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Tous les éditos > Echos de Sydney (16/08/2008)


ECHOS DE SYDNEY



      Vous aurez lu dans de bons journaux (La Croix, par exemple) des échos des Journées Mondiales de la Jeunesse à Sydney. Je n’y reviens que brièvement et ne m’attarde donc pas aux grands événements rapportés par la presse. Cette fois, j’ai accompagné à l’aller et au retour les communautés néocatéchuménales du Nord de la France et de Belgique, c’est-à-dire environ 130 jeunes Français et Belges. Je l’ai fait surtout en vue d’une expérience encore inédite pour moi, à savoir l’évangélisation de rue pendant les trois jours qui précédaient les JMJ. Et aussi pendant les deux jours qui ont suivi. Nous avons vécu cela à Canberra, la capitale fédérale, et dans une petite ville entre Canberra et Sydney, à Goulburn. Et, après les JMJ, sur les superbes plages au nord de Sydney.
La technique est assez simple. On s’installe sur une place publique, à proximité d’un centre commercial de préférence. On installe les calicots avec le thème des JMJ, la mention du Chemin, une icône de Marie et les drapeaux nationaux, belge et français. Les instrumentistes et les chanteurs (en anglais !) forment un premier cercle. Autour, un autre cercle avec les danseurs et surtout les danseuses. Un troisième cercle, beaucoup plus large, tourne, lui aussi, au rythme d’une sorte de farandole très sage (j’ai appris à y participer pour la première fois de ma vie !), tandis que des groupes de quelques personnes accostent les passants intrigués par ces chants et ces danses, voire pénètrent même dans les supermarchés pour y aborder les clients. Un dépliant en anglais sert de support à l’entretien. On y parle des JMJ, de ce que cela représente pour l’Australie, mais aussi de la personne de Jésus qui a attiré tous ces jeunes, de la place de Dieu dans la vie de ces hommes et femmes que nous interpellons. Si, parfois, nous enregistrons une fin de non-recevoir de la part de personnes pressées ou hostiles, la plupart du temps l’accueil est courtois et même très positif de la part d’un peuple qui, malgré sa forte sécularisation, garde un naturel plutôt ouvert.
Certains contacts ont même été surprenants, jusqu’à aboutir à une demande de bénédiction, à genoux, en pleine rue. Je dois reconnaître que les jeunes m’ont beaucoup aidé à aborder courageusement les passants, car, spontanément, c’est une démarche qui me coûte beaucoup. Autant je me sens à l’aise pour témoigner devant une foule ou sur un plateau de TV (c’est probablement de l’inconscience…), autant je répugne par tempérament à engager une conversation sur la foi avec le premier venu. Merci aux jeunes qui m’y ont encouragé avec bonheur.
Parfois, après cette mission de rue, nous retournions vers nos cars en procession, à travers les rues les plus fréquentées, nous contentant alors de saluer les passants ou les clients affairés dans les magasins ou attablés dans les restaurants. Au fur et à mesure que les jours passaient et, plus encore, après les JMJ, l’accueil était très chaleureux pour l’une et l’autre formes de présence. De toute évidence, la célébration des JMJ, bien relayée par la télévision, a touché beaucoup de cœurs en Australie et, manifestement, les évêques australiens sont bien décidés à relayer fortement l’ébranlement que la présence du Pape et de tous ces jeunes à Sydney a provoqué dans la société australienne où, désormais, grâce à l’immigration, l’Eglise catholique représente un quart de la population.
Petite parenthèse politique : nous avons profité de notre séjour à Canberra pour rendre visite à notre Ambassadeur en Australie, Monsieur Carruet, et à son consul, Monsieur Gielen. Un accueil très chaleureux pour tous et, ensuite, une excellente rencontre en cercle plus restreint. C’était le 15 juillet, et c’est là que nous avons appris que le Premier Ministre Leterme avait remis sa démission au Roi.
Au cours même des JMJ, ce qui m’a le plus touché, ce furent les catéchèses matinales. Le 16 avec tous les Belges francophones envoyés par les diocèses (près de 200). Le 17, avec les Français liés à la Communauté de l’Emmanuel, auxquels s’étaient adjoints les jeunes que j’avais accompagnés (500 en tout). Le 18, avec les jeunes de Wallis et Futuna, de Nouvelle-Calédonie, d’une partie du Québec et des diocèses français de Rodèz et Toulouse (200 environ). Quelle belle ouverture de la part de ces jeunes, dans l’écoute, l’échange, puis la célébration de l’Eucharistie !
Des trois grands moments de rencontre avec le Pape, je retiens surtout, pour son exceptionnelle densité, le quart d’heure d’adoration eucharistique, dans un recueillement absolu, lors de la veillée du samedi soir dans l’immense hippodrome de Randwick. Deux cent cinquante mille jeunes tournés, avec le Pape, vers cette minuscule hostie, et ce dans un silence à couper au couteau, c’est humainement inexplicable. Et pour notre Pape, tel que nous le connaissons, cela doit compter parmi les plus beaux moments des JMJ, car on ne le sent jamais si heureux qu’aux moments où l’attention des jeunes se détourne de lui pour se tourner vers le Christ. L’humilité est dans sa nature, façonnée par la grâce.
Le lendemain des JMJ, le lundi 21 juillet, j’ai vécu avec une trentaine d’autres évêques, dans un immense parc près de la cathédrale de Sydney, ce que les communautés néocatéchuménales appellent « l’appel vocationnel ». Trente mille jeunes, venant des communautés néocatéchuménales du monde entier, y étaient rassemblés. Soit presque un quart des 125.000 jeunes venus d’en-dehors de l’Australie. Je ne décris pas en détail l’événement, car je l’ai déjà fait après les JMJ de Rome et de Toronto. Je rappelle seulement qu’après une longue catéchèse sur l’amour humain, la beauté de la sexualité, du couple et du don de la vie, les animateurs invitent les garçons qui pensent que le Seigneur les appelle à devenir prêtres à sortir de la foule et à monter sur le podium pour s’y faire bénir par les cardinaux et évêques présents. Et ce sont des colonnes et des colonnes qui se forment (un millier de garçons environ) sous les applaudissements d’un peu moins de 15.000 autres garçons qui restent en place, car telle n’est pas leur voie. Puis c’est le tour des filles qui, en matière d’époux, estiment que c’est Jésus le plus beau et qui, pour ses beaux yeux, voudraient lui donner toute leur vie dans une forme ou l’autre de vie consacrée existante. Là aussi, des files interminables se constituent et rejoignent le podium sous les applaudissements de près de 15.000 autres filles, qui savent très bien que tel n’est pas leur appel. Certes, dans un cas comme dans l’autre, le discernement sera long et ce ne sera qu’une partie, importante il est vrai, de ces jeunes qui entreront dans un Séminaire diocésain « Redemptoris Mater » ou dans la vie religieuse ou consacrée. Mais cela reste un événement impressionnant, qui devrait être vécu dans d’autres grands rassemblements de jeunes, en dehors du Chemin néocatéchuménal.
Au retour, nous avons profité de l’escale prolongée à Bangkok, pour visiter des temples bouddhistes et le Palais royal avec ses propres temples. Une architecture époustouflante, mais aussi beaucoup de questions chez les jeunes sur le sens de cette religiosité bouddhiste par rapport au Christ.

Mgr A.M. LEONARD,
Evêque de Namur.












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