû se donner une manière d’inviter à la contemplation. L’exemple des peintres demande de continuer la réflexion sur la contemplation des images, sur la manière dont une image s’inscrit de manière unique en chacun et comment il faut y voir une médiation pour la vie spirituelle.

Madeleine Delbrêl…

Gilles François, Bernard Pitaud, Madeleine Delbrêl, « Un coude-à-coude fraternel avec les incroyants et les pauvres », Fidélité, (Sur la route des saints, 37), Namur, 2019.

Ce petit livre fait découvrir la figure de Madeleine Delbrêl, cette belle figure spirituelle et apostolique du XXe siècle toujours attentive aux incroyants et aux pauvres. Cet ouvrage montre comment Madeleine Delbrêl est pour les chrétiens un modèle d’évangélisation, fait à la fois d’un dialogue sans concession avec l’athéisme marxiste, d’une proposition claire de la foi, d’une prière contemplative intense et de l’exercice d’une charité inconditionnelle envers tous.

  Mystère du Christ, mystère de Dieu

Ysabel de Andia, Mystère du Christ, mystère de Dieu. Introduction à la mystagogie et à la mystique, préface de Yann Vagneux, Lessius, (Donner Raison, théologie), Namur, 2019.

L’occasion de ce livre fut d’offrir le meilleur de la tradition chrétienne à des missionnaires chrétiens en Asie confrontés quotidiennement à des voix religieuses qui ne manquent pas de grandeur. En est issu un ouvrage qui tombera avec fruit dans les mains des personnes loin de l’Église parce qu’elles n’y trouvaient plus la profondeur dont elles avaient soif. Le fil conducteur de l’ouvrage est la notion de mystère en puisant dans les Pères de l’Église de quoi nourrir une riche et profonde nourriture spirituelle. Est ainsi développée dans ces pages une solide théologie mystique, dans ses dimensions scripturaires, nuptiales et trinitaires. Décrire l’entrée dans le mystère demande une approche mystagogique que reprend la deuxième partie de l’ouvrage. Écrit en Inde, l’ouvrage ouvre sur ce que serait un dialogue dans la lignée de ce qu’avait fait Monchanin avec l’exigence gigantesque de repenser le christianisme non plus dans les concepts de la pensée grecque mais dans la tradition de pensée de l’Inde. La Croix, révélation de l’amour divin, fait aussi s’interroger sur la notion de sacrifice dans la tradition hindoue. La troisième partie fait ressortir la richesse de la mystique chrétienne depuis les Pères de l’Église. Elle trouve chez saint Thomas la place d’une connaissance articulée à l’amour quand il y a expérience de la bonté de Dieu, et fait aussi apparaître chez saint Jean de la Croix comme une source précieuse pour aller vers le centre le plus intime de l’homme. Un dialogue, traduisant de manière différente une expérience mystique abyssale, entre l’enseignement des Upanishads et ce que la tradition chrétienne dit de la dimension volontaire de l’amour, fait aussi poser la question d’une expérience mystique naturelle. La référence à la tradition chrétienne fait argumenter pour une dimension surnaturelle, ouverte par Dieu, donc par un autre. Même si l’être de Dieu est indicible, même si sa liberté est insaisissable, c’est lui qui fait sa demeure dans le cœur de l’homme et l’évocation du SOI par les mystiques indiens pourra toujours être une provocation à aller à la recherche de ce Dieu qui reste mystérieux. Cet ouvrage est un guide stimulant pour cette recherche.

Comment peut-on être tolérant ?

Claude Habib, Comment peut-on être tolérant ? Desclée de Brouwer, Paris, 2019.

La tolérance est un héritage des Lumières. La tendance à la déchristianisation et l’évolution qui faisait ranger les croyances dans la sphère privée semblaient avoir contribué à régler le problème. Mais les faits de violence, pointés comme extrémisme et signifiant de l’intolérance, les affirmations identitaires de communautés refusant par-là la valeur de tolérance font reposer la question. Claude Habib offre un parcours sur des questions que tout le monde se pose quant à la liberté de penser et à la manière dont la société libérale, quand elle est minée dans ce qui fait le tissu social, manque la dimension réellement politique. Car c’est là que la tolérance, plutôt qu’une indulgence motivée par le désir d’avoir la paix, serait une possibilité de débat, d’une vivification des mœurs et des convictions par l’interrogation que représentent celles des autres. La religion, les croyances et la déchristianisation, d’une part, la question identitaire relative à une proportion de la population issue de l’immigration toujours plus importante, d’autre part, relancent souvent le débat. Voici donnés des éléments pour bien le mener.

Le discernement

Enzo Bianchi, Le discernement, traduit de l‘italien original par Ivan Murovec, titre original : L’arte di sceglere. Il discernimento, Fidélité, Namur, 2019.

