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27/1/2011
50 ANS AU RWANDA
L'abbé Roger Depienne: ''Je vais fêter mes noces d'or avec l'Afrique''
Il avait à peine posé le pied sur le territoire belge que la neige commençait à jouer les envahisseuses! Sacré changement climatique pour l'abbé Depienne, un prêtre du diocèse de Namur qui vit depuis cinquante ans maintenant au Rwanda. Dans quelques jours, il va repartir. Sans doute, son dernier voyage vers ce pays qu'il aime tant. Un pays où il aura connu tant de beaux moments mais aussi bien des peines. De beaux moments qui ne peuvent gommer les crises, à répétition, qui ont secoué le Rwanda. Une histoire dramatiquement bouleversante que celle de ce pays d'Afrique. Rien que de l'évoquer, l'abbé Depienne a bien du mal à réprimer ses larmes.
Lorsqu'il est parti pour le Rwanda, l'abbé Roger Depienne ne songeait jamais y passer un demi-siècle! ''Cinquante années passées au Rwanda, j'estime que cela suffit''. On imagine bien que la décision n'a pas été facile à prendre. Le Rwanda et d'une manière plus large l'Afrique, c'est toute sa vie. C'est là que jusqu' à présent il a passé le plus de temps. Sacré itinéraire que celui de Roger Depienne.
Né à Tintigny, ''sur les bords de la Semois'' ajoute-t-il avec un brin de fierté dans la voix, il arrivera très vite à Namur. La famille s'installe à Salzinnes. Son enfance, il la passe à Namur. Ce n'est pas encore le temps où les vacances se vivent, à l'étranger, loin de la maison. ''Le seul séjour que j'avais fait, à l'étranger, avant de partir au Rwanda, c'était dans les Vosges avec les scouts!''
S'il n'avait pas l'âme d'un aventurier, il ne s'imaginait pas plus devenir prêtre! ''Je me disais que je serais maçon ou menuisier, je ne savais pas trop.'' Roger Depienne est inscrit dans une école catholique, les professeurs sont en majorité des religieux. ''Régulièrement, des Pères Blancs venaient dans les écoles pour des témoignages. Ces Pères qui rentraient de mission nous parlaient de ce qu'ils avaient vécu sur place. C'était très intéressant dommage que l'on ne procède plus comme ça aujourd'hui.'' Pour les temps libres, avec ses soeurs, il participe aux activités de l'Action Catholique. Il fait aussi du scoutisme. ''J'estime que c'était là une belle vie qui était proposée à la jeunesse. Je voyais, autour de moi, des prêtres dynamiques qui se mobilisaient pour nous.'' Autant d'exemples de vie qui feront sans doute qu'à la fin de ses humanités, le jeune homme envisage le sacerdoce. Ils sont sept rhétoriciens à se destiner à la prêtrise. ''Etonnant, n'est-ce pas'' lance l'oeil rieur l'abbé. C'est bien en paroisse et dans le diocèse de Namur qu'il conçoit sa vie. Après son ordination, le jeune abbé part pour Marche où il sera vicaire avant de s'installer à Namur, à la paroisse Saint-Joseph.

''Je suis tout petit''
Mgr Charue alors évêque de Namur est informé par un évêque rwandais qu'un collège va s'ouvrir à Kigali. L'évêque rwandais est à la recherche d'un prêtre tourné vers la pédagogie pour assurer cette mission. L'abbé Depienne répond à l'évêque: ''Je n'ai pas de formation d'enseignant par contre si on a besoin de quelqu'un dans la paroisse, je suis prêt à partir.'' C'est finalement avec une mission pastorale qu'il quittera Namur quelques semaines plus tard: ''Ma famille n'a pas fait un drame de ce départ. Pour me préparer et apprendre les premiers rudiments de la langue je suis allé, à Salzinnes, chez les Pères Blancs. Ils m'ont aussi montré des photos. Les gens sont très grands au Rwanda et moi je suis tout petit. Je me faisais de ces idées....'' L'abbé Depienne sourit en repensant à ses craintes.
