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10/3/2011
CE SAMEDI À FLOREFFE
Soeur Marie-Victor souffle les 100 bougies de son gâteau d'anniversaire
''Je ne regrette rien de ma vie'', lance d'une voix énergique soeur Marie-Victor. J'ai eu une belle vie.'' Ce samedi 12 mars, elle soufflera les 100 bougies de son gâteau d'anniversaire. Elle le fera avec les membres de sa famille mais aussi avec les Carmélites, un ordre qu'elle a rejoint alors qu'elle avait... 20 ans! Soeur Marie-Victor est intarissable: une mémoire sans la moindre faille pour raconter sa vie à Rouvroy-Harnoncourt, les années strictes passées au Carmel et les déboires politiques de notre pays. Avec un papa bourgmestre de Lamorteau, des frères versés dans la politique - un sera par ailleurs ministre - comment pourrait-il en être autrement? ''Je suis Belge jusqu'au plus profond de mon coeur'' ponctue la religieuse.
''Vous allez donc me poser des questions comme à un examen'' lance, l'oeil malicieux, Soeur Marie-Victor. Elle vient de faire son entrée, dans un petit salon du carmel de Floreffe. Elle pousse, avec une belle énergie, son déambulateur. ''Je suis originaire du fin fond de la Belgique, au-delà de Virton, de Rouvroy-Harnoncourt.'' Le ton est donné, Soeur Marie-Victor raconte sa belle et longue vie. Ses yeux brillent comme ceux d'une petite fille lorsqu'elle parle de ses jeux d'enfant. Dixième d'une famille de onze enfants, elle passait de longues heures chez les Carmélites installées dans l'ancien château de Rouvroy. Des Carmélites venues de Nancy. Emmenées par Mère Germaine de Sonis, rejetées de partout, elles avaient finalement trouvé refuge, en Belgique. Le château où elles vivaient se trouvait quasi dans le jardin de la maison familiale des Adam. Marie-Thérèse (son prénom avant d'entrer en religion) et ses soeurs avaient percé un trou dans la haie du jardin pour les regarder vivre. Marie-Thérèse y passait des heures. Souvent, elle allait avec son papa au couvent. ''Papa était un homme formidable. Il aidait beaucoup les religieuses pour gérer leurs affaires. Et moi, je l'accompagnais. J'étais fascinée. Elles portaient un long voile mais il était fait dans un tissu très fin comme ça on devinait leur visage. Même si je les trouvais mystérieuses, je n'ai jamais eu peur. Pendant la messe, je regardais toujours vers la grille derrière laquelle elles se trouvaient. Je voulais les apercevoir. J'étais attirée par les carmélites et leur vie de prières.'' Très pieuse, Marie-Thérèse Adam n'a pas oublié les longues heures passées à l'église.''Le dimanche, je rendais visite au Saint-Sacrement. Le curé me donnait les clés de l'église. J'étais tranquille; je devais juste fermer la porte quand je m'en allais.''

Une tartine de plus
Marie-Thérèse Adam a toujours su qu'elle entrerait au carmel. Ses parents qui rêvaient d'avoir un fils prêtre étaient bien sûr très heureux. Son papa ne pouvait s'empêcher d'être pourtant un rien inquiet. Pas facile d'imaginer une fille de 20 ans entrer dans un carmel où les conditions de vie étaient très strictes. Rien à voir avec ce qu'elles sont aujourd'hui mais nous étions bien avant Vatican II. ''A 20 ans, j'étais anémique. Nous mangions très peu, souligne la carmélite. Si au lieu de me donner des médicaments on m'avait donné une tartine de plus, je crois que cela m'aurait fait du bien!'' Au menu: pain sec et chicorée. Le café, c'était pour les grandes occasions. La tartine est proposée uniquement lorsqu'il s'agit de se livrer à de gros travaux comme le grand nettoyage. ''Pour moi, grand éclat de rire de Soeur Marie-Victor, le grand nettoyage était une récréation. Je suis une solide campagnarde et je dois bouger.''''Nous avions constaté, ce qui est un comble, ajoute-t-elle, que nous mangions mieux durant le Carême! Nous mangions alors beaucoup d'oeufs.'' Une fois par mois, les carmélites pouvaient rencontrer la famille. ''Maman n'a jamais supporté cette grille avec ses piques qui nous séparait. On pouvait se voir, se parler mais jamais se toucher'' explique Soeur Marie-Victor. Une maman qui supporte aussi mal le long voile qui cache le visage de sa fille. Le voile s'arrête à hauteur de la bouche. Et elle n'est pas la seule. Un prêtre venu prêcher une retraite chez les carmélites a lancé tout de go qu'il avait l'impression de s'adresser à des tas de charbon!
Tout cela c'est du passé. Le voile s'est fait bien plus discret. Soeur Marie-Victor continue à porter la robe de bure. ''Aujourd'hui, le tissu est bien plus agréable. Au début, c'était une toile très épaisse. Ce n'était vraiment pas simple, avec de tels habits, de travailler dans le jardin. Pour moi, c'était un réel besoin, je suis une fille de la campagne! En un rien de temps, j'étais trempée de sueur.''

