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Mgr Ferdinand de Berlo de Brus, 11ème évêque de Namur de 1697 à 1725

Par le chanoine Daniel Meynen, archiviste

Biographie

Le père et la mère de Ferdinand-Maximilien, ou Maximilien-Ferdinand de Berlo portaient tous deux le nom de Berlo, mais à des titres différents.  Son arrière-grand-père paternel était Messire Denis, Baron de Berlo, Seigneur de Brus, Vagnec, etc. ; son arrière-grand-père maternel était Jean de Berlo, Comte de Hozémont.  Messire Denis épousa Adrienne de Senzeilles, de laquelle est né un fils Paul.  Ce dernier s'allia, en premières noces, avec Marie de la Fontaine, dite de Stavelot, qui eut un fils Jean, père du futur évêque de Namur.  De son côté, Jean de Berlo, Comte de Hozémont, épousa Anne de Blitterswyck, de laquelle est né un fils nommé Jean, comme son père.  Ce dernier s'allia avec Amelberge de Montoye, fille d'Adrien, Vicomte de Roullers, et de Marguerite de Quarouble, sa seconde épouse.  Jean de Berlo, Comte de Hozémont, et Amelberge de Montoye eurent trois enfants, dont Anne-Marguerite-Ursule, Dame de Bonacques, mère de Ferdinand-Maximilien.  De son père, Jean de Berlo, Seigneur de Brus, Ferdinand-Maximilien reçut son nom et son titre : Comte de Berlo de Brus.  Berlo, ou Berloz, est une bourgade de plus de 2000 habitants, à moins de cinq kilomètres à l'Ouest de Waremme.  Brus fait aujourd'hui partie du village de Glons, entité de Bassenge, au Nord de Liège.  Hozémont se trouve entre Saint-Georges-sur-Meuse et Liège Airport.

Ferdinand-Maximilien-Paul de Berlo de Brus est né à Namur le 24 mai 1654.  « Il était le fils de Jean, comte de Berlo, seigneur de Chockier et de Brus, qui exerça la charge de gouverneur d'Ingolstadt, puis de général des troupes du duc de Bavière dans les Pays-Bas.  Ferdinand de Berlo fit ses études de philosophie à Louvain, puis de théologie et de droit à Ingolstadt et au collège germanique de Rome ; il ne prit pas de grade » (Chan. L. Jadin, article Berlo de Brus, dans Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastique, t. VIII, col. 529).  A Eichstätt (près d'Ingolstadt), il reçut la tonsure le 9 mars 1673, les ordres mineurs le 14 décembre 1675, le sous-diaconat le 21 décembre suivant, le diaconat le 29 février 1676, et la prêtrise le 19 septembre de la même année.  Entre-temps, en 1675, il fut reçu chanoine de Saint-Lambert de Liège.  « Il obtint la dignité de prévôt de Landshut en Bavière, mais vint résider à Liège, dès 1685, où il joua un rôle important au sein du chapitre, en faveur de la maison de Bavière (...)  En 1688, il fit de la propagande pour l'élection de Joseph-Clément de Bavière (...)  Devenu, la même année, archidiacre de Campine, de Berlo s'attacha avec succès à l'administration de son vaste archidiaconé et réussit à y ramener la concorde.  En 1693, après la mort de Jean-Louis d'Elderen, il mena la campagne avec le parti bavarois en faveur de Joseph-Clément qui fut élu prince-évêque de Liège.  Il fut récompensé de son attachement à la maison de Bavière, lorsqu'en 1695 le siège épiscopal de Namur devint vacant.  Il fut alors proposé comme évêque par le chapitre de Saint-Aubain et lorsque, en 1696, Albert de Trazegnies, premier candidat, se désista de sa candidature, de Berlo fut nommé par Charles II sur la recommandation du gouverneur général Maximilien-Emmanuel de Bavière, frère du prince-évêque de Liège.  Innocent XII confirma cette nomination au consistoire du 11 novembre 1697 » (Jadin, ibid.)