Le discernement est un thème cher au pape François. Il l’a proposé à la réflexion pour le synode des évêques en octobre 2018. Cette attitude est un peu oubliée dans le monde d’aujourd’hui, alors qu’il est fondamental comme faisant partie de l’exercice de la liberté. Il convient de percevoir sa teneur spirituelle et toute sa portée, en commençant par la sagesse qu’il suppose : prendre sa juste place, en particulier dans le rapport à autrui et à Dieu. Enzo Bianchi développe sa réflexion en faisant référence à l’Écriture pour y trouver des attitudes très révélatrices. Le choix s’y fait par rapport à l’appel de Dieu. Ou bien c’est l’Esprit grâce auquel on voit plus clairement ce qui est bon. Il insiste sur le discernement comme quelque chose de reçu. La notion de conscience permet aussi de rejoindre l’attitude du discernement, non seulement parce qu’il y aurait à choisir entre le bien et le mal auxquels se confronte une conscience morale mais en un autre sens de la conscience, qui dit la dimension personnelle de l’existence. Dans une dimension de foi au Seigneur qui connaît notre cœur, la dimension spirituelle du discernement est bien sûr d‘entendre la parole particulière par laquelle il nous appelle, ce qui rejoint le discernement vocationnel des jeunes, réfléchi lors du synode déjà évoqué et qui représente un enjeu important pour l’Eglise de demain.

Euthanasie, l’envers du décor

Thimothy Devos (coord.) Euthanasie, l’envers du décor. Réflexions et expériences de soignants, préface de Jacques Ricot et de Herman De Dijn, Editions Mols, (Autres regards), Bruxelles, 2019.

Pas mal de critiques s’élèvent pour émettre des réserves quant à la pratique de l’euthanasie. La législation en Belgique peut être interprétée de multiples manières et des acteurs des soins de santé nous le laissent entendre. On se défend en principe d’une banalisation. Une dame s’exprimait ainsi : « Il faut que je demande l’euthanasie pour qu’on commence à s’intéresser à moi ! » Des réactions comme celle-là laissent penser que tout n’est pas fait pour bien entendre la demande réelle du malade. Le soignant se doit de pouvoir arriver à mieux être à l’écoute comme des exemples repris par Eric Vermeer le montrent. La confiance du patient rencontre un soignant avec sa conscience et cela fait toute l’humanité de la relation de soin. A travers les récits en coulisses de l’accompagnement des mourants, par ces questions que des soignants abordent autour de la fin de vie, des soins palliatifs et de la pratique de l’euthanasie, à travers la critique des options que la législation belge permet, le lecteur est amené à repenser le sens de la mort et de la souffrance, le rôle de la médecine.

Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage

Bruno Gonçaves (dir.) Comprendre la réforme des procédures de nullité de mariage selon le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus, Artège Lethielleux, Paris, 2019.

Cet ouvrage présente les actes du colloque qui s’est tenu à l’Institut Catholique de Paris du 6 au 8 février 2018. Le motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus fut publié par le pape François en septembre 2015. Une commission avait travaillé à simplifier la procédure judiciaire des actions en nullité de mariage. Le colloque était destiné aux praticiens en officialité mais aussi à tous ceux qui sont intéressés par la procédure matrimoniale canonique.

La liberté rachetée

Albert Chapelle, Matthieu Bernard, La liberté rachetée. Penser le salut au temps de l’athéisme, Lessius, (I.E.T.), Namur, 2019. 

Cet ouvrage reprend le contenu de deux exposés que prononça le Père Albert Chapelle en 1974 sur l’épître aux Hébreux. L’intérêt qu’on a trouvé à ces interventions au niveau de leur contenu et de leur forme explique leur édition. Il s’agit pour le premier d’une histoire des théories de la rédemption et pour le second de la médiation que la raison théologique peut pointer au centre de ces théories. Le Père Chapelle exprimait le besoin d’une nouvelle compréhension, au 20ème siècle, par la remise en question de théories traditionnelles, de la signification du salut. L’organisation de l&rs, quo;exposé fait référence à diverses études contemporaines. La réflexion sur l’articulation entre théologie et anthropologie apporte un riche éclairage sur une sorte d’anthropologie théologique en dialogue avec la contestation athée. Le Père l’avait déjà développée dans un séminaire intitulé l’homme et le salut. Il y insiste sur la nouveauté de ce que l’homme découvre dans la liberté et dans la rupture que peut signifier une liberté qui ne peut tolérer une altérité qui la porterait. Sans opposer les Anciens et les Modernes, il convient ici de bien souligner une nouvelle dimension de l’humanité que l’athéisme fait ressortir et le cadre où penser ainsi le salut. Le texte des interventions du Père Chapelle est suivi d’un commentaire assez développé qui souligne les enjeux de méthode théologique sous-jacents.

Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie

Jacques Scheuer, Huit Jésuites à la rencontre des religions de l’Asie. Itinéraires XVIe – XXIe siècles, Lessius, (Petite bibliothèque jésuite), Namur, 2019.

Le monde européen a découvert en Asie tout un bouquet de traditions religieuses : hindouisme, bouddhisme, taoïsme, confucianisme, shintoïsme… Les Jésuites furent pionniers dans l’approche de ces traditions. Ce volume dessine les portraits de huit compagnons de Jésus. Les six premiers avaient quitté l’Europe : Alessandro Valignano, Matteo Ricci, Roberto de Nobili, Ippolito Desideri, Pierre Johanns et Yves Raguin ; les deux derniers, asiatiques, signalent une nouvelle étape : Kakichi Kadowaki et Aloysius Pieris. Leurs champs d’action couvrent le Japon, la Chine, l’Inde, le Tibet, le Sri Lanka. Jacques Scheuer se fait l’interprète de ces rencontres. Il nourrit la réflexion qu’elles initient. Quand un système religieux soucieux de cohérence comme l’hindouisme manque certaines distinctions mais marque par son organisation de toute la société un chrétien qui ne se contente pas d’y voir seulement ce qu’il a d’idolâtre à ses yeux, ou quand, plutôt que de vouloir conquérir des âmes à la seule vraie religion, on se sent invité par un patrimoine religieux à la participation à une spiritualité non chrétienne, on peut vraiment parler de rencontres. Il s’agit aussi, comme le dit Aloysius Pieris, d’une sorte de « baptême » dans les pauvretés qui font partie de l’Asie. Ceux qui auraient pu être comme conquérants dans un schéma missionnaire se sont fait écoute pour découvrir des traits culturels pleins d’intérêts. Leur formation de jésuite leur a permis d’apprécier ce qui a porté des fruits dans un riche échange interreligieux.

