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3/10/2013
MISSIONS
Au Brésil, l'abbé Abel est un prêtre missionnaire qui vit la nouvelle évangélisation
Le synode tenu à Rome en 2012 traitait de la nouvelle évangélisation, un sujet vaste et complexe, actuel et urgent. Peut-on, sans exagérer, affirmer qu’en Europe, on réfléchit la nouvelle évangélisation, tandis qu’en Amérique latine, et notamment au Brésil, on s’efforce de la vivre? Dans le cadre du mois des Missions, le Père Mauricio Abel, prêtre Fidei donum du diocèse de Namur, en service à Salvador de Bahia, au Nordeste du Brésil, depuis plus de 44 ans, nous livre quelques réflexions. Un échange fraternel entre Eglises-Sœurs.
Père Mauricio Abel, on parle beaucoup de la nouvelle évangélisation, mais vous insistez sur le fait qu’il faut surtout la vivre. Pouvez-vous nous en dire plus?
La révélation divine est constituée de paroles, mais aussi d’actes. Jésus a vécu ce qu’il a dit. Ainsi, lors des JMJ à Rio, le pape François a non seulement expliqué en quoi consiste la nouvelle évangélisation, mais il l’a littéralement vécue par des gestes simples. La force du témoignage est capitale. Trop souvent, nous ne vivons pas ce que nous prêchons. Parfois nos attitudes sont éloignées de l’Evangile que nous annonçons. Ces contre-témoignages affaiblissent, voire annulent notre parole.

Le premier pas de la nouvelle évangélisation n’est-il pas d’abord une conversion?
Oui, absolument. Cette conversion passe par des prises de décision parfois difficiles. Ainsi, si je possède une grosse voiture, dernier cri, je peux décider de la vendre, d’en acheter une plus petite et donner la différence aux pauvres. Si j’attends que les autres viennent à moi, je peux décider d’aller vers eux. Sans conversion, il n’y aura pas de véritable nouvelle évangélisation.

Bref, un programme exigeant, que l’on retrouve aussi dans l’Evangile.
Oui et attention à ne pas édulcorer la Bonne Nouvelle. Trop souvent on fait en sorte que la Parole de Dieu ne dérange plus personne. Or, celle-ci est exigeante, notamment du point de vue du rapport à l’argent. Saint Paul écrivait déjà à Timothée: ''L’amour de l’argent est racine de tous les maux'' (1 Ti 6,10). Ainsi, l’usage que font les chrétiens de leur argent est l’un des critères importants de la valeur de leur foi. De la même façon, le chrétien doit évoluer dans ses rapports avec les pauvres. Les pauvres ne sont pas seulement objets, mais aussi sujets de l’évangélisation. Que de choses ils ont à nous enseigner!

Et la joie dans tout ça?
Je reprends une expression du pape François: ''Le chrétien doit toujours être joyeux, car la joie est le fruit de notre foi''. Pourquoi tant de riches sont-ils tristes? Au Brésil, malgré tous les problèmes, nous passons des heures à rire. Je me souviens de la réaction d’un jeune Brésilien qui, ayant étudié deux ans en Belgique, disait à son retour avoir aimé le pays, mais ne pas comprendre pourquoi les Belges ''qui ont tout'' (sic) étaient si tristes? Je suis persuadé que dans nos discours et notre liturgie, nous sommes trop cérébraux. Sans humour, le message passe plus difficilement.

Père Abel, vous parlez de liturgie joyeuse, mais également de liturgie créative. L’avez-vous expérimentée au Brésil?
Oui. Malgré la rigidité des règles liturgiques, il est toujours possible de trouver des espaces de saine créativité. Qui dit nouvelle évangélisation, dit… nouveauté. Lorsque, en 1969, j’ai été nommé curé au Brésil, plus de 70% de mes paroissiens ne savaient ni lire ni écrire. Alors, que faire pour susciter la participation? Il n’était pas question d’utiliser un missel ou une feuille de chants. J’ai utilisé la liturgie de répétition, faites de phrases bibliques, souvent évangéliques, que les fidèles répétaient en chœur. Et ça a marché!

En quoi les progrès actuels de la communication vous offrent-ils de nouvelles possibilités d’évangélisation?
J’ai participé à plusieurs reprises à des missions dans le Brésil profond. Une des grandes difficultés était le suivi de ces missions, au cours desquelles je rencontrais des jeunes, manifestement appelés à la vocation sacerdotale, religieuse… les distances étaient énormes, les lettres se perdaient dans la nature, les communications étaient très difficiles. Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont résolu le problème: chaque jour, nous sommes en contact avec ces jeunes pour les orienter, les accompagner, les encourager.

Une note d’espérance pour terminer cet entretien?
Nous vivons une époque absolument extraordinaire. Les défis sont nombreux et immenses. Mais les promesses tout autant. Beaucoup de choses meurent dans l’Eglise à l’instar des cellules de notre corps, mais énormément de choses naissent. Jésus a dit que l’Esprit souffle où il veut, et il nous réserve encore bien des surprises… Qui vivra verra.
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