Mgr de Berlo « fut sacré le 29 décembre 1697 à l'abbaye de Beaurepart à Liège par Mgr de Blavier, suffragant de Liège.  Mgr de Berlo de Brus prit possession de son siège, le 21 janvier 1698, par procuration donnée à M. le Doyen de Cassal, et le 26 janvier il fit son entrée solennelle à la cathédrale » (Nicolas-Joseph Aigret, Histoire de l'église et du chapitre Saint-Aubain à Namur, Namur, 1881, p. 407).  « Au cours de sa carrière, il rencontra de nombreuses difficultés provoquées par les complications politiques de la guerre de Succession d'Espagne.  De 1703 à 1709, il dut se porter garant du grand doyen de Liège, le baron de Mean, qui s'était opposé à la mainmise des Français sur la principauté (...)  Joseph-Clément de Bavière s'établit tout un temps à Namur avec sa cour ainsi que le gouverneur des Pays-Bas, Maximilien de Bavière.  Ferdinand de Berlo présida les cérémonies religieuses lorsque ce dernier fut inauguré comme comte de Namur le 17 mai 1712.  La ville était alors devenue le centre des États de l'électeur de Bavière.  Lors de l'établissement des troupes de garnison hollandaises, l'évêque obtint, par son attitude conciliante mais énergique, un modus vivendi tolérable pour les catholiques.  Il défendit les droits et les intérêts de l'évêché en obtenant l'annulation des arrêts du Parlement de Paris qui avaient limité aux deux tiers les revenus que retiraient les évêques de Namur de l'abbaye de Saint-Gérard (...)  Au milieu des préoccupations d'ordre politique, il ne négligea pas l'administration de son diocèse, qu'il visita avec soin ; il réforma l'institution des ermites et leur donna une constitution en 1710.  Il veilla particulièrement à l'application des bulles pontificales contre le jansénisme et à l'observation de la constitution Unigenitus » (Jadin, op. cit., col. 529-530).  En 1720, sous le titre Decreta et Statuta Synodorum Namurcensium, il fit rééditer les statuts diocésains « auxquels il joignit 115 articles des plus utiles choisis parmi ceux des congrégations synodales qu'il tint lui-même pendant la Semaine Sainte de plusieurs années de son épiscopat, et il fit terminer ce volume important par l'insertion du fameux synode de Cambrai tenu en 1586 » (Chronologie des Évêques de Namur, archives de l'Évêché, carton 2).  « Mgr de Berlo, après avoir gouverné son troupeau avec fermeté et douceur, mourut le 24 [ou le 23] août 1725 en son château de Choquier, où il était allé prendre un peu de repos.  Ses obsèques furent célébrées à la cathédrale le 27 août 1725, et il fut inhumé dans le choeur de l'église » (Aigret, op. cit., pp. 409-410).

Armoiries

A gauche : armoiries de Mgr de Berlo de Brus en couleur, posées sur une châsse-reliquaire (église de Chockier, près de Liège). A droite : armoiries de Mgr de Berlo de Brus en noir et blanc, gravées et imprimées sur un document officiel de l'évêque (archives de l'évêché).

Voici la description des armoiries de Ferdinand-Maximilien de Berlo de Brus : écartelé : aux I et IV burelé d'or et de gueules (qui est Looz) ; aux II et III d'argent au lion de gueules à queue fourchue, armé et lampassé d'or (qui est Limbourg) ; sur le tout d'or à deux fasces de gueules (qui est Berlo).  Cette description correspond au document noir et blanc reproduit ci-dessus, bien que, sur ce dernier, le graveur n'a pu rendre que quelques détails relatifs au lion : absence de couronne, queue fourchue.  Cette description est une légère variante de celle donnée par Rietstap (I, p. 176).

Dans ces armoiries, l'élément principal est : sur le tout d'or à deux fasces de gueules.  Ce sont les armoiries familiales des de Berlo.  Notons que la ville de Berloz a choisi des armoiries qui est un parti dont seule la partie I est d'or à deux fasces de gueules.  On ne confondra donc pas les armoiries de Berloz avec celles de Wallon-Cappel (cf. Communications, Juin 2011, pp. 335-337).

Au XIIIe siècle, la ville de Berloz dépendait du comté de Looz, ou Loon (en langues germaniques).  C'est pour cette raison, semble-t-il, que le premier et le quatrième quartier des armoiries de Ferdinand-Maximilien de Berlo ne sont autres que les armoiries du comté de Looz : burelé d'or et de gueules

Le comté de Looz est un ancien comté du Saint-Empire romain germanique qui s'étendait approximativement sur la province belge actuelle du Limbourg, sans Tongres ni Saint-Trond.  Selon une hypothèse assez probable, le burelé d'or et de gueules du comté de Looz tirerait son origine des armoiries de l'ancien comté de Luxembourg.  Ces dernières sont actuellement celles du Grand-Duché de Luxembourg : burelé d'argent et d'azur de dix pièces au lion de gueules, armé, lampassé et couronné d'or, la queue fourchue et passée en sautoir.  On pense en effet que, primitivement, les comtes de Luxembourg portaient : burelé d'or et de gueules, mais que, vers la fin du XIIIe siècle, le comté de Luxembourg étant passé, par alliance, aux mains des comtes de Limbourg, il y eut addition du lion de Limbourg sur le burelé de Luxembourg.  Le lion de Limbourg étant de gueules, le burelé de Luxembourg fut changé en burelé d'argent et d'azur.  On voit donc ici une des raisons pour lesquelles, au burelé d'or et de gueules du comté de Looz (en I et IV de son écartelé), Mgr Ferdinand-Maxilimen de Berlo de Brus a voulu joindre (en II et III) le lion de gueules du comté de Limbourg.  Notons bien que le comté de Limbourg s'étendait (en longueur) de la ville belge de Limbourg (au sud) à la ville néerlandaise de Brunssum (au Nord), et (en largeur) de la Meuse à Aix-la-Chapelle (Pays de Herve et sud du Limbourg néerlandais actuel).

Devise

Comme on le voit sur les armoiries ci-dessus, la devise de Ferdinand-Maximilien de Berlo de Brus posée sur le listel est : Recte et Fortiter.  Ce qui peut se traduir : Avec droiture et avec force.

Chan. D. Meynen, archiviste