La littérature grecque d’Homère à Platon

Michel Fédou, La littérature grecque d’Homère à Platon. Enjeux pour une théologie de la culture, Lessius, (Donner raison), Namur, 2019.

La littérature grecque antique parle du divin et de l’humain. De quelle « théologie » et de quelle « anthropologie » témoigne-t-elle ? Engage-t-elle sur des chemins fort éloignés de la Révélation chrétienne ou révèle-t-elle ce qui peut apparaître comme des « semences d’Évangile », comme le travail de l’Esprit au sein d’une culture qui, pourtant, ne connaissait pas le Christ ? N’y a-t-il pas là de quoi nous aider à réfléchir sur ce qui est en jeu dans la rencontre du christianisme avec les traditions culturelles et religieuses de l’humanité ? Michel Fédou présente d’abord cette littérature avec ses différents genres : l’épopée avec Homère et d’autres comme Hésiode ou Pindare, le théâtre avec Hérodote et Thucydide et les œuvres plus philosophiques avec les présocratiques puis Socrate et Platon. Il s’agit d’une véritable introduction à la littérature grecque, celle-ci pouvant faire l’objet d’une lecture théologique. D’une certaine manière l’histoire de la révélation est coextensive à l’histoire du monde. Jésus-Christ est dans l’histoire point de référence pour discerner l’histoire religieuse de l’humanité. C’est dans cette optique que l’on peut chercher comment l’Esprit est à l’œuvre dans cette portion particulière de l’humanité qu’est la culture grecque. Elle ne connaissait pas le Christ mais elle était en recherche d’un Logos et il convient de dire dans quelle mesure il ne lui était pas totalement étranger.

Teilhard de Chardin théologien malgré lui

Alain Bele de Gufroy de Rosemont, Teilhard de Chardin théologien malgré lui, Saint Léger Editions, 2019.

Pierre Teihard de Chardin, quand il lit le livre de la Genèse, reste scientifique et cherche à réconcilier la foi chrétienne avec la science. Les découvertes scientifiques ne peuvent être mises entre parenthèses et il voit le caractère particulièrement symbolique du début de la création. C’est ce qu’il met en évidence en resituant chaque personnage, chaque lieu, chaque action dans une lecture significative de nouvelles perspectives. L’Écriture Sainte est respectée mais il donne une image scientifiquement recevable de l’indicible, de l’au-delà. Il dira aussi sa vision particulière du Péché Originel et de sens de la Croix. Sa lecture est une invitation pour les chrétiens qui cherchent une foi intelligente et intelligible. Cette manière de lire la religion chrétienne comme compatible avec la Science, n’est pas, même aujourd’hui, du goût de tout le monde, même chez les chrétiens. C’est pourquoi il est bon de l’examiner de plus près.

Marie-Madeleine

Laurence Beck-Chauvard, Que penser de…. ? Marie-Madeleine, Fidélité, (Que penser de ? 98), Namur, 2019.

La figure de Marie-Madeleine attire : c’est vrai dans la spiritualité pour recevoir le message d’une grande figure témoin du Ressuscité, c’est vrai aussi par une curiosité réveillée par quelques livres et films visant un rapport critique à la tradition se rapportant à elle. En suivant l’ouvrage, l’attention est tournée vers une figure qu’on nous dit composée : écoutons cette phrase d’une homélie de Grégoire le Grand dire que Luc l’appelle une pécheresse, que Jean la nomme Marie (de Béthanie, Jean 12), et que Marc en parle en évoquant la femme aux sept démons. Cette homélie eut un grand rôle pour unifier la figure de Madeleine dans celle d’une pécheresse repentie, invitant ainsi à la conversion personnelle. Une biographie du IXe siècle décrit la suite de sa vie au désert dans l’ascèse et la contemplation, sans doute suivant le modèle légendaire d’une autre Marie. Son culte fut ancré près de Marseille par une transposition de cette première vita eremetica aux environs de Marseille et plus précisément de la Sainte-Baume. L’intérêt du présent ouvrage est bien d’y suivre des accents de la spiritualité liés à la sainte suivant que Marie-Madeleine fut apôtre des apôtres, puisque le Ressuscité lui apparut. Ensuite de se donner un avis dans les débats suscités autour des phénomènes de la culture récente comme le Da Vinci Code et le film de Ron Howard qui en fut inspiré, laissant fuser des idées d’une sorte d’effervescence néognostique sur la vie sexuelle de Jésus, et encore un récent film de Garth Davis (2018), mettant cette fois le rôle de femme-apôtre de Madeleine en lumière et en question. Le livre fait bien ressortir comment le personnage est assez complexe pour être aussi fascinant au long des siècles.

Evangéliser dans l’espace numérique

Marie-Thérèse Tannous, Lorraine Sainte-Marie et Pierrette Daviau, (dir.), Evangéliser dans l’espace numérique, Novalis, Lumen Vitae, (Théologies pratiques), Montréal, Namur, 2018.

