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21/3/2012
RENCONTRE
Grâce à l’abbé Moinet, la Bible se lit aussi en luxembourgeois
Si jusqu’il y a peu, il n’y avait pas de traduction luxembourgeoise de la Bible, c’est aujourd’hui chose faite. L’abbé Emile Moinet a consacré 5 années de sa vie à ce travail gigantesque. Le résultat tient sur des centaines de feuilles dactylographiées qui attendent un éditeur. Rencontre avec l’auteur de cette tâche de longue haleine, passionné de Bible, féru d’œcuménisme et collectionneur d’icônes, des ''fenêtres sur l’Eternité''…
Charleroi, le ‘bric-à-brac religieux’… c’est ainsi que l’abbé Emile Moinet désigne la capitale du Pays Noir dans les années soixante. À cette époque, en tant que professeur de néerlandais et de religion, il y découvre un foisonnement de nationalités et de spiritualités qui vont orienter sa vie entière. ''Je fréquentais le temple protestant et l’église anglicane, se souvient-il. Je rencontrais des témoins de Jéhovah, des membres de l’Armée du Salut. Tout cela m’enthousiasmait.'' De ses rencontres œcuméniques, l’abbé Moinet en retient particulièrement deux. Celle des protestants qui vont lui apprendre à se passionner pour la Bible. Et celle de la communauté ukrainienne, qui va le mettre au fait de la spiritualité orthodoxe, et des splendeurs de l’iconographie.

Les icônes sont des fenêtres sur l’Eternité
Après son passage par Charleroi, Emile Moinet rejoint le diocèse de Verdun. C’était en 1968. Il y est ordonné prêtre, puis, pendant 13 ans, il est professeur d’allemand et de religion au petit séminaire. Ensuite, il se consacre à la pastorale paroissiale pour être prêtre à temps plein. En 1986, il revient dans le diocèse de Namur où il est incardiné. D’abord prêtre à Lamorteau, il entreprend un doctorat de Théologie à l’Université de Trêves, sur le thème de l’écologie. En 1988, il devient curé dans le doyenné de Neufchâteau (paroisses de Tournay, Grandvoir et Petitvoir)... et ce, jusqu’en 2008, lorsqu’il prend sa retraite. Aujourd’hui, il vit à Lustin, à la maison St-Thomas. Lorsqu’on pénètre dans sa chambre, l’attention est attirée d’emblée par les innombrables icônes qui ornent les murs et le bureau. ''Ce ne sont que quelques-unes parmi toutes celles que j’ai possédées, se presse-t-il de préciser. Au départ je les réalisais moi-même, en découpant des images dans des revues, et en les collant sur des plaques de bois. J’ai acheté ma première icône quand j’ai découvert le monastère de Chevetogne. Puis il y en a eu des dizaines d’autres, mais depuis mon déménagement ici, je n’ai pu en conserver que certaines.''
Signe de son ouverture œcuménique, la théologie byzantine joue un rôle important chez l’abbé Moinet. ''C’est la théologie du Visage, explique-t-il. Si Dieu s’est incarné en une personne, avec un Visage et un Nom, c’est qu’Il peut être représenté!'' Mais pas n’importe quelle représentation, car l’icône est une vision de Foi. Elle n’est jamais la représentation réaliste d’un homme ou d’une femme. L’icône correspond à la Transfiguration du Christ. C’est une tentative de peindre ce que Pierre, Jacques et Jean ont discerné en la présence de Jésus devant eux: le rayonnement de Dieu. Dès lors, une icône ne peut pas être qu’une garniture, ou une décoration; elle est une fenêtre sur l’Eternité.
Quand on lui demande laquelle il préfère parmi toute sa collection, l’abbé Moinet sort de sa bibliothèque une iconostase miniature constituée de quinze volets (photo)… L’iconostase, c’est le mur d’icônes que l’on voit quand on entre dans une église byzantine. Ici, il s’agit d’une version de voyage qui vient directement de Russie, et que le prêtre utilise lors de ses déplacements. Emile Moinet se réjouit de ce que les catholiques romains utilisent de plus en plus les icônes, dans leurs églises ou chez eux: ''c’est le signe que ça bouge dans le bon sens.'' Et d’ajouter: ''il y a une influence bienfaisante exercée sur les hommes par les icônes. La profusion et la pureté des couleurs touchent le cœur et soulagent les misères dans le chaos de ce monde.''

Une Bible en luxembourgeois prête à la publication
Originaire de Longvillers, près de Bastogne, Emile Moinet maîtrise parfaitement le luxembourgeois. C’est son grand-père qui le lui a appris. Quand il découvre qu’il n’existe pas de traduction de la Bible en luxembourgeois, il se dit qu’un jour il se lancera dans cette aventure… Et il y a 5 ans, lorsqu’il voit que l’heure de sa retraite va bientôt sonner, il se dit: ''Si tu ne fais rien, tu tourneras à rien''. Dès lors il saisit l’occasion pour entreprendre ce travail de longue haleine: traduire toute la Bible en luxembourgeois.
De tous les livres de la Bible, les Evangiles sont les plus ‘faciles’ à traduire. C’est par là que l’abbé Moinet a commencé. Ensuite, il a poursuivi avec les Actes des Apôtres, puis les Psaumes, pas trop compliqués eux non plus, même si il faut avoir l’esprit poète. ''Le livre des Nombres, et le Deutéronome, voilà ce qui est le plus difficile'', reconnaît-il.
Cinq ans plus tard, le travail est terminé, et l’abbé Moinet en est convaincu: il n’a pas commis d’erreur! ''Je me suis arrêté sur chaque mot, je suis sûr de leur signification. J’ai traduit l’Ancien Testament à partir de la traduction interlinéaire de la Bible en hébreux et en français. Pour le Nouveau Testament, j’ai utilisé la traduction interlinéaire en grec. Je me suis aussi beaucoup servi de la Bible en allemand et en néerlandais.'' A l’arrivée, le travail est impressionnant: des centaines de feuilles dactylographiées et soigneusement conservées dans des dizaines de classeurs. Reste une dernière étape qui viendrait couronner le tout: la publication. ''Il faudrait tout retranscrire sur un ordinateur, et idéalement que cela soit fait par des gens susceptibles de poser un regard critique sur ce que j’ai produit.'' Et l’abbé Moinet de formuler un dernier espoir, celui qu’une équipe grand-ducale s’intéresse à son travail. ''Je ne recherche ni honneur ni notoriété, mais je serais très heureux de savoir que j’ai pu contribuer modestement à cette tâche…''
A.S.
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