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7/6/2016
Fabian et Antoine, les deux ''nouveaux'' prêtres du diocèse
Antoine Nguyen Thai Tai a 30 ans. Fabian Mathot a, lui, 43 ans. Le premier est originaire de Hanoï, au Vietnam. Le second a passé son enfance et sa jeunesse à Fosses-la-Ville. Tous deux ont été ordonnés prêtre ce dimanche et exerceront leur ministère dans le diocèse.
Fabian et Antoine se connaissent depuis cinq ans maintenant, ils ont suivi, ensemble, les cours de théologie au séminaire Notre-Dame de Namur. Fabian Mathot reprenait sa formation après douze années passées dans l’accompagnement de personnes handicapées. Il a ainsi travaillé au centre de jour ''Le grain'' à Bruxelles. Un foyer qui dépend de l’Arche de Jean Vanier. Antoine Nguyen Thai Tai était lui arrivé, quelques mois plus tôt, en Belgique de son Vietnam natal et apprenait le français. Antoine se souvient très bien des premiers mois en Belgique – un pays qu’il connaissait à travers les performances de l’équipe des Diables Rouges et de ses bières - : ils n’ont pas été faciles. Le français n'est pas une langue aisée à apprendre. C’est surtout en anglais qu’il communiquait avec les professeurs, les autres séminaristes… ''Tout le monde a été très gentil avec moi. Les séminaristes me passaient leurs notes. Je suis bien décidé à étudier encore le français pour l’améliorer.''
Antoine garde un souvenir ému de l'accueil reçu au séminaire mais aussi en paroisse. ''J'étais bien conscient que mon niveau en français était alors faible. Les gens m'ont accueilli tel que j'étais. Et comme j'étais loin de ma famille, les paroissiens sont devenus une famille.''
Au Vietnam, où le bouddhisme est majoritairement présent, les jeunes sont néanmoins très nombreux à vouloir s’inscrire dans les séminaires où le manque de place est criant. Suite à une rencontre entre Mgr Léonard, alors archevêque de Malines-Bruxelles et l’archevêque de Hanoï, le séminaire de Namur a accueilli quatre séminaristes vietnamiens. Antoine sera le premier prêtre vietnamien dans le diocèse.
Antoine Nguyen est né dans une famille catholique. A 14 ans, il quitte les siens pour aller habiter dans un presbytère, avec un prêtre. ''Je voulais nourrir ma vocation''. Il suivra ensuite des cours d'histoire - l'état imposant à tous ceux qui se destinent à la prêtrise une formation préalable - à l'université. ''Cela m'a fait beaucoup de bien de vivre au milieu de jeunes qui étaient majoritairement athées. Je me suis ouvert sur un autre monde avec une moralité différente. Ils ne comprenaient pas comment un jeune homme aussi gentil et ouvert que moi pouvait vivre en célibataire'' raconte, tout sourire, Antoine. ''J'ai pris du temps pour parler avec eux.''
Au cours de sa formation, Antoine a décidé d'exercer son ministère en Belgique. ''La décision n'a pas été facile à prendre par rapport à ma famille, à mon pays... Mais je dois servir l'Eglise là où elle a besoin de moi.''

''Tu reçois énormément''
A 8 ans, Fabian Mathot servait la messe au côté de l'abbé Jeanmart alors vicaire à Fosses-la-Ville. Les années passent et Fabian prend conscience qu'il veut devenir prêtre. Septembre 1990, il entre au séminaire qui est encore à Salzinnes. Après une année de philosophie, il part à Aix-en-Provence pour y suivre les cours durant deux années. A l'issue de ces trois années de philosophie, Fabian interrompant sa formation en vue du sacerdoce, va travailler, comme éducateur spécialisé, durant douze années dans l’Arche de Jean Vanier. ''Le travail y est usant mais pas un jour n’est passé sans que je rigole. Je me sentais appelé à devenir prêtre, je devais soit renoncer à mon appel ou alors je devais partir. C’est ce que j’ai fait. L'expérience a été très forte. Tu crois que tu apportes ton aide à ces adultes handicapés mentaux et pour certains physiques mais c'est tout le contraire. C'est toi qui reçois le plus. Avec leur simplicité, leur manière d'être, ils viennent mettre le doigt sur tes défauts, tes fragilités. Tu te rends alors compte qu'ils t'aiment comme tu es. Cela aide à accepter ses vulnérabilités.''
Les derniers jours ont été chargés: les ultimes examens à passer, une retraite à Ermeton-sur-Biert et puis bien sûr l’ordination à préparer. Fabian Mathot: ''C’est un saut dans l’inconnu qui nous attend même si on a suivi les meilleurs cours, la paroisse n’est pas le séminaire. Aujourd’hui, un prêtre ne peut rester dans son presbytère en attendant que les gens viennent à lui. Nous devons aller vers eux, cheminer avec eux. Ce n'est plus le temps où pour appeler les fidèles aux célébrations, on pouvait se contenter de sonner les cloches! Actuellement, tu peux sonner toutes les cloches que tu veux si les gens ne veulent pas venir, ils ne viendront pas. Nous devons être, même en paroisse, des missionnaires.''
Il est régulièrement bouleversé par la vie difficile des personnes rencontrées dans les paroisses où il a effectué ses stages. ''Les gens vivent des souffrances terribles liées à la situation familiale, professionnelle, financière... Ils ont l'impression qu'ils ne verront jamais le bout du tunnel. Nous sommes là pour les accompagner, les aider à mettre leur confiance en Dieu.''
Tous deux misent sur le travail en équipe, sur le travail avec les laïcs. ''Le prêtre ne peut pas tout faire'' précise Fabian Mathot. Avant d'ajouter, avec humour: ''Les laïcs aussi ont de bonnes idées.''
Tous deux savent encore que le ministère réserve de belles et de moins belles surprises Ils sont convaincus que c’est dans une vie de prière riche qu’ils puiseront les forces nécessaires. Fabian: ''Je suis bien décidé, à me retirer régulièrement dans une communauté. Ce n’est pas une volonté de ne rien faire mais prendre du temps pour soi est important.''

Jour de fête, jour de joie
A quelques jours de l'ordination Antoine Nguyen Thai Tai se réjouissait lui aussi et à plusieurs titres. De l'ordination bien sûr mais encore de la visite, en Belgique, de son papa. ''Je ne l'ai plus vu depuis cinq ans'' explique Antoine. Son papa sera accompagné de plusieurs prêtres vietnamiens tellement heureux d'assister à l'ordination d'un des leurs. Ensemble, ils visiteront ensuite la Belgique et un peu de l'Europe avant de retourner au Vietnam pour quelques jours de vacances.
La maman d'Antoine ne sera pas du voyage. Grâce à internet, elle suivra la célébration d'ordination à distance. Lors de l'ordination diaconale en vue du presbytérat, ce sont 1200 personnes qui s'étaient rassemblées dans l'église du village pour le soutenir durant ce moment. Et ce malgré un décalage horaire de plusieurs heures.
Christine Bolinne
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