Durant l’été 2016, la Société Internationale de Théologie Pratique a tenu à Ottawa son 10e congrès sur le thème « Découvrir, vivre et annoncer l’Évangile dans un monde transformé par les nouveaux médias numériques ». Le présent ouvrage rassemble des contributions à ce congrès, qui saisissent les significations théologiques et pastorales des nouvelles pratiques liées, de près ou de loin, à un environnement numérique en perpétuelle mutation. Le Web représente en effet un défi pour l’Église et sa mission. Les potentialités pour une sp, iritualité qui semble y prendre place sont à discerner. La question se pose bien sûr de ce que signifie une présence quand elle est ainsi médiatisée par l’informatique. L’altérité d’une personne, qui n’apparaît qu’avec ce qu’elle peut ou veut communiquer d’elle-même, est difficile à appréhender. Les termes souvent utilisés montrent le contraste entre les prétentions de communication et les conséquences sociales à assumer. Les possibilités d’évangéliser par la Toile sont-elles réelles, rejoignent-elles vraiment ce que l’Evangile peut produire par la rencontre effective de témoins ou par le travail de la Parole ? Une question vers laquelle les analyses pointent si on parle d’évangélisation comme du chemin vers la communion avec la personne du Christ. Des réserves plus importantes montrent bien aussi qu’espérant d’abord faire d’Internet un moyen à travers lequel évangéliser, beaucoup ont compris que c’était un milieu à évangéliser. On notera aussi l’attention de différentes analyses relatives aux jeunes qui sont dans l’espace numérique en se posant beaucoup moins de questions.

Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ?

Thibaud Collin, Le mariage chrétien a-t-il encore un avenir ? Pour en finir avec les malentendus, Artège, Paris, 2018.

Le pape François a fait un pari en engageant une conversion pastorale de l’Église. Cela se vérifie avec la pastorale de la famille. En résonnent encore certains débats autour d’Amoris Laetita. Ce livre les reprend et veut parfois les arbitrer, du moins les situer. L’évolution des mentalités se remarque dans de nombreux reculs par rapport à ce que l’Église annonçait. Des sociologues n’ont pas manqué de parler de la perte de crédibilité sur ce sujet important qu’est la famille et le mariage chrétien. L’option pastorale du pape François bouscule certaines vérités défendues traditionnellement. Il s’agit de rejoindre chacun là où il est. L’auteur met le doigt sur la difficulté de s’entendre sur la notion d’objectivité. Celle-ci concerne la situation de nombreux couples qui n’ont pas à être enfermés dans leur situation concrète et les conditionnements les limitant. Il faut aussi prendre en compte l’idéal évangélique vers lequel, dans le meilleur des cas, ils cheminent activement. L’Église, à la fois, témoignant de la vérité comme une éducatrice (Magistra) et attentive comme une mère (Mater) au bien concret de ses enfants doit ici dépasser une impasse et l’auteur relève les difficultés que la doctrine peut mettre en lumière. Il décrit aussi le principe de polarité que le pape François puise chez Guardini qui lie ensemble des déterminations contradictoires à propos d’une question. Il en va ainsi à propos du couple « miséricorde » et « vérité ». Derrière ces débats, il y a bien sûr une question fondamentale que pose le livre : le contexte actuel permet-il, pour une proportion suffisante des cas, de faire le choix du mariage chrétien en pleine conscience de ce qu’il implique, de ce qu’il représente ? Si l’Église doit pouvoir accompagner sur le chemin de l’idéal, des défis importants se présenteront à elle pour l’avenir du projet chrétien signifié dans le mariage.

Un catholique n’a pas d’alliés

Correspondance. Bernanos, Maritain, Mauriac, Claudel, Un catholique n’a pas d’alliés. Présentée par Henri Cantin et Michel Bressolette. Cerf, Paris, 2018.

Les lettres que s’adressent ces grands noms de la littérature chrétienne que sont Bernanos, Maritain, Mauriac et Claudel révèlent leurs divergences intellectuelles, leurs désaccords politiques et leurs tiraillements spirituels. Ces lettres nous disent qu’on peut avoir une correspondance épistolaire sans « correspondance d’idées et de goûts », parce que l’Évangile est une nouvelle à annoncer et non une idéologie à faire triompher. L’Église est une famille où l’on peut avoir des réunions qui dégénèrent sans qu’on ne cesse pour autant d’avoir le même Père. Maritain, Bernanos, Mauriac, Claudel entretiennent cette correspondance dans un contexte difficile et tendu qui met à l’épreuve leurs qualités de cœur et d’esprit.

Thomas d’Aquin, Commentaires politiques

Michel Node-Langlois, Thomas d’Aquin, Commentaires politiques, Artège-Lethielleux, Paris, 2018.

Un premier livre laissant entendre Thomas d’Aquin dans ses exposés doctrinaux sur la politique était paru en 2015. Ici, on peut lire les commentaires qu’il a faits d’ouvrages traitant de politique que l’on doit à Pierre de Lombard (les Sentences), de la métaphysique d’Aristote (livre XII), et du même Aristote, de l’Ethique à Nicomaque et de la Politique. Des passages concernent aussi des commentaires de l’Écriture, les évangiles de Matthieu et de Jean ou l’épître aux Romains. Comme d’habitude, on ne parvient pas à dissocier le philosophe et le théologien, la philosophie devant permettre de mieux traiter les questions qui concernent aussi la foi. Cela signifie que les commentaires scripturaires s’appuient aussi sur la raison.