''J'ai été déracinée''
Soeur Marie-Victor passera plusieurs dizaines d'années au carmel de Marche où elle s'occupera principalement des travaux de couture. Le carmel a, aujourd'hui, fait place à un centre commercial. Rien que d'y penser, Soeur Marie-Victor devient mélancolique. Elle l'aimait tant ce carmel avec son beau jardin. ''Quitter Marche a été pour moi un véritable déracinement.'' Les soeurs ont alors séjourné à Sorinnes, dans de nouveaux bâtiments. Suite à des problèmes, la petite communauté a été séparée. Un nouveau déchirement pour la bientôt centenaire. Elle est arrivée, à Floreffe, avec une autre carmélite, soeur Marie-Antoinette. Elles y passent des jours heureux avec les autres carmélites.

Un gâteau mais pas trop sucré
Tout le monde se prépare pour l'anniversaire qui sera fêté ce samedi. Soeur Marie-Victor soufflera les bougies de son gâteau d'anniversaire. Elle espère que ce gâteau ne sera pas trop sucré... Elle, ce qu'elle préfère ce sont les légumes! Elle recevra sans doute des fleurs. Elle se réjouit déjà en repensant aux centaines de bouquets qu'elle a composé, tout au long de sa vie, pour la chapelle. ''J'aime toutes les fleurs, dit-elle, peu importe la couleur.'' Des préparatifs qui ne perturbent pas pour autant son quotidien. Soeur Marie-Victor passe ses journées à raccommoder ses bas, à réparer son habit et bien sûr à prier. ''Souvent les prières me viennent en latin!'', nouvel éclat de rire. Soeur Marie Victor lit aussi beaucoup. Le dernier livre qu'elle recommande: ''Le jardinier de Tibhirine'' écrit par le P. Jean-Marie Lassausse. Elle suit encore l'actualité: la situation politique de notre pays désespère la carmélite. Elle ne peut s'empêcher de penser au roi: ''Et le roi là dedans, que va-t-il devenir?''
Samedi, lors de l'eucharistie, il est certain que les prières de Soeur Marie-Victor iront à ses proches. Et à son papa. Un homme qu'elle a non seulement beaucoup aimé mais aussi tellement admiré. Un papa bourgmestre qui n'a jamais cessé de se démener pour les autres. ''Papa travaillait tout le temps pour le village. A Lamorteau, il y avait l'eau courante et l'électricité bien avant les autres puissent en bénéficier. Il n'avait pas une minute à lui tant il était sollicité. Et lorsqu'il est mort à 70 ans, le médecin a dit qu'il était usé comme un homme de 80 ans.'' Soeur Marie-Victor se souvient bien des messages de sympathie arrivés, dans la famille, suite à ce décès. Et il y en a un qui restera gravé à jamais dans son coeur: ''Un homme comme ça, ça fait avancer le règne de Dieu.''
Christine Bolinne
Un anniversaire qui sera célébré ce samedi 12 mars à 14h30, à la chapelle du carmel de Floreffe. La concélébration eucharistique sera présidée par l'abbé Jean-Louis Brion, petit-neveu de la jubilaire.

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