L'accueil est chaleureux: ''Pour la population catholique rwandaise avoir un prêtre dans une paroisse est une véritable bénédiction.''Le jeune abbé a le coup de foudre pour le pays: ''Mon contrat était prévu pour trois ans et je ne l'ai jamais renouvelé...'' Il a travaillé comme vicaire à Kigali avant d'être chargé d'installer une paroisse à côté du couvent occupé par les soeurs de l' Assomption. ''C'est la paroisse Notre-Dame. Quand on a commencé, il n'y avait rien. La messe se faisait dans un hangar qui avait été spécialement construit. Moi, ma maison était en tôles. Je vivais dans cette baraque et je prenais mes repas chez les soeurs. Le Rwanda est un pays très peuplé, le travail de la pastorale notamment de la catéchèse y est donc important.'' Les messes rwandaises ne correspondaient alors que très peu à l'image que nous avons des messes africaines avec des fidèles qui aiment chanter, danser... Le Rwandais est plus réservé. ''Lorsque je suis arrivé, les célébrations étaient très calmes. Elles le sont beaucoup moins aujourd'hui même si elles restent beaucoup moins exubérantes que les messes congolaises.''
Un pays que l'abbé Depienne a appris à découvrir et à aimer à travers sa mission d'aumônier de la JOC. Amené à remplacer l'aumônier national, il est passé dans toutes les sections locales. ''J'avais une voiture qui me permettait d'aller à la rencontre des gens. Je devais dispenser, dans les sections, un enseignement...'' Une période très riche en rencontres et qui lui réservera aussi quelques souvenirs à jamais gravés dans sa mémoire: pas évident de circuler sur des pistes pas toujours carrossables, il ne compte plus le nombre de fois où son véhicule s'embourbe ...

''Je ne pouvais pas les abandonner''
Si l'abbé Depienne a de bons souvenirs au Rwanda, impossible de ne pas évoquer les blessures de ce pays. Quand on cite le génocide de 1994, l'abbé Depienne précise immédiatement que le pays a été ''secoué'' bien avant cela: en 59 ce pays d'Afrique était déjà à feu et à sang comme il le sera encore quelques années plus tard, en 1962. Chez nous, les évènements de 1994 sont dans toutes les mémoires. Des heurts sanglants entre Hutus et Tutsis qui ont fait des centaines de milliers de morts entre le 6 avril et le 4 juillet. Des mois horribles dont l'abbé Depienne a beaucoup de mal à parler. Des sanglots lui serrent la gorge. ''Au mois de mai, je me suis finalement résigné à me sauver par le Burundi.'' Il n'en dira pas plus.
Au mois de novembre, il repart. ''Jamais je n'aurais pu les abandonner. Je savais ce qu'ils avaient souffert et je voulais être avec eux.'' L'abbé s'arrête un long moment. Pas un mot. Mais on imagine facilement toutes ces images douloureuses qui lui reviennent en mémoire. ''Je voulais être avec eux et continuer comme avant. Même si je n'ai pas retrouvé tous les paroissiens: il y a eu beaucoup de massacres autour de la paroisse. On n'a rien pu faire, rien pu empêcher...''
A la fin de ce mois de janvier, l'abbé Depienne reprendra l'avion pour le Rwanda. Il devrait y rester six mois avant de revenir en Belgique, définitivement. Faire ses adieux, ce ne sera pas facile, le prêtre préfère ne pas trop y penser. D'autant que les chantiers sont encore importants: les travaux d'agrandissement de l'église vont bon train (la photo). Il y a aussi tous ces gens qu'il apprécie beaucoup. Comme Emeline la jeune rwandaise qui vient, après l'école, garder les chèvres des religieux (la photo). Les souvenirs, les rencontres... il en ramènera plein ses valises. ''Vous savez, j'ai 83 ans, je dois en tenir compte maintenant...''
Christine Bolinne
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