Sagesses et prières du monde

Jacques Scheuer, Sagesses et prières du monde. Trente sentiers d’exploration, Fidélité. Namur, 2019.

L’écoute de ces prières venues d’autres religions invite au voyage mais elle fait dire aussi que marcher en territoire inconnu permet souvent de reconnaître, contre toute attente, des enseignements familiers, des images qui parlent à notre mémoire. Les différents sentiers viennent de la revue Rivages où ces textes avaient été publiés séparément sous la rubrique Spiritualités d’ailleurs. On profitera mieux de ces pistes en les parcourant lentement, posément, en prenant le temps de respirer, pour communier à ce souffle spirituel présent de par le monde.

Connaître Jésus

James Alison, Connaître Jésus, traduit de l’anglais par François Rosso, Artège. Paris, 2019.

Connaître Jésus et connaître le Père vont de pair. C’est bien le chemin d’une rencontre avec le Christ qui est l’enjeu de ce livre pour entrer par lui dans la vie divine. Le connaître aujourd’hui suppose de le reconnaître comme ressuscité. Connaître Jésus, c’est aussi trouver l’intelligence de qui il est comme cette victime absolument libre dans le don qu’elle fait d’elle-même, démasquant les jeux de victimisation. Le livre bénéficie de la pédagogie de l’auteur et des questions à la fin de chaque chapitre ouvre la lecture à la méditation.

Saint François de Sales

Michel Tournade, Saint François de Sales. Aventurier et diplomate. Salvator, 2017, Paris.

L’histoire de l’évêque d’Annecy est ici romancée. Mais elle permet de suivre pas-à-pas l’itinéraire de ce combattant de l’œcuménisme et elle donne de s’ouvrir à la bonté qui l’inspirait. Ce livre a le mérite de faire entrer dans une époque pour mieux en comprendre les éléments importants. On comprend mieux saint François de Sales e, n se replongeant dans le milieu qui l’a formé et dans lequel il a dû répondre à sa vocation de sainteté.

L’Europe est-elle chrétienne ?

Olivier Roy, L’Europe est-elle chrétienne ? Seuil, 2019, Paris.

La question posée par le titre de ce livre trouve souvent des réponses par un parcours historique. Chose paradoxale quand il ne s’agit pas d’enfermer le christianisme dans une culture qui ne vaudrait que par référence à son passé, quand plaider pour sa pertinence essaierait d’ailleurs de dire qu’il a évolué face à ses détracteurs qui le diraient dépassé. Sans tout axer sur les racines de l’Europe et un héritage chrétien de celle-ci, sans trop faire valoir le mouvement d’auto-sécularisation qu, i a fait parler d’une « religion de sortie de la religion », il faut à la fois entendre les débats sur l’identité chrétienne et préserver celle-ci de ce qui pourrait compromettre ses ressources spirituelles. Sans quoi la religion chrétienne en Europe resterait plus un problème cautionné çà et là par les décisions des tribunaux ou les débats politiques insensibles à la profondeur de la question. La culture séculière se réclame de la liberté mais elle se donne plutôt des normes que ce qui peut nourrir la liberté. C’est peut-être le signe d’une crise de la culture. L’Europe a besoin de prophètes plus que de législateurs, nous dit Olivier Roy. L’universalisme du message chrétien a été articulé à la loi naturelle qui n’est plus guère dans l’air du temps. Il faut se demander quelles valeurs on peut voir affleurer dans ce débat si on sort de la question d’une identité contre une autre, conservateurs contre sécularisés, ou bien par une opposition à l’Islam. L’auteur montre bien qu’il peut y avoir des relectures différentes des tensions touchant l’Église et de la dimension chrétienne qu’on peut mettre en lien avec l’histoire de l’Europe. Le titre de l’ouvrage fait sentir une dimension identitaire dans laquelle le christianisme ne peut s’enfermer. La vitalité de l’Église se dirait-elle plus dans sa relation à l’Autre ? Que l’auteur de cet essai écrive Autre avec majuscule suggère une question de foi qui fera sortir des discours ramenant la religion à l’opposition de clans ou à ce qui contrarie la liberté individuelle.

La personne au secours de l’humain

Jean-François Petit, La personne au secours de l’humain. 30 études personnalistes, Parole et Silence, Paris, 2018.

Si la pensée d’Emmanuel Mounier était prophétique, il est juste de mesurer encore aujourd’hui son actualité. Défendre l’humain en redéveloppant des caractères personnels sur lequel Mounier est d’une portée salutaire. Jean-François Petit s’emploie à le dire à travers ces pages qui donnent à mieux connaître la pensée personnaliste. S’il s’agit ici de philosophie, la pensée à laquelle on se réfère n’est pas du tout un système philosophique. Il y a certes des racines philosophiques solides mais le personnalisme surprend, encore aujourd’hui, par son originalité. Cela transparaît dans les débats métaphysiques et anthropologiques actuels. Pour mieux contrer ceux qui suspecteraient une mise en évidence de l’individu quand on fait valoir l’autonomie de la personne, on peut mettre en avant l’importance de la communication en même temps que la médiation spirituelle. Le mouvement d’intériorisation qui conduit à l’intimité de la vie personnelle est solidaire du mouvement d’extériorisation par lequel l’homme s’expose dans le monde. Le personnalisme est apparu dans le courant de la crise des années 1930. Chercher les bases de la personnalisation est le gage d’un chemin qui préserve des menaces de la recherche de l’intérêt privé, qui met à l’abri du formalisme ou des pertes de repères. Depuis sa fondation, le personnalisme a rejoint des directions variées de recherche. Il inspire notamment une métaphysique mettant l’amour à la base de la recherche de l’être, une théologie personnaliste centrée sur la réciprocité humano-divine, une anthropologie personnaliste mettant l’accent sur les relations fondamentales à tout homme, une philosophie de l’éducation renouant avec l’antique geste socratique d’éveil des personnes, une psychologie de type expérimental, une philosophie politique centrée sur la construction d’une démocratie personnaliste. On peut mesurer la pertinence d’un éclairage personnaliste dans ces différents domaines à travers ces pages qui montrent combien le personnalisme trace une ligne de vie qu’il est temps de faire valoir.

Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion

Jérôme Cottin, Henri Derroitte, Nouvelles avancées en psychologie et pédagogie de la religion, Lumen Vitae, (Pédagogies catéchétiques 34) Namur, 2019.

La faculté de théologie protestante de Strasbourg a organisé en 2017 un colloque qui visait, après un premier colloque établissant un état des lieux de la catéchèse et de l’enseignement religieux protestants dans les pays francophones d’Europe, à sonder de nouvelles pistes et à s’interroger sur des fondements méthodologiques et sur leurs applications pratiques. La collaboration avec la Faculté de Théologie de Louvain a été retenue pour son expérience dans la recherche de la pédagogie religieuse ainsi que ses liens avec Lumen Vitae. La perspective œcuménique constituait également un enrichissement. Sept contributions de cette compilation concernent les questions autour de la psychologie de la religion mais autant dire que le domaine de la pédagogie n’est jamais loin. La seconde partie reprend des pistes dans un domaine se voulant plus résolument pédagogique. On redécouvre ainsi la pédagogie de Jésus, on passe par différentes propositions avec des options comme prêter attention à la manière de raconter, faire travailler l’imaginaire par le jeu ou rendre attentif à l’école de la vie. La diversité déployée demande une synthèse qui tente de répondre à quelques questions concernant des axes à bien repérer dans les propositions. Privilégie-t-on la croissance personnelle ou l’ouverture à la communauté, fait-on découvrir un « christianisme-identité » ou un « christianisme-ouverture » (pour lequel la panne de la transmission est plus présente), vise-t-on plutôt le contenu ou l’expérience ? Enfin, il ne faut pas perdre de vue le rapport intergénérationnel, ce qui n’est pas la priorité des catéchèses visant des tranches d’âge. Henri Derroitte reprend ces différentes polarisations en mettant en évidence les défis de la transmission dans le christianisme.

Ouvrir l’espace du christianisme

Myriam Tonus, Ouvrir l’espace du christianisme. Introduction à l’œuvre pionnière de Maurice Bellet, préface de Jean-Claude Guillebaud, Albin-Michel, Paris, 2019.

Cet ouvrage n’est ni un essai sur la pensée de Maurice Bellet, ni un exposé systématique de celle-ci.  La pensée de Bellet, systémique, complexe, circulaire se laisse découvrir à travers le parcours qu’en fait Myriam Tonus. Elle a collaboré avec lui à de multiples occasions. Elle se fait ainsi témoin des thématiques récurrentes qui apparaissent ici. Ouvrir l’espace du christianisme, en référence au message dont celui-ci est porteur, c’est sans doute lutter contre tout ce qui pourrait fermer les portes de l’interprétation. Jean-Claude Guillebaud, dans la préface, fait valoir qu’on ne peut se référer à un texte quand on parle de l’Evangile et que Bellet insistait pour qu’on se situe alors comme confrontés à une parole. Ce qui suffit pour dire que l’Evangile est vivant comme toute expérience humaine. Le théologien qu’était Maurice Bellet ne parlait pas si souvent de Dieu comme objet que des enjeux de la foi. Il invitait à ouvrir d’autres modèles théologiques. Sans viser l’originalité pour elle-même, il faisait reconnaître qu’il y a des évidences auxquelles on peut être aveugle quand on en vient à faire de la théologie dans une culture qui ne s’interroge pas elle-même. La question sous-jacente relève alors la radicalité de la conversion à laquelle l’Evangile presse. C’est dire qu’en reprenant les insistances de Bellet, la folie de l’Evangile pourrait nous inspirer une sagesse dont l’humanité a bien besoin face au délire souvent à l’œuvre dans la société occidentale.

Dieu fait toutes choses nouvelles

Laurent Landete, Dieu fait toutes choses nouvelles. Regard d’un laïc sur la mission de l’Église aujourd’hui, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2018.

Henrik Lindell a rencontré Laurent Landete qui arrive au terme de son mandat de responsable de la communauté de l’Emmanuel. Dans un témoignage inédit livrant une réflexion passionnante, il nous donne le cœur du projet de la Communauté de l’Emmanuel. Ce livre d’entretiens aborde de grands enjeux de l’Église et de cette communauté. Son récit de vie se montre en même temps un combat spirituel. Laurent Landete peut dire comment Dieu parle à travers la présence des malades. Landete raconte aussi les défis qu’il a rencontrés avec son épouse à travers la maladie de leurs enfants.
Quand on lui demande ce qu&rsq, uo, ;est la communauté de l’Emmanuel, il répond : « un rassemblement de pauvres types dont le cœur est conquis par Jésus pour mieux aimer ensuite ». L’amour fraternel est donc pour lui un cadeau de Dieu qui donne à la communauté de rayonner à travers la diversité de ses membres. Il invite aussi à un renouveau de la relation entre prêtres et laïcs. C’est un des éléments qu’il propose pour relever le défi de l’évangélisation aujourd’hui, avec d’autres défis comme une réponse à la question des migrants, l’engagement dans l’écologie et une nouvelle attention à l’éducation et à la formation des intelligences.

Résolution des conflits dans l’Église pri, mitive

Olivier Belleil, Résolution des conflits dans l’Église primitive, Domuni-Press, Toulouse, 2018

Les crises et les conflits font partie de la vie. Masqués par le caractère inévitable, ils offrent aussi des opportunités. On peut y découvrir des occasions de sortir des rêves et des fausses évidences sur la manière de vivre ensemble. Et c'est vrai aussi pour l'Eglise et pour la communauté que formaient les premiers chrétiens. Le livre des Actes de Apôtres le décrit. Il en fait bien plus qu'un récit, car il cherche à souligner le travail de l'Esprit, créateur d'une communion et pour cela de pistes où le Don de Dieu fait avancer ensemble et fait témoigner en actes. Il s'agit donc de bien plus que de l'histoire d'une communauté : on trouve dans les Actes une réflexion théologique qui peut encore éclairer l'ecclésiologie, Luc contribuant ainsi à penser l'Eglise, comme par ailleurs Paul dans différentes de ses épîtres porteuses d'une vision de la communauté. L'idéal de la communauté primitive a exercé une véritable fascination dans la Tradition de l'Eglise, elle inspire encore les communautés nouvelles. Reste aussi, puisqu'on parle de conflits, à voir comment elle peut aider à éclairer l'Eglise aujourd'hui encore. Olivier Belleil le développe en parlant des difficultés ad intra, à propos de conflits de personnes (1), en évoquant des crises internes de croissance mettant aux prises des tendances divergentes à propos de la Loi (2), au sujet des conflits entre disciples à propos des Juifs qui n'ont pas reconnu le Messie en Jésus (3) et puis en ce qui concerne les difficultés qu'on trouve liées à la confrontation de cette Église primitive avec le milieu économico-religieux du monde païen gréco-romain (4).

Où allons-nous ?

Charles Delhez, Où allons-nous ? De la modernité au transhumanisme, Salvator/Fidélité, Paris/Namur, 2018

Peut-on vraiment savoir où nous allons en ce début de XXIe siècle ? Le livre de Charles Delhez cherche à faire le point. Plus que cela, soulignant la rapidité du changement, le climat de pensée ou plutôt les tendances qui s'y confrontent en répondant chacune à des enjeux différents, il esquisse les traits d'un futur possible. La place du spirituel, d'une nouvelle religiosité qui s'y fait jour, apporte des éléments dans une nature humaine qui semble parfois dépassée. Dans le transhumanisme et le post humanisme, elle laisse ainsi place à un projet alimenté par des rêves qui décrochent de la réalité que nous connaissons et par une prétention parfois effarante de la technoscience. Qui prend les rênes quand les grands récits des traditions religieuses n'ont plus cours comme réserve de sagesse ? L'enthousiasme est-il encore possible quand la vitesse du changement laisse présager un défaut dans le contrôle et l'absence de précaution qu'une juste anticipation ferait prendre ? Faudrait-il plutôt écouter les collapsologues ? La comparaison avec l'île de Pâques, maintenant déserte, ne force-t-elle pas la raison, demandant d'écouter le risque que notre planète court eu égard à la possibilité d'être encore habitable longtemps, faute des décisions que nous aurions déjà dû prendre ? « Ne faisons pas en sorte qu'à notre passage demeurent des signes de destruction et de mort qui frappent notre vie et celle des générations futures », demandait le pape François dans Evangelii Gaudium. Faute de pouvoir anticiper tous les dégâts dans une gestion déficiente quand la démesure des projets s'en mêle, on se tourne ici et là vers un goût de la simplicité et de la mesure. Mais est-ce suffisant ? Car une telle conversion de quelques-uns ne doit pas masquer l'ampleur des phénomènes en cours. L'homme s'est vu confier la responsabilité de la terre. Et c'est sans doute dans cette dimension éthique qu'il faudra toujours évoquer cette question « Où allons-nous ? »

Débattre

Débattre, Quels enjeux pour l’Église ? sous la direction de Jean-Luc Blaquart et Maxime Leroy, L'Harmattan, (Théologies pratiques et contextuelles), Paris, 2018

Ce livre inaugure une nouvelle collection d'ouvrages en théologies pratiques et contextuelles. L'expression demande le pluriel pour dire la diversité des approches quand les différents enjeux de la pratique ecclésiale, d'une part, les perspectives à même de rendre compte du contexte, d'autre part, sont à harmoniser. On trouve dans cet ouvrage le fruit d'un séminaire de recherche mené à l'Université de Lille en 2016. Action et réflexion s'y trouvaient mêlées. Le séminaire fut l’occasion d’échanges notamment sur la pratique pastorale elle-même lieu de débat. La réflexion suscitait un regard critique sur ce que veut dire débattre en même temps qu'une reconnaissance de cette dimension importante dans la formation de la pensée ecclésiale. On trouve de bons exemples de débats dans les Actes des Apôtres, en particulier à travers le Concile de Jérusalem. Il donne le ton à une tradition où il est bon de puiser pour une juste conception de l'autorité revenant aux responsables de ministères, ce qui est développé par Paul Scolas. On trouve une référence philosophique avec la figure de Jürgen Habermas, sa conception de l'agir communicationnel et de l'éthique de la discussion. L'occasion est aussi donnée de se replonger dans de multiples confrontations, riches d'arguments et des contextes qui donnent à saisir les enjeux : on redécouvre ainsi avec intérêt comment l'époque patristique, époque de grands conciles, et comment le Moyen-Âge, furent riches en débats dont on mesure encore l'importance.

Communion ecclésiale et synodalité

Alphonse Borras, Communion ecclésiale et synodalité. Comprendre la synodalité selon le pape François, préface de Christoph Theobald, Éditions CLD, (Cahiers de la Nouvelle Revue Théologique), Paris, 2018

Canoniste, Alphonse Borras fait aussi valoir des enjeux résolument pastoraux pour évoquer le cheminement à vivre ensemble, dans la diversité des charismes et des ministères, pour aller vers l'Eglise de demain. Ce cahier de la Nouvelle Revue Théologique reprend plusieurs de ses textes consacrés à la synodalité. Sont passés en revue le conseil pastoral de secteur et le Synode des évêques. Le premier montre ce qui, dans la foulée de Vatican II, présageait déjà une manière de donner à tous les baptisés de participer à la mission de l'Eglise dans le monde. Le synode des évêques est vu à travers un commentaire de la Constitution Episcopalis communio qui montre à un autre niveau une réforme de l’Église qui met en œuvre une synodalité à trave, rs la consultation des Églises locales, ce qui doit renforcer la communion à l'intérieur de l’Église universelle. La synodalité est un choix que fait le pape François. Elle fait deviner une Église-sujet, comme l'évoque Christoph Theobald dans sa préface. Il faut entendre par là que la participation des baptisés dans l'Église demande leur prise de conscience spirituelle de la réalité dynamique de l'Eglise, demandant la collaboration organique et harmonieuse de tous et de leurs charismes. C'est dire d'autre part que la communauté comme telle est sujet d'action, ce qui préserve à coup sûr de tout cléricalisme. Cela invite bien sûr à plancher sur la dynamique à vivre dans une Église-communion pour des attitudes comme la délibération ou le « partage » de la charge pastorale. Quand il s'agit de délibérer, la qualité dynamique de communion ira de pair avec la fidélité à l’Évan, gile. Quant à la charge pastorale qui ne se partage pas au sens strict du droit, on gagne à éclairer comment une équipe peut participer à son exercice. Chaque fois, ce principe de gouvernance qu'est la synodalité donne à comprendre le Corps ecclésial comme un tout différencié respectueux des charismes de chacun.

Ce que dit la Bible sur… Le travail

Luigino Bruni, Ce que dit la Bible sur… Le travail, Nouvelle Cité, (Ce que dit la Bible sur, 35), Bruyères-le-Châtel, 2018

Le travail n'est peut-être pas une réalité que l'on mettrait à la première place dans les récits bibliques. L'activité humaine n'est pourtant pas qu'une circonstance sans importance de la condition humaine telle que la décrit la Bible. Il faut souligner comment la réalité des champs, de la vigne, comment les tâches concrètes de la vie quotidienne ont pu faire signe ou ont pu servir de matière pour des paraboles. Il est vrai que les prophètes parlent moins de religion que de la vie, que Jésus s'est aussi demandé à quoi comparer le Royaume des Cieux. La Bible nous parle aussi de la tension qui existe entre son milieu culturel et notre univers avec ses perspectives de management et de relations économiques. Et cela augure, par des références au travail humble et respectueux de la dignité humaine, une source de sagesse que nous risquerions d'oublier un peu trop vite.

Gabriel Rosset

Michel Catheland, Gabriel Rosset, « Ne te dérobe pas à ton semblable », Fidélité, (Sur la route des saints, 36), Namur; 2019

Comme l'abbé Pierre, Gabriel Rosset a pressenti la crise du logement au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Sa vie fut consacrée aux sans-abris et aux réfugiés, qu'il appelait « nos hôtes ». Michel Catheland évoque ainsi une personnalité qui a marqué la région lyonnaise avec la création des Foyers Notre-Dame des Sans-Abri. D'origine modeste, il va gagner l’École Normale Supérieure, dans un climat très antireligieux mais avec le soutien de quelques chrétiens fervents dont Jean Guitton. Il fut transformé par une retraite et continua son parcours dans une vie spirituelle qui ne cessa de soutenir son rayonnement comme enseignant et dans l'action caritative qui le fit connaître. Un dossier en vue de sa béatification a été constitué.

Une Église en sortie

Patrice Bergeron, Patrick François, Yves Guérette, Gilles Routhier, Martin Yelle, Une Église en sortie, Relecture d'une expérience missionnaire auprès des jeunes, Novalis, Lumen Vitae, 2018

Un diagnostic : les jeunes sont absents de leurs activités, ou presque. Ensemble, les 22 auteurs décident donc de quitter le confort de leurs pratiques pour se risquer, chacun et chacune à sa façon, sur les lieux et les chemins fréquentés par la jeunesse d’aujourd’hui. Fruit d’une recherche-action menée avec audace, ce collectif témoigne de la joie de l’Évangile qui attend les disciples du Christ qui osent se mettre en route, hors des sentiers battus. Un ouvrage précieux pour penser et vivre, avec espérance, le tournant missionnaire de l’Église.